Publié le 22 mai 1975

ANTENNE 2 EMISSION "RADIOSCOPIE" - J. CHANCEL INVITE DU JOUR : M. GISCARD D'ESTAING, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE LE 22 MAI 1975

ANTENNE 2 EMISSION "RADIOSCOPIE" - J. CHANCEL INVITE DU JOUR : M. GISCARD D'ESTAING, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE LE 22 MAI 1975

22 mai 1975 - Seul le prononcé fait foi

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J. CHANCEL - MONSIEUR LE PRESIDENT, BONSOIR
- MERCI TOUT D'ABORD DE NOUS ACCUEILLIR EN DIRECT. IL EST MAINTENANT 20 H 33. VOS PENDULES SONT LA MAIS J'AI L'IMPRESSION QU'ELLES SONT UN PEU EN RETARD. VOUS N'ETES PAS TROP EPUISE PAR VOTRE "ONE MAN SHOW ?. M. GISCARD D'ESTAING - VOUS VOULEZ DIRE : LES REUNIONS, MANIFESTATIONS QUI ONT EU _LIEU A L'OCCASION DE LA FIN DE CETTE PREMIERE ANNEE ?. J. CHANCEL - LE SPECTACLE DE LA SEMAINE. M. GISCARD D'ESTAING - CELA N'A PAS ETE LE SPECTACLE DE LA SEMAINE. IL Y A EU DES INTERVIEWS QUI M'AVAIENT ETE DEMANDEES PAR CERTAINS JOURNAUX. IL Y A EU UN FILM QUE JE N'AI D'AILLEURS PAS VU, MAIS ENFIN J'ESPERE BIENTOT LE VOIR, QUI A ETE FAIT PAR TF1 =TELEVISION= MAIS QUI AVAIT ETE FAIT IL Y A QUELQUES SEMAINES. ET AU FOND, MA PARTICIPATION, CA A ETE D'ALLER DINER EN ALSACE AVANT-HIER, ET PUIS DE RECEVOIR LES JOURNALISTES HIER. CE QUI FAIT QUE C'ETAIT PRESQUE L'EXERCICE NORMAL DE MES ACTIVITES. J. CHANCEL - NOUS RECEVOIR EN DIRECT, C'EST POUR VOUS LA PREUVE D'UNE SPONTANEITE QUI VOUS EST NATURELLE ?. M. GISCARD D'ESTAING - QUAND ON EST PRESIDENT, ON VIT EN DIRECT, JE DIRAI. PARCE QUE... DE TOUTE FACON, LES CHOSES QU'ON FAIT, LES CHOSES QU'ON DIT, SONT ENREGISTREES, SONT OBSERVEES, DE SORTE QU'IL N'Y A PAS DE DIFFERENCE ENTRE PARLER EN DIRECT A LA TELEVISION ET A PRENDRE UN CERTAIN NOMBRE DE DECISIONS OU FAIRE UN CERTAIN NOMBRE DE DISCOURS QUI, DE TOUTE FACON, SONT RETRANSMIS. J. CHANCEL - NOUS ETIONS CONVENUS D'ARRIVER LES DERNIERS. NOUS VOILA. NOUS POUVONS FAIRE LE POINT SUR L'HOMME, SUR LE PERSONNAGE. VOS YEUX NE SONT-ILS PAS TROP FATIGUES D'AVOIR REGARDE LES FRANCAIS ?\
M. GISCARD D'ESTAING - NON. ALORS, JE DIRAIS QUE, DANS CETTE ANNEE... ENFIN C'EST UN PEU EFFRAYANT DE SE DIRE "UNE ANNEE". POUR MOI, LE TEMPS EST UN DES GRANDS PROBLEMES, LA FUITE DU TEMPS EST UN DES GRANDS REGRETS. ET JE DIRAI QUE, DANS CETTE ANNEE, AU CONTRAIRE, LES CHOSES QUI ONT ETE LES PLUS RAFRAICHISSANTES, C'EST AU CONTRAIRE LE MOMENT OU J'AI PU REGARDER LES FRANCAIS, C'EST-A-DIRE OU J'AI PU PARTICIPER A DES REUNIONS, A DES MANIFESTATIONS OU IL Y AVAIT LE PUBLIC FRANCAIS. J. CHANCEL - ET VOUS LEUR RESSEMBLEZ A CES FRANCAIS ?. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST TRES DIFFICILE A DIRE, PARCE QU'ILS SONT EUX-MEMES TRES DIVERS. JE CROIS QUE JE SUIS TYPIQUEMENT FRANCAIS, C'EST-A-DIRE QUE JE LE SUIS DE FAIT... ENFIN JE SUIS TOUT A FAIT ENFONCE DANS LA REALITE FRANCAISE, DANS L'ORIGINE FRANCAISE. ET DONC JE CROIS QUE JE SUIS TRES FRANCAIS. MAIS COMME EUX-MEMES SONT TRES DIFFERENTS, SI JE RESSEMBLE AUX UNS, JE NE RESSEMBLE PAS AUX AUTRES. J. CHANCEL - ME PERMETTEZ-VOUS DE CONSIDERER QUE, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, VOUS ETES ENCORE UN HOMME, UN HOMME COMME LES AUTRES ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. C'EST-A-DIRE QU'ON EST EVIDEMMENT UN HOMME COMME LES AUTRES, MAIS ON A UNE FONCTION QUI N'EST PAS TOUT A FAIT COMME LA FONCTION DES AUTRES. ET ON NE PEUT PAS SE DEFAIRE DE CETTE FONCTION. IL Y A DES CHOSES QU'ON NE PEUT PAS DIRE. IL Y A DES GESTES QU'ON NE PEUT PAS FAIRE. IL Y A DES LIBERTES QU'ON NE PEUT PAS PRENDRE. ALORS, L'HOMME RESTE UN HOMME COMME LES AUTRES, NATURELLEMENT, MAIS ENFIN, IL Y A LA FONCTION\
J. CHANCEL - QUI EST AU-DESSUS DE VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE DIRAI DANS LA RESPONSABILITE POLITIQUE, PERSONNE. J. CHANCEL - AILLEURS ?. M. GISCARD D'ESTAING - POUR MOI, JE DIRAIS : LES GRANDS INTELLECTUELS. LA SUPERIORITE QUE JE RESSENS, QUE JE CONTINUE A RESSENTIR PAR-RAPPORT A MOI, JE DIRAIS MEME : PAR-RAPPORT A MA FONCTION. J. CHANCEL - PAR-RAPPORT A UNE FOI, A UNE CROYANCE ?. M. GISCARD D'ESTAING - ENFIN, C'EST TOUT A FAIT AUTRE CHOSE. NATURELLEMENT LES VALEURS SPIRITUELLES... J. CHANCEL - OUI. MAIS VOUS AVEZ PARLE DES INTELLECTUELS. M. GISCARD D'ESTAING - MAIS JE PARLAIS DES INTELLECTUELS. OUI. JE CONSIDERE QUE LES GRANDS INTELLECTUELS FRANCAIS OU ETRANGERS SONT DES HOMMES VIS-A-VIS DESQUELS J'AI UN RAPPORT D'ADMIRATION ET, JE DIRAI, DE DEFERENCE\
J. CHANCEL - SI VOUS DEVIEZ REPRENDRE UNE DE VOS PHRASES LES PLUS FAMEUSES, ON POURRAIT PEUT-ETRE MEME DIRE L'UNE DES PHRASES QUI ONT FAIT VOTRE SUCCES... A QUI OU A QUOI DIRIEZ-VOUS : "OUI, MAIS..." A CE QUE VOUS ETES DEVENU ?. M. GISCARD D'ESTAING - A L'HEURE ACTUELLE, JE NE DIRAIS PAS BEAUCOUP "OUI, MAIS..." "OUI, MAIS..." C'ETAIT, DANS MON ESPRIT - JE NE SAIS PAS SI VOUS VOUS SOUVENEZ DE LA CIRCONSTANCE : C'ETAIT AVANT LES ELECTIONS DE 67 - ET C'ETAIT L'EXPRESSION DE LA FORME DE MON SOUTIEN AU GENERAL DE GAULLE - C'EST LA QUE J'AI PRONONCE CETTE FORMULE - QUI ETAIT UN SOUTIEN MAIS QUI ETAIT UN SOUTIEN QUI VOULAIT CONSERVER UNE LIBERTE DE REFLEXION, D'APPRECIATION. ET A L'HEURE ACTUELLE, SI VOUS VOULEZ, DANS MA FONCTION, JE N'AI PAS A DIRE "OUI, MAIS..." J'AI A REFLECHIR SUR DES CHOSES ET A PRENDRE UN CERTAIN NOMBRE DE DECISIONS, MAIS JE N'AI PAS A APPORTER UNE ADHESION DE CE TYPE. J. CHANCEL - UN AN DEJA, OU UN AN SEULEMENT ? ALORS, POUR QUI EST-CE TROP ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, JE DIRAIS PLUTOT : UN AN DEJA. D'AILLEURS JE NE SAIS PAS CE QUE VOUS RESSENTEZ, PUISQUE NOUS NOUS ETIONS VUS POUR LA DERNIERE FOIS ENTRE LES DEUX TOURS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE. JE NE VOUS AI JAMAIS VU DEPUIS... J. CHANCEL - SI, UNE FOIS, AVEC MARCEL JULIAN. M. GISCARD D'ESTAING - AH
- UNE FOIS EN EFFET. VOUS AVEZ RAISON. J. CHANCEL - NOUS PARLIONS DE TELEVISION. M. GISCARD D'ESTAING - ABSOLUMENT... VOUS AVEZ RAISON. MAIS... DONC CA FAIT UN AN ET QUINZE JOURS MAINTENANT, A PEU PRES, ENFIN UN AN ET DIX JOURS. JE TROUVE QUE CA A PASSE TRES VITE. DONC, JE DIRAI : UN AN DEJA\
J. CHANCEL - MAINTENANT QUE VOUS ETES ARRIVE AU SOMMET, ETES-VOUS DEVENU QUELQU'UN D'AUTRE, ET PEUT-ETRE VOUS-MEME ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS. D'ABORD POUR DEUX RAISONS. LA PREMIERE RAISON, C'EST... ON IMAGINE, QUAND ON N'EXERCE PAS UNE FONCTION, ON CROIT QUE, SI ON L'EXERCAIT, ON EN AURAIT UNE CONSCIENCE TRES FORTE. MAIS EN REALITE, QUAND ON EXERCE UNE FONCTION, C'EST SEULEMENT PEU A PEU QU'ON PREND CONSCIENCE DE CETTE FONCTION. ET POUR MA PART, CETTE PRISE DE CONSCIENCE, ELLE S'EST FAITE ET ELLE SE FAIT ENCORE TRES PROGRESSIVEMENT. DONC JE NE PEUX PAS DIRE QU'A CET EGARD J'AIE BEAUCOUP CHANGE. D'AUTRE_PART... ENFIN JE PEUX DIRE QUE CE QUE JE FAIS OU CE QUE JE M'EFFORCE DE FAIRE, C'EST CE QUE JE VOULAIS FAIRE. DONC, CE N'EST PAS UN FACTEUR DE CHANGEMENT. J. CHANCEL - ON PEUT ENCORE VOUS FAIRE MAL ?. M. GISCARD D'ESTAING - BIEN SUR
-. J. CHANCEL - ET VOUS L'EPROUVEZ, CE MAL ?. M. GISCARD D'ESTAING - BIEN SUR
-. J. CHANCEL - VOUS EPROUVEZ LA CRITIQUE. VOUS LA RESSENTEZ ? CES DERNIERS JOURS PAR EXEMPLE, DES CHOSES VOUS ONT TOUCHE PARTICULIEREMENT DANS LA PRESSE, A LA RADIO, A LA TELEVISION ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. CES DERNIERS JOURS, NON. IL Y A DEUX SORTES DE CRITIQUES. IL Y EN A UNE QUI NE ME FAIT PAS MAL ET IL Y EN A UNE QUI ME FAIT MAL. LA CRITIQUE QUI NE ME FAIT PAS MAL, C'EST LE DESACCORD. JE TROUVE TOUT A FAIT NATUREL QU'ON SOIT EN DESACCORD, JE DIRAIS PLUTOT QUE CA M'INTERESSE, PARCE QUE JE CROIS D'ABORD QU'IL Y A TOUJOURS QUELQUE CHOSE A PRENDRE D'UN DESACCORD, QU'IL Y A A APPRENDRE. LA CRITIQUE QUI ME FAIT MAL C'EST CELLE QUI CHERCHE A VOUS FAIRE MAL ET QUI, DANS MON CAS, REUSSIT\
J. CHANCEL - J'AI RETENU UNE PHRASE DU ROI DU MAROC, LORSQU'IL VOUS A DIT : "VOUS ETES UN COPAIN PARFAIT". ALORS LA ON PEUT S'ETONNER PARCE QU'ON SE DEMANDE SI, VRAIMENT, VOUS POUVIEZ AVOIR DES COPAINS. M. GISCARD D'ESTAING - J'AI TOUJOURS EU DES COPAINS. J'AI TOUJOURS EU DES AMIS. J'AI TOUJOURS EU DES CAMARADES. J. CHANCEL - DES COPAINS ?. M. GISCARD D'ESTAING - AH OUI. DES COPAINS, BIEN ENTENDU, OUI. J. CHANCEL - ELLE VOUS A FAIT PLAISIR, CETTE PHRASE ?. M. GISCARD D'ESTAING - ELLE ETAIT INATTENDUE, PARCE QU'ELLE A ETE PRONONCEE AU-COURS DU DEJEUNER DE DEPART DE CE VOYAGE AU MAROC, ET C'ETAIT UNE IMPROVISATION. D'AILLEURS, LE ROI DU MAROC A IMPROVISE SES DEUX DISCOURS, CE QUI ME DONNE UN CERTAIN COMPLEXE, PARCE QUE MOI, MON PREMIER DISCOURS C'EST AU CONTRAIRE UN DISCOURS ECRIT. LE DEUXIEME EST UN DISCOURS IMPROVISE. ET CELA VOULAIT DIRE, A MON AVIS, CECI : C'EST QU'IL EST TRES IMPORTANT POUR DES ETATS, POUR DES PEUPLES, D'ETRE GOUVERNES PAR DES HOMMES DU MEME AGE. C'EST UNE CHOSE A LAQUELLE ON NE PENSE JAMAIS. MAIS LES RAPPORTS ENTRE LES CHEFS_D_ETAT SONT DES RAPPORTS QUI, COMME LES RAPPORTS ENTRE LES ETRES HUMAINS, TIENNENT_COMPTE DE LA DIFFERENCE D'AGE. SI JE RENCONTRE UN HOMME TRES AGE CHEF_D_ETAT, J'AI AVEC LUI DES RAPPORTS QUI SONT AFFECTES PAR CETTE DIFFERENCE D'AGE. ET CA VOULAIT DIRE QUE C'EST IMPORTANT POUR DEUX ETATS DE S'EXPRIMER AU TRAVERS D'HOMMES QUI SONT DU MEME AGE ET QUI POUVAIENT AVOIR A CET EGARD UN CERTAIN TON, UNE CERTAINE LIBERTE\
J. CHANCEL - VOUS ESTIMEZ QU'ON PEUT GOUVERNER SEULEMENT DANS UN JEUNE AGE. DONC, AU BOUT D'UN CERTAIN MOMENT, VOUS SAUREZ QU'IL FAUT PARTIR ?. M. GISCARD D'ESTAING - CERTAINEMENT
- OUI. CERTAINEMENT
-. J. CHANCEL - VOUS L'AUREZ DECIDE VOUS-MEME ? OU VOUS ATTENDREZ QU'ON VOUS LE DISE ?. M. GISCARD D'ESTAING - VOUS SAVEZ, IL Y A DEUX HYPOTHESES. CA, C'EST L'HISTOIRE DE GIL BLAS DE SANTILLANE. NON, JE CROIS QU'IL Y A DEUX HYPOTHESES : IL Y A L'HYPOTHESE OU QUELQU'UN DECOUVRE POUR VOUS QU'ON A UNE DIFFICULTE OU UN PROBLEME. ET DANS CE CAS, JE CONSIDERE QUE DANS LA VIE MODERNE, LES ARGUMENTS DU DEPART SONT PLUS FORTS QUE TOUS LES ARGUMENTS DU MAINTIEN AU POUVOIR. JE CROIS QU'ON NE PEUT PAS PRENDRE LE RISQUE DE CONTINUER A ASSUMER UNE CHARGE QUI EST MULTIPLE ET INCESSANTE, DONT ON NE PEUT PAS SAVOIR CE QU'ELLE SERA DANS QUELQUES SEMAINES OU DANS QUELQUES MOIS, SI ON A UN PROBLEME PERSONNEL. DONC, DANS CE CAS-LA, IL FAUT PARTIR. L'AUTRE CAS, C'EST DE SAVOIR SI, POLITIQUEMENT ET INTELLECTUELLEMENT, ON A ENCORE QUELQUE CHOSE D'UTILE A FAIRE. JE CROIS, JE CONSIDERE QUE LA CHARGE A L'HEURE ACTUELLE DANS LE MONDE, TELLE QU'ELLE EST DEVENUE, PARCE QUE C'EST TRES DIFFERENT, EST UNE CHARGE QUI NE PEUT ETRE EXERCEE QUE PAR DES HOMMES RELATIVEMENT JEUNES\
J. CHANCEL - TOUTE VOTRE VIE, VOUS AVEZ VOULU ETRE LE MEILLEUR, LE PREMIER, LE PLUS JEUNE. ALORS, EST-CE UN SEUL ORGUEIL OU ALORS PEUT-ETRE PIRE : UNE MODESTE LUCIDITE. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS QUE J'AIE TOUJOURS VOULU ETRE LE PREMIER... EN TOUT CAS JE N'AI PAS REUSSI, PARCE QU'IL Y A UN CERTAIN NOMBRE DE CIRCONSTANCES OU CELA NE M'EST PAS ARRIVE... J.CHANCEL - DISONS : LE MEILLEUR. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST AUTRE CHOSE. ALORS, CELA, LE MEILLEUR, C'EST UNE CHOSE PERSONNELLE. J. CHANCEL - OUI. M. GISCARD D'ESTAING - J'AI TOUJOURS EU L'IDEE QU'IL FALLAIT TIRER DE CE QU'ON ETAIT LE MEILLEUR POSSIBLE. CA PEUT S'EXPRIMER DANS DES CIRCONSTANCES DIFFERENTES, DANS DES FONCTIONS DIFFERENTES. J. CHANCEL - ALORS... ETES-VOUS LE MEILLEUR ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE CROIS VRAIMENT QU'IL EST IMPOSSIBLE DE REPONDRE\
J. CHANCEL - MAIS VOUS AVEZ SU VOUS-MEME FAIRE LA DIFFERENCE ENTRE L'INTELLIGENCE ET LA SENSIBILITE, CHEZ VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - EVIDEMMENT
- N'EST-CE PAS, C'EST... J. CHANCEL - QUI L'EMPORTE ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE DIRAIS QUE CE QUI ME FAIT, ENFIN CE QUI ME DONNE LES EBRANLEMENTS LES PLUS FORTS, C'EST LA SENSIBILITE. J. CHANCEL - VOUS SAVIEZ QUE VOUS ETIEZ CONDAMNE A ETRE QUELQU'UN ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, NON. J. CHANCEL - PARLANT DE VOUS , VOTRE MERE A DIT L'AUTRE JOUR : "CE QUI ME PLAIT EN LUI C'EST SA COHERENCE". COHERENCE = HARMONIE... M. GISCARD D'ESTAING - JE CROIS QUE CELA VEUT SEULEMENT DIRE QUE, DANS DES CIRCONSTANCES QUI SONT DIVERSES, IL FAUT ETRE SOI-MEME, IL FAUT RESTER SOI-MEME, QUE, D'AILLEURS, FINALEMENT, JE DIRAI QU'ETRE SOI-MEME C'EST UNE CERTAINE FORME D'APPLICATION, PARCE QU'ON PEUT SE LAISSER PRENDRE OU DISPERSER OU ARRACHER, ET QU'IL VAUT MIEUX RESTER SOI-MEME. ET C'EST CA QUI VOUS DONNE UNE CERTAINE COHERENCE. J. CHANCEL - ON VOUS A BEAUCOUP VU. ON VOUS A SURTOUT REGARDE. ET CERTAINS ONT PU PENSER - ILS L'ONT MEME ECRIT - QUE VOUS ETES TRIOMPHANT, SUR DE VOUS. ON POURRAIT CROIRE QUE, A LA PLACE QUE VOUS OCCUPEZ, VOUS VOUS ETES REVELE A VOUS-MEME. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS M'ETRE LIVRE... J. CHANCEL - ... A L'AISE (ENSEMBLE). M. GISCARD D'ESTAING - OUI CA , C'EST AUTRE CHOSE. TRIOMPHANT, JE NE CROIS PAS. D'ABORD, JE CROIS QUE PERSONNE NE PEUT PLUS L'ETRE, QUE LE FAIT D'ETRE TRIOMPHANT EST D'UNE AUTRE EPOQUE, QUE, DANS L'EPOQUE ACTUELLE, CE N'EST PAS POSSIBLE, PARCE QUE LA REPETITION DES PROBLEMES, LE FAIT QUE L'ON SAIT TRES BIEN QUE, DE TOUTE FACON, IL Y AURA D'AUTRES PROBLEMES, FAIT QUE PERSONNE NE PEUT ETRE TRIOMPHANT. IL FAUDRAIT IMAGINER QU'ON AIT TOUT RESOLU. ALORS, C'ETAIT... EN EFFET, LES GRANDS CONQUERANTS OU LES CHEFS_D_ETAT DES EPOQUES TRES CALMES POUVAIENT AVOIR CETTE ESPECE D'ALLURE TRIOMPHANTE. A L'HEURE ACTUELLE, VOUS VOYEZ QUE CA N'A PAS DE SENS, UNE ALLURE TRIOMPHANTE, CA N'A PAS DE SENS, ET CE SERAIT MEME RESSENTI, A MON AVIS, COMME RIDICULE\
J. CHANCEL - VOUS AVEZ BIEN LU LA PRESSE, CETTE SEMAINE ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, VOUS SAVEZ... JE LIS... N'EST-CE PAS... MA METHODE DE LECTURE... JE LIS RELATIVEMENT PEU AU POINT_DE_VUE DES JOURNAUX, PARCE QUE JE "LIS", CE N'EST PAS SEULEMENT FEUILLETER, VOIR LES TITRES, ETC... ALORS, FINALEMENT, JE LIS QUATRE JOURNAUX PAR JOUR. J. CHANCEL - POURQUOI PAS LES AUTRES ?. M. GISCARD D'ESTAING - JUSTEMENT PARCE QU'ON NE PEUT PAS LIRE. ALORS, A CE MOMENT-LA, C'EST SIMPLEMENT DES IMPRESSIONS, DES TITRES, DES... ALORS QUE CE QUI M'INTERRESSE, C'EST DE LIRE LES TEXTES D'UN CERTAIN NOMBRE... J. CHANCEL - QUELS SONT LES JOURNAUX QUE VOUS NE LISEZ PAS ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, JE PEUX PLUTOT VOUS DIRE CEUX QUE JE LIS. JE LIS, COMME JOURNAUX DU MATIN, TROIS JOURNAUX QUI SONT LE_FIGARO, L_AURORE, FRANCE-SOIR, QUI EST UN JOURNAL DU MATIN POUR MOI PARCE QU'IL ARRIVE LE MATIN. JE LIS LE_QUOTIDIEN_DE_PARIS LORSQU'IL Y A DES ARTICLES QUE J'AI ENVIE DE LIRE. JE LIS LE_MONDE, LE SOIR\
=PRESSE= J. CHANCEL - VOUS NE LISEZ PAS L_HUMANITE ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE LIS PAS L_HUMANITE. JE LA LIS LORSQU'IL Y A UN ARTICLE... J. CHANCEL - LORSQU'ON PARLE DE VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, PAS LORSQU'ON PARLE DE MOI, MAIS LORSQU'ON PARLE D'UN CONFLIT OU D'UN PROBLEME. A CE MOMENT-LA, JE LIS L'ARTICLE SUR CE CONFLIT, SUR CE PROBLEME. JE VAIS VOUS DIRE POURQUOI JE NE LIS PAS PLUS C'EST POUR NE PAS ETRE CONDUIT PAR DES REACTIONS. JE CROIS QU'IL FAUT ETRE CONDUIT PAR UNE PROPRE CONVICTION, PAR LE DESIR QU'ON A DE FAIRE QUELQUE CHOSE. PAR CONTRE, SI ON EST CONDUIT PAR DES REACTIONS, ON A UNE ATTITUDE QUI EST A BASE DE NEGATIVITE, C'EST-A-DIRE QU'ON EST IRRITE PAR UN ARTICLE, OU BIEN QUE L'ON VEUT REPONDRE A UNE CRITIQUE. ET A CE MOMENT-LA, ON A UNE ESPECE DE POLITIQUE EN ZIGZAG, QUI EST DETERMINEE PAR LES REACTIONS. JE CROIS QU'IL FAUT AU CONTRAIRE AVOIR UNE IDEE, N'EST-CE PAS, SUIVRE SON IDEE, ET ALORS ECLAIRER SON IDEE PAR UN CERTAIN NOMBRE DE LECTURES, D'OBSERVATIONS. J. CHANCEL - VOUS ETES TOUJOURS PRET A TELEPHONER A UN JOURNALISTE QUI A DIT DU MAL DE VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. JE NE CROIS PAS. D'AILLEURS JE NE CROIS PAS AVOIR TELEPHONE A CEUX QUI ONT DIT DU MAL DE MOI. NON. QUAND IL Y A QUELQUE CHOSE QUI ME PARAIT UNE INTERPRETATION INEXACTE, ALORS JE L'APPELLE POUR LUI DIRE : "A MON AVIS, L'INTERPRETATION N'EST PAS EXACTE". MAIS JE N'AI PAS TELEPHONE, A MA CONNAISSANCE, A UN JOURNALISTE POUR LUI DIRE : "VOUS AVEZ DIT DU MAL DE MOI, ET JE VOUS APPELLE PARCE QUE..."\
J. CHANCEL - VOUS PENSEZ A LA POSTERITE, SURTOUT A L'IMAGE QU'ELLE GARDERA DE VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE SUIS SUR QUE LA PROSTERITE NE GARDERA AUCUNE IMAGE DE MOI. J. CHANCEL - VOUS LE DITES SINCEREMENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - SINCEREMENT. J. CHANCEL - C'EST DE LA MODESTIE ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. C'EST LA CONSTATATION. AUTREFOIS, JE VEUX DIRE... ENFIN ON A TOUS UNE CERTAINE PRECAUTION CONTRE LA MORT. CE N'EST PAS UNE IDEE A LAQUELLE JE PENSE BEAUCOUP, MAIS ENFIN TOUT LE MONDE...\
J. CHANCEL - "NOUS SOMMES DANS UN VIEUX PAYS CELTE QUI RESPECTE LA MORT", AVEZ-VOUS DIT. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, ABSOLUMENT. ET JE SUIS D'UNE REGION ET D'UNE TRADITION QUI RESPECTENT LA MORT. JE NE SAIS PAS SI VOUS AVEZ ASSISTE A UN ENTERREMENT EN AUVERGNE. C'EST LA CEREMONIE LA PLUS IMPORTANTE, EN REALITE DE LA VIE LOCALE. TOUTE LA POPULATION Y EST, SUIVANT UN RITE QUI EST UN RITE TOUT A FAIT PRECIS, AVEC UN VETEMENT OU UNE FACON DE SE PRESENTER QUI EST SOLENNELLE. ALORS IL Y A EN EFFET CE GRAND RESPECT DE LA MORT DES PAYS CELTES, ET EN-PARTICULIER DE MA PROVINCE D'ORIGINE. MAIS SI VOUS VOULEZ, POUR MOI AUTREFOIS, COMME ENFANT, COMME ADOLESCENT, POUR ME PROTEGER CONTRE LA MORT, J'AVAIS L'IDEE DE LA POSTERITE. JE ME DISAIS : "JE FERAI QUELQUE CHOSE". ET A CE MOMENT-LA, EH BIEN MON IDEE N'ETAIT PAS DE FAIRE QUELQUE CHOSE : C'ETAIT D'ECRIRE QUELQUE CHOSE QUI RESTERA, QUE LES GENS LIRONT, ETUDIERONT, ILS SE DIRONT : IL A EXISTE, IL A FAIT CECI ET CELA ETC. A L'HEURE ACTUELLE JE CONSIDERE COMME UN FAIT D'OBSERVATION SCIENTIFIQUE, SI VOUS VOULEZ, QUE LES HOMMES POLITIQUES NE LAISSERONT PRATIQUEMENT AUCUNE TRACE. J. CHANCEL - AUCUNE TRACE, TOUS LES HOMMES POLITIQUES ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE CROIS. OUI, TOUS LES HOMMES POLITIQUES. J. CHANCEL - KENNEDY ?. M. GISCARD D'ESTAING - ECOUTEZ... KENNEDY A DISPARU IL Y A MAINTENANT DOUZE ANS. ET DEJA SA TRACE S'EST TOUT DE MEME FORTEMENT ESTOMPEE. ET CETTE IDEE QU'ON AVAIT AUTREFOIS DU CULTE D'UN CERTAIN NOMBRE D'HOMMES POLITIQUES EST QUELQUE CHOSE QUI DISPARAIT POUR UNE RAISON DONT VOUS ETES, D'AILLEURS INDIRECTEMENT RESPONSABLES : C'EST LA MULTIPLICATION DE L'INFORMATION. AUTREFOIS, QUELQU'UN QUI VIVAIT DANS UNE MAISON ISOLEE, SOIT A LA CAMPAGNE SOIT DANS LA VILLE, IL AVAIT DANS SA VIE PEU D'INFORMATIONS. ALORS IL CONNAISSAIT QUELQUES PERSONNAGES, ET SI CES PERSONNAGES AVAIENT FAIT DES CHOSES EXTRAORDINAIRES, IL S'EN SOUVENAIT ET IL EN TRANSMETTAIT LE SOUVENIR. A L'HEURE ACTUELLE, TOUS LES SOIRS LES FRANCAIS RECOIVENT AU MINIMUM QUINZE MESSAGES D'INFORMATIONS. ILS VOIENT SUR LES ECRANS DE LA TELEVISION, ILS ENTENDENT A LA RADIO TOUTES SORTES DE VOIX. ET LA MULTIPLICATION DES IMPRESSIONS FAIT QUE TOUT CE QUI A DISPARU A DISPARU\
J. CHANCEL - LA MORT DE KENNEDY, EST-CE UN DRAME QUI VOUS A TROUBLE ?. M. GISCARD D'ESTAING - J'ETAIS DANS LA RUE AU MOMENT OU CA A ETE ANNONCE. ET JE GARDE CE SOUVENIR QUE J'AI ENTENDU A LA RADIO. ON L'A ANNONCE, JE CROIS, VERS 9 HEURES ET DEMIE, IL ME SEMBLE, 9 HEURES - 9 HEURES ET DEMI, UN SOIR QUI ETAIT D'AILLEURS UN SOIR D'AUTOMNE (C'ETAIT AU MOIS DE NOVEMBRE VOUS VOUS EN SOUVENEZ...) ET IL FAISAIT ASSEZ BEAU. ET, CHOSE CURIEUSE, J'AI REMARQUE QUE LA RUE CHANGEAIT, ALORS QU'IL N'Y AVAIT PERSONNE OU PRESQUE PERSONNE. C'ETAIT RESSENTI PHYSIQUEMENT COMME UN CHOC, TOUT DE SUITE, PAR L'OPINION FRANCAISE ET EGALEMENT PAR MOI. PAR CONTRE, LE COTE CIRCONSTANCES, ENQUETES, CE N'EST PAS DU TOUT QUELQUE CHOSE QUE J'AI SUIVI. J. CHANCEL - VOUS AVEZ PEUR VOUS-MEME D'UN ATTENTAT ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. PAS DU TOUT
- JE DOIS DIRE, SI VOUS VOULEZ, CA SE PASSE EXACTEMENT COMME QUELQU'UN QUI PART EN AUTO POUR SES VACANCES. IL SAIT QU'IL Y A UNE CHANCE SUR JE NE SAIS COMBIEN QU'IL AIT UN ACCIDENT MORTEL. ALORS QUAND ON EXERCE LA FONCTION D'HOMME_D_ETAT, IL Y A UNE CHANCE SUR JE NE SAIS PAS COMBIEN D'ETRE VICTIME D'UN ATTENTAT. DU RESTE, CA FAIT PARTIE DE LA FONCTION, ET C'EST QUELQUE CHOSE QUE JE SAIS MAIS QUELQUE CHOSE A QUOI JE NE PENSE JAMAIS. J. CHANCEL - LORSQUE VOUS SORTEZ LE SOIR, SEUL, ETES VOUS IMPRUDENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. D'ABORD IL Y A UNE VOITURE QUI ME SUIT. J. CHANCEL - TOUJOURS ?. M. GISCARD D'ESTAING - OH
- PRATIQUEMENT TOUJOURS. SAUF A LA CAMPAGNE... (ENSEMBLE)... J. CHANCEL - A LA CAMPAGNE NON ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. ET POURQUOI UNE VOITURE QUI ME SUIT ? PLUS, JE DIRAI POUR LE RISQUE D'ACCIDENT, POUR LE RISQUE DE PANNE, PARCE QUE, EN EFFET, ON NE PEUT PAS FAIRE DE L'AUTO-STOP OU ALLER CHERCHER UN GARAGISTE. DONC C'EST POUR CE MOTIF PLUS D'AILLEURS QUE POUR UN MOTIF DE SECURITE. ALORS A LA CAMPAGNE, PAR CONTRE, JE CIRCULE SEUL. MAIS JE DOIS DIRE QUE JE N'AI ABSOLUMENT PAS DE CRAINTE\
J. CHANCEL - VOUS ARRIVEZ A PLIER LE TEMPS A VOS DESSEINS ? VOUS AVEZ PARLE DU TEMPS TOUT A L'HEURE... M. GISCARD D'ESTAING - OUI. ENFIN... IL Y A DEUX CHOSES DANS LE TEMPS. IL Y A L'OCCUPATION, LE TRAVAIL, ET PUIS IL Y A LE LENT DEROULEMENT DU TEMPS. ALORS, SUR LE TRAVAIL, VOUS SAVEZ IL EST PLUS FACILE D'ORGANISER SON TRAVAIL QUAND ON EST PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE QUE LORSQU'ON EST, PAR EXEMPLE, MINISTRE, PARCE QUE C'EST UNE EVIDENCE : TOUT DEPEND DE SOI. QUAND J'ETAIS MINISTRE DES FINANCES, J'ETAIS OBLIGE D'ALLER AU PARLEMENT, NATURELLEMENT A MATIGNON CHEZ LE PREMIER MINISTRE, A L'ELYSEE POUR VOIR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, A DES REUNIONS INTERNATIONALES, ET AINSI DE SUITE. DONC ON EST TRES, DANS L'ORGANISATION DE SON TRAVAIL, EXTRAORDINAIREMENT DEPENDANT, ET D'AILLEURS C'EST UNE SOURCE DE TENSION NERVEUSE ET DE DISPERSION, ALORS QUE, LA, ON EST PRATIQUEMENT ENTIEREMENT MAITRE DE SON TEMPS. DONC ON PEUT AVOIR, A MON AVIS, UNE BIEN MEILLEURE ORGANISATION. NATURELLEMENT ON DERANGE LES AUTRES, MAIS ENFIN ON EST MAITRE DE SON ORGANISATION. IL Y A PAR CONTRE LE TEMPS LONG, C'EST-A-DIRE LE TEMPS QU'IL FAUT POUR FAIRE LES CHOSES. ET J'ATTACHE AU TEMPS LA PLUS GRANDE IMPORTANCE. C'EST CURIEUX, PARCE QU'EN FRANCE ON N'ATTACHE... ON N'AIME PAS LE TEMPS. L'IDEE FRANCAISE, C'EST QU'IL FAUDRAIT QUE TOUT SOIT FAIT TOUT DE SUITE ET QU'ON NE COMPREND PAS POURQUOI CA N'EST PAS FAIT TOUT DE SUITE. J. CHANCEL - VOUS ETES AINSI, VOUS AUSSI ?. M. GISCARD D'ESTAING - AH
- PAS DU TOUT
- POUR MOI, LE TEMPS, C'EST UNE MATIERE. C'EST UNE MATIERE QU'ON TRAVAILLE COMME ON TRAVAILLERAIT UNE AUTRE MATIERE, PARCE QUE JE CROIS QUE TOUTES LES TRANSFORMATIONS, CE SONT DES TRANSFORMATIONS QUI PASSENT PAR UNE PRISE DE CONSCIENCE. ET LES PRISES DE CONSCIENCE, C'EST LENT. ON PASSE PAR EXEMPLE DE L'ADOLESCENCE A L'ETAT D'ADULTE. C'EST QU'UNE PRISE DE CONSCIENCE, CA VOUS PREND DES ANNEES. QUAND ON A UN ENFANT, POUR PEU QUE CELA VOUS ARRIVE, IL FAUT DES SEMAINES POUR COMPRENDRE QUE CET ENFANT EST NE, QUE C'EST QUELQUE CHOSE DE DIFFERENT. ET, D'AUTRE_PART, LE TEMPS EST UNE MATIERE NECESSAIRE. ET DANS LE CALENDRIER DE L'ACTION, JE LE DIS TOUJOURS : COMMENT FAUT-IL SE SERVIR DU TEMPS ?. QUEL EST LE RYTHME QUI CORRESPOND ? ET POUR REALISER UNE REFORME, IL FAUT BEAUCOUP DE TEMPS\
J. CHANCEL - IL VOUS ARRIVE D'AVOIR LE TEMPS DE FAIRE LES COMPTES ET DE VOIR CE QUE LE POUVOIR A FAIT DE VOUS ? JE NE PENSE PAS A CE QUE VOUS AVEZ FAIT AU POUVOIR. LE POUVOIR VOUS A TRANSFORME ? A FAIT DE VOUS UN AUTRE HOMME ?. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST UN PEU LE SUJET DE VOS QUESTIONS. JE NE CROIS PAS. JE... J. CHANCEL - VOUS NE VOUS TROUVEZ PAS CHANGE ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN J'AI LU... J'AI RECU UN JOURNALISTE RECEMMENT QUI A FAIT ENSUITE UN ARTICLE ET QUI A DIT, LUI, QU'IL M'AVAIT TROUVE CHANGE. ALORS JE ME SUIS DIT QUE, PUISQU'IL M'AVAIT VU, CE DEVAIT ETRE VRAI. NON. NATURELLEMENT, JE NE CROIS PAS AVOIR CHANGE, SAUF QUE, NATURELLEMENT, UNE ANNEE A PASSE. J'AI EU TOUTES SORTES D'IMPRESSIONS, ET EN CE SENS LA IL SE PEUT..\
J. CHANCEL - VOUS N'ETES PAS DIFFERENT DU MINISTRE DES FINANCES QUE VOUS AVEZ ETE ?. M. GISCARD D'ESTAING - CE QUI M'A CHANGE, SI QUELQUE CHOSE M'A CHANGE, C'EST PLUS LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE QUE LA FONCTION PRESIDENTIELLE. J. CHANCEL - VOUS AVEZ L'IMPRESSION D'AVOIR VRAIMENT GAGNE, AU-COURS DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE ?. M. GISCARD D'ESTAING - DEPUIS LE DEBUT DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE, J'AVAIS LA CERTITUDE QUE, FINALEMENT, L'ELECTION ME SERAIT FAVORABLE. C'ETAIT CURIEUX PARCE QUE, NATURELLEMENT, LES SONDAGES AU DEBUT N'ETAIENT PAS BONS... J. CHANCEL - TOUJOURS SUR DE VOUS. M. GISCARD D'ESTAING - CE N'EST PAS TOUT A FAIT CA. ENFIN... IL Y A PEUT-ETRE DE CELA AUSSI. NON. C'EST PARCE QUE JE CROYAIS QUE CETTE CAMPAGNE CORRESPONDAIT A UNE ESPECE DE RENCONTRE AVEC UN EVENEMENT ET AVEC UN CHOIX. D'AILLEURS, AU DEBUT DE VOS QUESTIONS, TOUT A L'HEURE, VOUS AVEZ DIT : "MAIS ENFIN, CETTE COMMEMORATION, UN AN APRES, EST-CE QUE CE N'EST PAS TROP ?" C'EST CE QUE VOUS VOULIEZ DIRE ?. J. CHANCEL - OUI. LES AUTRES PRESIDENTS DE LA REPUBLIQUE N'ONT PAS FETE LA CHOSE DE LA MEME MANIERE. M. GISCARD D'ESTAING - POUR LE GENERAL DE GAULLE, JE NE M'EN SOUVIENS PAS. POUR LE PRESIDENT POMPIDOU... J. CHANCEL - JE CROIS QU'IL AVAIT DIT : "ON FERA UN PETIT QUELQUE CHOSE". M. GISCARD D'ESTAING - C'EST CA. POUR LE PRESIDENT POMPIDOU, CA M'AVAIT, JE DIRAI, UN PEU ATTRISTE POUR LUI. TOUS LES ANS, A L'ANNIVERSAIRE DE SON ELECTION PRESIDENTIELLE, JE ME SUIS MANIFESTE. JE LUI AI ENVOYE UN MOT, J'AI FAIT QUELQUE CHOSE, ENFIN... ET IL N'Y AVAIT PAS DE COMMEMORATION. ET CA M'APPARAISSAIT QUELQUE CHOSE D'INJUSTE PARCE QUE C'EST LE GRAND EVENEMENT DE LA POLITIQUE NATIONALE, C'EST LE GRAND EVENEMENT POLITIQUE CONTEMPORAIN. IL EST DONC NATUREL QU'ON LE NOTE. D'AUTRE_PART, IL FAUT DE TEMPS EN TEMPS SE POSER LA QUESTION DE SAVOIR SI CE QUI EST FAIT OU CE QUI A ETE FAIT CORRESPONDAIT BIEN A CE QU'ON AVAIT DIT ET JE TROUVE QUE C'ETAIT L'OCCASION DE LE FAIRE\
J. CHANCEL - LOUIS XI, QUE VOUS AIMEZ BEAUCOUP, PARAIT-IL... M. GISCARD D'ESTAING - JE L'AIME PARCE QUE J'AI LU UN TRES BON LIVRE. ALORS QUAND ON LIT UN TRES BON LIVRE, ON S'INTERESSE AU PERSONNAGE. ET C'EST UN PERSONNAGE QUI A TRAITE UN CERTAIN NOMBRE DE SUJETS QUI SONT DES SUJETS CONTEMPORAINS ET QUI, D'AUTRE_PART, AVAIT UN MODE_DE_VIE ET UNE ATTITUDE QUI M'ONT EN EFFET BEAUCOUP INTERESSE. C'EST UN HOMME TRES CURIEUX POUR SON EPOQUE, PARCE QU'IL ETAIT D'UNE TRES GRANDE SIMPLICITE. QUAND ON VOIT TOUS LES DESSINS CLASSIQUES QU'ON VOIT DANS LES LIVRES D'HISTOIRE, C'ETAIT SON COSTUME DE TOUS LES JOURS... C'ETAIT QUELQU'UN QUI A PORTE UNE VESTE DE TOILE, A PEU PRES TOUJOURS LA MEME, QUI ETAIT UN COSTUME DE CHASSE, EN REALITE, ET QUI ETAIT TOUJOURS SON MEME COSTUME. IL RECEVAIT LES ENVOYES DES GRANDS CHEFS DE L'EPOQUE, DU DUC DE BOURGOGNE... QUI ETAIENT COUVERTS D'ORNEMENTS, DE FOURRURES, ETC... ET LUI ETAIT TOUJOURS DANS CET UNIQUE COSTUME DE CHASSE QU'IL A PORTE TOUTE SA VIE. ET IL CIRCULAIT CONSTAMMENT DANS LA CAMPAGNE FRANCAISE. IL HABITAIT, COMME VOUS LE SAVEZ, LE VAL DE LOIRE, ENFIN LA PLUPART DU TEMPS. PRESQUE CHAQUE SAISON IL PARTAIT PENDANT PLUSIEURS SEMAINES DANS DES VOYAGES DANS LA CAMPAGNE FRANCAISE, ET IL S'ARRETAIT DANS LES MAISONS. IL HABITAIT DES MAISONS... J. CHANCEL - COMME VOUS. M. GISCARD D'ESTAING - TOUT D'ABORD, MOI JE N'HABITE PAS LES MAISONS... J. CHANCEL - VOUS Y PASSEZ. M. GISCARD D'ESTAING - J'Y PASSE, OUI. J. CHANCEL - JE VOUS PARLE DE LOUIS XI PARCE QUE, PARAIT-IL, IL ETAIT DEUX FOIS PLUS HABILE ET TROIS PLUS RAPIDE QUE SES SEMBLABLES. VOUS AUSSI ?. M. GISCARD D'ESTAING - IL AVAIT QUELQUE CHOSE QUE JE N'AI PAS DU TOUT, ET QUI EST POURTANT UN ELEMENT DE SA SUPERIORITE, QUI ETAIT UN GOUT EXTRAORDINAIRE DE L'INTRIGUE, AU-POINT QU'IL CHERCHAIT L'INTRIGUE POUR L'INTRIGUE ET LA DIFFICULTE POUR LA DIFFICULTE. SA CELEBRE HISTOIRE QUAND IL EST ALLE A PERONNE EST UNE HISTOIRE TOUT A FAIT CURIEUSE, PARCE QU'IL EST ALLE CHEZ SON ADVERSAIRE, CHEZ SON ENNEMI, DANS L'ARMEE DE SON ENNEMI, SANS AUCUNE PROTECTION, EN SOMME EN PROVOQUANT ABSOLUMENT LE RISQUE ET AVEC L'IDEE QU'IL AVAIT UNE TELLE SUPERIORITE D'INTRIGUE, DE DISCUSSION, ET DE CHARME QU'IL REUSSIRAIT A RENVERSER LA SITUATION A SON AVANTAGE. ET FINALEMENT, COMME VOUS LE SAVEZ, CELA A ECHOUE. OR JE N'AI PAS DU TOUT LE GOUT DE L'INTRIGUE, JE NE SUIS PAS DU TOUT SUR QUE J'Y REUSSIRAIS\
J. CHANCEL - VOUS AIMEZ VOTRE VOIX ? PARCE QU'ON S'OCCUPE BEAUCOUP DE VOTRE VOIX, LES IMITATEURS S'EN EMPARENT, J'AI MEME ENTENDU RECEMMENT UN DISQUE OU VOUS DIALOGUEZ AVEC BRIGITTE BARDOT, ENFIN, PAR IMITATEUR INTERPOSE,... IL S'AGIT D'YVELINE PAGES ET DE PATRICK BURGEL. VOUS AIMEZ, COMME CA, QU'ON S'AMUSE DE VOUS ? ET AVEZ-VOUS LE SENS DE L'HUMOUR ? M. GISCARD D'ESTAING - OUI, HEUREUSEMENT. J. CHANCEL - POURQUOI, HEUREUSEMENT ? CE SERAIT TRISTE, AUTREMENT. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, PARCE QU'AVOIR LE SENS DE L'HUMOUR CELA VEUT SIMPLEMENT DIRE QU'ON VOIT CE QU'ON EST ET QU'ON NE S'IDENTIFIE PAS A L'ATTITUDE OU, HELAS, A LA POSTURE QUE LA FONCTION VOUS DONNE. J. CHANCEL - VOUS AIMEZ PARFOIS AUSSI A AGACER ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. J. CHANCEL - NON ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. MAIS CITEZ-MOI UN EXEMPLE ?. J. CHANCEL - JE VOUS VOIS PARFOIS OPERANT D'UNE CERTAINE MANIERE ETANT VIF ET PEUT-ETRE IRONIQUE ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN... IRONIQUE, OUI, N'EST-CE PAS, IRONIQUE OUI, ET JE CROIS QU'IL Y A DANS L'ACTION POLITIQUE UN CERTAIN DEGRE DE PROVOCATION, UN CERTAIN DEGRE, PARCE QU'IL FAUT SUSCITER UNE REACTION, EN REALITE. J. CHANCEL - VOUS ETES UN PROVOCATEUR ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, ENFIN, IL FAUT UTILISER DE TEMPS EN TEMPS, POUR FAIRE APPARAITRE UNE SITUATION, FAIRE PRENDRE CONSCIENCE, IL FAUT UTILISER UNE CERTAINE FORME DE PROVOCATION\
J. CHANCEL - SI VOUS ETIEZ DANS L'OPPOSITION, COMMENT ATTAQUERIEZ-VOUS GISCARD ?. M. GISCARD D'ESTAING - D'ABORD, SI J'ETAIS DANS L'OPPOSITION, JE CROIS VRAIMENT POUVOIR DIRE QUE JE PARTICIPERAIS A UN DIALOGUE DEMOCRATIQUE EN FRANCE. SI JE N'AVAIS PAS ETE ELU, CE QUI AURAIT ETE POSSIBLE, NATURELLEMENT... J. CHANCEL - VOUS Y PENSEZ, PARFOIS ?. M. GISCARD D'ESTAING - ... VOUS ME POSEZ LA QUESTION... NON, JE N'Y PENSE PAS, CE N'EST PAS ... JE N'IMAGINE PAS BEAUCOUP, AU FOND, CE QUI SE SERAIT PASSE. JE N'EN SAIS RIEN. MAIS J'Y AVAIS PENSE AVANT, AU MOMENT OU CERTAINES QUESTIONS SE POSAIENT, ET J'AURAIS CERTAINEMENT EU UN DIALOGUE DEMOCRATIQUE AVEC LES DIRIGEANTS AU POUVOIR\
J. CHANCEL - ON PEUT PENSER QUE VOUS AVEZ CREE UN PERSONNAGE AVANT DE FAIRE UNE POLITIQUE ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, CA, C'EST UN PEU... C'EST UN POINT_DE_VUE UN PEU SYSTEMATIQUE. DE TOUTES FACON UN CHEF_D_ETAT C'EST UN PERSONNAGE. SUPPOSEZ LE PRESIDENT SADATE, QUE VOUS AVEZ VU ICI, C'EST UN PERSONNAGE. PRENEZ LE PRESIDENT BOUMEDIENE, C'EST UN PERSONNAGE. SI VOUS PRENEZ FIDEL CASTRO, C'EST UN PERSONNAGE. SI VOUS PRENEZ LE PRESIDENT MAO TSE TOUNG, C'EST UN PERSONNAGE. ALORS, POURQUOI VOUDRIEZ-VOUS QUE LE PRESIDENT FRANCAIS NE SOIT PAS UN PERSONNAGE ? C'EST QUELQU'UN, JE PEUX DIRE, ET COMME C'EST UNE FONCTION QUI EST TRES FORTE, QUI EST TRES TYPEE, ALORS, NATURELLEMENT, CELUI QUI L'OCCUPE A MOINS D'ETRE TRES PALE, EST UN PERSONNAGE. MAIS JE N'AI PAS CHERCHE TELLEMENT A APPARAITRE COMME UN PERSONNAGE. JE ME SUIS EFFORCE DE DONNER DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE UNE AUTRE IMAGE, CE QUI N'EST PAS TOUT A FAIT PAREIL, PARCE QUE JE SUIS TRES ATTACHE A LA SUPERIORITE DE LA FRANCE. J'ESTIME, ET C'EST UNE CHOSE QUE J'AI DITE, POUR MOI LA FRANCE EST CE QU'IL Y A DE MEILLEUR. ON POURRAIT DEVELOPPER CE SUJET. ET DONC, IL FAUT QUE LE PERSONNAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE AIT UN CERTAIN TYPE, EXPRIME QUELQUE CHOSE. ALORS JE ME SUIS EFFORCE, EN EFFET D'EXPRIMER CE QUELQUE CHOSE ET JE DIRAI QUE DANS LES MANIFESTATIONS EXTERIEURES QUI ONT EU _LIEU, QUAND JE SUIS ALLE, PAR EXEMPLE, EN AFRIQUE DU NORD OU DANS TELLE OU TELLE RENCONTRE INTERNATIONALE, CE QUI ME FAISAIT PLAISIR C'ETAIT DE VOIR QUE LE PERSONNAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE C'ETAIT UN PERSONNAGE QUI ETAIT RESSENTI PAR L'OPINION. ET CA, JE CROIS QUE C'EST TOUT A FAIT NECESSAIRE. MAIS EN MEME TEMPS, NATURELLEMENT, LA POLITIQUE ETAIT EN-COURS ET LA POLITIQUE, ELLE, A SON PROPRE CALENDRIER. MAIS LES REFORMES LES PLUS IMPORTANTES, QUI SONT LES REFOMRES QU'IL FAUT FAIRE MAINTENANT, CE SONT DES REFORMES QUI SONT TOUTES ENGAGEES, C'EST-A-DIRE POUR LESQUELLES LES ORIENTATIONS DE PRINCIPE, LES ETUDES ONT ETE COMMENCEES\
J. CHANCEL - C'EST DIAGHILEV, JE CROIS, QUI DISAIT A COCTEAU : ETONNE-MOI. LA FRANCE VOUS AURAIT-ELLE DIT LA MEME PHRASE, OU LE MONDE ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. J. CHANCEL - FAUT-IL ETONNER LES AUTRES ?. M. GISCARD D'ESTAING - IL NE FAUT PAS CHERCHER A LES ETONNER. J. CHANCEL - A LES SURPRENDRE ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, JE CROIS, QU'IL FAUT D'ABORD, DE TEMPS EN TEMPS, IL FAUT PRENDRE DES DECISIONS QUI SONT DES DECISIONS QUI ONT UNE ESPECE DE CARACTERE REVELATEUR. J'AI FAIT DES CHOSES QUI ONT ETE CRITIQUEES, IL Y A DES POINTS SUR LESQUELS JE M'INTERROGE. PAR EXEMPLE, VOUS VOUS SOUVENEZ, JE SUIS ALLE DANS LES PRISONS L'ETE DERNIER, J'AI SERRE LA MAIN A DES DETENUS, OR CELA A ETE CRITIQUE, ET JE ME SUIS DIT : "JE PENSE QU'ON A RAISON DE ME CRITIQUER, APRES TOUT", JE PENSE, SI VOUS VOULEZ, QUE DANS L'IMAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE, C'EST UN PAYS QUI EST TRES HUMAIN, QUI DOIT ETRE TRES HUMAIN, TRES CONSCIENT DES PROBLEMES DE L'INDIVIDU, DES DIFFICULTES DE L'INDIVIDU, DES DISTANCES A ABOLIR, DES INJUSTICES A EFFACER ET PUIS, APRES TOUT, IL FALLAIT MEME SI CELA ALLAIT UN PEU LOIN, PRENDRE UNE PAREILLE INITIATIVE\
J. CHANCEL - NORMALEMENT, A LA PLACE QUE VOUS OCCUPEZ, VOUS NE DEVRIEZ PLUS ETRE GISCARDIEN ?. M. GISCARD D'ESTAING - CE QUE VOUS APPELEZ LE GISCARDISME, CELA N'A JAMAIS ETE VOUS LE SAVEZ UN PARTI POLITIQUE... UN PARTI POLITIQUE AU SENS D'UNE ORGANISATION TRES STRUCTUREE £ C'ETAIT CE QU'ON PEUT APPELER UNE TENDANCE. ALORS COMME L'ACTION QUE JE POURSUIS RESTE DANS L'AXE DE CETTE TENDANCE, DE CE POINT_DE_VUE JE SUIS ENCORE GISCARDIEN MAIS CELA NE VEUT PAS DIRE QUE C'EST UN PARTI POLITIQUE OU UN CLAN POLITIQUE QUI EST AU POUVOIR. J. CHANCEL - UNE SEULE FOIS DANS VOTRE VIE, AVEZ VOUS ETE GAULLISTE ?. M. GISCARD D'ESTAING - VOUS VOULEZ DIRE AU SENS DE... J. CHANCEL - AU VRAI SENS. M. GISCARD D'ESTAING - NON, PARCE QU'IL Y A DEUX CHOSES, IL Y A ... C'EST UN MOT AMBIGU PARCE QU'IL A DE L'ADMIRATION POUR LE GENERAL DE GAULLE, LE SOUTIEN DE SON ACTION ET LE FAIT D'APPARTENIR, D'AVOIR APPARTENU AU PARTI...\
J. CHANCEL - IL EST NEUF HEURES ET J'AI L'IMPRESSION QUE VOUS ETES UN PEU EN RETARD. ALORS, EST-CE LA PENDULE ?. M. GISCARD D'ESTAING - DEUX MINUTES, UNE MINUTE ET DEMIE. J. CHANCEL - OUI C'EST CA. M. GISCARD D'ESTAING - NEUF HEURES DEUX =MINUTE=. J'AI BEAUCOUP ADMIRE ET J'ADMIRE BEAUCOUP LE GENERAL DE GAULLE. DONC, EN CE SENS, SI VOUS VOULEZ, JE SUIS GAULLISTE ET J'AI TOUJOURS, ENFIN, ADMIRE SON ACTION. D'AILLEURS J'AURAI L'OCCASION, PROBABLEMENT D'ICI LA FIN DE L'ANNEE, D'ECRIRE CE QU'ONT ETE MES RAPPORTS PERSONNELS AVEC LE GENERAL DE GAULLE. J. CHANCEL - D'ECRIRE... M. GISCARD D'ESTAING - D'ECRIRE OUI, C'EST QUELQUE CHOSE QU'IL FAUT ECRIRE. J. CHANCEL - ET LES ECRIRE POUR EN FAIRE UN LIVRE ?. M. GISCARD D'ESTAING - PAS UN LIVRE, PEUT-ETRE, MAIS ENFIN UN LONG ARTICLE OU... J. CHANCEL - VOUS ETES POUSSE, D'AILLEURS, PAR CE DEMON DE L'ECRITURE ET EN CE MOMENT... M. GISCARD D'ESTAING - J'Y VIENS, VOUS ME FAITES... J. CHANCEL - ON PARLAIT DU GAULLISME. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, ON PARLAIT DU GAULLISME, JE DIRAI, QUE, DANS L'EXERCICE DE MA FONCTION, LA PERSONNE DONT J'AI LE PLUS APPRIS C'EST LE GENERAL DE GAULLE. QUAND J'ETAIS AU CONSEIL DES MINISTRES, DANS LES ANNEES 59 - 60 =1959 - 1960= JE L'OBSERVAIS POUR APPRENDRE, ET IL M'A APPRIS DES CHOSES TOUT A FAIT PRECISES, QUANT A LA METHODE DE GOUVERNER, LA MANIERE D'ETRE. PAR CONTRE JE N'AI JAMAIS FAIT PARTIE DU PARTI. AU DEBUT JE SUIS ALLE AUX PREMIERES MANIFESTATIONS DU R.P.F. JE ME SOUVIENS, AU BOIS DE VINCENNES, EN 1948 OU 1949, MAIS JE N'AI FAIT PARTIE D'AUCUN PARTI STRUCTURE JUSQU'A MON ELECTION, ET COMME J'AI ETE ELU DANS LE PUY-DE-DOME A UNE ELECTION OU LE GAULLISME N'ETAIT PAS PRESENT DANS LA COMPETITION ELECTORALE, C'ETAIT EN 1956, JE SUIS TOUJOURS RESTE DANS LA MEME LIGNE. J. CHANCEL - VOUS ETES TOUCHE PAR LE DEMON DE L'ECRITURE ?. M. GISCARD D'ESTAING - PAR LE DEMON DE L'EXPRESSION, JE CROIS QUE LA CHOSE QUI ME... J. CHANCEL - L'EXPRESSION TRAVAILLEE, TOUT DE MEME... M. GISCARD D'ESTAING - OUI, C'EST CELA. L'EXPRESSION\
J. CHANCEL - VOUS AVEZ LU, DE FRANCOIS MITTERRAND "APOSTROPHES" ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, JE NE L'AI PAS LU. J. CHANCEL - IL A BEAUCOUP PARLE DE LA LITTERATURE ET DES CHOSES QU'IL AIMAIT... ET VOUS AVIEZ, VOUS PROMIS UNE FOIS, DE PARLER DE FLAUBERT ET DE MAUPASSANT... M. GISCARD D'ESTAING - OUI EN REALITE CELA NE S'EST PAS - JUSQU'A PRESENT PRODUIT - PARCE QU'IL FALLAIT UNE CIRCONSTANCE POUR LE FAIRE, POUR QUE CE NE SOIT PAS UNE CHOSE ARTIFICIELLE, MAIS SI LA CIRCONSTANCE SE PRODUISAIT, C'EST-A-DIRE LA PARUTION D'UN LIVRE IMPORTANT, EH BIEN JE LE FERAIS VOLONTIERS. SI VOUS VOULEZ, C'EST L'EXPRESSION... ET JE DIRAI D'AILLEURS QUE DANS MA FONCTION LA CHOSE QUI EST LE PLUS RECOMPENSANTE, C'EST LORSQUE L'EXPRESSION ATTEINT SON OBJECTIF SUR UN AUDITOIRE, SUR UNE FOULE. J. CHANCEL - VOUS L'ATTEIGNEZ SOUVENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - PAS SOUVENT, NON. D'AILLEURS SOUVENT ON SE DIT "CA C'EST ASSEZ CURIEUX, PARCE QUE... ENFIN, CA, VOUS DEVEZ..." ENFIN, LES CHOSES QUI ATTEIGNENT L'OPINION NE SONT PAS CELLES QU'ON CROIRAIT. DE TEMPS EN TEMPS ON DIT QUELQUE CHOSE QUI VOUS TOUCHE BEAUCOUP ET ON S'APERCOIT QU'ELLE N'A PAS D'ECHO, ET DE TEMPS EN TEMPS ON DIT QUELQUE CHOSE QUI EST PLUS... PARFOIS PLUS FACILE, ET QUI A DAVANTAGE D'ECHO\
J. CHANCEL - VOUS AVEZ L'IMPRESSION D'ETRE PLUS AIME QU'IL Y A UN AN ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. J. CHANCEL - CELA VOUS FAIT CHAUD AU COEUR ?. M. GISCARD D'ESTAING - BIEN SUR, CELA FAIT CHAUD AU COEUR...TENEZ, L'AUTRE JOUR JE SUIS ALLE DANS UN VILLAGE D'ALSACE... NOUS NOUS SOMMES POSES A L'AERODROME DE STRASBOURG, ET PUIS ON A SUIVI LA ROUTE POUR ALLER A CE VILLAGE. ET IL Y AVAIT DES GENS QUI ETAIENT VENUS SUR LE BORD DE LA ROUTE, QUI AVAIENT APPRIS L'HEURE, ET QUI ETAIENT TRES NOMBREUX, TOUT LE LONG. ALORS ON VOYAIT LES VOITURES QUI ETAIENT GAREES, PUISQU'ILS VENAIENT DES VILLAGES VOISINS, ET LES GENS TOUT AU LONG DE LA ROUTE, DANS LES VILLAGES OU SUR LA ROUTE. ET CELA M'A FAIT TRES CHAUD AU COEUR, PARCE QUE, AU FOND, LES FOULES QUI M'AVAIENT ACCLAME AVANT C'ETAIT EN ALGERIE, C'ETAIT AU MAROC, MAIS C'ETAIT TRES IMPORTANT POUR MOI DE RETROUVER LES FOULES FRANCAISES. ET DONC CELA M'A FAIT TRES CHAUD AU COEUR. J. CHANCEL - VOUS AVEZ, MONSIEUR LE PRESIDENT, UNE SOIF D'ASSIMILATION AUX AUTRES... ET AU PEUPLE. ON POURRAIT PENSER QUE VOUS EN ETES TERRIBLEMENT ELOIGNE ENCORE... VOUS SORTEZ BEAUCOUP, VOUS ALLEZ DINER EN VILLE, EST-CE POUR VOUS RAPPROCHER OU POUR ABOLIR LES DISTANCES ?. M. GISCARD D'ESTAING - ALORS LA VOUS COMMETTEZ A CET EGARD UNE ERREUR DE DIAGNOSTIC TOTALE. J. CHANCEL - ... DONT JE PEUX ETRE SOIGNE... M. GISCARD D'ESTAING - ELLE EST LA SUIVANTE, N'EST-CE PAS... PARCE QUE C'EST UNE ERREUR... JE DIRAI : D'UN MILIEU POLITIQUE OU ... J. CHANCEL - JE VOUS EN AVAIS PARLE, LA DERNIERE FOIS... M. GISCARD D'ESTAING - OUI, PARCE QUE JE N'AI JAMAIS CONSIDERE QUE C'ETAIT VRAI. C'EST UNE ANALYSE QUI EST FAITE PAR UN CERTAIN MILIEU D'HOMMES POLITIQUES OU ... PARCE QUE C'EST UNE ANALYSE QUI SE TROMPE SUR LA _NATURE DES RELATIONS A L'INTERIEUR DU PEUPLE FRANCAIS. C'EST TOUT A FAIT DIFFERENT. ET "LE_POINT" =PRESSE= A FAIT PARAITRE UN SONDAGE TRES CURIEUX, IL Y A QUINZE JOURS, OU ON VOYAIT JUSTEMENT QUE PAR-RAPPORT A DES CATEGORIES, DANS L'ANALYSE, VOUS DIRIEZ POPULAIRES, MON IMAGE ETAIT BEAUCOUP MIEUX PERCUE EN REALITE QUE DANS LES CATEGORIES DITES "CADRES" OU "CADRES SUPERIEURS". PARCE QUE LES RELATIONS A L'INTERIEUR DE LA SOCIETE FRANCAISE NE SONT PAS CE QU'ON CROIT ET JE SUIS QUELQU'UN - SI VOUS VOULEZ - DE _NATURE PROVINCIALE, ET RURALE, C'EST-A-DIRE DE MILIEUX DANS LESQUELS LE CONTACT PERSONNEL EST BEAUCOUP PLUS FACILE. DONC, JE N'AI JAMAIS SOUFFERT DE CET ELOIGNEMENT\
J. CHANCEL - AVEZ-VOUS L'IMPRESSION DE FAIRE LA POLITIQUE DE VOTRE ELECTORAT ? PARCE QU'ON ENTEND SOUVENT CERTAINS DE CEUX QUI VOUS ONT ELU DIRE : "LE PRESIDENT FAIT UNE POLITIQUE DE GAUCHE"... M. GISCARD D'ESTAING - NON, JE NE FAIT PAS LA POLITIQUE DES INTERETS DE MON ELECTORAT. ET C'EST VOLONTAIRE, MAIS JE FAIS UNE POLITIQUE A LAQUELLE LA PARTIE REFLECHIE DE MON ELECTORAT - QUI EST LA GRANDE PARTIE DE MON ELECTORAT, - APPORTE ET APPORTERA SON ADHESION. PARCE QUE LE PROBLEME EST DE FAIRE EVOLUER LA SOCIETE FRANCAISE. C'EST UN PROBLEME FONDAMENTAL. ALORS, EVOLUER VEUT DIRE CONTRARIER LES HABITUDES, CHANGER LES INTERETS. ALORS, NATURELLEMENT, SI LES GENS CROIENT QUE MON ROLE C'EST ABSOLUMENT DE DEFENDRE CERTAINS INTERETS, JE N'AI PAS A FAIRE UNE POLITIQUE DE CETTE _NATURE. MAIS ILS COMPRENNENT QU'IL FAUT FAIRE EVOLUER LA SOCIETE FRANCAISE ET QU'EUX MEMES DOIVENT PARTICIPER A CETTE EVOLUTION, ALORS ILS SOUTIENNENT CETTE POLITIQUE. ET JE SUIS CONVAINCU... PARCE QUE JE VOIS, JE RECOIS UN COURRIER TRES NOMBREUX ET QU'ON ANALYSE, DONT JE REGARDE LES THEMES PRINCIPAUX, QUE MON ELECTORAT NE ME REPROCHE PAS CETTE TENDANCE A L'EVOLUTION\
J. CHANCEL - LA FRANCE EST UN PAYS QUI A LE SENS DE LA MESURE. VOUS L'AVEZ AUSSI, CETTE MESURE... M. GISCARD D'ESTAING - OUI. J. CHANCEL - QU'EST-CE QUE LA MESURE ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, LA FRANCE EST UN PAYS DE MESURE. C'EST SA _NATURE. D'AILLEURS, C'EST UN PAYS QUI CORRIGE LES EXCES AUTOMATIQUEMENT. SI VOUS VOYEZ UNE MODE EXCESSIVE, OU SI VOUS VOYEZ UN ABUS EXCESSIF LA FRANCE LE CORRIGE. AU-COURS DES DERNIERES ANNEES - C'EST TRES CURIEUX - IL Y A EU UNE SERIE DE MODES, UNE SERIE DE GOUTS, DE RISQUES... ENFIN LA FRANCE A TOUJOURS CORRIGE ELLE-MEME, ET C'EST, SI VOUS VOULEZ, CE QUE J'APPELLERAI LA CULTURE GRECQUE DE LA FRANCE. LA FRANCE EST UN PAYS QUI A INSTINCTIVEMENT LE SENS DE L'HARMONIE ET LE SENS DE LA MESURE\
J. CHANCEL - SI VOUS VOUS REGARDEZ AU FOND DES YEUX, QU'Y VOYEZ-VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE CROIS QU'IL FAUT TOUJOURS SE RAPPELER, QUAND ON RETROUVE QUELQU'UN QU'ON A CONNU IL Y LONGTEMPS, QUAND ON REGARDE LES PHOTOS DE CLASSE ET QU'ON REVOIT SES CAMARADES... J. CHANCEL - CA A UN PEU JAUNI ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON... JAUNI OU PAS, JE TROUVE QUE, FONDAMENTALEMENT L'ETRE HUMAIN NE CHANGE PAS, ET MOI JE VOIS TOUJOURS DANS LES GENS PLUS AGES LES ENFANTS QU'ILS ETAIENT ET JE CROIS QUE JE SUIS QUELQU'UN QUI A JUSTEMENT PEU CHANGE. MAIS JE NE PARLE PAS SEULEMENT... DEPUIS UN AN. J. CHANCEL - MAIS LE POUVOIR VOUS ETREINT, ET LE POUVOIR, PARFOIS, PEUT VOUS ENLEVER VOS AMIS, PAR EXEMPLE, UN HOMME COMME MICHEL PONIATOWSKI N'EST PEUT-ETRE PAS AUTANT L'AMI QU'AUTREFOIS ? PARCE QUE, JUSTEMENT, VOUS AVEZ CETTE POSITION DE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE... M. GISCARD D'ESTAING - NON. LE POUVOIR VOUS ENLEVE LA POSSIBILITE DE FAIRE UN CERTAIN NOMBRE DE CHOSES... J. CHANCEL - JE POSE LA QUESTION HEIN... M. GISCARD D'ESTAING - OUI... NON, APRES CINQ MINUTES DE CONVERSATION C'EST ABSOLUMENT PAREIL. J. CHANCEL - VOUS AVEZ REELLEMENT CONFIANCE EN LUI ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI\
J. CHANCEL - PARCE QUE TOUT A L'HEURE VOUS M'AVEZ DIT, PARLANT DES ELECTIONS, "J'ETAIS SUR QUE JE DEVAIS PASSER, QUE JE DEVAIS ETRE ELU... ET A AUCUN MOMENT IL N'Y A UNE FAILLE DANS CE QUE... M. GISCARD D'ESTAING - CE N'EST PAS UNE QUESTION... EUH... ENFIN, CE N'EST PAS UNE QUESTION DE CONFIANCE EN SOI, C'EST UNE QUESTION DE SE DIRE : L'EVENEMENT QUI VA SE PRODUIRE C'EST CELUI-LA. J. CHANCEL - VOTRE INTUITION NE VOUS A JAMAIS TROMPE ?. M. GISCARD D'ESTAING - SI, MON INTUITION M'A TROMPE SUR UN CERTAIN NOMBRE DE SUJETS, NATURELLEMENT, JE VEUX DIRE QUE, PAR CONTRE, ON A LA PRESCIENCE D'UN CERTAIN NOMBRE D'EVENEMENTS DANS CERTAINES CIRCONSTANCES. J. CHANCEL - LORSQU'ON EST PUISSANT COMME VOUS L'ETES, ON PEUT ENCORE UN PEU ETRE DILETTANTE ?. M. GISCARD D'ESTAING - ENFIN... ON NE L'EST PAS DANS SA FONCTION £ ON PEUT L'ETRE UN PEU A COTE DE SA FONCTION. J. CHANCEL - ET LE POUVOIR PARFOIS CONTRAINT-IL A ETRE... MALHONNETEMENT POLITIQUE ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, NON. J. CHANCEL - OU POLITIQUEMENT MALHONNETE ?. M. GISCARD D'ESTAING - CA C'EST DES HISTOIRES, JE NE SUIS PAS ENCORE AU TERME DE MON EXPERIENCE MAIS... NON\
J. CHANCEL - VOUS LISEZ BEAUCOUP LES BIOGRAPHIES... M. GISCARD D'ESTAING - ALORS, JUSTEMENT. ALORS IL Y A DES CHOSES... JE SUIS D'ABORD CONVAINCU QUE LE SECRET, LES GRANDS SECRETS, CA N'EXISTE PAS DANS NOTRE HISTOIRE. C'EST PEUT-ETRE DIFFERENT DANS LES TEMPS DE GUERRE OU DANS DES CIRCONSTANCES DE CETTE _NATURE, MAIS, DANS LA VIE POLITIQUE ORDINAIRE, SI VOUS VOULEZ, IL N'Y A PAS, DERRIERE CE QUI SE PASSE, DE GRANDES ACTIONS SECRETES : CE N'EST PAS VRAI, IL N'Y EN A PAS. ET, D'AUTRE_PART, ON N'EST PAS DU TOUT ACCULE A DES ACTIONS INFAMES OU A L'UTILISATION DE PROCEDES EPOUVANTABLES. CE N'EST PAS VRAI. PAS DU TOUT. NON, LA VIE POLITIQUE AU SOMMET, SI VOUS VOULEZ, OU DANS DES FONCTIONS PRESIDENTIELLES, RESSEMBLE A LA VIE POLITIQUE A UN ECHELON LOCAL OU, SI VOUS VOULEZ, DE GRANDE VILLE OU DE DEPARTEMENT, ET LES PROCEDES SONT LES MEMES. J. CHANCEL - IL Y A TOUT DE MEME LA RAISON D'ETAT LORSQU'ON EST AU POUVOIR... ALORS, QUELLE DEFINITION DONNEZ-VOUS DE LA RAISON D'ETAT ? ELLE PEUT VOUS ENTRAINER A FAIRE LE CONTRAIRE DE CE QUE VOUS PENSEZ... M. GISCARD D'ESTAING - NON LA RAISON D'ETAT VEUT DIRE, QUE L'EXIGENCE FONDAMENTALE ET FINALE C'EST LE BIEN DE LA COLLECTIVITE ET QUE LES AUTRES PREFERENCES OU CONSIDERATIONS DOIVENT NECESSAIREMENT S'EFFACER. C'EST, EN EFFET, INHUMAIN, PARCE QUE CELA VEUT DIRE QUE, PAR EXEMPLE, DANS LE CHOIX DES GRANDES FONCTIONS, DU GOUVERNEMENT OU DE L'ETAT, DANS LES RESPONSABILITES QU'IL FAUT DONNER, EH BIEN, EVIDEMMENT, C'EST LA RAISON D'ETAT QUI DOIT L'EMPORTER SUR LES AMITIES, LES PREFERENCES, LES HABITUDES, ET AINSI DE SUITE. MAIS LA RAISON D'ETAT - DU MOINS JUSQU'A PRESENT - POUR MOI N'A PAS JOUE CONTRE LA DOCTRINE, C'EST-A-DIRE QU'ELLE NE VOUS OBLIGE PAS A FAIRE LE CONTRAIRE DE CE QUE L'ON VEUT FAIRE. ELLE VOUS OBLIGE SIMPLEMENT A DECIDER DES CHOSES QUI PEUVENT HEURTER PARFOIS PEUT-ETRE, VOS AMITIES, OU VOS HABITUDES\
J. CHANCEL - VOUS ETES PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE. SI VOUS ETIEZ ROI, EN SERIEZ-VOUS PLUS HEUREUX ?. M. GISCARD D'ESTAING - AH, SUREMENT PAS. DANS MA FONCTION, JE DIRAI QUE LA CHOSE TRES FORTE C'EST DE PENSER QU'ON A UNE DELEGATION DU PEUPLE FRANCAIS, ET JE L'AI REDIT RECEMMENT, PARCE QUE POUR MOI C'EST FONDAMENTAL. SI, SI VOUS VOULEZ, LES CRITIQUES DE L'OPPOSITION, NATURELLEMENT, ME TOUCHENT, MAIS JE DIRAI QU'EN MEME TEMPS ELLES N'ATTEIGNENT PAS MON INTENTION, PARCE QUE MON INTENTION C'EST CELLE QUI A ETE APPROUVEE PAR LA MAJORITE DU PEUPLE FRANCAIS. ET L'AUTRE CHOSE QUI EST TRES IMPORTANTE POUR MOI C'EST DE SAVOIR QU'AU BOUT, DE TOUTES FACONS, IL Y A UNE NOUVELLE RENCONTRE AVEC L'OPINION FRANCAISE. QUAND JE VOIS, DANS LES VISITES OFFICIELLES QUE JE RECOIS, DES SOUVERAINS, EN REALITE JE N'ENVIE PAS LEUR SORT. PARCE QUE CETTE IDEE QU'IL N'Y A PAS DE RENCONTRE, ET QU'ON NE SAIT PAS SI AU FOND LA DELEGATION QUI VOUS A ETE DONNEE VOUS EST MAINTENUE, C'EST, A MON AVIS, QUELQUE CHOSE QUI DOIT ETE JUSTEMENT, UNE ESPECE DE... J. CHANCEL - MAIS L'IDEE DE... D'UNE DYNASTIE EST PARFOIS SEDUISANTE.. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS DU TOUT, JE CROIS QU'A L'HEURE ACTUELLE, FINALEMENT LES SOCIETES SE GOUVERNENT ELLES-MEMES, AU TOTAL. QUAND ELLES REUSSISSENT A LE FAIRE. ET DONC CEUX QUI LES DIRIGENT SONT DES GENS QUI SONT DELEGUES PAR LA SOCIETE POUR FAIRE CE QUE LA SOCIETE VEUT, ET NON PAS DU TOUT POUR FAIRE CE QUE EUX, VEULENT - CE QUI ETAIT LE CAS DES DYNASTIES ANCIENNES. MAIS, PAR EXEMPLE, DANS L'ELECTION DE L'ANNEE DERNIERE, QUAND JE DISAIS QUE LES RESULTATS ETAIENT CERTAINS, C'EST PARCE QUE JE CONSIDERAIS QUE C'ETAIT UN CHOIX DE LA SOCIETE FRANCAISE CONCERNANT SON SORT. CE N'ETAIT PAS SIMPLEMENT LE CHOIX ENTRE TEL ET TEL PERSONNAGES QUI SE PRESENTAIENT A L'ELECTION\
J. CHANCEL - QUAND VOTRE FEMME, VOS ENFANTS, VOS FILLES PARLENT ETES-VOUS COMBLE PAR CE QU'ILS DISENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - TOUT A FAIT, OUI, TOUT A FAIT. J. CHANCEL - SONT-ILS VOTRE VOIX ? ET FAUT-IL QU'ILS PARLENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - OH... ENFIN... ILS OU ELLES PARLENT PEU, PARCE QUE MES FILS ONT PEU PARLE, JE CROIS, ET MA FILLE, MA FILLE AINEE TRAVAILLE, ET QUAND ELLE PARLE C'EST ELLE QUI PARLE. JE N'AI JAMAIS INSPIRE LES CHOSES QU'ELLE DISAIT, ET QUAND MME GISCARD D'ESTAING PARLE C'EST ELLE QUI PARLE AUSSI. NON, JE DIRAI... QUE CE QU'ILS FONT OU ELLES FONT EST QUELQUE CHOSE QUE J'APPROUVE ET QUE J'ADMIRE\
J. CHANCEL - VOUS SAVEZ, MONSIEUR LE PRESIDENT LE SENS DE LA FLATTERIE EST QUELQUE CHOSE D'INSTINCTIF, CE N'EST PAS MOI QUI L'AI DIT, CHEZ LES GENS DE CONDITION ABJECTE, ET JE VOUDRAIS SAVOIR CE QUE VOUS FAITES DES FLATTEURS ? VOUS DEVEZ ETRE ENTOURE DE FLATTEURS ?. M. GISCARD D'ESTAING - PAS TELLEMENT, NON. ON RENCONTRE DES FLATTEURS ET C'EST HORRIBLEMENT PENIBLE. JE TROUVE QUE NON SEULEMENT LA FLATTERIE MAIS MEME LES COMPLIMENTS SONT PENIBLES. PARCE QUE LE COMPLIMENT N'EST PAS AUTHENTIQUE. IL NE PEUT PAS ETRE AUTHENTIQUE. LE SEUL COMPLIMENT AUTHENTIQUE C'EST QUELQUE CHOSE QUI SE DIT A PEINE, QUI SE SENT, ENFIN... DONC ON NE RENCONTRE PAS TELLEMENT DE FLATTEURS, PARCE QUE, FINALEMENT, DANS CETTE FONCTION ON NE VOIT PAS TELLEMENT DE MONDE. JE VOIS MES COLLABORATEURS. OR MES COLLABORATEURS N'ONT AUCUNE RAISON D'ETRE DES FLATTEURS, ILS VIENNENT POUR DES TACHES, LE TRAVAIL £ ON EXAMINE LES QUESTIONS, DES PROBLEMES, ET A L'EXTERIEUR, FINALEMENT ON VOIT TRES PEU D'INDIVIDUS QUI VIENNENT VOUS PARLER INDIVIDUELLEMENT, CE QUI FAIT QU'ON RENCONTRE AU TOTAL PEU DE FLATTEURS. MAIS LA FLATTERIE M'EST PHYSIQUEMENT INSUPPORTABLE\
J. CHANCEL - ET PUIS IL Y A TOUT DE MEME LA SOLITUDE, QUI EST LA MALADIE PROFESSIONNELLE DES CHEFS_D_ETAT... M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN C'EST CE QU'ON DIT BEAUCOUP. J. CHANCEL - C'EST CE QUE L'ON VOIT BEAUCOUP. M. GISCARD D'ESTAING - OUI... N'EST-CE PAS, IL Y A ... OUI, MAIS CE N'EST PAS CE QU'ON CROIT. JE NE VOUDRAIS PAS AVOIR L'AIR DE VOUS... CE N'EST PAS CE QU'ON CROIT. AVANT D'ETRE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE JE CROYAIS CE QUE TOUT LE MONDE CROIT, C'EST-A-DIRE QUE C'EST UNE FONCTION DANS LAQUELLE ON EST ECRASE PAR SES RESPONSABILITES. CE N'EST PAS VRAI. REMARQUEZ, PEUT-ETRE N'AI-JE PAS VECU JUSQU'ICI LES TRES GRANDES TOURMENTES EXTERIEURES OU... PEUT-ETRE, A CE MOMENT LA... MAIS ON VOUS DIT : ON EST TOUJOURS ECRASE PAR SES RESPONSABILITES... NON, LES DECISIONS QU'ON A A PRENDRE SONT DES DECISIONS DONT ON SE DIT QU'IL EST NORMAL DE LES PRENDRE ET ON A LES ELEMENTS D'APPRECIATION CORRESPONDANTS. LA SOLITUDE C'EST UN PEU AUTRE CHOSE. C'EST LE SENTIMENT, SI VOUS VOULEZ, QUE LE TISSU HUMAIN QUI ENTOURE UNE VIE EST UN TISSU QUI SE RELACHE, PARCE QUE, QUAND ON VIT AU MILIEU DE SES AMIS, PARMI SES VOISINS, ON A CETTE ESPECE DE SENTIMENT DE PROXIMITE, ET NATURELLEMENT CELUI-LA ON L'A BEAUCOUP MOINS ICI, C'EST CETTE SOLITUDE. C'EST BEAUCOUP PLUS LA SOLITUDE DE LA PERSONNE QUE LA SOLITUDE DE LA FONCTION\
J. CHANCEL - LORSQUE VOUS AVEZ PRIS LA DECISION DE SUPPRIMER LE 8 MAI AVEZ-VOUS REGARDE, COMME ONT DIT CERTAINS, DANS VOTRE RETROVISEUR ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI... C'EST D'AILLEURS UNE CHOSE CURIEUSE PARCE QUE... CETTE DECISION... - JE N'AI PAS SUPPRIME LE 8 MAI, PARCE QUE LE 8 MAI... LA COMMEMORATION... OUI, C'EST CA, ET C'EST IMPORTANT, C'EST UNE DECISION QUI CHERCHAIT... JE VEUX DIRE : LE MOMENT OU JE L'AI PRISE, CE N'EST PAS DU TOUT MAINTENANT, C'EST LA DERNIERE FOIS QUE JE SUIS ALLE LE 8 MAI A L'ARC_DE_TRIOMPHE AVEC LE PRESIDENT POMPIDOU. C'EST-A-DIRE DONC, IL Y A DEUX ANS. CAR J'AVAIS OBSERVE QU'IL N'Y AVAIT PERSONNE. ET JE M'ETAIS DIT : "VOILA UNE COMMEMORATION OFFICIELLE OU IL N'Y A PERSONNE". ET LE PRESIDENT POMPIDOU FAISAIT CE QUE JE NE FAIS PAS, MOI, IL REMONTAIT LES CHAMPS ELYSEES DANS SA VOITURE DECOUVERTE, CE QUI SUPPOSE UNE FOULE, JE M'ETAIS DIT : "IL N'EST PAS POSSIBLE DE FAIRE DES CHOSES QUI DEVRAIENT ETRE DES MANIFESTATIONS OU IL Y A BEAUCOUP DE MONDE ET OU IL N'Y A PERSONNE. ET QUAND JE SUIS ALLE, CETTE ANNEE, A L'ELYSEE, JE PEUX VOUS DIRE QUE J'AI REGARDE TOUT LE LONG POUR SAVOIR S'IL Y AVAIT DU MONDE, ET IL N'Y AVAIT PERSONNE. ALORS C'EST, AU FOND, LA, QUE M'EST VENUE L'IDEE. CE N'ETAIT PAS DE DIRE : UNE MANIFESTATION QUI EXISTE, QUI EST NOMBREUSE, IMPORTANTE, QUI EST RESSENTIE, ON LA SUPPRIME. CE SERAIT UN ACTE D'AUTORITE, D'ARBITRAIRE, N'EST-CE PAS ?\
=LA SUPPRESSION DU 8 MAI= J. CHANCEL - MAIS IL Y A LA UNE IDEE DE RECONCILIATION VOUS VOULEZ DEVENIR LE PRESIDENT DES ETATS UNIS D'EUROPE, C'EST CE QU'ON POURRAIT CROIRE. M. GISCARD D'ESTAING - ALORS IL Y AVAIT L'IDEE QUE LA FRANCE POUVAIT TENDRE LA MAIN, TENDRE UNE MAIN PACIFIQUE A TOUS CES PAYS D'EUROPE. ET D'AILLEURS CERTAINS DE CEUX QUE J'AI VUS TOUT DE SUITE APRES, Y COMPRIS PARMI LES PLUS GRANDS PERSONNAGES DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE, L'AVAIENT COMPRIS COMME CELA. J. CHANCEL - ON PEUT PENSER, EGALEMENT, ET ON PEUT COMPRENDRE UNE RECONCILIATION DES FRANCAIS... CERTAINS ONT PENSE, MEME, A UN TRANSFERT DES CENDRES DE PETAIN A DOUAUMONT... M. GISCARD D'ESTAING - OUI... JE CROIS QUE LA RECONCILIATION DES FRANCAIS, N'EST-CE PAS, EUH... EST UNE CHOSE QUI EST EN SOI TRES DIFFICILE. CE QUE JE REGRETTE. MAIS JE CROIS QU'ELLE EST TRES DIFFICILE ET, DANS LE 8 MAI, ON M'A DIT : "VOUS AURIEZ DU DISCUTER DE CETTE DECISION". D'ABORD IL FAUT NOTER QUE CE N'ETAIT PAS DU TOUT UNE DECISION... LEGALE - JE VEUX DIRE OU IL Y AVAIT UN TEXTE DE LOI OU UN DECRET. C'ETAIT UNIQUEMENT LA DECISION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE NE PAS CONTINUER TELLE COMMEMORATION OFFICIELLE. C'EST VRAIMENT UNE DECISION QUE JE POUVAIS PRENDRE MOI-MEME CAR CE N'ETAIT PAS UN JOUR FERIE AVEC UN STATUT LEGAL ETC... MAIS JE ME SUIS DIT : "SI JE POSE LA QUESTION, JE VAIS CREER UNE QUERELLE, PARCE QU'IL Y AURA UNE MOITIE POUR ET UNE MOITIE CONTRE, ET AINSI DE SUITE, ET CETTE QUERELLE REVEILLERA LES ANTAGONISMES LES SOUVENIRS...". C'EST POUR CELA QUE JE ME SUIS DIT : "CETTE FETE QUI N'EST PLUS COMMEMOREE, EN REALITE, PAR LA PARTICIPATION PUBLIQUE, IL VAUT MIEUX L'ARRETER. ET C'EST AINSI QUE... J. CHANCEL - EST-CE PENDANT VOS ACTIVITES QU'AURA _LIEU LE TRANSFERT DES CENDRES DE PETAIN A DOUAUMONT ? TOUJOURS DANS-LE-CADRE DE LA RECONCILIATION NATIONALE... M. GISCARD D'ESTAING - JE NE LE PENSE PAS. JE N'AI PAS PRIS DE DECISION MAIS... IL FAUDRAIT UNE CIRCONSTANCE QUE JE... JE NE PENSE PAS\
J. CHANCEL - POUR VOUS, QUE PREFEREZ-VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON... JE VOUS DIRAI QU'IL Y A LE PROCHE PASSE ET QU'IL Y A LE PASSE LOINTAIN. JE TROUVE QUE LA CHOSE LA PLUS CURIEUSE C'EST QUE LA FRANCE NE SOIT PAS PLUS RECONCILIEE AVEC SON PASSE LOINTAIN. PARCE QUE C'EST UN PASSE FORMIDABLE, QUE J'OSE A PEINE EVOQUER. MAIS ENFIN QUAND ON PENSE QUE NOUS AVONS ETE LE PAYS QUI, IL Y A 160 ANS, - CE N'EST PAS BIEN VIEUX - A ETE CAPABLE D'OCCUPER SIMULTANEMENT MADRID ET MOSCOU
- DONC IL Y AVAIT VRAIMENT... J. CHANCEL - VOUS EN REVEZ ?. M. GISCARD D'ESTAING - AH... J'Y PENSE PRESQUE TOUS LES JOURS. J. CHANCEL - QUE PREFEREZ-VOUS, LA MEMOIRE COURTE OU LE SOUVENIR TROP LONG ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. JE CROIS QU'IL NE FAUT PAS ETRE NEGLIGENT VIS-A-VIS DU PASSE. C'EST UNE MAUVAISE ACTION, NOTAMMENT SI ON PENSE A TOUS LES EFFORTS QUI ONT ETE ACCOMPLIS, TOUTES LES EPREUVES... IL FAUT S'EN SOUVENIR. MAIS POUR LES PEUPLES QUI ONT UNE TRES LONGUE HISTOIRE IL NE FAUT PAS DU TOUT ETRE ENCHAINE ET SE LAISSER GAGNER PAR UNE TOTALE PARALYSIE\
J. CHANCEL - LORSQU'ON REGARDE D'UN PEU PRES, VOUS ETES UN PILOTE DE GRAND PRIX, OU ALORS UN COUREUR DES VINGT-QUATRE HEURES DU MANS. FAIT POUR DURER SEPT ANS, QUATORZE ANS, PEUT-ETRE BEAUCOUP MOINS... M. GISCARD D'ESTAING - NON, JE NE CROIS PAS DU TOUT QUE JE SOIS FAIT POUR DURER LA DUREE QUE VOUS DITES, MAIS JE CONSIDERE NEANMOINS QUE L'ACTION DOIT ETRE UNE ACTION LONGUE. JE NE CROIS PAS TELLEMENT AUX COUPS DE BOUTOIR. JE CROIS QUE DANS UN PAYS COMME LA FRANCE, UN PAYS TRES ANCIEN, A STRUCTURES TRES COMPLEXES, IL FAUT QUE L'ACTION SOIT LONGUE\
J. CHANCEL - VOUS ETES UN LIBERAL, VOUS LE CRIEZ, ET PARFOIS ON NE VOUS ENTEND PAS... ALORS, ETES-VOUS UN LIBERAL ?. M. GISCARD D'ESTAING - QUE VOULEZ-VOUS DIRE PAR : "ON NE VOUS ENTEND PAS". J. CHANCEL - VOUS PENSEZ, VOUS, QUE LA FRANCE NE VOUS ENTEND PAS ET VOUS LE CRIEZ D'AUTANT PLUS FORT... M. GISCARD D'ESTAING - AH, SI... NON, JE CROIS QU'ELLE M'ENTEND. JE CROIS ETRE UN LIBERAL, SI VOUS VOULEZ, EN CE SENS... C'EST UN MAUVAIS MOT, CE MOT LIBERAL, C'EST UN MOT QUI... J. CHANCEL - PAR QUOI LE REMPLACER ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, C'EST TRES DIFFICILE, PARCE QUE C'EST UN MOT QUI EST CHARGE DE TOUTES SORTES DE SENS HISTORIQUES, NOTAMMENT UN MAUVAIS SENS DU 19EME SIECLE. MAIS JE SUIS UN LIBERAL, EN CE SENS QUE JE CROIS QUE TOUT LE MONDE A LE DROIT D'AVOIR RAISON, QU'IL N'Y A PAS UNE ESPECE DE MONOPOLE OU LA DECISION DU SAVOIR OU DU DROIT DE TRANCHER... C'EST VRAI DANS LE DOMAINE DE L'INFORMATION, MAIS CE DOIT ETRE VRAI AUSSI DANS LE DOMAINE DE LA VIE CIVILE, DE LA VIE POLITIQUE, DE LA VIE PROFESSIONNELLE... AUTREMENT DIT, CELA CONSISTE A CONSIDERER QUE L'AUTRE, EN REALITE, A AUTANT RAISON QUE SOI\
J. CHANCEL - A VOTRE ALTITUDE, APRES UN AN DE POUVOIR, COMMENT REGARDEZ-VOUS LES FRANCAIS ? ET QUE PENSEZ-VOUS D'EUX ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, JE CROIS QUE C'EST UN PEUPLE... QUI, DANS UNE VUE SUPERFICIELLE, EST TRES DEROUTANT PARCE QUE TRES CHANGEANT £ IL A DES IMPULSIONS TRES FORTES, AVEC DES OUBLIS TRES GRANDS... ET, TRES SOUVENT, LES COMMENTATEURS VOIENT CET ASPECT DES CHOSES. MOI, JE SUIS TRES FRAPPE, AU CONTRAIRE, DE VOIR QUE C'EST UN PEUPLE QUI EST TRES SAGE, AU SENS FORT DU TERME, QUI EST TRES REALISTE, ENFIN QUI VOIT LES PROBLEMES, QUI VOIT LES ATTITUDES. ET ALORS, SIMPLEMENT, C'EST UN PEUPLE AU-SEIN DUQUEL IL Y A TOUJOURS, IL Y AURA TOUJOURS DES MINORITES TRES FORTEMENT EXPRESSIVES ET QUI SE MANIFESTENT DANS TOUTES SORTES DE CIRCONSTANCES, MAIS QUI NE SONT PAS LE FOND DE SA _NATURE. ET JE TROUVE QUE SUR LE FOND DE SA _NATURE, C'EST UN PEUPLE EXTRAORDINAIREMENT SAGE. JE VEUX DIRE CAPABLE DE MAITRISER LES SITUATIONS, ET QUI N'A CERTAINEMENT PAS DIT SON DERNIER MOT. J. CHANCEL - QUEL EST CE DERNIER MOT ?. M. GISCARD D'ESTAING - CE DERNIER MOT, C'EST LE JOUR OU LES FRANCAIS SE DIRONT QUE, PAR-RAPPORT A CE QUE SERA, DANS VINGT ANS, L' _ETAT D'AUTRES PAYS OU D'AUTRES CONTINENTS, ILS SE DIRONT QUE LEUR SYSTEME, NON PAS SEULEMENT POLITIQUE, MAIS SOCIAL, MAIS INTELLECTUEL, EST FINALEMENT LE MEILLEUR DE TOUS, OU L'EGAL DES MEILLEURS. J. CHANCEL - NOUS PARLIONS DES INTELLECTUELS TOUT A L'HEURE, VOUS ETES UN INTELLECTUEL ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE SUIS UN INTELLECTUEL ET JE CONSIDERE QUE LES SEULS HOMMES POLITIQUES QUI M'INTERESSENT, DANS LE PASSE, DANS LE PRESENT CE SONT DES INTELLECTUELS QUI SE PREOCCUPENT DE POLITIQUE\
J. CHANCEL - VOUS ETES CAPABLE DE FAIRE DES CONCESSIONS ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. J. CHANCEL - AU PEUPLE, PAR EXEMPLE, POUR QU'IL VOUS EN AIME DAVANTAGE ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS QUE CE SOIT UNE BONNE METHODE. JE CROIS QU'IL FAUT FAIRE DES CONCESSIONS. JE CROIS QU'IL FAUT ACCEPTER DES EVENEMENTS, DES SITUATIONS. QUAND JE SUIS ALLE EN ALGERIE, NATURELLEMENT J'ETAIS TRES CONSCIENT DE TOUT LE PASSE FRANCAIS. DONC, LE FAIT DE M'Y RENDRE LE PREMIER, CE N'ETAIT PAS UNE CONCESSION, MAIS C'ETAIT QUELQUE CHOSE DE CE TYPE. ET CE SONT DES CHOSES QU'IL FAUT FAIRE. J. CHANCEL - LE VICE-MINISTRE CHINOIS QUI EST VENU VOUS VISITER, VOUS LUI AVEZ POSE CETTE QUESTION : PENSEZ-VOUS QU'IL Y AURA UNE REVOLUTION DANS UNE VINGTAINE D'ANNEES ? IL VOUS A DIT : "AVANT DIX ANS EN FRANCE, ENFIN EN EUROPE, ET MEME EN RUSSIE". VOUS L'AVEZ PRIS A LA LETTRE ?. VOUS Y AVEZ CRU ? VOUS AVEZ PEUR ?. M. GISCARD D'ESTAING - J'AI CRU QU'IL LE PENSAIT. IL A DIT QUELQUE CHOSE QU'IL PENSAIT. ET CA PROUVAIT QUE SA VISION DU MONDE - ET SA VISION DU MONDE _COMPTE, PUISQUE C'EST UN PAYS TRES IMPORTANT ET QUI EN ENTRAINE BEAUCOUP D'AUTRES - ETAIT TELLE QU'IL PENSAIT ENCORE QU'EN EUROPE OCCIDENTALE LES STRUCTURES ETAIENT TELLES QU'ELLES APPELAIENT, SI VOUS VOULEZ, UNE SITUATION REVOLUTIONNAIRE. ET JE ME SUIS DONC DIT QUE NOUS AVIONS ENCORE BEAUCOUP A FAIRE POUR QUE DES HOMMES COMME LUI ET D'AUTRES CONSTATENT QUE L'_ETAT DE TRANSFORMATION ET D'EVOLUTION DE NOTRE SOCIETE FAISAIT EN REALITE DISPARAITRE L'UTILITE D'UN MOUVEMENT REVOLUTIONNAIRE\
J. CHANCEL - VOUS ETES RANCUNIER, MONSIEUR LE PRESIDENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. J. CHANCEL - PAR EXEMPLE, AU MOMENT DES ELECTIONS PRESIDENTIELLES LES RADIOS ONT ACCORDE PLUS D'IMPORTANCE A FRANCOIS MITTERRAND ET A JACQUES CHABAN-DELMAS QU'A VOUS-MEME ?. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST POSSIBLE. J. CHANCEL - VOUS AVEZ FAIT LE CALCUL DES HEURES ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE L'AI PAS NOTE. J. CHANCEL - JAMAIS D'ESPRIT DE REVANCHE ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE CROIS PAS. J. CHANCEL - CONSERVATEUR OU PROGRESSISTE ?. M. GISCARD D'ESTAING - ALORS CA, C'EST UN DES GRANDS SUJETS, ET CETTE ANNEE, LA AUSSI, PARCE QUE CETTE ANNEE, MA FOI, JE NE SUIS PAS CONSERVATEUR, N'EST-CE PAS. OR, ON LE SAIT, PARCE QU'ON EST. QUAND J'ETAIS DANS L'ARMEE, - JE CROIS QUE VOUS Y ETIEZ D'AILLEURS A PEU PRES AU MEME MOMENT - QUAND J'ETAIS DANS L'ARMEE, J'AVAIS PEUR D'AVOIR PEUR. JE NE SAVAIS PAS CE QUE C'ETAIT QU'UN COMBAT, ET JE ME SUIS DIT MA FOI, QUAND JE ME TROUVERAI QUELQUE PART ET QU'ON ME TIRERA DESSUS, J'AURAI PEUR. DONC, J'AVAIS PEUR D'AVOIR PEUR. ET, CONCERNANT LE CONSERVATISME COMME LES GENS ME DISAIENT : "VOUS ETES CONSERVATEUR", JE ME DISAIS : AU FOND, PEUT-ETRE QUE JE SUIS CONSERVATEUR. ET J'AI VRAIMENT VU, AU-COURS DE CETTE ANNEE, QUE JE N'ETAIS PAS DU TOUT CONSERVATEUR ET, QUE CE N'ETAIT PAS CA QUI M'INTERESSAIT, QUE CE N'ETAIT PAS MON SUJET. ALORS, PAR CONTRE, JE SUIS - JE L'AI DIT D'AILLEURS - TRADITIONNALISTE, C'EST-A-DIRE QUE JE SUIS CONSCIENT DE CE QUE C'EST QUE DE FAIRE PARTIE D'UN PAYS A L'HISTOIRE TRES ANCIENNE. CE QUI EST TOUT A FAIT DIFFERENT. JE SUIS PAS CONSERVATEUR EN CE SENS QUE MON EFFORT ET MON INTERET CE N'EST PAS LA CONSERVATION. CE N'EST PAS DU TOUT CE QUI ME PREOCCUPE. CE QUI ME PREOCCUPE, C'EST L'IDEE QUE LA SOCIETE FRANCAISE POURRAIT ETRE UNE SOCIETE SATISFAITE D'ELLE-MEME, SE SENTANT BIEN, JE DIRAI "DANS SON EPOQUE", ET QUE C'EST BEAUCOUP PLUS INTERESSANT QUE DE CONSERVER QUELQUE CHOSE\
=POLITIQUE EXTERIEURE= SIRE, JE SUIS PARTICULIEREMENT HEUREUX DE SOUHAITER A VOTRE MAJESTE IMPERIALE LA PLUS CORDIALE DES BIENVENUES. A VOUS ACCUEILLIR AINSI POUR LA SECONDE FOIS EN VISITE OFFICIELLE, LA FRANCE EN EFFET EPROUVE A LA FOIS BEAUCOUP D'HONNEUR ET UNE GRANDE JOIE. ELLE RECONNAIT EN VOTRE PERSONNE LE SOUVERAIN PRESTIGIEUX D'UNE GRANDE NATION. L'IRAN, DONT LE GLORIEUX PASSE VA PLUS LOIN QUE L'HISTOIRE, DONT LA CIVILISATION _COMPTE PARMI LES PLUS BRILLANTES ET LES PLUS RAFFINEES, L'IRAN EST ENTRE AVEC ECLAT DANS LA GRANDE ESPERANCE DU DEVELOPPEMENT ET DE LA MODERNISATION. LES PROGRES QUE, SOUS VOTRE HAUTE IMPULSION, IL A DEJA ACCOMPLIS DANS CETTE VOIE SUSCITENT L'ADMIRATION PAR LEUR RAPIDITE ET LEUR ETENDUE£ LES PERSPECTIVES QUI S'OUVRENT A SON ESSOR SONT IMMENSES. C'EST DIRE AVEC QUEL INTERET, SIRE, J'ATTENDS LES ENTRETIENS DONT VOTRE VISITE VA NOUS DONNER L'OCCASION. LA FRANCE EPROUVE AUSSI UNE GRANDE JOIE A VOUS RECEVOIR. SI LES RELATIONS DE NOS DEUX PAYS FURENT DE TOUT TEMPS EXCELLENTES, C'EST QU'ENTRE NOS DEUX PEUPLES LES AFFINITES DU COEUR ET DE L'ESPRIT SONT ANCIENNES ET PROFONDES, L'ESTIME RECIPROQUE ET LA SYMPATHIE NATURELLE. DANS VOTRE VISITE, SIRE, LA FRANCE VOIT LE TEMOIGNAGE DE CETTE VIVANTE AMITIE QUE VOUS INCARNEZ VOUS-MEME SI PARFAITEMENT. JE ME FELICITE ENFIN DE SALUER TRES RESPECTUEUSEMENT A VOS COTES SA MAJESTE L'IMPERATRICE DONT LE CHARME, LA GENEROSITE ET LE SOURIRE OCCUPENT UNE PLACE PRIVILEGIEE DANS LE COEUR DES FRANCAIS. VOICI POURQUOI, SIRE, RIEN NE PEUT ETRE PLUS CHALEUREUX QUE LES VOEUX QUE NOUS FORMONS POUR L'HEUREUX DEROULEMENT DE VOTRE SEJOUR PARMI NOUS. VIVE L'IRAN, VIVE L'AMITIE FRANCO - IRANIENNE\
J. CHANCEL - VOUS REGARDEZ LA TELEVISION ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE REGARDE LA TELEVISION SOUVENT A L'HEURE DU DEJEUNER ET QUELQUEFOIS, LE SOIR, MAIS EN-GENERAL TROP TARD POUR LES NOUVELLES. JE NE LA REGARDE JAMAIS AVANT NEUF HEURES MOINS LE QUART, NEUF HEURES. J. CHANCEL - ET VOUS CROYEZ AUX SONDAGES ?. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST-A-DIRE JE CROIS AUX TENDANCES QU'INDIQUENT LES SONDAGES, MAIS JE FAIS TRES ATTENTION AU FAIT QU'IL FAUT TOUJOURS DISTINGUER LA NOTORIETE. A MON AVIS, LES SONDAGES MESURENT LA NOTORIETE BEAUCOUP PLUS QUE LA POPULARITE. J. CHANCEL - OUI, ET UN SONDAGE PHOTOGRAPHIQUE EN SPECTATEUR, EN TELESPECTATEUR, ALORS QU'IL DEVRAIT PHOTOGRAPHIER UNE EMISSION. ALORS QUE PENSEREZ-VOUS, PAR EXEMPLE, D'UN SONDAGE QUI VIENDRAIT PHOTOGRAPHIER LES SPECTATEURS QUI FONT LA QUEUE AU LOUVRE ET QUI OUBLIERAIT DE PHOTOGRAPHIER LA JOCONDE ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, ET PUIS, D'AUTRE_PART, DANS LES SONDAGES, IL Y A CEUX QUI S'EXPRIMENT, ET CEUX QUI REFUSENT DE S'EXPRIMER. ET DANS TOUTES LES GRANDES CONSULTATIONS POLITIQUES, CE QUI _COMPTE CE SONT CEUX QUI REFUSENT DE S'EXPRIMER, ET DONC, PRATIQUEMENT, QUE LES SONDAGES NE SAISISSENT PAS\
J. CHANCEL - A UN CERTAIN MOMENT, ON DISAIT - C'ETAIT SURTOUT AU MOMENT DE LA CAMPAGNE PRESIDENTIELLE - QUE VOUS ACCORDIEZ UNE TROP GRANDE PART AUX GADGETS, A LA PUBLICITE. LA CHOSE A CHANGE OU ESTIMEZ-VOUS QUE CE QUE VOUS FAITES MAINTENANT EST DANS LA DROITE LIGNE DES CHOSES ?. M. GISCARD D'ESTAING - J'ATTACHE BEAUCOUP D'IMPORTANCE AUX SYMBOLES. J. CHANCEL - IL FAUDRAIT REMPLACER LE MOT "GADGET" PAR SYMBOLE ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. CE N'EST PAS TOUT A FAIT LA MEME CHOSE, PARCE QUE LE SYMBOLE N'EST PAS UNE ASTUCE, C'EST UNE CHOSE QUI EST REVELATRICE, QUI VEUT DIRE QUELQUE CHOSE. PRENONS, PAR EXEMPLE, LE FAIT D'ALLER DINER CHEZ LES FRANCAIS, J'AI VU, MEME DANS L'OPINION, QUE C'ETAIT SOUVENT CRITIQUE OU QU'ON DISAIT QUE C'ETAIT UNE ASTUCE. PAS DU TOUT. POUR MOI, C'ETAIT UN SYMBOLE. PARCE QUE CA VEUT DIRE, QUE, SIMPLEMENT, UN CERTAIN NOMBRE DE GENS SE DISENT, UN PEU PARTOUT, QU'APRES TOUT, UN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE EST QUELQU'UN QUI PEUT AVOIR UN TYPE DE CONVERSATION, UN TYPE DE RELATIONS, QUI N'EST PAS DIFFERENT DE CELUI DES AUTRES. ET QUAND ENSUITE ILS LE VOIENT PRENDRE UNE DECISION, ILS SE DISENT, AU FOND C'EST QUELQU'UN QUI PREND CETTE DECISION, QUOIQU'IL SOIT UN HOMME AVEC QUI LES RAPPORTS SONT POSSIBLES. DONC, CE SONT DES SYMBOLES\
J. CHANCEL - FRANCOIS MITTERRAND ET GEORGES MARCHAIS ONT REFUSE DE VENIR DINER OU PLUTOT ONT REFUSE DE VENIR VOUS VOIR - IL N'ETAIT PAS QUESTION DE DINER ENCORE - LA, J'ANTICIPE, JE CROIS. MAIS SI VOUS ETIEZ INVITE PAR EUX A DINER, VOUS IRIEZ, VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, C'EST UNE DES CHOSES, SI VOUS VOULEZ, SI VOTRE EMISSION N'EST PAS, EN TOUT CAS, AFFAIRE POLITIQUE, MAIS LE REFUS DU DIALOGUE, DE LA PART DES GENS DE L'OPPOSITION, A QUELQUE CHOSE QUE JE NE COMPRENDS PAS. PROFONDEMENT, QUE JE NE COMPRENDS PAS. JE CROIS D'ABORD QUE C'EST NUISIBLE SUR-LE-PLAN FRANCAIS, JE NE DIS PAS NUISIBLE SUR-LE-PLAN NECESSAIREMENT A MON PROPRE POINT_DE_VUE, MAIS C'EST NUISIBLE SUR-LE-PLAN FRANCAIS. PARCE QUE JE NE VOIS PAS POURQUOI, AILLEURS, LES GENS SE RENCONTRENT, JE NE VOIS PAS POURQUOI LES FRANCAIS LORSQU'ILS VONT A L'EXTERIEUR VOIENT LES AUTRES... J. CHANCEL - VOUS EN SOUFFREZ DE CELA ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, J'EN SOUFFRE PARCE QUE JE TROUVE QUE CE N'EST PAS UNE CHOSE QUI SOIT BONNE POUR LA POLITIQUE FRANCAISE\
J. CHANCEL - VOUS AVEZ DIT QU'AVANT C'ETAIT LA GRISAILLE. ALORS, AUJOURD'HUI, C'EST QUOI ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE DIRAI : AUJOURD'HUI C'EST VIVANT. J. CHANCEL - A CAUSE DE VOUS ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON, PARCE QUE SI J'AI ETE ELU, C'EST PARCE QUE LES FRANCAIS CHERCHAIENT QUELQUE CHOSE DANS CETTE DIRECTION, CE N'EST PAS MOI QUI AI INVENTE LE FAIT DE RENDRE LA POLITIQUE FRANCAISE VIVANTE, C'EST PARCE QUE LES FRANCAIS ASPIRAIENT A CE QU'ELLE LE SOIT. MAIS A L'HEURE ACTUELLE, JE CROIS QU'IL FALLAIT LE DIRE, CE QU'EST LA FRANCE, C'EST UN PAYS VIVANT, AVEC UNE POLITIQUE VIVANTE, ET QUI D'AILLEURS EST VU DE L'EXTERIEUR, COMME VOUS LE SAVEZ, A MON AVIS COMME UN PAYS VIVANT. J. CHANCEL - DE QUELS PAYS AIMERIEZ-VOUS ETRE LE PRESIDENT ?. M. GISCARD D'ESTAING - UNIQUEMENT DE LA FRANCE. J. CHANCEL - ET APRES VOUS, CE SERA QUI ? PONIATOWSKI ? CHIRAC ? QUELQU'UN D'AUTRE ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, SI VOUS VOULEZ, LES FRANCAIS D'ABORD CHOISIRONT. MAIS JE CONSIDERE QU'UNE DE MES RESPONSABILITES, C'EST DE FACILITER LA FORMATION ET LA PROMOTION D'UN CERTAIN NOMBRE D'HOMMES_D_ETAT. JE NE SUIS PAS DU TOUT QUELQU'UN QUI AIT EU L'IDEE DE LA TERRE BRULEE, JE CROIS QU'IL EST TRES IMPORTANT QU'IL Y AIT UNE MONTEE D'HOMMES D'ETAT EN FRANCE ET DANS LES DECISIONS FUTURES QUE J'AURAI A PRENDRE CONCERNANT LES GRANDS POSTES GOUVERNEMENTAUX, JE FERAI EN SORTE QU'IL Y AIT UNE NOUVELLE GENERATION D'HOMMES D'ETAT FRANCAIS\
J. CHANCEL - VOUS CROYEZ AU SUCCES DE LA GAUCHE DANS LES ANNEES QUI DOIVENT VENIR ? ET CETTE GAUCHE VOUS INQUIETE-ELLE ? JE DIRAI MEME SANS COMMUNISME ?. M. GISCARD D'ESTAING - LES CHANCES DU COMMUNISME EN FRANCE, A MON AVIS, SONT NULLES. LE PROBLEME EST DE SAVOIR SI UNE ORIENTATION DU TYPE SOCIAL-DEMOCRATE, DU TYPE SOCIALISTE ALLEMAND, EST POSSIBLE EN FRANCE, ELLE EST CERTAINEMENT POSSIBLE. ET IL FAUT ARRIVER A UNE SITUATION DANS LAQUELLE LES FRANCAIS PUISSENT CHOISIR, C'EST-A-DIRE PUISSENT CHOISIR ENTRE L'ACCENTUATION D'UNE POLITIQUE DE TYPE LIBERAL OU L'ACCENTUATION D'UNE POLITIQUE DE TYPE SOCIALISTE DANS L'ESPRIT SOCIAL-DEMOCRATE. ET L'EXPRESSION QUE VOUS AVEZ UTILISEE QUI EST SOUVENT UTILISEE, A L'HEURE ACTUELLE, A MON AVIS NE DECRIT PAS LA SITUATION. PARCE QUE VOUS DITES "LA GAUCHE" ET A MON AVIS... J. CHANCEL - J'AURAIS DU DIRE L'OPPOSITION. M. GISCARD D'ESTAING - OUI, JE VAIS VOUS DIRE POURQUOI. PARCE QU'IL Y A, DANS LA CARTE POLITIQUE FRANCAISE, UN GRAND VIDE, CE QUI EST TOUT A FAIT CURIEUX, CAR S'IL Y AVAIT ACTUELLEMENT... J. CHANCEL - IL N'EST PAS CORRIGE PAR LE CENTRE ?. M. GISCARD D'ESTAING - JE NE VEUX PAS CITER DES NOMS. SI JE CITAIS DES NOMS, ON ME DIRAIT : "VOUS ABUSEZ DE CES NOMS". MAIS SI, CERTAINS DES GRANDS NOMS DU PASSE DE CE QU'ON APPELLE LA GAUCHE EN FRANCE ETAIENT PRESENTS DANS LA SOCIETE FRANCAISE, OU IRAIENT-ILS ? BON. J'AI REVU LE FILM 36 `1936` QUE VOUS AVEZ DU VOIR - TRES INTERESSANT - IL Y A QUELQUES SEMAINES. J'AI VU LES PROPOS QUE TENAIT, PAR EXEMPLE, LEON BLUM APRES SON ACCESSION AU POUVOIR SUR LA _NATURE DE LA SOCIETE QU'IL GERAIT. QUE FERAIT-IL ? QUE DIRAIT-IL ? DONC, IL Y A UN VIDE. PARCE QUE LE SOCIALISME EUROPEEN, C'EST-A-DIRE LE SOCIALISME, METTONS A L'ALLEMANDE, EST UN SOCIALISME QUI, POUR L'INSTANT, N'EST PAS EXPRIME EN FRANCE, ALORS QU'IL EST... ON _COMPTE QUARANTE HUIT POUR CENT DE LA VIE POLITIQUE DE NOS VOISINS. OR, A MON AVIS, IL SE PASSERA QUELQUE CHOSE. D'UNE MANIERE OU D'UNE AUTRE, CE VIDE DE LA VIE POLITIQUE FRANCAISE SERA COMBLE. J. CHANCEL - PAR QUOI ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, SOIT QUE L'ACTUELLE MAJORITE DEPLACE SON CENTRE DE GRAVITE DE MANIERE A REMPLIR PARTIELLEMENT CE VIDE, SOIT QU'IL SE PRODUISE AU-SEIN DE L'OPPOSITION, AUX FRONTIERES DE L'OPPOSITION, DES MOUVEMENTS, DES INITIATIVES POUR LE COMBLER\
J. CHANCEL - VOUS PARLEZ SOUVENT DE L'INEGALITE, DES INEGALITES ET ON PARLE RAREMENT - VOUS N'ETES PAS LE SEUL D'AILLEURS A NE PAS EN PARLER - DE L'EGALITE DES ESPRITS QUI EST POURTANT LE VRAI, LE GRAND HANDICAP ?. M. GISCARD D'ESTAING - C'EST LE GRAND HANDICAP... SI ON PARLE BEAUCOUP DE... JE PARLE DE L'EGALITE DES CHANCES AU POINT_DE_VUE DE L'EDUCATION ET DE LA CULTURE. J. CHANCEL - C'EST NORMAL. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. ET DANS LA REFORME DE L'EDUCATION ACTUELLE, QUI VA DONNER _LIEU A UN DEBAT, JE SOUHAITE QUE CE DEBAT NE SOIT PAS TELLEMENT POLEMIQUE, PARCE QUE CE N'EST PAS UN SUJET DE POLEMIQUE, C'EST UN SUJET DE REFLEXION. LE GRAND PROBLEME C'EST DE SAVOIR SI ON PEUT ACCENTUER L'EGALITE DES CHANCES AU TRAVERS DU SYSTEME EDUCATIF. IL EST CERTAIN QU'ON PEUT L'ACCENTUER. ON NE PEUT PAS FAIRE DISPARAITRE L'INEGALITE\
J. CHANCEL - SI VOUS N'AVIEZ PAS ETE ELU, SERIEZ-VOUS PLUS SEREIN AUJOURD'HUI ?. M. GISCARD D'ESTAING - IMPOSSIBLE A SAVOIR. JE NE SAIS PAS. JE VEUX DIRE : JE NE SAIS PAS, PARCE QUE JE NE SAIS PAS DU TOUT CE QUE J'AURAIS FAIT. JE PENSE QUE J'AURAIS CONSERVE MES FONCTIONS POLITIQUES LOCALES, C'EST-A-DIRE MUNICIPALES ET ELECTIVES. PAR CONTRE, JE NE CROIS PAS QUE J'AURAIS CHERCHE A ETRE LE LEADER, A ETRE LEADER DE L'OPPOSITION. JE NE CROIS PAS. D'ABORD, PARCE QUE CE N'ETAIT PAS DANS MON CARACTERE. JE TROUVE QUE L'IDEE D'ETRE NEGATIF TOUT LE TEMPS OU DE CONTESTER TOUT LE TEMPS OU DE CRITIQUER TOUT LE TEMPS, N'EST PAS QUELQUE CHOSE QU'ON AIT ENVIE DE FAIRE, OU QUE MOI J'AURAI EU ENVIE DE FAIRE. DONC JE NE SAIS PAS CE QUE J'AURAIS FAIT. J. CHANCEL - QUAND COMMENCERA VOTRE ETE ? FAIT-IL ENCORE FROID POUR VOUS ? M. GISCARD D'ESTAING - NON. J'OBSERVE LES FEUILLES ET LES COULEURS. J'AI VU LE PRINTEMPS VENIR, IL Y A PEU DE TEMPS D'AILLEURS, MAIS ENFIN L'ETE C'EST POUR DANS UN MOIS\
J. CHANCEL - RAPPELEZ-VOUS LA PHRASE DE MICHELET QUE VOUS AVEZ LANCEE LA DERNIERE FOIS. CETTE PHRASE ETAIT CELLE-CI : "L'IMPORTANT N'EST PAS DE MONTER MAIS EN MONTANT DE RESTER SOI". ALORS, APRES UN AN, VOUS, PRESIDENT GISCARD D'ESTAING ?. M. GISCARD D'ESTAING - EH BIEN, CETTE PHRASE QUI EST... OUI. JE NE SAIS PAS POURQUOI IL A DIT CELA D'AILLEURS PARCE QUE JE NE TROUVE PAS QUE CE SOIT DIFFICILE. JE CROIS QUE CE QUI EST DIFFICILE, C'EST D'ETRE ASSURE QUE, DANS UNE FONCTION, ON FAIT BIEN CE QUI EST A LA DIMENSION DE CETTE FONCTION. PAR CONTRE, JE NE CROIS PAS QUE CE SOIT TRES DIFFICILE DE RESTER SOI-MEME. J. CHANCEL - Y A-T-IL QUELQUE CHOSE, MONSIEUR LE PRESIDENT, QUE VOUS N'AURIEZ PAS DIT ? UNE PHRASE QUE VOUS AURIEZ VOULU OFFRIR OU QUELQUE CHOSE QUE VOUS VOUDRIEZ DONNER ?. M. GISCARD D'ESTAING - NON. VOUS SAVEZ QUE JE N'AI RIEN PREPARE ET QUE J'AI ESSAYE SIMPLEMENT DE REPONDRE A VOS QUESTIONS ET A CELLE DE MICHELET, C'EST-A-DIRE, A UN AN D'INTERVALLE, DE RESTER MOI-MEME\
`ANNIVERSAIRE DE L'ELECTION PRESIDENTIELLE` J. CHANCEL - LE "ONE MAN SHOW" EST TERMINE. C'EST LE MOT QU'ON A EMPLOYE. C'ETAIT UN SPECTACLE. IL FALLAIT QUE VOUS PARLIEZ ?. M. GISCARD D'ESTAING - OUI. IL EST TERMINE... J. CHANCEL - LA PRESSE D'AILLEURS A BEAUCOUP EMPRUNTE A TOUT CELA... M. GISCARD D'ESTAING - IL EST TERMINE. NEANMOINS, SI VOUS VOULEZ, JE CROIS QU'IL EST IMPORTANT DE GARDER DES RENDEZ-VOUS... J. CHANCEL - AH, IL N'Y AURA PAS DE CAUSERIE... M. GISCARD D'ESTAING - IL N'Y AURA PAS DE CAUSERIE LA SEMAINE PROCHAINE PARCE QU'EN EFFET, J'AI EU L'OCCASION DE DIRE TOUTES LES CHOSES QUE J'AVAIS A DIRE A L'HEURE ACTUELLE. MAIS ENFIN, L'ANNEE PROCHAINE ET D'AUTRES FOIS, N'EST-CE PAS, JE REVIENDRAI FAIRE LE POINT DEVANT L'OPINION. OUI, JE L'ESPERE, AVEC VOUS\

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