78 ans après, ses yeux s’illuminaient encore lorsqu’il évoquait ce jour du 15 août 1944 où il avait foulé le sable de la plage du Canadel lors du Débarquement de Provence. Pierre Velsch était l’un des derniers membres des commandos d’Afrique. Avec lui disparaît un héros de notre histoire et un homme pour qui la mémoire était un devoir.

Né en Algérie, en 1926, cet enfant de Kouba n’a que treize ans lorsque la guerre éclate. Pendant quatre ans, il brûle de s’engager, et à dix-sept ans, bravant l’interdit familial, il rejoint les commandos d’Afrique. Ce qui le meut, ce sont un patriotisme et un sens de la camaraderie ardents qui l’un et l’autre ne le quitteront jamais. Entraîné au combat en Corse, il débarque sur l’île d’Elbe en juin 1944. Le 11 août, sous les ordres du lieutenant-colonel Bouvet, sa troupe rejoint au large des côtes françaises l’armada américaine, en vue de l’assaut des Alliés en Provence. La mission de cette avant-garde tricolore consiste à anéantir les batteries du Cap-Nègre, afin de neutraliser les obstacles au Débarquement, et de couper les routes pour empêcher l’arrivée de renforts allemands. 

En pleine nuit, dans la confusion et l’obscurité, les commandos débarquent au Canadel et essuient, les premiers, les tirs allemands. Jusqu’à l’aube, ces Français d’Afrique combattent avec acharnement et infligent un revers décisif à l’ennemi. Parmi les Commandos, 13 hommes tombèrent ce jour-là pour avoir défendu une certaine idée de la France, sur un sol qu’ils arpentaient pour la première fois. Presque huit décennies plus tard, Pierre Velsch en parlait comme des frères d’armes qu’il n’avait jamais oubliés, en montrant leurs tombes au Rayol-Canadel, ensablées et coiffées d’une croix chrétienne ou d’un croissant musulman. Après le Débarquement, Pierre Velsch participe ensuite à la neutralisation de la batterie de Mauvanne à Hyères, à la prise du fort du Coudon, à la libération de Toulon, à la bataille des Vosges, et enfin à la libération de Belfort, où il manque de périr, accablé par le froid, en novembre 1944. « La Provence, Belfort et le Rhin / Tous les nids d’aigle sont tombés », comme le proclamera le chant des commandos d’Afrique. 

Démobilisé en 1946, retraité de la Banque de France, Pierre Velsch était décoré de la Croix du combattant volontaire, de la Croix de guerre, de la médaille militaire et enfin de Légion d’honneur, dont il avait été fait commandeur en janvier 2022. Pour les enfants des écoles, pour les habitants de sa ville et au-delà, ce héros au sourire si doux portait inlassablement le flambeau de la mémoire. Lavandourain depuis 1996, il était retourné vivre près de ces plages où, à 17 ans, il avait tout risqué pour la liberté et pour la France et ne manquait aucune cérémonie patriotique, en particulier celles du débarquement de Provence, dont celles de Bormes-les-Mimosas. 

Son courage, non moins que son caractère, lui valaient une affection unanime. Le Président de la République et son épouse s’inclinent devant la vie de cet éclaireur, à tous égards, de la patrie. Ils adressent leurs condoléances à sa famille, à ses proches, et à tous les Français qui sont les héritiers des combats qu’il livra. 


 

Voir tous les articles et dossiers