Publié le 19 juillet 2000

Conférence de presse conjoint de MM. Yoshiro Mori, Premier ministre du Japon, Romano Prodi, président de la Commission européenne et de Jacques Chirac, Président de la République, sur la coopération entre l'Europe et le Japon, Tokyo le 19 juillet 2000.

Conférence de presse conjoint de MM. Yoshiro Mori, Premier ministre du Japon, Romano Prodi, président de la Commission européenne et de Jacques Chirac, Président de la République, sur la coopération entre l'Europe et le Japon, Tokyo le 19 juillet 2000.

19 juillet 2000 - Seul le prononcé fait foi

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M. YOSHIRO MORI - Nous avons eu une consultation tout à fait intéressante et dense. Nous avons évoqué tous les problèmes qui concernent l'Europe et le Japon, à savoir, les aspects économiques, l'OMC, la coopération entre le Japon et l'Europe et d'autres aspects qui concernent nos deux régions. Nous allons continuer à avoir des discussions sur la situation internationale au cours du déjeuner que nous allons avoir tout de suite après cette conférence de presse. Et nous pensons que cette consultation permettra d'apporter une contribution plus positive à la stabilité et à la prospérité dans le monde et de renforcer aussi le partenariat entre le Japon et l'Europe qui représentent 45% du PIB mondial.
Notre relation Japon-Europe est basée sur la déclaration commune qui avait été adoptée en 1991. Depuis, la conjoncture internationale a évolué et nous sommes arrivés à une époque où il est nécessaire de donner un nouvel essor aux relations entre le Japon et l'Europe à l'orée du XXIème siècle. La décennie qui commence en 2001 sera la décennie de coopération Japon-Union européenne. L'adoption d'un texte politique est prévu à l'occasion du prochain sommet Japon-Europe et nous allons travailler à la rédaction de ce texte politique. Nous sommes, au cours de cette réunion, tombés d'accord sur les quatre objets essentiels qui vont figurer dans ce texte politique. Ces quatre objectifs sont la stabilité et la paix. Deuxième point, le renforcement des relations économiques et commerciales dans le cadre de la globalisation. Le troisième point, le défi aux problèmes sociaux et aux divers problèmes à l'échelle planétaire. Et, quatrième objectif, les échanges et la promotion des échanges humains et culturels.
Ces quatre points vont donc figurer dans le texte politique, et d'ici l'année prochaine nous allons travailler pour les détails qui vont être inclus dans ce texte.
S'agissant de la situation en Indonésie, au Proche et au Moyen-Orient et de l'OMC, nous avons adopté aussi des textes qui figurent en annexe de nos conclusions.
Mon souhait, c'est de renforcer les relations entre le Japon et l'Union européenne à l'issue de cette réunion au sommet que nous venons d'avoir. Monsieur le Président, maintenant je vais vous passer la parole pour votre déclaration.
LE PRESIDENT - Monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs, je voudrais tout d'abord dire combien je me réjouis que pour sa première responsabilité en qualité de Présidence de l'Union européenne, la France s'exprime ici à Tokyo à l'occasion du sommet Union européenne-Japon. Et je voudrais exprimer au Premier ministre japonais toute notre reconnaissance, reconnaissance pour son accueil, mais aussi reconnaissance pour la qualité exceptionnelle du travail préparatoire, depuis plusieurs semaines déjà, qui a été fait sous l'impulsion de la Présidence japonaise pour arriver à des résultats positifs.
Le monde va vite. Il y a dix ans, les relations avec entre l'Union européenne et le Japon étaient très peu de chose. Les relations entre la France et le Japon aussi, d'ailleurs. Et, aujourd'hui, après avoir progressé considérablement et très rapidement, nous envisageons une coopération à moyen et long terme beaucoup plus intense et qui représentera l'élément considérable de l'évolution du monde de demain, grâce à la mobilisation du Japon, deuxième puissance économique du monde, et de l'Europe, l'Union européenne qui, ensemble, représente la première puissance économique de notre planète. Donc, cette réunion se produit à un moment favorable. La croissance en Europe est forte et le Japon est sorti de ses difficultés et s'est engagé sur la voie d'une croissance retrouvée.
Cette réunion a lieu aussi à un moment important, puisque nous sommes à la veille du G8 d'Okinawa, nous sommes à un moment où les choses évoluent en Asie. L'Asie retrouve aussi le chemin de la croissance, après la crise qu'elle a connue il y a trois ans. Et puis, les choses évoluent de façon satisfaisante, ou en tous les cas permettant l'espoir, en Corée, je veux dire par le dialogue engagé entre les deux Corées. Nous sommes également à quelques semaines de l'assemblée du Millénium, où le Japon et l'Europe auront là aussi une position commune.
D'où notre décision de faire des années 2001-2011 la décennie du renforcement de ces relations. Dans les quatre domaines qu'a évoqués à l'instant le Premier ministre, M. MORI, il y a celui-ci : promouvoir la paix et la stabilité, dans la mesure où nous avons la même conception de la paix et de la stabilité dans le monde, et je voudrais rendre hommage à l'action du Japon, tant sur le plan de sa générosité dans le domaine de l'aide au développement, le Japon est le premier donneur d'aide au développement du monde, que dans sa participation à l'installation de la paix dans des régions, même quand elles sont très éloignées de son territoire ou de ses préoccupations. Je pense au rôle important du Japon au Kosovo.
Deuxièmement, utiliser la dynamique de la mondialisation au bénéfice de tous. Nous sommes naturellement favorables à une mondialisation qui est inévitable et qui est d'ailleurs porteuse de beaucoup de progrès, de richesses, mais qui comporte également des dangers. Qu'il s'agisse des dangers d'exclusion, des dangers en matière de criminalité internationale. Des dangers, peut-être et surtout, en matière de remise en cause de notre éco-système planétaire et, là aussi, nous sommes sur la même ligne, décidés à nous battre ensemble, Europe et Japon.
Enfin, l'effort pour rapprocher nos cultures. Le Japon est une terre très ancienne d'histoire et de culture, vieille civilisation, l'Europe également. Nous sommes naturellement attachés à maintenir ce qui pour nous est notre richesse dans le cadre de la diversité culturelle du monde multipolaire qui se développe sous nos yeux aujourd'hui.
Nous sommes donc deux acteurs importants, essentiels, de l'équilibre international. Nous avons évoqué les différents sujets. Le Premier Ministre les a rappelés, je n'y reviendrai pas. Nous avons une position commune sur l'OMC et nous avons fait une déclaration commune dans ce domaine qui sera donc présentée et soutenue par l'Union européenne et par le Japon au Sommet d'Okinawa.
Nous sommes déterminés à renforcer le lien entre l'Asie et l'Europe, notamment au prochain Sommet de Séoul où se réunira l'ASEM, car chacun voit bien que le côté Asie-Europe est le point faible du triangle Asie-Europe-Amérique et qu'il doit être renforcé.
Sur les autres sujets de discussions, nous sommes tombés très facilement d'accord, qu'il s'agisse de l'ONU, aussi bien pour son financement que pour la réforme du Conseil de Sécurité -et vous savez le souhait de la France de voir le Japon y prendre un siège de membre permanent- sur la Corée et l'appui aux efforts du Président KIM DOE JONG, sur l'encouragement aux réformes engagées par la Russie, sur les Balkans occidentaux et je voudrais à nouveau remercier le Premier Ministre, M. MORI, de l'effort fait par le Japon dans cette région. Sur le processus de paix au Moyen-Orient, nous partageons également les mêmes objectifs.
Voilà donc un Sommet Union européenne-Japon qui s'est présenté sous les meilleurs auspices et je tiens à exprimer ma reconnaissance et mon estime à la Présidence japonaise.
M. ROMANO PRODI - Je voudrais exprimer mon soutien tout entier à ce qui a été dit par M. le Premier ministre MORI et par le Président CHIRAC. Simplement, je voudrais ajouter ceci. L'Union européenne et le Japon sont des régions importantes, puisque nous représentons 45% du PIB mondial. Le Japon et les pays de l'Union européenne font partie des pays importants dans le monde. Notre souhait, c'est de renforcer notre relation et de travailler plus étroitement dans différents domaines. Par exemple, au moment de la crise asiatique, l'Union européenne et le Japon ont apporté des contributions qui ont permis à cette région de se redresser rapidement. Le développement économique asiatique a sûrement des effets bénéfiques aussi bien pour le Japon que pour l'Europe, beaucoup de possibilités restent à explorer. Les investissements entre l'Europe et le Japon ne sont pas suffisants. Le Japon pourrait encore davantage investir en Europe et, également, les Européens peuvent s'intéresser davantage au Japon.
S'agissant de l'OMC, le Japon et l'Union européenne ont la même position. L'Union européenne et le Japon souhaitent vivement faire avancer les travaux pour le lancement d'un nouveau round. Les pays en voie de développement et d'autres pays ne sont pas très impliqués dans le lancement d'un nouveau round, surtout depuis la réunion de Seattle. La réticence exprimée par certains pays semble se renforcer. Il faut essayer de remédier à cette situation. Je crois aussi que dans certains secteurs industriels, technologiques ou scientifiques, les effets de synergie ne sont pas suffisants entre l'Europe et le Japon. Là, je crois que nous avons beaucoup de choses à faire pour essayer d'obtenir un maximum de synergie.
M. JAVIER SOLANA - Je crois que c'est le moment pour vous de poser des questions...
QUESTION - Le Japon et l'Union européenne ont connu un développement important dans leurs relations au cours de la décennie. Le Sommet d'Okinawa commence à partir du 21, quels sont les points qui ont été évoqué au cours de la réunion que vous venez d'avoir ? Est-ce que vous avez également évoqué la question des l'OGM ?
M. YOSHIRO MORI - S'agissant des technologies de l'information, qui est un point essentiel du Sommet d'Okinawa, c'est le G8 qui doit prendre l'initiative pour lancer un message positif pour le développement de ces technologies. Je crois que, là, le Japon et l'Europe pourraient collaborer pour que le développement des technologies de l'information soit renforcé.
Avant la tenue de notre réunion Japon-Europe, j'ai eu une rencontre au sommet Japon-France et le Président français, qui est la personnalité principale du G8, pourra sûrement assumer un rôle important pour le succès du G8 et, d'ailleurs, c'est ce que le Président CHIRAC m'a promis au cours de l'entretien bilatéral que je viens d'avoir.
Sur la sûreté des aliments, ou sur les OGM, c'est aussi des sujets qui intéressent le Président Chirac, et je crois que le Japon s'intéresse également beaucoup à cette question. Les sherpas ont tenu compte de tous ces problèmes pour préparer le document de travail qui va être utilisé au cours de la réunion d'Okinawa. Je suis convaincu que nous obtiendrons sûrement des résultats positifs.
S'agissant de l'OMC, la position du G8 sera la même, à savoir, nous allons déployer tous nos efforts en tant que G8 pour le lancement le plus rapidement possible du nouveau round, ceci a d'ailleurs été confirmé par les membres de l'Union européenne au cours de la réunion que je viens d'avoir avec l'Union européenne.
QUESTION - Monsieur le Président, c'est une question un peu périphérique. Vous avez parlé dans votre déclaration pour les dix prochaines années à venir de l'importance des échanges culturels et humains. Parmi ceux-ci, il y a aussi le sport. Cet après-midi, vous allez à un tournoi de sumo. Est-ce que vous pouvez nous expliquer quel est votre goût particulier pour ce sport ?
LE PRESIDENT - J'aime le sport en général, vous le savez, le football en particulier. Je n'oublierai pas le rugby, car le Premier Ministre Mori est lui-même un joueur de rugby, un ancien joueur de rugby, je lui ai d'ailleurs offert un ballon de rugby. Parmi les sports que j'apprécie, il y a effectivement le sumo.
QUESTION - M. PRODI, la relation entre les Etats-Unis et le Japon a été très renforcée. D'ici dix ans, est-ce que la coopération entre le Japon et l'Union européenne va être aussi renforcée que la relation avec les Etats-Unis.
M. ROMANO PRODI - C'est pour renforcer la relation avec les Etats-Unis que le Japon cherche à se relier avec l'Union européenne. Je voudrais répondre en disant que nos positions sont communes, par exemple les problèmes de l'OMC. Nous possédons les technologies complémentaires. Nous n'avons pas encore mis suffisamment à profit notre complémentarité.
Le troisième point, c'est ce que nous avons déjà prouvé, depuis quelques années, que le Japon et l'Union européenne possèdent des éléments complémentaires. Donc, ce n'est pas la théorie et c'est une réalité, c'est un fait. Notre coopération n'est pas suffisamment exploitée. Ce qui fait que nous devons la renforcer encore, afin de mettre à profit notre relation.
Entre le Japon et l'Union européenne, l'amour et l'attention existent. Devant nos yeux, nous avons une grande perspective de la coopération que nous pouvons ouvrir en collaboration.
M. YOSHIRO MORI - Les Etats-Unis, le Japon, l'Europe, disons plutôt l'Asie, l'Europe et l'Amérique, c'est un triangle solide qui doit être construit. Lorsqu'on fait une analyse du siècle passé, effectivement, au cours de ce dernier siècle, les relations entre les Etats-Unis et l'Europe ont été très fortes. Les Etats-Unis et le Japon avaient également établi des relations très fortes au cours de ce siècle. Nous avons évidemment renforcé les relations entre le Japon et l'Europe, mais ces relations n'étaient pas suffisamment fortes. Il y avait beaucoup de similitudes entre ces deux blocs, sur le plan culturel, sur le plan économique. Et au cours de ces dernières décennies, l'Europe a grandement évolué avec la mise en place d'une Union. Le Japon a aussi connu une grande évolution. Je crois que le travail qui nous incombe au XXIème siècle, c'est de construire un triangle solide.

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