Publié le 15 janvier 2008

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations entre la France et les Emirats arabes unis, à Abou Dabi le 15 janvier 2008.

Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, sur les relations entre la France et les Emirats arabes unis, à Abou Dabi le 15 janvier 2008.

15 janvier 2008 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et Messieurs,
On a l'habitude de dire que le visiteur qui amène la pluie est un visiteur chanceux. Mon Dieu, comme l'année 2008 commence bien !
Mesdames et Messieurs, je termine ce soir une tournée de trois jours dans une région particulièrement stratégique pour notre pays. Je voudrais dire ici, à Abou Dabi, combien je suis reconnaissant aux autorités, Son Altesse royale le Prince héritier des Emirats, de la place qu'il réserve à notre pays.
Les Emirats, c'est la réponse aux déclinologues français, à ceux qui parient sur la disparition de l'influence de la France.
Voici un pays, celui où vous vivez, qui n'existait pas il y a quarante ans, où la France n'était pas présente il y a trente ans puisque d'autres pays européens y étaient représentés. Et c'est un pays qui, en trente ans, est devenu le premier partenaire sur le plan économique, sur le plan militaire et maintenant sur le plan culturel.
Si vous êtes mouillés...être mouillé à Abou Dabi, c'est une chance, et franchement moi, je me suis plus mouillée que vous, dans les derniers mois en tout cas. En plus, on n'y peut rien.
C'est très important ce dont nous avons parlé aujourd'hui. Nous allons multiplier les partenariats. Et avec le ministre de la Défense, Hervé Morin, nous avons annoncé la présence permanente de 400 militaires français à Abou Dabi pour montrer la volonté politique de la France d'être aux côtés de son partenaire stratégique. Ces militaires proviendront de la composante navale, comme des composantes aérienne et terrestre. Nous avons été sollicités par les autorités de l'Emirat dans le cadre de l'accord de défense qui nous lie depuis 1995, ce qui montre que la France est présente dans cette région au service de la paix, au service de la stabilité. Je voudrais également dire qu'ici se joue une partie d'une importance immense : c'est celle d'un pays musulman, c'est celle d'un islam qui se tourne vers la modernité, vers l'ouverture et vers la tolérance. C'est celle d'un pays qui a compris qu'on pouvait être fidèle à son identité et épouser la modernité.
Et là prend toute sa cohérence le voyage que nous venons de faire avec la délégation qui a bien voulu m'accompagner. L'Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats, trois pays qui cheminent vers l'ouverture à des vitesses différentes, à des stades différents, mais qui tous ont compris que l'avenir était au dialogue et non pas à la confrontation entre l'Orient et l'Occident.
C'est le Roi Abdallah d'Arabie saoudite qui rencontre le Pape et qui appelle, lui qui est le gardien des lieux saints de l'Islam, les religions à dialoguer et à se comprendre. C'est le Qatar qui s'ouvre chaque année davantage. Et ce sont les Emirats qui ont été les premiers vers la modernité. Eh bien c'est cette image là d'un Islam qui existe dans sa volonté de paix, d'ouverture et de tolérance que la France veut aider. Et c'est cette réponse là que la France veut apporter, par son aide, aux barbares, aux terroristes, aux partisans d'Al Qaïda qui, au nom d'une religion qu'ils dévoient, sèment la mort et la violence.
Vous avez compris que, pour la France, notre présence ici n'est pas simplement économique, elle est aussi politique. Nous devons tout faire pour que le XXIème siècle ne connaisse pas une guerre de religion. Nous devons tout faire pour éviter l'affrontement suicidaire entre l'Occident et l'Orient. Et tout au long de mes contacts, j'ai pu vérifier que nous étions à l'unisson de ces dirigeants pour demander que soit réglée, enfin, la question de la co-existence d'un Israël assuré dans sa sécurité et d'un Etat palestinien moderne, démocratique et viable, pour qu'enfin toutes ces régions dans le monde puissent se tourner vers l'avenir et se tourner vers le progrès.
Et puis quel plaisir pour nous de voir le plus beau musée de France qui aura ici son correspondant, portant le plus beau témoignage du caractère universel de la culture française. Avec Christine Albanel, nous faisons tout pour que le projet du Louvre à Abou Dabi, le magnifique projet du très grand architecte Jean Nouvel que je veux saluer, puisse être le témoignage de cette volonté de promouvoir la culture française.
Et dans quelques instants, sous des trombes d'eau, j'irai donc - chacun son tour - poser la première pierre d'un correspondant de l'université de la Sorbonne ici à Abou Dabi. Et puis, j'ai indiqué à Son Altesse que l'Ecole Centrale, que l'Ecole Normale étaient prêtes à faire, elles aussi, la même démarche. Et puis vous verrez dans les semaines qui viennent de très importants contrats qui permettront aux entreprises françaises et à l'industrie française de créer des emplois et de se développer.
Il va falloir que je termine, naturellement parce qu'il faut que je rentre. Ecoutez, il y a pire que d'être ici. Je veux bien rester, j'aurai certaines compensations.
Je voudrais également vous dire merci, que vous travailliez pour des entreprises ou pour des administrations. Parce que si la France est un grand pays, c'est parce que partout dans le monde il y a deux millions de nos compatriotes qui ont tenté l'aventure de l'expatriation.
Je sais que cela ne va pas sans déchirement, qu'on laisse une partie de sa famille en métropole. Je sais aussi que cela demande beaucoup d'efforts d'adaptation. Mais soyez-en remerciés parce que vous participez, comme nous le faisons avec Bernard Kouchner, à la politique de la France et au rayonnement de la France. Je veux d'ailleurs vous dire, en accord avec Bernard Kouchner et Xavier Darcos, que nous poursuivrons chaque année l'évolution vers une année de scolarité gratuite pour vos enfants dans les écoles en-dehors du territoire national. Dans un pays comme le nôtre, je n'ai jamais compris pourquoi lorsqu'on fait ces études en métropole dans une école publique, c'est gratuit, et lorsqu'on fait ces études en dehors de la métropole, dans une école publique, c'est payant. Ce n'est pas la conception que j'ai de l'égalité.
Nous avons eu un débat. Une partie de l'administration était favorable à l'augmentation des bourses. J'ai préféré la gratuité totale pour une raison pour laquelle je vais m'expliquer en deux minutes : le système des bourses, c'est très utile mais j'en connais certains qui sont toujours trop riches pour bénéficier des bourses et trop pauvres pour pouvoir payer la scolarité de leurs enfants. C'est toujours les mêmes qui paient et qui ne bénéficient de rien. Avec la gratuité totale, au moins c'est clair, tout le monde pourra en profiter y compris ceux qui, pour autant qu'ils ne sont pas dans la misère la plus absolue, ne roulent pas dans l'opulence la plus totale. On les appelle les cadres moyens ou supérieurs. J'ai voulu penser à cette catégorie de la population qui, après tout, paye suffisamment d'impôts et de taxes pour bénéficier de temps à autre des même droits que les autres. Nous avons commencé par la terminale, l'année prochaine la première et nous descendrons ainsi.
Puisqu'on est sur l'égalité, je n'ai toujours pas compris pourquoi les Français de métropole pouvaient voter pour des députés et des sénateurs et que les Français de l'étranger se voyaient priver de la moitié de la représentation législative. Je vous annonce donc que dans le cadre de la réforme de la Constitution que je présenterai dans les semaines qui viennent, les Français de l'étranger pourront élire des députés qui représenteront de vastes circonscriptions géographiques.
Enfin, je vous demande de raconter à nos compatriotes de métropole ce que vous voyez. Je vous demande de ne pas hésiter à expliquer que le monde bouge, que partout dans le monde on travaille, on s'adapte, on crée, on a faim de vivre, on veut vivre, on veut innover, on veut créer. Dites à nos compatriotes qui sont restés en métropole que ce que nous faisons, justement, c'est cela. Je veux en France des projets architecturaux de la dimension de ce qu'on voit ici. Parce que l'architecture, c'est un art populaire majeur. Il n'y a pas besoin de rentrer dans un musée pour voir la beauté d'une tour ou l'élégance d'un bâtiment. Un pays qui construit, c'est un pays qui vit, c'est un pays qui est jeune. Eh bien on va remettre la France en mouvement, on va libérer les forces de travail. Parce que franchement, si les 35 heures avaient étaient une bonne idée, cela se saurait. On va redonner la possibilité aux jeunes d'innover et de se former.
Je veux que vous croyiez dans l'avenir de notre pays. C'est une question qui va bien au-delà de la droite et de la gauche. C'est une question d'avenir et de passé, de modernité. Il fallait que la France bouge. C'est ce que nous sommes en train de faire. Et ce mouvement, c'est un mouvement historique. Vous savez, aujourd'hui même, deux syndicats, j'espère un troisième après-demain, ont annoncé un accord entre le patronat et les syndicats sur un nouveau contrat de travail. Enfin, la France se met à dialoguer. Enfin, on peut se comprendre. Enfin, on rentre dans une logique gagnant-gagnant : plus de souplesse pour les entreprises, plus de sécurité pour les salariés. Cet accord sur le nouveau contrat de travail - qui a d'ores et déjà été accepté par Force Ouvrière et la CFTC, et j'espère que la CFDT l'acceptera - montre que lorsqu'il y a un gouvernement décidé à porter l'idée du changement, les partenaires sociaux sont encouragés à discuter, à s'écouter, à s'entendre et à avancer ensemble. Je ne pouvais pas me résoudre à ce que notre pays soit le pays où les entreprises se plaignent tant de la rigidité et où les salariés se plaignent tant de la précarité.
Je veux remplacer un système perdant-perdant par un système gagnant-gagnant. Cela fait combien d'années que syndicats de salariés et employeurs n'avaient pas signé un accord ? Cela fait combien d'années que dans notre pays on fait semblant de se parler sans jamais s'écouter ? Eh bien je suis très heureux de cette excellente nouvelle pour la France et pour la démocratie sociale.
Alors que vous souhaitez pour 2008 ? Beaucoup de pluie ? Cela commence bien. Je vous souhaite surtout d'être heureux dans votre vie professionnelle, dans votre vie personnelle. Je vous souhaite de connaître la réussite de tous vos projets. Et si par extraordinaire, on ne sait jamais, quelques-uns uns parmi vous devaient affronter des épreuves en 2008, je leur souhaite d'avoir le courage et la force de les surmonter. Il y a toujours une lumière au bout du chemin. Et puis, après tout, appartenir à une communauté de femmes et d'hommes, une communauté nationale, cela a une signification. Cela veut dire que personne ne doit rester seul face aux épreuves du destin.
Vous le voyez, trois jours dans le Golfe, huit mois à l'Elysée, cela va très bien. Bonne année à tous.

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