Publié le 2 novembre 2021

Décès de Nelson Freire.

Le pianiste brésilien Nelson Freire nous a quittés à 77 ans. Génie aussi discret que passionné, il fut l’un des plus grands interprètes internationaux du répertoire romantique.

Il avait commencé à effleurer les touches noires et blanches à trois ans, pour imiter sa sœur. Dix ans plus tard, il faisait une entrée souveraine dans la cour des grands au son du Concerto Empereur de Beethoven, grâce auquel il remporta le Concours international de Rio de Janeiro. 

À Vienne, où il poursuivit ses gammes auprès de Bruno Seidlhofer, il croisa celle avec qui le destin lui réservait un quatre mains existentiel, un autre enfant prodige sud-américain, l’argentine Martha Argerich. L’accord entre les deux adolescents fut instinctif et immédiat. Comme elle, il avait un don flamboyant. Comme elle, il préférait l’ombre à la lumière.

Si la puissance et la sensualité de son touché lui valurent le surnom de félin, Nelson Freire était plutôt un chat sauvage, fuyant les feux des projecteurs avec une réserve et une humilité que soixante-dix années de scène ne purent jamais apprivoiser. Aussi son talent fut-il longtemps un secret de mélomanes, son nom un mot de passe d’initiés. 
Il fallut attendre le tournant des années 2000 et le contrat qu’il signa avec la maison de disques internationale Decca pour que le grand public découvrît cet aède romantique qui étincelait chez Schumann, Brahms, Liszt, Rachmaninov, et plus vivement encore chez Chopin. 

Chacun de ses concerts, chacun de ses enregistrements était une nouvelle page d’annales ajoutée aux archives mondiales de la musique. Son imagination et sa sensibilité lui permettaient de revisiter les sentiers musicaux pourtant les plus fréquentés, ceux qu’avaient défrichés avant lui des milliers de mains, y compris les concertos pour piano de Brahms. Aux côtés de sa complice Martha Argerich, il forma fréquemment un duo parmi les plus harmonieux de la scène musicale, qui bouleversa les concertos pour deux pianos de Rachmaninov. 

Barbe de doux géant et mains potelées d’enfant, il apportait à son répertoire un plaisir infini du jeu. Malgré toutes les suppliques, il ne voulut jamais enregistrer d’intégrale discographique, décidément plus promeneur que laboureur, préférant panacher les morceaux choisis en bouquets plutôt que les arpenter méthodiquement. 

Régulièrement invité par la Philharmonie de Paris, il nourrissait pour la France une amitié particulière, depuis ce jour où, cherchant un havre pour travailler quelques semaines, il avait jeté son dévolu sur une maisonnette de Chartrettes, en Seine-et-Marne.

Le Président de la République et son épouse saluent l’exceptionnel interprète de Debussy qui honora souvent notre pays de sa présence, et adressent leurs condoléances sincères à ses proches, ainsi qu’à tous ceux qu’émouvait la poésie de son jeu.
 

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