Premier mandat - 21 mai 1981

Le 21 mai au matin, M. Mitterrand arrive à l'Élysée où il est accueilli par le Président Giscard d'Estaing avec lequel il a un entretien. Puis l'ancien président quitte l'Élysée à pied, de la même façon qu'il y est entré sept ans auparavant.

Plusieurs cérémonies marquent le jeudi 21 mai. Le matin, M. Mitterrand se rend à l'Arc de Triomphe de la place de l'Étoile à Paris, et l'après-midi à l'Hôtel de Ville puis au Panthéon. Là, seul, il va s'incliner sur les tombes de Jean Jaurès, de Jean Moulin et de Victor Schoelcher.

Allocution de M. François Mitterrand Président de la République au Palais de l'Élysée lors de la cérémonie d'investiture (21 mai 1981). Retrouvez la vidéo de l'allocution de 1981 sur le site de l'INA.

Discours d'investiture de François Mitterrand - 21 mai 1981

21 mai 1981 - Seul le prononcé fait foi

Messieurs les présidents,
Mesdames,
Mesdemoiselles,
Messieurs,

En ce jour où je prends possession de la plus haute charge, je pense à ces millions et ces millions de femmes et d'hommes, ferment de notre peuple, qui, deux siècles durant, dans la paix et la guerre, par le travail et par le sang, ont façonné l'Histoire de France, sans y avoir accès autrement que par de brèves et glorieuses fractures de notre société.

C'est en leur nom d'abord que je parle, fidèle à l'enseignement de Jaures, alors que, troisième étape d'un long cheminement, après le Front populaire et la Libération, la majorité politique des Français démocratiquement exprimée vient de s'identifier à sa majorité sociale.

Il est dans la -nature d'une grande nation de concevoir de grands desseins. Dans le monde d'aujourd'hui, quelle plus haute exigence pour notre pays que de réaliser la nouvelle alliance du socialisme et de la liberté, quelle plus belle ambition que l'offrir au monde de demain ? C'est, en tout cas, l'idée que je m'en fais et la volonté qui me porte, assuré qu'il ne peut y avoir d'ordre et de sécurité là où règnerait l'injustice, gouvernerait l'intolérance. C'est convaincre qui m'importe et non vaincre. Il n'y a eu qu'un vainqueur le 10 mai 1981, c'est l'espoir. Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée | Pour cela j'avancerai sans jamais me lasser sur le chemin du pluralisme, confrontation des différences dans le respect d'autrui. Président de tous les Français, je veux les rassembler pour les grandes causes qui nous attendent et créer en toutes circonstances les conditions d'une véritable communauté nationale.

J'adresse mes voeux personnels à M. Valéry Giscard d'Estaing. Mais ce n'est pas seulement d'un homme à l'autre que s'effectue cette passation de pouvoirs, c'est tout un peuple qui doit se sentir appelé à exercer les pouvoirs qui sont, en vérité, les siens.

De même si nous projetons notre regard hors de nos frontières, comment ne pas mesurer le poids des rivalités d'intérêts et les risques que font peser sur la paix de multiples affrontements. La France aura à dire avec force qu'il ne saurait y avoir de véritable communauté internationale tant que les deux tiers de la planète 'tiers monde' continueront d'échanger leurs hommes et leurs biens contre la faim et le mépris.

Une France juste et solidaire qui entend vivre en paix avec tous peut éclairer la marche de l'humanité. À cette fin, elle doit d'abord compter sur elle-même. J'en appelle ici à tous ceux qui ont choisi de servir l'État "fonctionnaires". Je compte sur le concours de leur intelligence, de leur expérience et de leur dévouement.

À toutes les Françaises et à tous les Français, au-delà de cette salle, je dis ayons confiance et foi dans l'avenir.

Vive la République, Vive la France.

Les images de

Second mandat - 21 mai 1988

Allocution de M. François Mitterrand Président de la République au Palais de l'Élysée à l'occasion de la cérémonie d'investiture (21 mai 1988). Retrouvez la vidéo de l'allocution de 1988 sur le site de l'INA.

Discours d'investiture de François Mitterrand - 21 mai 1988

21 mai 1988 - Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,
Mesdames, Messieurs,

Au seuil de ce septennat, je souhaite interpréter en peu de mots, aussi justement que possible, la volonté populaire exprimée le 8 mai.

Je le ferai tourné vers l'avenir, sans égrener les comptes du passé, et je poserai cette question :

Quelle leçon essentielle tirer de l'événement qui me vaut d'assumer aujourd'hui, dans la continuité de nos institutions et de mon propre mandat, la magistrature suprême ?

La réponse est là, évidente : par le coeur et par la raison, la France aspire à rassembler ses forces dans le respect de ses valeurs, les valeurs de la République; Et quand je dis la France, je pense à l'immense majorité des Français.

C'est sur ce thème que je me suis engagé devant le pays. Notre peuple l'a ratifié. Au-delà des vicissitudes du moment, des hésitations, des retards, séquelles normales de nos compétitions ou lenteurs de l'Histoire prise au piège de ses habitudes, j'entends persévérer.

Aller à l'unité et comprendre les contradictions, j'appliquerai cette paraphrase d'une expression fameuse de Jaurès à mon action de chaque jour, assuré que, pour le principal, l'amour de la patrie et l'attachement à la démocratie prendront le pas sur la querelle.

Répétons-le sans nous lasser. Ce mois de mai 1988 n'a pas vu les bons l'emporter sur les méchants - ni le contraire -. Je n'aime pas cette dialectique sommaire. Même si je crois profondément à la justesse des principes au nom desquels près de 17 millions de Français m'ont donné leur confiance, même si je reste ardemment attaché à l'idéal que servent les socialistes épris de liberté depuis l'aube des sociétés industrielles.

Le respect des uns pour les autres est à la base du pacte hors duquel la communauté nationale perdrait son véritable sens.

Mais une France injuste est une France divisée. Une France refermée sur elle-même et sur ses divisions est ou serait inapte à gagner les enjeux qui l'attendent dans l'arène du monde, plus encore dans l'Europe sans frontières de demain.

C'est pourquoi je ne sépare pas le devoir politique d'ouverture de l'obligation sociale de solidarité, ni l'obligation de solidarité de l'esprit d'entreprise, l'esprit d'initiative dont nous avons plus que jamais besoin.

Démocratiser la société, refuser l'exclusion rechercher l'égalité des chances, instruire la jeunesse, la former aux métiers et aux techniques qui lui apporteront la sécurité de l'emploi dans des entreprises elles-mêmes modernisées, accroître le savoir, servir la création de l'esprit et des mains, guérir la vie quotidienne du plus grand nombre des Français de ses multiples tares, et parfois de ses intolérables servitudes, priorité au dialogue ici et là-bas à l'autre bout de la planète, voilà le chemin qu'il faut prendre, le rendez-vous auquel je vous convie, si l'on veut que le "principe-espérance" triomphe des pulsions de la peur et de l'affrontement.

C'est en somme une victoire de la République qu'il nous faut ensemble assurer. La République n'appartient à personne. Nous en sommes tous, à des titres différents, les garants et les artisans. Sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité, aucun volontaire n'est de trop. Nous en fêterons l'an prochain le deuxième centenaire. Que notre pays sache en garder la jeunesse, l'élan et le rayonnement !

Mes chers compatriotes, il m'incombe avant tout autre, au nom de la Nation tout entière, de faire prévaloir l'intérêt général sur les intérêts particuliers ou partisans. Comptez sur moi. Je n'exagérerai pas le rôle de la France si je rappelle que ce qu'elle fait et la manière dont elle agit intéressent le monde entier. On connaît son message de paix, de justice, de progrès.

Je l'adresse à nouveau à tous les peuples de la terre.

Vive la République, vive la France.