Publié le 9 mai 2011

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la coopération internationale contre le trafic de drogue, à Paris le 9 mai 2011.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur la coopération internationale contre le trafic de drogue, à Paris le 9 mai 2011.

9 mai 2011 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Directeur exécutif,
Madame la Commissaire,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,
C'est un grand plaisir de vous accueillir à l'Elysée, à l'ouverture d'une conférence ministérielle sans précédent à laquelle j'attache une grande importance.
La France est engagée avec une extrême fermeté dans le combat contre la drogue. Il repose sur deux principes simples :
En France, nous n'avons jamais accepté la dépénalisation, nous ne voulions pas abdiquer nos responsabilités.
Sur le plan international, nous avons toujours plaidé pour une coopération entre pays d'origine, pays de transit et pays consommateurs.
Trop souvent dans le passé, on a recherché les responsabilités, avec d'un côté les pays producteurs, et de l'autre les pays consommateurs. Résultat : on a freiné l'indispensable coopération entre tous les Etats concernés.
Ce débat est aujourd'hui dépassé. Et c'est ensemble que nous voulons éradiquer un fléau qui menace nos populations, notamment nos jeunesses. Un fléau qui déstabilise nos sociétés, et qui parfois même déstabilise nos Etats.
Dans un premier temps, nous avons su organiser la lutte contre la fabrication, la circulation et la consommation de l'héroïne venue d'Afghanistan. Le Pacte de Paris a scellé l'alliance entre tous les pays concernés. Mais beaucoup reste à accomplir. C'est pourquoi la présidence française du G8 soutient l'organisation, au second semestre de cette année, d'une nouvelle réunion, à Vienne, sous l'égide de l'ONU contre la drogue et le crime. Je tiens d'ailleurs à saluer son Directeur, M. Fedotov.
Mais aujourd'hui, c'est un autre combat qui nous mobilise : je veux parler du déferlement - car c'est bien d'un déferlement dont il s'agit -, de la cocaïne sur l'Afrique et l'Europe. Depuis une vingtaine d'années, des succès ont été remportés par les pays d'Amérique du Nord et des Caraïbes. Le marché américain s'est contracté. Mais que s'est-il passé ? Les trafiquants ont ouvert de nouvelles routes vers l'Europe et vers l'Afrique ! En Europe, le nombre des consommateurs de cocaïne a doublé en dix ans : aujourd'hui, ils sont plus de quatre millions et ce nombre ne cesse de croître.
Depuis les foyers producteurs d'Amérique andine, les routes se sont multipliées, les moyens de transports se sont diversifiés. Plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique du Nord sont devenus des zones de transit. De puissants réseaux de trafiquants ont cherché à imposer leurs lois, au point de menacer gravement la stabilité de plusieurs pays.
La menace est multiforme, elle est changeante. Les réseaux criminels ont une capacité d'adaptation, une imagination sans limite pour identifier de nouveaux circuits et de nouveaux modes de transport.
Notre devoir, notre responsabilité sera de démontrer dans les faits que nous sommes capables d'être meilleurs qu'eux et de gagner ce combat.
Les organisations criminelles croient pouvoir menacer certains Etats ? A nous, par notre coopération, de leur démontrer que nous n'accepterons la déstabilisation d'aucun pays ! Les trafiquants imaginent de nouveaux modes d'acheminement comme le parasitage de containers ? A nous de démontrer notre capacité à sécuriser tous les containers ! Les cartels utilisent même des sous-marins ? A nous de mobiliser, en parfaite concertation, les marines de nos pays !
Trop souvent c'est une coordination insuffisante qui nous a conduit à l'échec. C'est dire l'enjeu majeur de votre réunion, une réunion sans précédent proposée par la France lors du sommet de Muskoka.
C'est la première fois qu'une conférence internationale mobilise les Ministres de trois continents contre le trafic de drogue, avec des objectifs précis et la volonté d'adopter des conclusions opérationnelles.
Je suis certain que sous la présidence de Claude Guéant, et avec le concours du Garde des Sceaux, Michel Mercier, vous adopterez, à l'issue de vos travaux, des décisions qui marqueront un coup d'arrêt décisif au trafic transatlantique de la cocaïne.
Sans vouloir préempter vos débats, je voudrais juste faire quelques réflexions.
La première clé du succès, à mes yeux, c'est la collecte et l'échange de l'information et du renseignement. Vous venez de trois continents différents et qui n'ont pas jusqu'à présent une tradition naturelle du travail en commun. Tout progrès dans cette direction sera une victoire dans la guerre contre les narcotrafiquants.
Un autre champ de coopération doit être exploré : il est essentiel que dans chacun des Etats concernés, les narcotrafiquants se heurtent à une chaîne pénale complète et solide. Il faut des policiers qui enquêtent, mais aussi des juges qui condamnent quand c'est nécessaire, et des prisons sûres où les peines sont purgées. Il y a là un domaine de coopération où les Etats le mieux équipés doivent proposer une coopération forte aux Etats de transit qui en feraient la demande.
Mais combattre les trafiquants ce n'est pas seulement incarcérer ou saisir la drogue. C'est aussi s'attaquer à la cause première du trafic : l'argent. Il faut priver les narcotrafiquants du produit de leur crime. Il faut punir les criminels non seulement par de lourdes peines de prison mais aussi en confisquant leurs avoirs.
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Je souhaite ici vous présenter une proposition : pourquoi ne pas utiliser tout l'argent des avoirs des narcotrafiquants pour abonder un Fonds international placé sous le contrôle de l'Organisation des Nations Unies contre la drogue et le crime ? Ce Fonds aurait une seule vocation : soutenir le renforcement des capacités des Etats les plus fragiles et les plus affectés par les trafics de drogue. Sa gestion par une organisation des Nations Unies à la compétence incontestée garantirait son efficacité et la qualité de sa gouvernance.
Au-delà de la création de ce Fonds, soyons conscients que l'ensemble des mesures que vous arrêterez ne seront efficaces que si elles sont soutenues par un effort financier à la hauteur des enjeux. C'est dire l'importance d'une mobilisation des moyens de plusieurs des institutions financières qui participent à votre conférence. Je leur lance un appel : dégageons les moyens financiers nécessaires ! Le succès de votre plan d'action en dépend !
Mesdames et Messieurs les Ministres,
S'il est un domaine où l'union fait la force, c'est bien celui de la lutte contre les réseaux du crime et du narcotrafic. Vos présences ce soir, votre participation à cette conférence sans précédent témoignent d'une mobilisation politique qui est en soi un gage de succès. Je soumettrai au Sommet du G8, les 26 et 27 mai à Deauville, les conclusions de vos travaux. Soyez certains que les Chefs d'Etat et de gouvernement exprimeront leur détermination à mettre en uvre vos recommandations avec ambition.
Je vous remercie de votre présence et vous appelle à partager avec moi, si vous le voulez bien, le verre de l'amitié et de la coopération.
Merci à tous.

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