Publié le 29 septembre 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'identité culturelle du Languedoc et l'unité nationale, à l'hôtel de ville de Toulouse, mardi 29 septembre 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'identité culturelle du Languedoc et l'unité nationale, à l'hôtel de ville de Toulouse, mardi 29 septembre 1987.

29 septembre 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Vous avez raison, monsieur le maire, et vous mesdames et messieurs les conseillers municipaux, vous, toutes et tous, Toulousains qui m'entendez, vous avez raison d'être fiers de cette ville. Je la connais depuis longtemps, moins bien que vous, et sans être venu du nord, je suis quand même venu d'ailleurs où l'on aime aussi son pays et où l'on se flatte d'une autre histoire. Mais vous avez tous raison d'être fiers d'une ville si belle, si forte, cette capitale, capitale parmi les capitales que compte la France, qui signifie à la fois une histoire et une culture, une langue, une expression, une tradition, une certaine façon d'être et de penser. Je vous salue, mesdames et messieurs, je vous salue, Toulousains, et je salue Toulouse. Vous avez bien voulu m'inviter à l'occasion de ce salon international `SITEF` à venir par la maison du peuple, par l'hôtel de ville. J'y suis venu avec joie, comme je le fais dans chaque commune de France, mon devoir étant de rencontrer les élus du peuple, ceux qui ont en charge la gestion du pays, et qui ont été mandatés, quelle que soit leur opinion, pour mener à bien la France de cette fin de siècle et du début de l'autre.
- Ce sont les uns, ce sont les autres, rarement les mêmes, enfin très longtemps, et qu'est-ce que longtemps dans l'histoire d'un pays. Déjà se dessine, à Toulouse, et ailleurs, la France des années que connaîtront nos fils et nos filles et que nous aurons, chacun à sa manière, que nous aurons préparée, une fois rétablie la capacité de la France à vivre et à se transformer, après les grands drames des deux guerres mondiales. Je sens partout surgir en France, à travers toutes les régions, ce mouvement vers une conquête, d'abord une conquête sur soi-même, une confiance en soi, le rassemblement des énergies et des talents et puis une confiance dans la capacité de la France à aborder les échéances que nous avons aussi préparées. Ce 1992, point d'horizon fort proche et décisif, je l'ai voulu, avec bien d'autres. C'est un risque, donc c'est une chance. Il ne faut pas avoir peur des risques lorsque l'on sait saisir ses chances et cela exigera bien entendu beaucoup de travail, beaucoup de ténacité, autant que possible beaucoup de clairvoyance car, ici et là, d'autres pays peuvent parler comme nous dans d'autres domaines. Nous avons nos faiblesses, nous avons nos retards, mais la France réussira cette grande confrontation dans la mesure où, sachant assumer ses différences, ses antagonismes, ses rivalités politiques et ses rivalités de toutes sortes, elle saura aussi comprendre que son intérêt fondamental c'est d'aborder ces échéances avec cette ferveur que suppose le rassemblement des femmes et des hommes, leur choix commun, sur quelques points, ceux qui transcendent la vie quotidienne, ceux qui transcendent les préférences personnelles.
- Dans cette salle, monsieur le maire `Dominique Baudis`, je me souviens d'avoir été reçu déjà plusieurs fois, une fois comme Président de la République, c'était votre père qui se trouvait là, précédemment comme parlementaire, comme responsable d'une formation politique, et j'ai toujours aimé venir dans cette ville, dans cet hôtel de ville, rencontrer des clameurs, diverses, qui à distance se confondent, et représentent comme une sorte de grand cri d'allégresse, où l'on ne discerne point de détail mais où l'on sait bien que chacun clame avec ferveur ce qu'il pense et ce qu'il veut, tandis que le reste de la soirée se passera, chacun retrouvant ses amis, continuant sa vie, et vraisemblablement la fraternité qui sait unir les Toulousains quand il le faut.\
J'aurais été étonné, monsieur le maire, que vous ne me parliez pas de Simon de Montfort. Chaque fois que je viens ici, on me parle de Simon de Montfort. C'est vrai qu'il est venu du nord, vous avez même dit de Paris, on a repoussé, Paris, bon très bien. Vous savez bien que celui qui a parachevé tout cela c'est le Roi Louis IX, Saint Louis, et que ceux d'ici et ceux de là-bas, langue d'oc et langue d'oil, après avoir surmonté leurs querelles, leurs querelles historiques et profondes, ont su faire ensemble la France. La France qui est la vôtre, la France qui est la mienne, ils sont du nord et du midi, gens de Toulouse, de Bordeaux, gens de Paris, de Lille et de Strasbourg, - j'arrête là l'énumération - mais elle mériterait d'être plus longue pour bien montrer que la diversité c'est notre -nature même. Et si l'on faisait le compte de tous les gens du nord qui ont prêté la main au développement de Toulouse et de tous les gens de Toulouse qui sont venus faire la France, on se rendrait compte que cette sélection historique correspond rarement à la réalité vécue. Il n'empêche que la grandeur de Toulouse - et le mot que vous avez employé était juste, monsieur le maire - s'est faite autour de sa culture et c'est une affaire tout à fait singulière, j'allais dire tout à fait remarquable, que de considérer cette ville et cette région. Elles ne sont pas les seules au monde dans ce cas, mais elles apportent peut-être la démonstration que c'est par là même qu'on survit, rester ce que l'on est par la culture, et faire son histoire autour de la culture, aller vers les formes de la création de l'esprit, l'esthétique, la beauté des maisons, la valeur des poèmes, la force du rêve, de l'imagination, la rigueur du style, la richesse des pensées diverses qui se sont exprimées par ici, une langue vous ai-je dit, un langage, une façon d'être soi-même, formé aux disciplines de la vie. Vous avez su les préserver, tout en les confondant au sein de la nation. Préservez-les, non point jalousement, non point en établissant une frontière, juste au bas des remparts, mais en étant assez sûrs de vous-mêmes pour que, fiers et solidement adossés à la culture de Toulouse, à la culture de ce Languedoc, vous soyez assurés de vivre le temps qui vient sans risquer de vous perdre. Et je vois bien dans ces chantiers, dans ces travaux, je vois bien, ou je verrai dans un instant, au travers des stands de ce salon `SITEF`, après avoir déjà visité un certain nombre d'universités, d'écoles, d'entreprises, que cette ville parmi les plus grandes et parmi les meilleures, continue tout simplement, en cette fin de siècle, continue d'être ce qu'elle est. Qu'une ville soit capable de s'affirmer, en Europe et au-delà dans le monde, comme le fait Toulouse, en proposant des idées, en réussissant des techniques, en fabriquant des objets de haute technologie, c'est-à-dire en faisant appel à toutes les ressources de l'invention et de l'esprit, voilà qui mérite d'être salué.
- C'est croyez-moi, monsieur le maire, et je le répète, je crois que c'est la conclusion qui nous sera commune, c'est bien la preuve que cette ville n'est pas remplaçable, que dans sa différence elle apporte beaucoup, et qu'elle peut, qu'elle doit être, dans l'Europe unie de demain, l'une des métropoles où l'on marquera le temps futur par cette capacité inimitable de l'homme à prévoir ce qui sera.\
Monsieur le maire, mesdames et messieurs, je vais maintenant poursuivre ma route à Toulouse et aller au rendez-vous pour lequel je suis initialement venu `inauguration du SITEF`. Ne l'oublions pas, nous irons de stand en stand, un peu vite comme toujours, mais nous observerons ce qui se passe par ici. Nous pourrons marquer chaque étape de ces dernières décennies où la France et Toulouse ont connu les plus grandes réussites, les plus grandes avancées scientifiques et technologiques des temps modernes.
- Mesdames et messieurs, merci pour votre accueil. Je tiens à honneur d'être votre hôte, pendant cette demi-heure, où nous nous trouvons ici même. Je garderai de cette journée de soleil le meilleur souvenir. Pas plus que vous, monsieur le maire, je ne m'inquiète des turbulences à venir, dans le proche horizon. Je n'ai pas bien compris celui que vous évoquiez à l'instant, car c'était assez allusif, mais après tout je vois bien à peu près ces turbulences. Monsieur le maire, j'aurai, et j'ai déjà, pour mission et pour devoir essentiels d'assurer au pays, devant les affrontements démocratiques et justes qui se préparent, la sérénité, le sang froid et le souci de ne rien ajouter aux naturelles divisions d'un pays comme le nôtre. Si donc vous vous déclarez prêt à affronter ces difficultés le visage serein, vous n'êtes pas le seul. Vous, vous ferez cela ici, moi ailleurs, c'est-à-dire aussi un peu ici, puisque nos responsabilités se situent là où le suffrage universel l'a décidé. Et je considère, monsieur le maire, qu'il n'est pas un village, et donc pas une ville de France, qui échappe à ma responsabilité, pas plus qu'il n'existe une seule famille politique respectueuse des lois de la démocratie, qui échappe à la nécessité de la nation, aux réussites de la France. J'ai combien de fois plaidé contre l'exclusion de quelque fraction de notre peuple. Tous ont la capacité de contribuer à la réussite du pays et je fais appel à toutes les Françaises et à tous les Français pour que nous traversions cette passe, comme tant d'autres, afin d'aborder les prochaines échéances avec la conscience tranquille, le coeur fort et la volonté d'assurer l'unité des Français.
- Vive la République, mesdames et messieurs, vive la France !\

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