Elle avait illuminé nos scènes, nos écrans et nos nuits. Son dernier album, Attention départ, semblait nous prévenir qu’elle nous quitterait bientôt : Dani s’est éteinte hier, mais ses chansons et ses films nous reviennent tous en mémoire, comme un boomerang

Il était une fois à Perpignan, dans les rayons du magasin de chaussures de ses parents, une jeune vendeuse qui s’essayait à tous les airs de Mistinguett et de Maurice Chevalier. Dès qu’elle le pouvait, quand elle n’était pas en cours du soir de couture ou de beaux-arts, elle s’échappait pour aller voir, sur le quai de la gare, les trains en partance pour Paris. Un jour, le rêve prit corps et ce fut elle, Danièle Graule, de son vrai nom, qui embarqua à 19 ans pour la capitale tant fantasmée, et pour les bureaux de Jours de France, où elle vint hardiment postuler comme mannequin. La voilà bientôt en couverture des magazines et aux premiers rangs des scènes mondaines : elle a son coin de banquette au Café de Flore, son rond de serviette chez Castel, et sa propre discothèque avenue Victor Hugo, à laquelle elle donne un nom qui semble être le titre de sa vie, L’Aventure. « Papillon, vous êtes, papillon vous resterez », lui disait jadis la religieuse qui lui enseignait les maths ; et bien des fois le papillon manque de se brûler les ailes, en cédant aux délices comme aux démons de la vie nocturne.

En 1966, elle grave de sa voix ciselée ses premiers 45 tours, « Garçon manqué » et « La fille à la moto », où elle chante ce nouveau style de femmes qu’elle incarne si bien. Deux ans plus tard, « Papa vient d’épouser la bonne » triomphe sur les ondes et les tourne-disques. Elle brille à l’Olympia et à Bobino, part en tournée avec Claude François et Alain Chamfort, et règne quatre ans durant à l’Alcazar en meneuse de revue. 

Par deux fois, elle est pressentie pour représenter nos couleurs à l’Eurovision, mais elle joue de malheur : sélectionnée en 1974 pour interpréter « La Vie à 25 ans », elle doit renoncer lorsque la France, en deuil du président Georges Pompidou, se retire de la compétition. L'année suivante, Serge Gainsbourg lui écrit « Comme un boomerang », mais cette fois-ci le jury français trouve la chanson inconvenante. Il faudra attendre 2001, 25 ans après sa censure initiale, et son duo avec Etienne Daho, pour que ce titre revenu de loin se hisse haut dans le répertoire français.

Le cinéma et la télévision, eux aussi, ont souvent invité sur leurs écrans cette grande brune androgyne aux airs mystérieux. Elle joue pour Roger Vadim, Georges Lautner ou Claude Chabrol. Mais c’est François Truffaut qui lui offre ses plus beaux rôles dans La Nuit américaine, mise en abyme des ors et des ombres du septième art, et L’Amour en fuite, dernier tableau du cycle Doinel. À un statut d’icône trop figée, Dani disait toujours préférer le mouvement, aussi tournait-elle encore, ces dernières décennies, avec les talents contemporains du cinéma français, de Danièle Thompson à Claire Denis, d’Olivier Marchal à Maïwenn et Alex Lutz.  

Curieuse de tout, Dani a eu plusieurs vies et autant de métiers : photographe et mannequin, actrice et chanteuse, meneuse de revue et reine de la nuit, elle fut aussi fleuriste. Elle qui avait une voix d’or prouva qu’elle avait aussi la main verte, troquant le micro pour les sécateurs et l’arrosoir, se muant en compositrice de bouquets pour les fans qui venaient la saluer dans sa boutique comme pour les simples clients de passage. 

Le Président de la République et son épouse saluent une artiste libre qui aimait la nuit et la vie, les chansons et les fleurs. Ils adressent à sa famille, ses amis et ses admirateurs et leurs condoléances attristées. 

Voir tous les articles et dossiers