Publié le 29 mai 1990

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la signature du traité constitutif de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Paris, le 29 mai 1990.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la signature du traité constitutif de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Paris, le 29 mai 1990.

29 mai 1990 - Seul le prononcé fait foi

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Messieurs,
- Sachez que vous êtes les bienvenus en France dans notre capitale et dans ce Palais de l'Elysée. Vous êtes les bienvenus, vous nous faites honneur et vous y venez pour une oeuvre utile.
- Cette cérémonie solennelle et sobre ne pouvait être rapide car aujourd'hui quarante Etats que vous représentez et deux institutions communautaires signent l'acte constitutif de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement.
- Ces quarante Etats et ces deux institutions pourront être rejoints demain par d'autres pays ou d'autres institutions qui voudront à leur tour s'associer à votre démarche où nous voulons que s'allient étroitement développement et démocratie. Faut-il le dire, cette mobilisation ne signifie pas pour autant que nous avons l'intention d'exclure ou de réduire la part des pays du sud dont la situation nous inquiète. Mais elle exige de votre part, de la part de vos gouvernements un effort d'imagination, de travail et de financement qui souligne l'ampleur de l'entreprise.\
Bien des discussions ont eu lieu pour préparer ce grand moment où nous sommes ici rassemblés. Vous êtes tombés d'accord pour fixer un capital de dix milliards d'écus qui sera libéré dans les trois monnaies qui reflètent les grands équilibres monétaires et économiques du moment : l'écu, le dollar et le yen. Vous avez inventé une institution dotée pour accomplir sa mission de tous les instruments imaginables : prêts, garanties bien sûr, mais aussi prises de participation, souscriptions fermes. Il sera donc possible à cette banque de jouer un rôle de catalyse, de trait d'union entre les capitaux et le savoir-faire de l'ouest et les entreprises et les organismes productifs de l'est. Il sera possible de promouvoir en tirant derrière son sillage les banques commerciales, les institutions financières, la création de marchés de capitaux et de circuits financiers adaptés et bases de tout développement. Je crois que c'est dans cette capacité à rapprocher les capitaux des hommes, des Etats, des intérêts souvent différents pour ce projet nouveau que résidera le secret de votre réussite et je pense que cette charte reflète bien votre état d'esprit.\
Je dois vous remercier. Le projet paraissait ambitieux, peut-être trop ambitieux lorsque le Conseil européen de Strasbourg a bien voulu souscrire à cette initiative que nous avons prise. Mais vous aviez mesuré, vous, responsables à de hauts niveaux, à quel point l'histoire nous sollicitait, combien de pays d'Europe connaissaient des bouleversements encore jamais connus, refusaient d'assumer certaines formes d'héritage et décidaient d'aller résolument vers un avenir où tout naturellement nous devions nous rejoindre. C'est à cette tâche historique que vous vous êtes appliqués, que vous veniez de telle ou de telle région d'Europe. Je dirais même que c'est peut-être la première fois que la plupart des pays d'Europe se trouvent comme cela réunis avec leurs amis de l'extérieur de ce continent, qui ont bien voulu prendre part à votre démarche. Vous mesurez la signification que prend votre geste, cet acte qui n'est déjà plus symbolique mais réel de signer un engagement qui désormais présidera à l'une des plus grandes institutions mondiales, tout simplement parce que nous avons pensé qu'il convenait de tendre la main, de comprendre les besoins de nos compatriotes européens désormais en mesure de choisir leur propre destin et désireux de choisir une voie dans laquelle nous nous trouverions tous à l'aise.
- J'insiste donc sur cette dimension. C'est cette dimension qui me porte à ressentir ces quelques minutes d'abord silencieuses. Simplement quelques mots pour souligner ou pour exprimer ce que vous tous auriez pu dire à ma place. Nous venons donc de franchir un premier pas essentiel et cela sera compris à la fois par toutes les personnes invitées qui se sont associées par leur présence à l'acte d'aujourd'hui, mais bien au-delà de ce que nous représentons et de ce qu'il représente pour tous les peuples de l'Europe qui sentent naître entre eux une nouvelle solidarité qu'il faudra parfaire dans l'avenir le plus proche au cours des années prochaines par des institutions, des organismes, aussi souvent que possible, communs. Apprendre à se connaître, à travailler ensemble et par des moyens comme celui-ci qui est considérable, lancer un pont vers l'avenir. Désormais, nous pouvons considérer que nous sommes dans la phase de mise en oeuvre de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Il faudra maintenant que les parlements nationaux ratifient aussi rapidement que possible ce traité international. Je fais confiance aux instances dirigeantes et représentatives de vos pays. Rien ne leur aura échappé de l'ampleur, de l'intérêt et de l'utilité pratique, économique, financière et humaine de la Banque en question. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir transmettre aux chefs d'Etat et de gouvernement que vous représentez ici, au peuple dont vous êtes, le salut et l'expression de la gratitude de la France.\

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