Publié le 7 février 2000

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République et déclaration conjointe à la presse avec M. Olusegun Obasanjo, Président de la République du Nigéria, sur la bonne gouvernance et les progrès de la paix et de la démocratie, l'inscription du Nigéria dans la zone de solidarité prioritaire de la France, la coopération économique et culturelle franco-nigérianne, le 7 février 2000.

Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République et déclaration conjointe à la presse avec M. Olusegun Obasanjo, Président de la République du Nigéria, sur la bonne gouvernance et les progrès de la paix et de la démocratie, l'inscription du Nigéria dans la zone de solidarité prioritaire de la France, la coopération économique et culturelle franco-nigérianne, le 7 février 2000.

7 février 2000 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président, cher Ami,
Madame,
Mesdames, messieurs,
Monsieur le Président, voici notre troisième rencontre en moins d'une année, signe du plaisir mutuel que nous éprouvons à resserrer nos liens d'amitié, et aussi de notre volonté commune de développer et de renforcer encore nos relations.
L'occasion m'a déjà été donnée, lors de ma visite à Abuja, en juillet dernier, de saluer les changements majeurs qu'a connus le Nigeria. Des changements sans heurt et sans déchirement, grâce à la sagesse de son peuple, grâce à la détermination de ceux qui ont eu la responsabilité de conduire cette mutation. Grâce à vous, Monsieur le Président, qui incarnez le renouveau d'une très grande nation, un renouveau dont les Nigérians peuvent être fiers.
Nous avions perçu l'amorce de ces évolutions. Nous avions bien conscience aussi des difficultés à remettre en ordre un aussi grand pays dont les populations et les cultures sont si diverses, où le sentiment national doit s'accorder avec les particularismes régionaux, où le poids des années sombres a laissé des traces. Il vous faut aujourd'hui satisfaire aux contraintes financières, répondre aussi aux attentes des plus démunis et aux aspirations d'une jeunesse nombreuse. De surcroît, il faut expliquer, convaincre, rechercher des compromis pour satisfaire aux exigences de la vie démocratique, respecter la liberté d'expression et préserver les prérogatives des institutions qui concourent à l'exercice du pouvoir. C'est une tâche immense, délicate, ardue, qui nécessite de la constance, du savoir-faire et sans doute aussi du temps. Mais le Nigeria est là, avec son prestigieux passé, fort, également, des énormes potentialités que représentent une population de près de 120 millions d'habitants, de grandes capacités industrielles et le dynamisme de ses opérateurs : autant d'atouts qui confèrent à votre pays le poids d'une puissance avec laquelle le monde devra demain compter.
Le Nigeria est ainsi tout naturellement appelé à jouer un rôle régional éminent. Il a souhaité donner une impulsion nouvelle à la vocation économique de la CEDEAO, avec les implications qu'une telle décision comporte en termes d'ouvertures de marchés et de coordination des politiques économiques.
Il a pris ses responsabilités pour réduire ce que les crises survenues dans la région pouvaient avoir d'effet dévastateur.
Monsieur le Président, votre engagement pour la paix, la lutte que vous menez pour le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques, la priorité que vous entendez donner au développement et à la bonne gouvernance, ainsi que votre souci de faire entrer pleinement l'Afrique dans l'économie mondiale, toutes ces initiatives vous portent à voir au-delà du cadre régional. Parce que nos deux pays partagent la même passion et, je crois, la même vision du devenir de l'Afrique, le Nigeria et la France sont aussi tout naturellement portés à se concerter sur les grands défis auxquels nous devons faire face aujourd'hui.
Je considère depuis longtemps, vous le savez, que votre continent doit être une priorité de l'action extérieure de la France. J'ai toujours souligné les efforts faits et les résultats obtenus par l'Afrique pour justifier et demander le maintien de l'aide publique au développement sur le plan international. J'ai encouragé nos investisseurs à miser sur l'avenir de l'Afrique. Les échecs, les retours en arrière, le renversement de pouvoirs légitimes, les désordres et les crises marquent, certes, des reculs et entraînent des retards, mais n'entament pas la résolution de la France.
Notre ligne est constante : nous soutenons les pays qui s'engagent sur la voie de la démocratisation, de la bonne gestion des affaires publiques, du développement économique et du progrès social. Nous nous refusons à toute ingérence, mais nous condamnons les atteintes à l'ordre constitutionnel. Notre engagement, je le répète, reste le même, pour plus de solidarité, plus d'investissements, plus de stabilité et de paix en Afrique.
Plus de solidarité : la France plaide pour cela sans relâche lors des sommets du G7 comme au sein de l'Union européenne. Elle le fait lorsqu'elle appelle à reconstituer les Fonds affectés à l'aide publique au développement £ lorsqu'elle défend de nouvelles initiatives pour alléger la dette des pays pauvres lourdement endettés £ lorsqu'elle recentre son aide publique vers les pays où cette solidarité doit s'exprimer de manière prioritaire.
Plus d'investissements : la France plaide aussi pour cela, lorsqu'elle appuie, par sa coopération, les réformes du cadre institutionnel et la sécurité juridique, lorsqu'elle met en place, pour ce qui la concerne, des fonds de financement d'études et de projets, ou lorsqu'elle prône un accès privilégié des produits africains aux marchés des pays industrialisés.
Plus de stabilité : c'est également l'objectif de la France lorsqu'elle incite les Nations unies à jouer pleinement, en Afrique comme dans le reste du monde, leur rôle de garant, ou encore, lorsqu'elle soutient, pour sa part, le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix.
Pour développer cette approche de l'Afrique et du monde que nous avons en commun, j'avais souhaité instituer entre nos deux pays, et vous en étiez d'accord, Monsieur le Président, un forum permanent de dialogue politique de haut niveau. Aussi, je me réjouis de la signature, à l'occasion de votre voyage, de l'accord qui permet sa mise en place.
C'est en réalité dans tous les domaines que le Nigeria et la France se proposent de renforcer leur coopération et leurs échanges.
La France se tient aux côtés du Nigeria pour appuyer ses efforts de redressement financier. J'ai appelé spécialement l'attention des pays membres du G7 et du Fonds Monétaire International sur la situation de votre pays. Auprès de tous mes interlocuteurs, j'ai plaidé pour que l'endettement du Nigeria fasse l'objet d'un examen particulier, et c'est ce qu'on notamment fait les autorités françaises.
De son côté, le Nigeria doit engager résolument les réformes qui ouvrent la voie à un accord avec les institutions financières internationales, préalable à toutes discussions utiles avec les pays créanciers.
S'agissant de la France, le Nigeria fait partie de notre Zone de Solidarité Prioritaire. Il pourra recevoir, à ce titre, des subventions et des concours de l'Agence française de développement.
Dès lors, marquons notre volonté d'élargir notre coopération en l'étendant aux projets qui concernent le secteur agricole, ou celui de la santé, notamment la lutte contre le SIDA qui, pour vous comme pour nous, répond à une priorité et à une exigence de solidarité !
Donnons également un caractère exemplaire à notre coopération culturelle. Il faut que les Français connaissent mieux le Nigeria et son patrimoine artistique, qui est d'une richesse exceptionnelle. Votre pays, berceau de la première grande tradition de sculpture figurative d'Afrique subsaharienne, a donné certaines de ses inspirations majeures à l'art moderne. Il témoigne d'une continuité artistique et esthétique remarquable dans un style fort et original, qui s'exprime par des techniques très diverses. Ainsi, Frank WILLET souligne la filiation culturelle des terres cuites de NOK à la sculpture moderne YORUBA en passant par IFE, ILESHA et l'art du Bénin.
Je souhaite qu'avec la démocratie et le développement, et sous votre impulsion, Monsieur le Président, les archéologues du Nigéria puissent explorer les régions qui demeurent encore inconnues, et qui sont si nombreuses et probablement si riches, sur les cartes de l'archéologie et de l'art de votre pays, et qu'ils puissent ainsi témoigner de la grandeur et du prestige de trois millénaires de culture et d'histoire sur vos terres. Une grandeur et un prestige qui caractérisent bien des cultures africaines, américaines, asiatiques, du Pacifique ou du Grand Nord et qui sont parfois méconnues. Permettre à tous de les admirer et d'en prendre toute la mesure, c'est l'ambition, vous le savez, du musée qui sera édifié Quai Branly, et dont l'antenne du Louvre, inaugurée dans quelques mois, montrera les principaux chefs-d'¿uvre à l'égal des autres chefs-d'¿uvre créés par l'homme. Et je vous remercie, Monsieur le Président, d'y être allé ce matin et du concours que vous avez bien voulu nous apporter, notamment par la signature de l'accord qui est intervenu entre nos deux ministères de la Culture.
L'aide, la coopération, la culture, mais aussi l'économie, les investissements et les échanges entre nos deux pays, doivent prendre un nouvel essor.
Lors de mon récent voyage à Abuja, une importante délégation d'hommes d'affaires français a rencontré des chefs d'entreprise nigérians. Eh bien, ce soir, la présence des dirigeants des plus grands groupes industriels et financiers français témoigne de l'intérêt qu'ils portent au Nigeria où ils sont prêts à investir et à participer au développement de votre économie. La visite que vous devez effectuer à Toulouse vous permettra aussi d'en juger.
Enfin, lors de la réunion organisée par le Mouvement des entreprises de France, vous pourrez apprécier la confiance des entrepreneurs français dans le succès des réformes que vous engagez pour donner à leurs investissements les conditions de la réussite.
Monsieur le Président, le Nigeria et la France, qui s'étaient peu rencontrés durant leur histoire, se découvrent une estime, un respect, une sympathie mutuels qui les conduisent à souhaiter renforcer leurs liens.
A l'orée d'un siècle qui ouvre devant nous ses incertitudes mais aussi ses immenses possibilités, le Nigeria et la France veulent édifier une relation nouvelle et forte, fondée sur des conceptions que nous partageons et des projets qui peuvent et qui doivent nous réunir.
C'est le souhait que je voudrais former en levant mon verre en votre honneur, Monsieur le Président, en l'honneur de Madame OBASANJO, à qui je présente mes respectueux hommages, en l'honneur de votre grand pays, le Nigeria, et de son peuple à qui j'adresse le salut fraternel de la France.
Vive le Nigeria,
Vive l'amitié entre la France et le Nigeria.
LE PRESIDENT - Mesdames, messieurs, je voudrai redire au Président du Nigeria toute la joie et aussi l'honneur que la France ressent de recevoir le Président du pays le plus important de l'Afrique, et d'un pays qui plonge très loin ses racines et qui représente la plus ancienne des cultures de ce continent.
Nous avons évoqué, naturellement, l'effort considérable engagé par le Président et son gouvernement, pour le redressement de son pays, pour la bonne gouvernance, pour la démocratie, pour la paix. Je lui ai dit la confiance des autorités françaises mais aussi des entrepreneurs français, de l'opinion publique française dans le succès de l'oeuvre qu'il a engagée avec courage et détermination. Nous avons confiance dans l'avenir du Nigeria.
Nous avons évoqué, naturellement, les relations bilatérales, économiques, culturelles, le développement de notre coopération et nous avons évoqué tous les problèmes que l'Afrique connaît aujourd'hui et auxquels, pour beaucoup d'entres-eux, le Nigeria apporte des éléments positifs de solution, qui sont toujours des éléments pacifiques et raisonnables.
Nous avons évoqué tous les grands problèmes du monde d'aujourd'hui, nous aurons encore des entretiens ce soir.
LE PRESIDENT OBASANJO : Monsieur le Président, je voudrais profiter de cette occasion pour vous exprimer encore une fois mes remerciements pour l'accueil aussi bien chaleureux qu'unique que vous nous avez réservé à moi-même ainsi qu'à ma délégation.
Vous avez évoqué tous les sujets sur lesquels nous nous sommes penchés pendant une heure et demie ce soir. Je voudrais souligner le fait que l'objet principal de ma visite ici, en France, l'objet dont vous avez fait mention, c'est que trois fois en moins d'un an nous nous sommes vus afin que les relations entre la France et le Nigeria s'approfondissent, s'étendent à beaucoup d'autres domaines se renforcent de plus en plus.
Je suis particulièrement heureux de constater que nous sommes arrivés à un moment où nous avons dépassé les soupçons réciproques. Nous sommes parvenus à une amitié, à une coopération, et nous sommes arrivés à un moment où nous sommes tous conscients du fait que les intérêts économiques et stratégiques de la France sont les mêmes que les intérêts économiques, culturels et stratégiques du Nigeria. Nous avons tous intérêt à travailler ensemble.
La première visite que vous avez effectuée au Nigeria, voici sept mois, était la première visite d'un chef d'Etat au Nigeria après ma prise de fonctions. Donc, au fil de ces sept mois, nous avons pu travailler afin d'approfondir nos relations, non seulement dans le domaine économique, politique et culturel, mais aussi dans tous les autres domaines possibles des activités humaines.
Je profite de cette occasion pour vous remercier, Monsieur le Président, remercier le peuple et le gouvernement français, pour l'accueil, unique en son genre, que vous avez réservé à moi-même ainsi qu'à ma délégation.

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