Publié le 28 janvier 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration de l'hôtel communautaire de Dunkerque, jeudi 28 janvier 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration de l'hôtel communautaire de Dunkerque, jeudi 28 janvier 1988.

28 janvier 1988 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration de l'hôtel communautaire de Dunkerque, jeudi 28 janvier 1988. - PDF 247 Ko
Monsieur le président de la communauté urbaine,
- Mesdames et messieurs,
- J'avais prévu depuis longtemps la visite du début des travaux du Transmanche dont nous avions pris l'initiative il y a quelques années et dont nous avions consacré la réalisation à Lille il n'y a pas si longtemps. J'avais aussi en réserve, si je puis dire, une invitation déjà ancienne d'Albert Denvers, et j'ai pensé que réunir ces deux intéressantes visites pouvait avoir un sens et, en tout cas pour moi, me permettait de mieux saisir et de mieux comprendre à la fois la -nature de votre effort pour régénérer votre région, l'attachement que vous portez au pays que vous servez et un témoignage, celui d'un pays qui vit, d'un pays qui lutte et dont vous êtes un exemple.
- Albert Denvers, depuis longtemps se consacre aux collectivités dont il a la charge. Je crois que l'on a fêté l'an dernier les cinquante années de ses charges. On le connaît et on l'estime et puisque j'ai eu la chance d'être son collègue à l'Assemblée nationale puis, à l'intérieur de la même formation politique, de pouvoir apprécier ses qualités rares, son discernement et son sens de l'équité, j'avais une raison supplémentaire de venir jusqu'ici.
- Enfin, si j'étais bien venu à Dunkerque en 1983 je crois, cette région du littoral je l'avais quand même assez peu fréquentée depuis le début de mon mandat : voir sur place les hommes, les femmes qui s'en occupent, qui y travaillent, qui réveillent l'espérance, rencontrer d'une certaine manière la population, constater en même temps les éléments de réussite de la communauté `urbaine` dont la signification va loin selon moi, voilà quelques raisons parmi d'autres qui m'ont fait répondre de grand coeur à l'invitation reçue.\
Vous avez, cher Albert Denvers, exposé de quelle manière marchait la communauté. Les dix-sept communes - je crois avoir retenu ce chiffre - qui la composent et qui par -nature sont certainement très représentatives de l'-état des opinions en France, des choix, des préférences, un arc-en-ciel, sont, sous votre conduite, une communauté capable de considérer l'objectif commun avant tout autre chose, d'établir avec les élus, les autorités départementales, régionales et nationales les liens nécessaires pour promouvoir les efforts d'une population dont nous n'ignorons pas les souffrances.
- J'ai le sentiment que l'esprit qui vous anime mesdames et messieurs, la cohésion dont vous faites preuve pour la défense de l'intérêt commun peuvent servir d'exemple en beaucoup d'autres lieux. La -nature même de cette collectivité permet non seulement à la ville principale où nous sommes, mais aussi aux communes voisines de s'attacher à la réalisation d'un plan qui leur est propre, de se serrer les coudes et, avec plus de 210000 habitants, de représenter une fraction du peuple français suffisamment importante pour pouvoir se donner à elle-même des plans ambitieux, d'autant plus que vous venez de loin, on aura l'occasion d'en reparler.
- Vous avez été saisis de plein fouet par la crise industrielle moderne, par les nécessités de l'adaptation et de la transformation, c'est-à-dire de la modernisation. Il vous a fallu à la fois compter les désastres, en faire le bilan, tenter d'en corriger les effets, puis déplacer les objectifs sans oublier pour autant qu'il convenait de sauvegarder les travaux traditionnels auxquels une population ouvrière nombreuse, importante, qualifiée s'était attachée depuis si longtemps. Mais j'imagine aisément que ce fut votre difficulté, ce qu'elle est encore. On exige beaucoup de vous mesdames et messieurs les membres de la communauté, et vous devez faire front ainsi qu'il a été dit à l'instant à de nouvelles perspectives. Vous saurez que non seulement vous avez eu à souffrir d'une concurrence qui faute d'investissements prévus à temps, a pu longtemps triompher de vos efforts, mais encore avec le Transmanche bientôt, avec le TGV, avec l'ouverture du marché européen dans moins de cinq ans, il faut que vous soyez équipés, préparés, l'esprit et aussi les structures.
- Nous avons eu et nous avons toujours beaucoup d'ambitions pour la France et nous l'avons engagée dans des compétitions sévères - je le répète - encore fallait-il préparer cette région et particulièrement ce littoral dans les meilleures conditions possibles. Comment dirai-je ? Non pas changer d'espérance mais peu à peu modifier les objectifs, donner des raisons légitimes d'espérance là où ce qui pouvait apparaître comme les échecs d'une grande et puissante région apparaissait surtout. Et j'admire l'effort d'intelligence et de travail qui a été accompli par les principaux responsables de la région, des communautés et du département pour parvenir à aborder cette fin de siècle, et donc l'autre qui vient, dans une situation dynamique qui ouvre l'horizon alors qu'il paraissait définitivement refermé.\
Si mon -concours au cours de ces dernières années a pu vous être utile, si ma présence en ce jour solennel peut contribuer à affermir l'espoir, j'en serai heureux et j'aurai accompli une part de ma mission dans ce bel et vaste hôtel de la communauté, dans cet immeuble qui a j'imagine nécessité tant de soins, des prévisions souvent coûteuses, soumises à la critique des uns et des autres. Quand le travail est accompli, alors on peut en mesurer les profits pour l'ensemble de la population qui sera fière de disposer d'un centre important, organisé, adapté à ce que la France est en droit d'attendre de la région de Dunkerque et de la communauté urbaine de cette partie du département du Nord. Les racines plongent loin dans ce sol, terre de vieille et forte civilisation significative de l'histoire de la France avant même que la France n'existât, l'un des éléments fondamentaux de ce qui constitue aujourd'hui la grandeur de notre pays. Vous êtes plus que des témoins, mesdames et messieurs, vous êtes les acteurs de cette lutte pour le redressement. Soyez en remerciés au nom du pays. Vous cher Albert Denvers, si vous considérez l'action passée jusqu'à ce jour et il en sera de même plus tard, vous pouvez avoir la conscience tranquille, la conscience d'un bon citoyen, d'un grand honnête homme, d'un serviteur fidèle des intérêts de sa petite patrie et de la grande, vous pourrez penser puisque vous en avez parlé il y a un instant que votre vie a été juste, qu'elle a été utile, bref, bien remplie, de telle sorte que les -fruits n'en seront pas insignifiants loin de là. Et si je puis témoigner en cet instant de l'hommage qu'est prête véritablement à vous décerner une population tout entière, qui a su jalonner votre longue responsabilité politique et administrative de témoignages et d'affirmations de reconnaissance et de gratitude, je crois que c'est vraiment le moment de marquer solennellement que c'est avec des hommes tels que vous que la France abordera d'un bon pas les responsabilités à venir.
- Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre accueil. J'y suis très sensible. Je vais rester encore quelques moments à Dunkerque, j'irai saluer les élus à l'hôtel de ville et puis je poursuivrai ce voyage d'une journée. Les images et les impressions vont se précipiter. Sachez en tout cas que c'est pour moi une joie, une sorte de raison d'être sûr de la France, que d'avoir pu vous rencontrer, que d'avoir pu observer les résultats de vos travaux, et de sentir avec vous que depuis déjà plusieurs années sans que chacun se dispute les mérites - en tout cas moi j'ai vu cela depuis sept ans - cet effort continue £ vous en êtes comptable, vous en êtes responsable, vous en avez le mérite. Je vous en remercie au nom de la République et je vous dis maintenant bonne chance, que le travail se poursuive, que l'on examine avec la population tout entière les raisons d'espérer £ elle le mérite bien elle aussi qui a supporté de plein fouet le choc d'une modernisation qui n'a que trop tardé.
- Vive la République,
- Vive la France.\

Voir tous les articles et dossiers