Publié le 16 avril 2003

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de la cérémonie de signature du traité d'élargissement de l'Union européenne, Athènes le 16 avril 2003.

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de la cérémonie de signature du traité d'élargissement de l'Union européenne, Athènes le 16 avril 2003.

16 avril 2003 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
Mes chers amis,
Voici venu pour l'Europe un temps de métamorphose. Voici que s'ouvre, si nous le voulons, un temps d'accomplissement.
Ce n'est pas seulement l'élargissement de l'Europe que nous célébrons, c'est son unification. Quatre cent cinquante millions d'Européens vont se rassembler dans le plus vaste projet d'intégration jamais entrepris dans le monde par des voies pacifiques.
Le jour que nous vivons voit se réaliser une formidable espérance.
Souvenons-nous !
En 1945, l'Europe sortait de la guerre, de la barbarie, des atrocités de la Shoah. Grâce à l'aide déterminante des Alliés, au prix de millions de vies humaines, le chapitre le plus monstrueux de notre histoire se refermait sur les décombres d'une Europe en ruines, mutilée, déchirée par un schisme irréparable.
Pendant près de cinquante ans, au coeur de notre continent, la démocratie a coexisté avec la dictature, dans l'équilibre de la terreur. Partie d'Europe, la ligne de fracture du monde s'est propagée sur toute la planète.
Mais nous avons su utiliser ces décennies. Et mon pays s'honore d'avoir, avec les Etats fondateurs, entrepris la création de ce qui est devenu l'Union européenne. Celle-ci s'est organisée, elle s'est étendue, a créé ses institutions, posé ses règles, constitué et fait progresser ses acquis, enracinant la paix et la coopération, dans une prospérité partagée.
Mais notre Europe restait une Europe par défaut. Elle ne méritait son nom qu'à moitié tant que la moitié de ses peuples en était interdite.
Quel formidable espoir fut pour chacun d'entre nous l'avènement de la liberté et de la démocratie à l'Est !
Pour vous d'abord, qui nous rejoignez maintenant, après avoir tant souffert pour reconquérir vos droits et tant travaillé pour pouvoir partager nos acquis.
Pour l'Union, qui voit ainsi son idéal de paix et de liberté triompher.
Pour nous toutes et nous tous et pour tous nos peuples, renouant enfin avec des siècles d'échanges qui ont forgé l'âme européenne, ouvrant au travail et aux rêves de nos enfants un espace immense où pourront se créer et s'épanouir tant d'activités et tant de talents.
Notre responsabilité est de faire de cet aboutissement un commencement.
Devenue plus riche de diversité, l'Union doit garder la cohésion qui est le gage de sa force et de son efficacité. Cette nouvelle Europe ne pourra pas répondre aux attentes de nos concitoyens si, comme on le voit avec la crise actuelle, ses ambitions politiques ne sont pas clarifiées et son fonctionnement profondément repensé.
L'élargissement sera un succès si nous savons saisir ce moment historique pour refonder le projet politique européen. C'est l'objectif assigné à la Convention qui proposera dans les prochains mois un projet de Constitution pour l'Europe.
L'Union européenne n'est pas seulement un grand marché, n'est pas seulement des politiques communes, une monnaie unique, un espace de libre circulation. C'est surtout une ambition collective, des disciplines partagées, l'affirmation d'une solidarité, le souci de se tourner naturellement vers sa famille européenne. Ainsi l'Europe pèsera de tout son poids pour forger un monde multipolaire et y faire entendre sa voix et ses valeurs, dans une concertation harmonieuse et équilibrée avec ses grands partenaires dans le monde.
Plus encore à 25 qu'à 15, nous ne pouvons pas faire l'Europe buissonnière ! La construction européenne doit se poursuivre. Par delà les droits et les devoirs de chacun d'entre nous dans l'Union à 25, bientôt à 27 et même davantage, certains voudront aller plus vite et plus loin, sur le modèle de l'euro ou de Schengen. Cela devra être le rôle de ce que j'ai appelé les groupes pionniers d'engager de nouvelles coopérations, respectueuses de l'acquis communautaire et ouvertes à tous ceux qui veulent et peuvent les rejoindre. C'est le moteur essentiel de l'Europe de demain
Sachons tirer les enseignements de la situation présente £ sachons tirer profit de nos différences pour permettre à l'Europe de franchir les nouvelles étapes qui l'attendent !
J'ai confiance dans l'Europe élargie car je sais la vitalité et les talents de tous nos peuples réunis pour relever les défis.
Quelle force sera demain celle de l'Europe retrouvée !
Je vous remercie.

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