Publié le 21 mai 2021

Déclaration conjointe du Président Emmanuel Macron et du Secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord Jens Stoltenberg.

Le Président de la République, Emmanuel Macron a reçu Jens Stoltenberg, Secrétaire général de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), dans le cadre de la préparation du sommet de l’OTAN qui se tiendra le 14 juin 2021. 

Revoir la déclaration conjointe : 

21 mai 2021 - Seul le prononcé fait foi

Propos du Président de la République à l’occasion de la déclaration conjointe avec le Secrétaire général de l’OTAN, M. Jens STOLTENBERG.

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Je voulais remercier monsieur le Secrétaire général, Cher Jens, d'avoir choisi Paris comme première étape des consultations qu'il effectue en préparation du sommet de l'OTAN qui se tiendra le 14 juin et qui est au cœur d'une séquence internationale qui sera profondément structurante pour nos équilibres stratégiques après le G7 et avant un sommet entre les États-Unis et l'Union européenne. Nous avons discuté comme toujours avec beaucoup de franchise et d'amitié avec monsieur le Secrétaire général, de nos attentes sur le sommet sur lequel d'ailleurs nous aurons la semaine prochaine des échanges approfondis avec nos partenaires européens. Nous voulons revitaliser l'Alliance atlantique et pour cela, il nous faut des clarifications, de la cohésion et de la responsabilité. 

Premièrement, le sommet doit permettre une clarification politique sur le rôle et les priorités stratégiques que nous donnons à l'Organisation de l'Alliance Atlantique Nord. J'en avais moi-même fait le constat il y a quelques années : repenser le rôle, les missions, les règles au sein de l'Alliance. Une réflexion a été conduite, engagée au sommet de Londres en décembre 2019. Un rapport des Sages a été remis en novembre dernier. Notre concept stratégique aujourd'hui, en effet, date de 2010. Il a été profondément bousculé par les évolutions profondes, durables, du contexte international qui se sont accélérées ces dix dernières années et il doit être adapté d'ici l'an prochain. Je veux vraiment remercier monsieur le Secrétaire général et ses équipes pour tout le travail qui a été fait aussi en préparation de cela et afin que le Secrétaire général dispose d'un mandat clair et précis, un échange direct et approfondi entre alliés est nécessaire au niveau des chefs d'État et de gouvernement et c'est aussi pour moi l'un des objets des prochaines semaines. 

Deuxièmement, le sommet doit permettre de renforcer la cohésion au sein de l'Alliance atlantique, ce qui implique d'être clair entre nous sur les valeurs, les principes, les règles qui sous-tendent notre alliance. En effet, la solidarité entre alliés n'est pas simplement un mot à géométrie variable. Elle implique des devoirs, des responsabilités les uns envers les autres. Elle implique que pour chacun des alliés de s'engager à respecter le droit international et des règles de conduite claires. Et je sais monsieur le Secrétaire général, que ce sont les valeurs que vous défendez. Cela suppose notamment de ne pas poursuivre des intérêts nationaux contradictoires avec les intérêts de sécurité des autres alliés, comme cela a pu être parfois le cas durant ces dernières années en Syrie, en Méditerranée orientale, en Libye, dans le Caucase, ou encore en termes d’interopérabilité sur les systèmes d’armements, ce qui est absolument critique au sein de l’OTAN. 
Troisièmement, la crédibilité de l’Alliance repose sur la responsabilité des alliés. Nos alliés le savent, la France est un allié crédible. Notre effort de défense a été poursuivi malgré la pandémie. Nous avons atteint les 2 % du PIB en 2020. Nous mettons en œuvre notre dissuasion nucléaire qui contribue à la dissuasion de toute l'Alliance. Nous disposons de forces capables, interopérables sur l'ensemble du spectre et dans les nouveaux domaines de conflictualité. Nos armées se battent contre le terrorisme, au Sahel comme au Levant, et nous participons à la présence avancée de l'OTAN en Estonie. L'heure n'est donc pas à la dispersion des efforts, mais à la responsabilité de chacun et à la coopération de tous. À cet égard, et à quelques mois de notre présidence de l'Union européenne, j'ai dit au Secrétaire général toute l'attention que je porterai à la pleine reconnaissance des efforts européens en matière de défense. Les initiatives prises par l'Union européenne au cours des dernières années, qu'il s'agisse du Fonds européen de défense, de la coopération structurée permanente, ne suscitent d'ailleurs plus de débat. Et je m'en réjouis parce qu'ils apportent une plus-value, et il nous faut continuer de travailler à cet égard. Je note à ce titre avec satisfaction les déclarations de la nouvelle administration américaine en ce sens. La souveraineté européenne est un projet de responsabilité qui renforce l'Alliance. Et je sais que certains veulent encore voir les choses en termes de compétition ou de jeu à somme nulle. Je crois que ce logiciel est dépassé. Et les efforts que font les Européens viennent s'ajouter aux efforts de nos alliés américains. 

Nous avons besoin de rebâtir une stabilité stratégique en Europe face au délitement de l'architecture de sécurité mise en place à la suite de la guerre froide, en particulier en matière de maîtrise des armements. Nous en avons parlé et je souhaite vraiment très fortement que l'Alliance soit le lieu de cette coordination et de cette discussion. Je me félicite naturellement que les Etats-Unis et la Russie aient pu reprendre contact sur ces sujets et prolonger de 5 ans le traité New Start. Mais dans un monde qui se réarme à grande vitesse, dans lequel les rapports de force évoluent, nous avons besoin d'un nouveau cadre adapté. Les Européens doivent prendre toute leur part à sa définition, car nous sommes les premiers exposés. Et l'OTAN est une plateforme utile pour échanger sur ces sujets. Nous en discuterons au prochain sommet et nous continuerons de le faire dans la durée. Voilà les quelques sujets que je voulais partager avec vous après la discussion extrêmement dense, amicale, exigeante que nous avons eue avec M. Le Secrétaire général. Et cher Jens, je vous remercie encore d'être à Paris aujourd'hui. C'est toujours un plaisir de vous accueillir et de pouvoir échanger, travailler avec vous et je me réjouis de pouvoir vous retrouver au mois de juin prochain.  
 

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