Publié le 1 décembre 1997

Préface de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans "Jusqu'au bout de la Résistance" paru en décembre 1997, sur le devoir de parole des Résistants revenus de camps de concentration.

Préface de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans "Jusqu'au bout de la Résistance" paru en décembre 1997, sur le devoir de parole des Résistants revenus de camps de concentration.

1 décembre 1997 - Seul le prononcé fait foi

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Pour ceux qui ne l'ont pas vécue, il est impossible d'imaginer une expérience aussi terrible. Pour les rescapés, il y a peu de mots pour la raconter : " Il y a les faits et il y a autre chose que les faits et sans cette autre chose, ils cessent d'être ce qu'ils furent. "
A ceux qui sont revenus de ce terrifiant voyage, il incombe pourtant un devoir, celui de parler, si difficile que cela puisse être pour eux.
En entrant dans la Résistance, ils savaient qu'ils risquaient leur vie. Ils avaient accepté l'idée de ce sacrifice. Ce qu'ils ne pouvaient imaginer, c'était qu'ils risquaient plus encore et qu'ils deviendraient dans les camps, les témoins d'" un crime inconnu des âges révolus, un crime sans exemple et sans précédent, le crime contre l'humanité ".
Ceux qui, par miracle, ont échappé aux fours crématoires, à la pendaison, au typhus, ceux qui ont survécu à la mort lente que leur avait programmée l'idéologie nazie, ont un message à nous confier. Celui que murmurait dans son agonie l'un de leurs camarades : " Je suis là pour dire non. "
Quand ils furent emportés dans la plus grande entreprise de déshumanisation de tous les temps, quand ils y eurent fait l'expérience radicale, indicible, de la nudité de l'être, c'est ce " non " auquel ils se raccrochèrent. C'est ce " non " qui les a soutenus. C'est ce "non" qu'ils veulent nous transmettre en mémoire de leurs frères de misère disparus derrière les barbelés. Ce " non " qui reste la plus cruelle et la plus belle leçon d'humanité que nous puissions tirer de ces années de ténèbres, car il nous permet de dire : " Dès l'instant qu'un homme, fût-il seul, a su demeurer homme au milieu de ces épreuves, la cause de l'homme n'est pas désespérée. "
Cet ouvrage rend hommage à tous ces hommes et à toutes ces femmes qui, jusqu'au bout de leur Résistance, ont incarné, face à l'Immonde, cet espoir et cette confiance en la dignité de l'homme.
Aussi, je souhaite qu'à sa lecture, notre mémoire, d'ordinaire si fluide, se fasse soudain de bronze.

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