Publié le 23 mars 1987

Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de sa rencontre avec Mme Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, au Château de Bénouville le 23 mars 1987, sur les conditions du démantèlement des euromissiles.

Déclaration à la presse de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de sa rencontre avec Mme Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, au Château de Bénouville le 23 mars 1987, sur les conditions du démantèlement des euromissiles.

23 mars 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames,
- Messieurs,
- Nous venons d'avoir un échange de vue d'une heure et demie, Mme Thatcher et moi. Nous avons profité de cette belle maison mise à notre disposition par le Conseil général du Calvados. Mme le Premier ministre est en route vers Bonn où elle doit se rendre dans l'après-midi. Je verrai moi-même le Chancelier Kohl, samedi prochain.
- L'essentiel de notre conversation a porté sur le désarmement et le contrôle du désarmement, autour des propositions de M. Gorbatchev. Acceptant la négociation à laquelle nous ne prenons pas part, mais donnant notre opinion sur ce fait international, nous n'en avons pas moins le souci d'assurer la sécurité en Europe. Et tel a été l'objet principal de nos conversations.
- Profitant de cette circonstance, nous avons procédé à un échange de conversations sur certains aspects des problèmes du Proche et du Moyen-Orient, avant d'en terminer avec l'Europe et ses prochaines perspectives : il se pose, au sein de la Communauté, des problèmes que vous connaissez, notamment sur l'augmentation éventuelle de ses fonds propres.
- Voilà l'essentiel. Nous n'avons pas la possibilité de vous donner un contenu plus détaillé, car Mme Thatcher doit partir... Mais nous voulions vous tenir informés des sujets qui nous ont retenus. Mme Thatcher va vous dire elle-même ce qu'il en est. Je voudrais la remercier de s'être arrêtée parmi nous £ je lui souhaite un bon voyage.\
MARGARET THATCHER.- Je tiens à remercier le Président et le Conseil général pour nous avoir permis d'avoir tenu ces entretiens dans ce magnifique château. J'ajouterai très peu à ce que le Président vient de dire. Je dirai simplement ceci : pour moi, les conversations ont été extrêmement utiles.
- Cela a permis de rendre plus claires nos positions sur les négociations en matière de contrôle des armements. Bien que nous ne soyons pas partie prenante de ces négociations, l'ensemble de l'Europe et du monde occidental seront néanmoins très certainement et profondément affectés par les résultats de ces négociations. Pour notre avenir, il est important que les négociations se déroulent comme il convient.
- Nous avons également parlé de questions plus vastes dans le domaine Est-Ouest : quand on entre dans des négociations sur le contrôle des armements, on regarde plus loin pour voir si on peut avoir confiance en ceux avec qui on négocie £ et cela se produit, non pas par des déclarations d'intention, mais par les actes, par ce que font les pays plutôt qu'en raison de ce qu'ils disent.
- Bien évidemment, nous sommes tous les deux très intéressés par le Moyen-Orient et le Proche-Orient. Nous voudrions qu'il y ait un moyen pour que les négociations entre les arabes et les israéliens puissent reprendre de nouveau dans un cadre international, dans le cadre d'une conférence internationale. Nous sommes bien sûr très intéressés, très préoccupés tous les deux par ce qui se produit au Liban.
- Comme le Président l'a dit, nous avons eu une courte discussion sur l'avenir de l'Europe. Vous vous en doutez : tant de choses dépendent de ce qu'on puisse arriver à introduire une certaine discipline sur le plan budgétaire de manière à mettre de l'ordre dans le règlement de certains des problèmes agricoles qui font notre Communauté !...
- Je crois que nous avons très peu de temps. Le mieux serait de vous laisser le soin de poser quelques questions, brèves, pour que les réponses le soient aussi.\
QUESTION.- Monsieur le Président, est-ce que vous avez évoqué avec Mme Thatcher une réunion européenne sur les questions du contrôle des armements sur l'option zéro £ si oui quelle forme éventuelle cette réunion pourrait avoir ?
- LE PRESIDENT.- Nous n'avons arrêté aucune proposition dans ce sens. D'une part, nous estimons très utile, sinon même nécessaire, la prise de contact entre les différents pays membres de la Communauté sur ce sujet : c'est ce que nous avons fait nous-mêmes. Mais, en même temps, nous n'avons pas abordé le problème des procédures. Si des inititives doivent être prises, elle doivent être décidées et annoncées dans d'autres instances que celles que nous représentons, la Grande-Bretagne et nous-mêmes. Nous sommes naturellement ouverts à toutes les initiatives qui seraient prises dans ce sens.
- MARGARET THATCHER.- Je voudrais simplement ajouter que nous avons trouvé que ces conversations étaient extrêmement utiles et qu'il est important de maintenir des contacts dans les semaines et les mois à venir.
- QUESTION.- Monsieur le Président, Mme Thatcher affirmera-t-elle une position européenne à M. Gorbatchev par rapport à ses positions sur le démantèlement des euromissiles... (inaudible).
- LE PRESIDENT.- Je n'ai chargé Mme Thatcher d'aucun mandat, et nous n'avons pas décidé de nous substituer à nos autres alliés. Mais, Mme Thatcher qui se rend à Bonn, qui sera bientôt à Moscou, est une voix suffisamment autorisée et reconnue par ses alliés pour que nous attachions le plus grand intérêt à ce qu'elle exprimera £ et, comme nous mettons au point des attitudes et des comportements communs, cela lui sera d'autant plus facile.
- MARGARET THATCHER.- Je voudrais simplement ajouter une chose : les forces nucléaires de dissuasion britannique et française ne sont pas prises en compte dans ces négociations et sont absolument cruciales pour la défense du continent £ leur maintien est absolument vital également pour la défense de l'Europe.
- LE PRESIDENT.- Ce point de vue, Mme Thatcher pourra très bien le dire au nom de nos deux pays. Ce sera une façon de répéter ce que nous disons l'un et l'autre depuis plusieurs années.
- QUESTION.- Supposons qu'il y ait un accord en 1987 entre les Russes et les Américains sur les euromissiles, quelle serait la comparaison entre 1979 et 1987 ? Est-ce que vous pensez que ce sera comme avant ou est-ce qu'il y aura un déséquilibre croissant pour l'Europe occidentale ?
- MARGARET THATCHER.- Je crois que votre question est un peu artificielle. Lorsque vous considérez la défense de l'Europe occidentale, il y a toute une série de choses qu'il faut prendre en compte : d'abord, le fait que l'Union soviétique ait rompu le lien entre l'IDS et les négociations sur les euromissiles £ ensuite, le fait qu'il y a abondance d'armes à plus courte portée du côté soviétique £ et puis la question des armes conventionnelles et chimiques qui font partie de l'ensemble. Des négociations sur ces deux terrains se déroulent depuis déjà pas mal de temps. Il ne suffit donc pas d'examiner toutes les parties de problème séparément : il faut également mesurer l'effet de telle ou telle négociation grâce auxquelles vous êtes en mesure de défendre la liberté et la justice en Europe occidentale.
- LE PRESIDENT.- Je crois qu'il faut remercier Mme Thatcher, elle doit continuer sa route. Merci.\

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