Publié le 20 février 1986

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réunion "L'Europe contre le cancer", dans le cadre du programme Eurespoir, Paris, Palais de l'Élysée, jeudi 20 février 1986.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réunion "L'Europe contre le cancer", dans le cadre du programme Eurespoir, Paris, Palais de l'Élysée, jeudi 20 février 1986.

20 février 1986 - Seul le prononcé fait foi

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Messieurs,
- Je dirai d'abord mes remerciements non seulement à ceux qui ont préparé les travaux fort sérieux, fort nécessaires que nous avons décidé d'entreprendre. Je remercierai les participants les plus directs ainsi que les diverses personnalités qui assistent et prennent part à leur manière à ce que nous faisons.
- Au-delà des remerciements, je passerai directement au sujet en donnant la parole à M. le Professeur Tubiana qui aura droit en particulier à l'expression de ma gratitude.
- (Interventions de MM. Tubiana, de Veronesi, Moeller-Jensen, Bleehen, Delors)
- Monsieur le Président,
- Vous avez parfaitement résumé la somme des bonnes volontés nécessaires pour réussir.
- L'Europe, le cancer. L'Europe contre le cancer. Voilà l'objet de nos travaux. Plus d'un million de victimes en Europe chaque année, trois mille chercheurs dans les douze pays de la Communauté. Ce sont quelques données qui permettent de mesurer l'ampleur de la tâche en même temps que la nécessaire réunion des connaissances, des expériences et des efforts.
- Alors, on a voulu mobiliser l'Europe sur un grand projet. Un de plus. C'est pourquoi, j'ai proposé, au nom de la France, à deux reprises, l'initiative dont nous traitons aujourd'hui qui a été soutenue tout aussitôt par les autres pays et particulièrement, à l'époque puisque c'était à Milan `juin 1985`, par le gouvernement Italien.
- Ce grand projet, c'est tout simplement la santé des hommes. D'autant plus qu'à partir de la santé des Européens, bien entendu, la science n'ayant pas de frontière, c'est une façon de servir la santé des hommes sur la terre.
- Vous l'avez dit : Europe de la recherche, Europe de la prévention, Europe du dépistage, Europe de la communauté scientifique et médicale et finalement, Europe des citoyens. Tout cela marque bien une volonté, une perspective.\
Eurêka, c'est une initiative globale qui touche ou qui peut toucher, à toutes les sciences et à toutes les techniques. N'oublions pas - et ce que nous faisons ce matin le souligne - que les biotechnologies sont au premier rang de nos préoccupations. Surtout s'il s'agit, comme nous venons tous de le dire, de sauver, de prévenir, de guérir, de sauver du mal, de la douleur et finalement d'une mort dont l'heure pourrait être retardée. Et il faut le dire, elle l'est, retardée de plus en plus par la science et la pratique de ceux qui sont aujourd'hui autour de moi.
- L'Europe de la biotechnologie figure donc parmi nos objectifs principaux. Il appartient désormais aux entreprises, il appartient aux instituts spécialisés de s'organiser. Nos pays ont décidé de les aider. La France pour ce qui la concerne, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont agi de même en fournissant dès le point de départ l'appui de leurs moyens publics.
- On peut dire que nos sociétés européennes consacrent déjà une part importante de leurs revenus pour développer cet effort qui s'inscrit dans le -cadre d'une société qui s'organise, d'une société de solidarité car après tout, c'est quand même dans nos pays qu'existent aujourd'hui les systèmes de sécurité sociale les plus développés.
- A partir des lois de la génétique, qui veulent qu'une personne sur quatre risque d'être atteinte du cancer, tout s'enchaîne. C'est ce que vous avez dit, messieurs : il faut savoir, il faut connaître, il faut soigner, il faut guérir, il faut servir l'humanité. C'est cela qui explique vos propres choix de vie. Vous vous êtes constamment penchés sur le mal et sur la douleur, quand vous aviez 20 ans, peut-être même avant. Si vous aviez déjà choisi d'être ce que vous êtes devenus, c'est parce que vous sentiez qu'en vous cette exigence d'aider les autres était impérieuse et que cela valait la peine de vivre pour servir la cause des hommes.
- Il se pose des problèmes de législation bien entendu. Cela regarde les responsables des Etats. Mais il vous appartient de les construire, de leur faire des suggestions. Sur aucun de ces points et en particulier, vous l'avez dit celui de l'information et de l'information des médecins eux-mêmes.
- Je peux me permettre de vous dire que j'attends beaucoup de vos travaux mais au-delà de ma personne, c'est toute l'Europe £ au-delà de toute l'Europe, je l'ai déjà dit, ce sont les hommes sur la terre qui se trouvent aujourd'hui affrontés à cet immense problème d'une maladie, non dominée, qui réserve encore bien des secrets. Le destin de l'homme, je le crois, c'est de dominer ce qui l'entoure, c'est de dominer aussi ce qu'il a en lui-même. Vous en êtes les artisans et les exemples, messieurs. Monsieur le Professeur Tubiana, laissez-moi vous dire combien je vous remercie d'avoir bien voulu nous aider à rassembler les énergies et les talents. Nous venons d'en avoir la démonstration. Merci.\

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