Publié le 10 juillet 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert à la résidence d'Ernich en l'honneur de M. le président de la République et de Mme Karl Carstens, lors de sa visite officielle en République fédérale d'Allemagne, le jeudi 10 juillet 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing au dîner offert à la résidence d'Ernich en l'honneur de M. le président de la République et de Mme Karl Carstens, lors de sa visite officielle en République fédérale d'Allemagne, le jeudi 10 juillet 1980

10 juillet 1980 - Seul le prononcé fait foi

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`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- Monsieur le Président,
- Monsieur le chancelier,
- mesdames,
- messieurs,
- Mes premières paroles seront pour vous exprimer ma gratitude pour l'accueil que m'a réservé la République fédérale `RFA` pendant ces quatre jours. En venant dans votre pays, je souhaitais recueillir le témoignage de votre passé et celui des réalités de votre vie actuelle.
- Je tiens à exprimer d'abord ma reconnaissance aux autorités fédérales qui, ayant compris la signification de ma visite, l'ont si bien organisée. Elles m'ont permis de me rendre dans quatre Lander et dans quatre villes qui toutes, à leur manière, apportent une contribution significative à l'histoire politique, ainsi qu'à la vie économique et culturelle de l'Allemagne.
- Ma reconnaissance va ensuite aux autorités des Lander et des villes qui m'ont accueilli. Au Bade-Wurtemberg, M. SPAETH m'a reçu avec la cordialité d'un voisin qui nous connaît bien et qui sait tout le -prix de la confiance et de l'amitié entre nos deux pays.
- Dans la Hesse, à Kassel, une des villes les plus authentiquement germaniques, j'ai été sensible à la franchise avec laquelle M. BOERNER m'a fait part de ses préoccupations touchant un sujet capital, celui de l'avenir démographique de nos pays.
- La Bavière, amie séculaire de la France, et son ministre-président, M. Franz-Josef STRAUSS, ont été tels que je les connaissais, c'est-à-dire accueillants et chaleureux.
- Enfin, le Schleswig-Holstein m'a réservé un accueil coloré et amical £ j'y ai retrouvé avec plaisir M. STOLTENBERG, un des premiers artisans de la coopération scientifique et technique franco - allemande.
- Je veux aussi associer à cette gratitude, la Rhénanie-Westphalie qui m'a accueilli à Bruhl, où vous m'avez reçu avec tant d'élégance et d'éclat, monsieur le président de la République, la Rhénanie-Palatinat où nous nous trouvons en ce moment, ainsi que les autres régions que je n'ai pu visiter, c'est-à-dire la Basse-Saxe, la Sarre, symbole de la réconciliation après avoir été longtemps celui de la mésentente, la ville libre de Brême, celle de Hambourg, où vous m'avez reçu vous-même, dans votre maison, monsieur le Chancelier `Helmut SCHMIDT`.
- Je n'oublie pas non plus Berlin que j'ai visitée à l'automne dernier.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- En répondant à votre invitation, j'ai voulu témoigner de l'étroite solidarité qui unit aujourd'hui nos deux pays. J'ai voulu aussi exprimer ma confiance dans votre pays, confiance qui est partagée par le peuple français.
- J'ai voulu enfin proposer à l'oeuvre commune un nouvel objectif : redonner à l'Europe sa place dans les affaires du monde. En parcourant les différents Lander `RFA` j'ai écouté, j'ai observé les réactions : ce que j'ai vu et entendu a confirmé ma résolution. Solidarité, confiance, ambition pour l'Europe !
- Il ne suffit pas que nos pays soient des partenaires économiques essentiels, qu'ils aient entrepris ensemble des programmes industriels, scientifiques ou techniques dans des domaines qui engagent l'avenir.
- Il faut aussi que la coopération devienne davantage encore l'affaire de nos deux peuples. Il faut qu'ils se découvrent dans leur réalité actuelle, tels qu'ils sont : c'est-à-dire des peuples aux traditions anciennes et profondes, mais aussi des peuples jeunes, participant à l'activité de deux pays hautement industrialisés, se situant aux premiers rangs dans le monde pour la science, la recherche `recherche scientifique` et la culture.
- A en juger par l'accueil chaleureux et sympathique que j'ai partout reçu, et l'intérêt avec lequel l'opinion française a suivi cette visite, j'ai l'espoir que ce premier objectif ait été atteint.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- Devant les incertitudes, les tensions et les questions posées à la communauté internationale, la coopération franco - allemande apparaît comme une valeur sûre pour l'Europe et pour le monde.
- J'ai exprimé cette conviction tout au long de ma visite. Pourquoi ? Parce que nos deux peuples, encore marqués par deux conflits mondiaux, ne mesurent pas suffisamment le -capital d'expérience, de savoir, de création, de vitalité que recèle notre continent, ni l'anomalie historique que constitue son effacement dans le monde.
- Ils ne mesurent sans doute pas l'attente dont l'Europe est l'objet dans les autres régions du monde, chaque fois qu'elle s'affirme comme telle. La coopération franco - allemande constitue un élément central dans la progression de l'idée européenne. C'est un fait d'expérience. Aussi nous souhaitons que notre ambition - rendre à l'Europe sa place dans les affaires du monde - rassemble autour d'elle nos partenaires de la Communauté_européenne `CEE`. Nous souhaitons aussi que ce deuxième cercle de l'Europe, composé de pays qui partagent avec nous la personnalité européenne, y apporte sa contribution.
- Notre entente n'est pas exclusive. Pas plus qu'elle n'ignore les amitiés et les solidarités qui nous lient à d'autres pays dans le monde.\
`Politique étrangère ` relations franco - allemandes`
- S'il est vrai, comme l'a écrit HEGEL, que rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion, communiquons aux jeunes générations la passion de travailler ensemble, de progresser ensemble. Mais sachons en même temps combien cette passion est réaliste et raisonnable !
- Monsieur le président, monsieur le chancelier permettez-moi d'utiliser une dernière fois la langue de GOETHE
- "Es ist nicht genug zu wissen, man muss auch anwenden, es ist nicht genug zu wollen, man muss auch tun".
- `ce n'est pas assez de savoir, on doit aussi l'utiliser, ce n'est pas assez de vouloir, il faut aussi agir`
- Telle est l'inspiration de l'oeuvre commune à laquelle la France et l'Allemagne fédérale se sont attachées pour le bien du présent, et pour le progrès de l'avenir.\

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