Publié le 9 avril 2020

Hommage à Christian Bonnet

Christian Bonnet, ancien ministre de l’Intérieur sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing et incontournable figure du centre droit, s’est éteint à 98 ans après une vie remplie des plus beaux mandats qu’il aura servis avec une ferveur rare. 

Lui qui était le lointain descendant d’un ministre de Louis XIV avait le sens de l’Etat dans le sang et la passion de la chose publique chevillée au corps. Il aimait d’ailleurs à dire qu’il était entré en politique « comme on entre en religion », avec une foi immense. A 8 ans déjà, il est fasciné par le tumulte de la vie et des idées politiques et, depuis son balcon, assiste bouleversé au cortège funèbre qui convoie le Maréchal Foch aux Invalides. A 13 ans, son argent de poche passe tout entier dans ses lectures du Journal des Débats et dans son assiduité aux actualités qu’il va voir au cinéma de la gare Montparnasse sitôt l’école finie. Aussi emprunte-t-il quelques années plus tard l’un des plus courts chemins vers la politique, en passant par les amphithéâtres de la faculté de droit et les bancs de Sciences-Po. 

Mais avant que les portes de la politique ne cèdent devant les assauts de ce passionné, ce natif de Paris qui a épousé une Lorientaise s’installe en Bretagne et prend la direction d’une affaire de conserverie de poissons et de légumes. La greffe prend et neuf ans plus tard, en 1956, il est élu député du Morbihan. Durant plus de 18 ans, il est une des voix qui portent et qui pèsent dans l’agora du Palais Bourbon.

En 1958, deux ans après sa première élection comme représentant du peuple à la chambre basse, il est élu conseiller général de Belle-Ile-en-Mer et le demeurera pendant plus de quatre décennies, quarante-quatre ans exactement, quarante-quatre ans d’engagement sans faille pour ce territoire d’adoption avec lequel il avait à l’évidence noué des affinités électives, dans tous les sens du terme. 

Lui qui aimait tant les joutes politiques remporte une nouvelle bataille en 1964 : sa ville, Carnac, le porte à sa tête. Il en fut le maire durant 32 ans et lorsqu’en 1996 il passa son écharpe comme on passe un flambeau, il n’abandonna pas pour autant la mairie mais devint le premier adjoint du nouvel édile. Sur le temps long de son engagement municipal, Christian Bonnet a remodelé de fond en comble sa commune, connue pour ses beaux alignements de menhirs, et a façonné sa station balnéaire pour en faire une des destinations bretonnes les plus prisées. 

Ce bourreau de travail qui ne prenait presque jamais de vacances fut bientôt appelé aux plus hautes responsabilités. Il officia ainsi au Gouvernement durant 9 ans, sous deux présidences. D’abord Secrétaire d’État au Logement de 1972 à 1974, lorsque Georges Pompidou était à l’Elysée et Pierre Messmer à Matignon, il se vit ensuite confier par deux fois les rênes d’un ministère sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing : l’Agriculture entre 1974 et 1977, puis l’Intérieur de 1977 à 1981. Ses années à Beauvau furent entre autres marquées par l’arrestation de « l’ennemi public numéro un », Jacques Mesrine, qui était alors en cavale depuis 18 mois, et par la gestion de l’attentat de la rue Copernic. Les Français se souviennent d’un ministre rigoureux et concentré sur sa tâche. On disait qu’il pouvait avoir ses humeurs mais qu’il avait toujours de l’humour, réjouissant souvent ses proches de ses talents d’imitateur, très appréciés du Président Giscard d’Estaing lui-même. 

Christian Bonnet siégea enfin au Palais du Luxembourg pendant 18 ans, faisant preuve là comme ailleurs de son inlassable volonté d’améliorer le fonctionnement de notre Nation. Et lorsqu’il quitta la vie publique, il ne cessa pas pour autant de suivre au plus près les débats politiques et de servir les autres, s’engageant alors corps et âme dans le bénévolat, auprès de la SNSM et du Secours catholique. Christian Bonnet était un homme politique au sens le plus fort, un homme qui voue sa vie à celle de la cité et du pays, partout, toujours et à tous les niveaux où il le peut. 

Le Président de la République salue cette vie tout entière donnée au service de la vie publique et adresse à sa famille, ses proches et ses anciens collègues ses condoléances les plus sincères. 

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