Publié le 1 septembre 1993

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception des ambassadeurs de France à l'Élysée, le 1er septembre 1993.

1 septembre 1993 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception des ambassadeurs de France à l'Élysée, le 1er septembre 1993.

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Mesdames et messieurs,
- Je suis heureux de vous recevoir dans ce Palais de l'Elysée.
- Il m'est arrivé de rencontrer bon nombre d'entre vous au hasard de mes déplacements dans le monde ou des visites faites par vous-mêmes à Paris mais l'occasion qui m'est fournie de m'adresser à vous tous ensemble, qui est une occasion exceptionnelle à l'initiative du gouvernement, me permet de vous dire quelques mots car vous savez bien que, représentants de la France, vous l'êtes en même temps du Chef de l'Etat, du Gouvernement, enfin de la République et qu'à partir de là votre responsabilité est immense.
- J'ai noté dans les différentes indications qui m'ont été données que les chefs des missions diplomatiques réunis à Paris en ce jour pour cette réunion de travail constituent le deuxième réseau diplomatique au monde après celui des Etats-Unis. Je me dépêche de dire le nombre d'ambassades puisque cela change assez vite : 147 ambassades, (il y en avait 137 il y a douze ans) et 87 consulats généraux. Tous sont reliés bien entendu à la maison qui est la leur c'est-à-dire le ministère des affaires étrangères.
- Je tiens à dire à quel point j'apprécie ce remarquable outil de travail que je fréquente un peu depuis quelques années. je constate qu'un effort très important de modernisation et d'adaptation a été accompli pour la formation des personnels, pour les perspectives de carrière, tout ce qui touche en somme à la professionnalisation, aux moyens de transmission, à la sécurité. Sujets également soumis à votre discussion : les crédits à destination des Français de l'étranger, à la présence française d'une façon générale, surtout dans le domaine culturel.
- Monsieur le ministre des affaires étrangères étudie pour l'instant et discute avec nous d'une réforme des structures du ministère des affaires étrangères. Quoi que l'on pense de cette réforme, dont j'approuve l'essentiel, elle est faite pour que vous puissiez continuer de vous adapter. Cette journée de réflexion vous en fournira l'occasion.
- Je ne suis pas le seul à le faire mais je le fais, je lis avec attention votre correspondance. Elle est fournie, elle est généralement intéressante, elle est faite pour être instructive et j'aperçois que vous n'avez pas oublié les vieilles leçons reçues dans votre jeunesse, d'écrire en français. En tout cas, ces correspondances sont essentielles à mon information, à mon action en qualité de chef d'Etat comme elles sont indispensables au Gouvernement.
- Je vous rappellerai simplement des choses d'évidence : la France est un grand Etat démocratique. Elle doit illustrer et mettre en oeuvre à tout moment cette définition et vous en êtes vous-mêmes les interprètes et les porteurs, aux avant-postes de la défense de nos intérêts, il faut tenir compte de nos intérêts il n'y a pas lieu de se voiler la face. Ce sont des intérêts honorables dans un monde où l'ordre ancien bipolaire que la France récusait n'a pas encore été remplacé par un autre système, plus acceptable mais plus incertain.\
Il faut donc garder quelques points de repères autour desquels peuvent s'ordonner, dans la durée, votre travail et votre mission. Je pense à la construction d'une Europe plus cohérente et plus forte où, comme vous le savez, la relation franco-allemande joue un rôle essentiel, au renforcement et à l'amélioration du rôle des Nations unies, et il y a de ce point de vue-là une novation depuis quelques années tout à fait remarquable même si elle est fort difficile, à la coopération avec l'Afrique et le Sud, considérée comme une donnée politique et stratégique facile à définir et partout, la défense des droits de l'homme et de la démocratie.
- Je crois pouvoir dire que notre pays est l'un de ceux qui comptent le plus sur la scène internationale. Nous avons nos relations bilatérales, vous en êtes vous-mêmes les agents les plus qualifiés et nous avons aussi une influence dans les instances multilatérales. Songez à l'importance d'un pays comme le nôtre : membre permanent du Conseil de Sécurité, il convient d'y tenir un rôle conforme à notre histoire, à la défense de notre langue et j'insiste sur ce point tant j'observe les défaillances. Domaine pourtant indispensable, quelle politique mener, quels intérêts défendre pour un pays qui aurait perdu l'essentiel de lui-même, sa langue, c'est-à-dire sans vouloir employer de grands mots, ce que l'on pourrait appeler l'âme d'un peuple ?
- Or, la France est présente partout dans le monde. Elle répond aux appels multiples qui lui sont adressés dès qu'il s'agit de la défense des droits de l'homme ou de la pacification d'une région. Nous fournissons le plus important contingent, sur plusieurs continents, de troupes pour des missions humanitaires. Dix mille soldats français, à l'heure actuelle, travaillent pour la paix. Tout cela, vous le savez là où vous êtes, est matière à réflexion mais j'insiste sur ce point £ chacune, chacun d'entre vous doit se sentir responsable de l'action de la France dans son ensemble, dans le pays de résidence où vous êtes, et dans les domaines non seulement diplomatique, mais aussi militaire, économique, financier, culturel.
- C'est ce qui fait sans doute que vous avez un beau métier. Il en est peu qui exigent tant d'un être humain par la variété de ses connaissances, par sa disponibilité et par son acceptation des risques et des difficultés.
- Je tiens avant de terminer à vous dire, au nom de la France, à quel point j'ai été sensible au courage et à la ténacité de nombre d'entre vous à affronter des situations parfois dramatiques, et qui ont su donner de la France l'image que j'en attends.
- Merci en tout cas pour le travail accompli. Je vous souhaite des débats utiles autour du gouvernement. Vous êtes à pied d'oeuvre.\

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