Publié le 5 février 1992

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations franco-russes et la modification politique et économique du paysage européen, Versailles, le 5 février 1992.

5 février 1992 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations franco-russes et la modification politique et économique du paysage européen, Versailles, le 5 février 1992.

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Mesdames,
- Messieurs,
- Nous sommes tous ici heureux de saluer la venue en France du Président de la Fédération de Russie ainsi que vous Madame et vous tous, compagnons de voyage du Président Eltsine.
- J'accueille ici le chef d'un vieux et grand pays et d'une jeune démocratie, à l'aube d'une renaissance si longtemps attendue en Europe et dans le monde.
- Nous nous sommes déjà rencontrés en avril dernier, au Palais de l'Elysée dans le bureau que vous venez de retrouver.
- Nous avons préparé ensemble cette visite, la semaine dernière alors que nous étions réunis à New York pour le Conseil de Sécurité. Nous avons eu un premier entretien en tête-à-tête cet après-midi et je n'oublie pas, en arrière-fond de ce décor, l'échange que nous avons eu au moment le plus dramatique, alors que vous avez montré ce que pouvait faire l'exemple du courage et de la décision à Moscou. Voilà quelques raisons de vous remercier pour cette nouvelle présence qui en présage d'autres.
- Nous sommes honorés de votre visite. Elle sera l'une des premières occasions pour la Russie de renouer solennellement avec la Communauté internationale et nous signerons après demain un Traité entre nos deux Etats £ cela n'est pas arrivé depuis longtemps.
- Nos deux pays ont derrière eux une longue tradition de rapports étroits. On rappellera toujours qu'en 1717, lors de son voyage en Europe, Pierre Le Grand avait rendu visite à Louis XV, alors âgé de sept ans, ici même, à Versailles. On rappellera Voltaire et Diderot chez Catherine II et sans vouloir être exhaustif - on n'en finirait plus - je rappellerai la signature en 1891, d'un très important Traité de commerce entre nos deux pays £ à l'époque, c'était l'Empire des Tsars chez vous et nous c'était la République, la troisième.
- Enfin, tous les Parisiens savent que pour traverser la Seine, non loin de l'Elysée - je prends ce chemin chaque jour - il faut passer par le pont Alexandre III qui nous rappelle les fastes aussi de notre République dans l'entente entre la Russie et la France.
- Bref, nous l'avons traversé ensemble cet après-midi, monsieur le Président, manière de vous dire que vous êtes en France, à Paris et à Versailles chez vous.\
Le retour de la Russie, en tant que tel, modifie, vous le savez, profondément le paysage européen. Mais comment ne pas rappeler, pour la deuxième fois, le courage immense dont a fait preuve le peuple russe guidé dans ses efforts par l'inspiration de quelques hommes dont vous êtes et qui a été soutenu dans son élan par ceux qui, comme la France, se réjouissent de l'accueillir aujourd'hui dans la Communauté des Etats fondés sur le droit et le suffrage universel.
- La Russie s'est affranchie d'un passé lourd de cris et de douleurs, puisqu'au-delà de l'Empire soviétique, c'est toute forme d'oppression qu'elle récuse désormais.
- Nous sommes désormais dans une époque charnière délivrée de tout ordre imposé, où l'Europe entière récupère la maîtrise de ses choix. L'Europe à laquelle nous aspirons est déjà celle où tous les Etats qui la composent seront unis par des échanges et une nouvelle solidarité entre les peuples, entre les citoyens. Il y a l'Europe des Douze, celle de la Communauté qui franchit d'importantes étapes et qui représente un havre de sécurité et de paix. Il y a la Conférence pour la Sécurité et la Coopération en Europe qui rassemble tous les pays aujourd'hui reconnus. Il y a le Conseil de l'Europe si riche d'espérance, d'avenir. Il pourrait y avoir, il devrait y avoir la Confédération européenne afin que tous se retrouvent dans les mêmes structures avec une égale dignité.
- Je ferai juste cette remarque : il est impératif de prévenir l'apparition de conflits liés à la nostalgie des affirmations nationales exclusives. Nous y parviendrons précisément en multipliant les occasions et les moyens de renforcer nos solidarités.
- Voilà quelques données rapidement esquissées, monsieur le Président et madame, qui montrent l'immensité des chantiers qui nous attendent.\
J'ai dit tout à l'heure que nous nous étions retrouvés la semaine dernière au Conseil de Sécurité à New York pour la première réunion de ce type depuis la fondation des Nations unies et il était intéressant de noter que pour cette première fois, la Russie était là. Et vous savez, monsieur le Président, que la France a oeuvré pour que la préparation diplomatique de cette rentrée fût réussie. Nous avons accueilli avec grand intérêt vos propositions en matière de désarmement £ nous allons donc signer ce traité à la fin de votre visite entre nos deux pays, qui sera, je l'espère, exemplaire par ses objectifs et par les moyens qu'il prévoit pour accroître notre coopération.
- Nous pouvons célébrer la culture et les racines profondes chez vous, chez nous, partout en Europe, mais au-delà de ces échanges spirituels ou intellectuels il faut aussi renforcer nos liens économiques et commerciaux. Le rapprochement de nos entrepreneurs est désormais possible. Vous pouvez vous prévaloir d'un potentiel rare de ressources et d'énergies créatrices et je pense que nous pouvons nous-mêmes apporter une contribution utile aux développements communs.
- Vous voyez, monsieur le Président, qu'il nous reste beaucoup à faire, qu'il reste beaucoup à faire entre nos pays à travers le temps qui vient et qu'auront à gérer tout ceux qui auront l'honneur d'être appelés par nos peuples à diriger une part de l'histoire de l'Europe et du monde.
- Alors, au moment de clore ce toast et de lever selon la tradition mon verre à la santé de nos hôtes, je pense surtout à votre peuple, au peuple russe. Je pense à son histoire et à ses sacrifices, je pense aux immenses services qu'il a rendus à des pays comme le mien et je n'oublie pas que quelles qu'aient été les traverses de l'histoire, nous nous sommes trouvés ensemble, du même côté, lorsqu'il a fallu sauver nos patries.
- Madame je vous remercie d'avoir bien voulu accompagner votre mari dans ce voyage en France. Sachez que vous êtes la bienvenue et que nous formons des voeux pour ceux que vous aimez.
- Et pour vous-même, monsieur le Président, bonne chance au-delà de votre personne, bonne chance au peuple russe.
- Vive la Russie, vive la France.\

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