Publié le 15 septembre 2009

Point de presse conjoint de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, sur la préparation des sommets de Pittsburgh et de Copenhague consacrés à la crise économique et au climat, à Paris le 15 septembre 2009.

Point de presse conjoint de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Gordon Brown, Premier ministre du Royaume-Uni, sur la préparation des sommets de Pittsburgh et de Copenhague consacrés à la crise économique et au climat, à Paris le 15 septembre 2009.

15 septembre 2009 - Seul le prononcé fait foi

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LE PRESIDENT - Mesdames et messieurs, pardon de vous avoir fait attendre. C'est vraiment un plaisir renouvelé que de pouvoir rencontrer Gordon BROWN, échanger avec lui, partager nos idées sur ce nouveau monde qui doit émerger de cette crise sans précédent. Je dois à la vérité de dire qu'on a une très grande communauté d'analyse, tous les deux. Pittsburgh doit être un succès, nous devons prendre, en matière de régulation financière, des décisions concrètes, précises. Les peuples du monde doivent comprendre qu'il s'est passé quelque chose, nous voulons tous les deux non pas des déclarations de principe mais des chiffres, des calendriers, des engagements et, sans rentrer dans le détail parce qu'on ne veut pas abuser de votre patience, on est d'accord sur la quasi-totalité du paquet.
Nous voulons que Copenhague soit un succès et je vous annonce que nous allons nous battre pour qu'il puisse y avoir un accord à Copenhague.
Il y a la réunion du Secrétaire Général BAN Ki-Moon à New-York, nous ferons des propositions communes et, comme je l'avais dit à Brasilia, nous irons, les Brésiliens, les Allemands, d'autres partenaires encore, nous voulons débloquer la situation. Il faut un accord à Copenhague, c'est un engagement que nous avons pris, qui demandera beaucoup de solidarité avec les pays émergents. On a balayé jusque dans les détails ce qu'il faut faire pour nous et nos équipes vont travailler ensemble dans les heures et les jours qui viennent pour faire des propositions communes d'ici à New-York et bien-sûr à Copenhague, avec peut-être même une réunion entre les deux pour faire avancer les choses.
J'ai eu le Président OBAMA au téléphone cet après-midi. Il a aussi une volonté de faire avancer les choses. Nous avons parlé de l'Europe, de la croissance et je dois dire que c'est un travail main dans la main que Gordon BROWN et moi nous souhaitons mener.
Merci d'être passé à Paris et bien-sûr, la prochaine fois, c'est moi qui vais à Londres.
M. GORDON BROWN - Je voudrais dire tout d'abord que c'est toujours un plaisir de rencontrer le Président SARKOZY et d'être ici à Paris. Je suis désolé et je vous présente toutes mes excuses pour cette heure tardive à laquelle nous tenons notre conférence. Le Président SARKOZY et moi-même avons travaillé ensemble depuis des années mais jamais en aussi étroite collaboration que depuis un an et je voudrais commencer par dire que c'est sous la Présidence française du Président SARKOZY de l'Union européenne que nous avons pu vraiment nous attaquer à la crise économique et financière.
Nous avons parlé du premier sujet d'importance mondiale pour les jours à venir : le sommet du G20 à Pittsburgh. Nous sommes tous les deux d'accord sur le fait que nous avons besoin d'actions et pas simplement de paroles et de principes.
Nous sommes d'accord sur plusieurs choses pour Pittsburgh. Tout d'abord, qu'est-ce que nous pouvons faire pour nous assurer qu'une économie fragilisée continue sa reprise et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous en assurer. Ensuite, pour viser une croissance à long terme et la création d'emplois pour l'économie mondiale. Le message que nous voulons passer ce soir, c'est que nous devons tous travailler ensemble, chaque continent, chaque pays, pour mener l'action nécessaire pour accélérer la croissance de l'économie mondiale et créer les emplois dont nous avons tant besoin. Donc, nous travaillons sur la supervision, la surveillance, la réglementation financière et la question des bonus : comment gérer le problème de ces bonus énormes qui ont horrifié le monde entier ? Et comment nous pouvons travailler ensemble pour mettre au point une stratégie de croissance pour les années à venir ?
Comme l'a dit le Président SARKOZY, le deuxième évènement mondial qui va réunir les pays du monde entier, c'est la réunion sur le changement climatique. Copenhague est dans moins de trois mois et nous sommes déterminés à travailler ensemble et avec d'autres pays pour nous assurer que les grands défis que nous devons relever à Copenhague seront relevés. Tout d'abord, il faut se mettre d'accord les objectifs généraux s'agissant du changement climatique, ensuite nous donner les moyens de mesurer notre capacité à atteindre ces objectifs et troisièmement, faire en sorte que les pays en développement qui doivent mettre en oeuvre un certain nombre de changements puissent le faire avec notre aide. On commencera à en parler dès jeudi au Conseil européen où nous allons nous rencontrer pour parler de nos positions communes pour Pittsburgh et pour Copenhague et nous poursuivrons ce dialogue sur lequel la France et la Grande Bretagne ont travaillé avec autant de succès depuis un an. Une fois de plus, je dois dire que c'est un immense plaisir que de travailler avec mon ami le Président SARKOZY, nous avons eu un débat passionnant sur la façon d'avancer ce soir et nous continuerons à mener les politiques sur lesquelles nous nous sommes mis d'accord pour ensemble faire avancer l'économie mondiale.
LE PRESIDENT - Si vous avez une question chacun, compte tenu de l'heure.
QUESTION - Monsieur le Président quelle est l'importance de Gordon BROWN dans le débat au G20 ? Est-ce que la France est d'accord sur le fait que l'on peut racheter en quelque sorte, ou financer sa propre reprise ?
LE PRESIDENT - L'importance de Gordon BROWN et de la Grande Bretagne c'est assez capital parce que s'il n'y avait pas eu l'accord que nous avons eu avec Gordon et l'organisation qu'il a menée remarquablement pour le sommet de Londres, on n'en serait pas ici aujourd'hui.
Moi, je me souviens très bien de la démarche que nous avons faite à Washington, plus exactement à Camp David, le Président BARROSO et moi-même lorsque j'étais Président du Conseil, pour pousser et avoir le premier sommet de Washington. Et puis on a passé le relais à Gordon BROWN, ça été le sommet de Londres qui a beaucoup plus avancé que le premier sommet de Washington et Gordon BROWN y a joué un rôle central. Et puis c'est très important de bien montrer que, pour sortir de la crise, la Grande Bretagne nous aide à trouver les voies et les moyens, plutôt qu'un affrontement entre un système anglo-saxon et un système dit « européen ». C'est absolument capital que l'on s'en sorte ensemble.
J'ajoute que, depuis le début de la crise, Gordon et moi on a travaillé. Quand il a fallut trouver un plan pour les banques, on l'a fait ensemble £ quand il y a eu la première réunion du groupe euro, dont l'Angleterre ne fait pas partie, j'avais pris la responsabilité d'inviter Gordon BROWN pour qu'il explique son plan. C'est toute l'Europe qui a été heureuse de se trouver dans cette situation. Et pour convaincre les Américains d'avancer, parce qu'il y a une volonté moi que je crois très sincère du Président OBAMA d'avoir des résultats, la Grande- Bretagne et Gordon BROWN, c'est un atout. Et pour avoir une position commune de l'Europe, il vaut mieux que Gordon BROWN et moi on essaye de se mettre d'accord. Donc c'est absolument important pour l'unité de l'Europe, c'est important pour qu'il n'y ait pas une opposition stérile entre les Américains et l'Europe, parce que l'on a besoin de travailler main dans la main. Moi, je crois à la volonté du Président OBAMA de changer les choses et bien sûr je la soutiens.
Au fond, ce nouveau monde va permettre des nouvelles alliances. De la même façon que j'ai pensé que la France en revenant dans l'OTAN restait tout autant indépendante mais qu'elle renforçait le pilier européen. Eh bien je crois que de travailler main dans la main avec les Anglais cela renforce le pilier européen sur un autre domaine. Et puis l'Angleterre sur la finance, ce n'est pas rien. Que les Anglais veuillent également évoluer, c'est extrêmement important, c'est une très bonne nouvelle. La catastrophe chez vous, c'était la catastrophe chez nous aussi. Et pourquoi on ne travaillerait pas ensemble ? Je crois qu'au contraire c'est une très bonne nouvelle que face à la crise, on se rassemble au-delà des vieux clivages pour imaginer le nouveau monde. C'est un véritable projet de civilisation que l'on met en oeuvre, en tout cas qu'on essaye de mettre en oeuvre.
On avait dit que c'était l'entente formidable au lieu de l'entente cordiale. On le démontre tous les jours, depuis ce fameux voyage où nous avons été, Carla et moi, à Londres. Vous savez, vous ne nous aviez pas assez pris au sérieux sur les mots que l'on avait employé. On pensait que c'était des formules, un « joke », une plaisanterie : comme toujours, un voyage, il y a des discours et puis après, on les oublie. Ce que nous avons fait depuis que nous avons été, Carla et moi, à Windsor, à l'invitation de la Reine et puis le discours que j'ai pu prononcer devant les parlementaires, vous pouvez regarder ce qui s'est passé depuis. On n'a cessé de renforcer notre alliance. Je sais très bien ce qui s'est passé entre les Anglais et les Français, les Anglais et les Européens, depuis des années voire des siècles. Nous on a décidé d'écrire une nouvelle histoire, celle de deux pays voisins, qui essayent de travailler main dans la main pour obtenir des résultats, parce que le peuple britannique souffre, le peuple français aussi, les peuples du monde. Face à la crise, on n'est pas trop d'être plusieurs pour trouver les voies et les moyens pour en sortir.
Et Gordon BROWN a été imaginatif, volontaire, courageux lorsqu'il s'est agi de faire des choix européens. Et pendant la crise, on n'a pas été si nombreux à pouvoir travailler main dans la main, pour trouver des solutions. Vous savez, ça a beaucoup tangué. Beaucoup plus qu'on ne le dit encore. Franchement, avec Angela MERKEL, avec Gordon, on a essayé d'avoir un leadership et c'est ce que l'on fait. Gordon parle avec Barack OBAMA, je parle avec Barack OBAMA, on essaye de faire de Pittsburgh un succès et ce sera le succès de tout le monde, alors que l'échec sera l'échec de tout le monde. Voilà ce qui est en jeu dans les discussions innombrables que nous avons.
QUESTION - Justement, à propos de M. OBAMA, vous avez tous les deux signé une lettre dans laquelle vous demandez que soit adoptée au G20 une limitation des bonus. Le Président OBAMA s'est prononcé plutôt contre hier soir, est-ce que vous maintenez tous les deux cet objectif et comment vous espérez le convaincre ?
LE PRESIDENT - D'abord je vais vous dire que la conversation entre le Président OBAMA et moi s'est très bien passée. J'en ai rendu compte d'ailleurs à Gordon BROWN qui lui-même avait parlé au Président OBAMA. Parce que vous imaginez bien qu'un sommet de l'importance de Pittsburgh, on ne le prépare pas...je veux dire qu'avant d'y arriver, on le prépare, nos collaborateurs échangent des notes. Le Président OBAMA nous dit quels sont ses problèmes, nous lui expliquons quels sont les nôtres et on essaye de trouver £ qu'est-ce que l'on veut ? On veut qu'à l'arrivée, il y ait des engagements précis pour que les comportements scandaleux, qui ont choqué les gens partout dans le monde cessent. Et c'est ce que l'on va faire et je crois que Pittsburgh sera un sommet très important.
M. GORDON BROWN - Dans tous les pays du monde, les gens ont été profondément choqués par le niveau des bonus. Ce qui inquiète les gens c'est que les banques reviennent à l'avant-crise sauf à ce qu'on les en empêche. Et nous savons très bien que si nous n'avons pas un accord international, mondial, ce que fait un pays peut être contrecarré pas l'inaction d'un autre pays.
Effectivement, j'ai signé la lettre que Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL ont également signée. Et c'est un courrier important parce que nous disons que nous ne pouvons pas ignorer la question de la rémunération et ses problèmes. Il faut prendre des mesures précises pour nous y attaquer, il faut envoyer un message partout dans le monde, selon lequel tous les pays doivent respecter les mêmes règles à l'avenir. Sinon le système bancaire reviendra au point où l'on en était avant la crise et c'est inacceptable. Je reste convaincu qu'il y a suffisamment de terrains d'entente pour que nous puissions nous mettre d'accord à Pittsburgh. Et je veux dire que c'est à l'initiative du Président SARKOZY qu'on en parle, que c'est à l'ordre du jour et c'est lui que je souhaite remercier.

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