Publié le 14 mai 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au cours de la cérémonie de remise de médailles de la famille française, Paris, Palais de l'Élysée, jeudi 14 mai 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au cours de la cérémonie de remise de médailles de la famille française, Paris, Palais de l'Élysée, jeudi 14 mai 1987.

14 mai 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Je vous remercie, monsieur le Président, il y a déjà pas mal d'années, que nous entretenons des relations constantes et j'ai en effet tenu, comme vous avez bien voulu le dire, monsieur le Président, depuis 1981, à donner à l'aspect familial de l'action gouvernementale, un caractère éminent. J'allais dire prioritaire, mais si l'on fait trop de priorités ensemble, il n'y en a plus du tout.
- Vous avez raison de le rappeler, sans doute, par affinités personnelles, par façon de vivre, ayant d'ailleurs moi-même connu pendant toute mon enfance et mon adolescence, l'avantage que représente pour une vie d'homme l'entourage d'une grande famille - jusqu'à 20 ans, nous n'étions jamais moins de 15 à 20 à table, puisque nous étions déjà 10 enfants réunis, dont 8 frères et soeurs et 2 orphelins de guerre - j'ai pu voir de quelle façon c'était, à travers les années, une sorte de secours, de contribution venue d'une vie sociale et affectueuse très importante, lorsque l'on affronte les épreuves, les difficultés. On a quand même assez peu d'amis véritables, et les premiers que l'on trouve, c'est quand même chez soi.
- J'ai donc pensé qu'il fallait aider les familles et quand j'ai trouvé, sans l'avoir cherchée, une organisation, des organisations, un président national en particulier, celui auquel je réponds, qui consacraient leur temps et leur dévouement à cette même tâche, en ayant une connaissance approfondie des questions de tous ordres, social, économique, culturel, moral, le travail était très facile. Non pas pour répondre aux besoins des familles, aux besoins de la famille en France, et aux besoins qu'a la France d'une démographie soutenue, cela ce sont des problèmes très difficiles. Mais je dois dire que même si la France n'est pas en mesure aujourd'hui d'offrir un résultat tès remarquable sur le développement des familles, comparativement, en Europe en particulier, en Occident, la France a mieux défendu son rang et ses chances que beaucoup d'autres. Cela est dû, pour beaucoup, à l'action des associations et des responsables dont je vous parle, et qui sont les bons défenseurs de cet élément indispensable à la vie nationale.\
La tradition nous réunit une fois de plus, c'est l'occasion, on vient de le faire, de rendre juste hommage à l'oeuvre des associations mais il ne faut pas oublier les parents, les parents que vous êtes, que nous célébrons justement. Les mères de famille, vous êtes venues, je crois, de nombreux départements de France, et vous allez recevoir, un certain nombre d'entre vous, un témoignage de reconnaissance, la reconnaissance du pays. Votre vie a été organisée autour de la famille et d'un projet familial £ vous en connaissez les joies, vous en connaissez les chagrins, je n'allais pas dire les facilités, il n'y en a pas, surtout les difficultés, mais difficultés surmontées parce que vous y mettez votre coeur, votre affection. Les soucis, les fatigues, les inquiétudes, l'avenir de chacun des enfants, surtout aujourd'hui dans la crise qui nous frappe, c'est aussi votre vie et il est tout de même bon que de temps à autre, vous ayez un moment d'arrêt, comme vous le faites ce matin au Palais de l'Elysée, pour vous retrouver, pour jeter un regard sur votre passé, pour trouver les forces nouvelles pour votre avenir, pour sentir que le pays est loin d'être indifférent à ce que vous êtes. Pas facile d'assurer l'avenir matériel de vos enfants, pas facile alors qu'il y a la menace, et parfois beaucoup plus que la menace, du chômage. Je pense que l'amour, la tendresse, les échanges familiaux sont l'un des moyens de supporter ce mauvais passage et d'organiser la lutte pour parvenir à dominer l'épreuve. Puis à peine un enfant est-il sorti d'affaire, puisque vous êtes famille nombreuse, cela recommence pour un autre. Donc l'affaire de toute une vie pour vous. Au demeurant, parler de repos, c'est presque impossible, qu'est-ce que la notion de repos pour une mère, pour un père de famille ? Mais enfin, enfants, petits-enfants aussi, cela aide à supporter les peines, c'est un bon secours pour ceux qui souffrent, sans cesser d'espérer.\
J'ai été, vous l'ai-je dit, monsieur le Président, sensible, à vos propos. Nous avons souvent parlé des sujets qui vous occupent. L'Union nationale des associations familiales défend des valeurs auxquelles je tiens, et auxquelles les Français adhèrent, dans l'ensemble, de plus en plus, si j'en juge par les enquêtes de l'opinion qui se multiplient à ce sujet. Dans la mesure de mon possible, j'essaie de vous aider. Vous avez tenu à noter la sollicitude des gouvernements. Car dépassant les séparations politiques, la plupart des responsables de France sentent bien qu'il est un certain nombre de données et de domaines communs où il convient d'agir d'un même mouvement. L'UNAF a su adapter ses réflexions, ses positions et l'évolution des structures familiales.
- Certes, on peut et même on doit tenir aux idées que l'on a reçues de ses propres parents, au type de société dont la famille est une structure essentielle, c'est normal, on ne peut pas s'en étonner, et en même temps, il faut avoir les yeux ouverts sur l'évolution des moeurs, ce qui ne veut pas dire que l'on accepte tout, mais il faut aussi considérer les jeunes tels qu'ils sont, et les aider autant qu'on peut. Il faut donc avoir des jugements, si l'on a le droit d'être rigoureux pour soi-même, et même le devoir, on a l'autre devoir qui consiste à avoir un jugement nuancé sur les autres, et à respecter leurs aspirations.\
Bon, la famille change, on se marie moins, on divorce plus fréquemment, on accepte moins les contraintes, et pourtant les projets de vie demeurent. Lors de sa dernière séance au Conseil de la population, M. Laroque était à mes côtés, puisqu'il en assure l'essentiel, le Haut Conseil de la population soulignait qu'un enfant sur cinq naissait hors mariage £ cela montre pour le moins qu'il n'y a pas de refus de l'enfant chez les jeunes couples, même si les normes sont souvent remises en cause.
- De toute manière, on s'accordera, quelles que soient la philosophie ou la morale dont on s'inspire, que l'enfant doit rester autant qu'il est possible en dehors des déchirements. C'est à cette fin que l'Assemblée nationale vient d'adopter à l'unanimité, ce qui est quand même assez rare, la réforme instituant en cas de divorce l'autorité parentale conjointe, autrement dit le droit des enfants à garder le même lien privilégié avec chacun des deux parents, et les enfants âgés de plus de 13 ans pourront donner leur avis. Quand je vois ceux de ma famille qui reviennent à la maison, au sortir du collège, je m'aperçois qu'ils ont un avis sur beaucoup de choses, ce qui me surprend souvent £ bien entendu, sur les choses de la vie quotidienne, ce qui a été vu à la télévision, ce qui a été discuté dans la cour de récréation, dans les salles de classe, mais des vues de caractère moral, parfois spirituelles, qui étonnent ceux qui continuent de croire que ce sont des enfants.\
Quel est le rôle des pouvoirs publics ? Il est par définition de reconnaître la valeur de l'enfant, d'organiser la solidarité envers les familles, "d'assurer les conditions nécessaires à leur développement", c'est écrit dans le préambule de notre Constitution, ou de la Charte sociale européenne, promouvoir, "la protection juridique, économique et sociale de la vie de famille". Il y a peu de temps, je recevais le principal responsable en France du mouvement "Aide à toute détresse". Il insistait fortement sur le risque d'affaiblissement de la protection des familles démunies £ si la sécurité n'est pas assurée, droit au logement, droit d'accès à la santé, droit à un revenu régulier, c'est le droit même d'avoir des enfants qui peut se trouver mis en cause. Comment voulez-vous fonder un projet familial dans la pauvreté absolue où trop des nôtres se trouvent aujourd'hui rejetés ? Quand je dis aujourd'hui, c'est déjà depuis quelques 15 ans que ce phénomène s'aggrave.
- Enfin, quoi qu'il en soit, la famille demeure une valeur vivante, dont vous portez témoignage, je vous en remercie. Ce que vous avez fait en acceptant la responsabilité d'une famille nombreuse, c'est un acte d'espoir pour vous mêmes, bien entendu, mais aussi pour le pays. Qu'est-ce que l'on ferait sans vous, même si l'on dit que vous êtes moins nombreux qu'auparant. C'est quand même, à mon avis, là que se trouve la plus grande chance. Je souhaite que les conditions économiques et sociales permettent aux familles de se développer davantage. Réussir une vie familiale, réussir une vie professionnele, cela va rarement l'un sans l'autre mais c'est d'abord la réussite de la vie familiale dont les conséquences seront décisives.\
Et puis, moi je crois que le pays, la France, doit se rassembler autour de quelques valeurs, d'une valeur fondamentale qui tienne à la condition de l'homme, de la femme, aux sentiments sans lesquels aucune action n'a de sens. La France, ce devrait être une famille qui cherche l'épanouissement de tous. Une famille, ce n'est pas toujours unie, et la France ne l'est pas non plus, mais dans les grands moments, où l'on se sent menacé, où l'on sent les déchirements, les peines, les deuils, ou bien les grandes joies : naissance d'un nouveau couple qui s'engage dans la vie, les moments bénis où l'on se retrouve, comme cela, sans savoir pourquoi, dans la joie d'être ensemble, on voudrait bien que la France éprouve elle-aussi ce sentiment de temps à autre, c'est ce à quoi nous travaillons.
- Je vous reçois, ce matin, en l'absence de ma femme, mais elle est en Amérique latine £ pour l'instant il est un peu difficile de revenir de si loin pour la circonstance. Je vous prie de l'excuser. Vous avez avec moi, ici, M. Séguin, ministre des affaires sociales, et Mme Barzach, ministre de la santé publique, vous connaissez les autres personnes, M. Laroque, il ne doit pas être très loin puisque je l'ai salué tout à l'heure. Disons qu'autour de M. Burnel, Président de l'UNAF, nous avons vraiment quelques-uns de ceux qui servent de symbole et qui marquent l'action quotidienne en faveur de la famille française.
- Nous allons maintenant procéder, si vous le voulez bien, à la cérémonie même qui verra distinguer quelques-uns d'entre vous. Merci.\

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