Publié le 23 mai 1986

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la remise de la médaille de la famille française, Paris, Palais de l'Élysée, vendredi 23 mai 1986.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la remise de la médaille de la famille française, Paris, Palais de l'Élysée, vendredi 23 mai 1986.

23 mai 1986 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président,
- Monsieur le ministre,
- Madame le ministre,
- Mesdames et messieurs,
- A quelques jours de la fête des mères, nous célébrons aujourd'hui la famille. C'est une tradition entre nous, et j'y suis fidèle. Grâce à vous, j'ai l'occasion d'honorer les familles nombreuses de France.
- Je vous accueille avec beaucoup de joie, j'aime cette cérémonie, elle est simple, mais elle touche au principal : c'est-à-dire à la vie familiale et à l'accueil des enfants.
- Monsieur le président `Roger Burnel`, je suis naturellement très sensible à vos propos, nous avons, depuis déjà cinq ans, eu souvent l'occasion de parler des sujets qui nous occupent, et je sais la conscience et la compétence que vous appliquez à vos tâches. Vous le savez, les progrès que vous avez rappelés sont le -fruit du travail en commun, mené avec les associations familiales. Votre organisation joue un rôle essentiel dans la nation en défendant les valeurs auxquelles les Français adhèrent largement. Que puis-je vous dire sinon de continuer, par votre présence et par votre action, à faire progresser l'idéal qui est le vôtre. Et comme vous, je m'adresse maintenant aux familles.
- Celles qui sont honorées, pour avoir accepté d'appeler des êtres à l'existence, de les élever, de les aimer, et avec quelle fatigue, quel souci, souvent quel sacrifice, ont fait un acte de foi, en l'avenir, le leur et celui du pays, remplissant une tâche que la société doit reconnaître. La politique familiale, vous l'avez rappelé, est une tradition de la France et cette tradition que j'ai cherchée à renforcer ne doit pas faiblir. Nous touchons là, en effet, à l'équilibre profond de la nation, équilibre entre le nombre des jeunes et celui des anciens, et qui définit le dynamisme d'une population, sa capacité à renouveler sa charge de projets, d'énergie et de vitalité qui doit être celle de la France.\
L'on observe, monsieur le président vous l'avez souligné, une affirmation nouvelle ou renouvelée : l'attachement des Français à la famille. En effet, les jeunes déclarent que c'est le premier endroit où ils se sentent bien. Et si les jeunes - j'ai entendu dans le passé d'autres propos, d'autres expressions, d'autres aspirations - sont plus attachés que naguère à la famille, c'est aussi peut-être parce que la famille a changé, et qu'elle est devenue, plus qu'avant, sans doute, un lieu de liberté ou de tolérance mutuelle.
- Il ne faut pas exagérer cette analyse. Chacun se souvient de son enfance, et moi de la mienne : je l'ai souvent rappelé, parmi huit frères et soeurs, et les deux autres admis dans la famille en raison des dommages tragiques de la guerre de 1914 - 1918 - donc dix enfants vivant ensemble - et cela ne m'a jamais fait apparaître cet endroit comme un lieu infernal où se serait appliquée une férule impitoyable, - pas du tout -. Mais enfin, d'une façon générale, les moeurs se sont ouvertes et les liens entre parents - enfants, la responsabilité de la femme, les droits des enfants, ont quand même rattrapé un peu l'avantage pris depuis quelques millénaires par l'autorité paternelle. De profondes mutations affectent la famille. Eh bien il nous appartient d'en mesurer les conséquences.
- Par exemple, on se marie moins, même si l'on vit tout autant en couple, on donne plus fréquemment naissance hors mariage, on divorce plus fréquemment aussi. Les relations entre hommes et femmes deviennent, quand même, plus égalitaires, plus interchangeables. Les adolescents sont, sans aucun doute, plus indépendants, marqués par la société qui les environne, mais en même temps ils aspirent à demeurer plus longtemps au domicile familial. Eh bien il faut réunir tous ces éléments. Ces évaluations et ces évolutions sont du domaine de la conscience de chacun. Elles relèvent de décisions intimes et de la liberté irréductible de chaque être humain.\
Mais l'Etat, s'il n'a pas à intervenir dans ces domaines, ceux du moins que j'ai cités, il en est bien d'autres qui sont de caractère d'éthique dont il a à se préoccuper et puis aussi de santé publique, d'intérêt général. Et son rôle est de reconnaître la valeur de l'enfant et d'organiser un effort de solidarité envers les jeunes familles comme à l'égard des familles nombreuses.
- Vous connaissez, j'ai eu l'occasion de le rappeler souvent, cette préoccupation qui est la mienne, qui est la vôtre, pour encourager la naissance du troisième enfant. Je présidais, juste avant de venir vers vous, le Haut Conseil de la population et de la famille, cette préoccupation est partagée par le gouvernement et ce sujet doit être l'objet constant pour l'instant de nos pensées et de nos projets.
- Le Haut Conseil a suggéré de nombreuses mesures. Il appartiendra au gouvernement de donner suite comme il l'entendra ou comme il le pourra, mais je dis ici que tout ce qui sera fait en ce sens sera bon pour notre pays. Il faut avoir une conception globale de la société - car c'est elle qui est en jeu - en renforçant les solidarités, l'égalité des chances entre les jeunes, en préparant l'arrivée de l'enfant, par l'organisation urbaine, les rythmes de vie, la qualité du cadre de vie, en instaurant une société ouverte. Je pense à l'effort d'insertion pour les enfants d'origine étrangère nés en France et qui constitueront demain les familles de France. On renforcera le désir d'enfants, d'abord, et les liens familiaux. Vérité d'évidence, les enfants qui naissent aujourd'hui auront 14 ans en l'an 2000. Et à ce moment-là, ils entreront dans un monde professionnel. Adultes, ayant réfléchi, ayant une conscience d'eux-mêmes et du monde autour d'eux, ils entreront dans ce monde-là qui sera très différent et qu'on ne peut même imaginer. Et pourtant il s'agit de les y préparer. Il faut beaucoup réfléchir et agir dans ce sens. Et ce destin, que nous évoquons, il se construit d'abord au sein de la famille où l'on doit trouver amour, tendresse, force de liens indestructibles, soutien moral et soutien matériel. Et tous ces mots d'ordre que je viens d'employer, ce ne sont pas les plus en usage, vous le savez bien, dans la société des hommes. C'est donc la famille, qui peut servir de creuset à un développement de valeurs de civilisation trop souvent oubliées.
- Enfin, vous qui êtes ici, parents de familles nombreuses, soyez remerciés au nom de la nation. En vous remettant des médailles, l'objet va beaucoup plus loin, je rends hommage aux sacrifices consentis pour vos enfants et à la somme d'amour que vous leur avez consacrée. Au-delà de vos personnes, c'est à l'ensemble des familles de France que je m'adresse. Un pays rassemblé est à l'image d'une famille unie, qui épaule ceux qui souffrent, qui secourt les plus faibles et qui fait son possible pour assurer l'épanouissement de chacun, l'épanouissement de nos enfants. Monsieur le président, monsieur le ministre et madame, mesdames et messieurs, je vous remercie.\

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