Publié le 21 mai 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la remise de décorations aux membres de la promotion "Commerce extérieur", Paris, Palais de l'Élysée, le 21 mai 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la remise de décorations aux membres de la promotion "Commerce extérieur", Paris, Palais de l'Élysée, le 21 mai 1985.

21 mai 1985 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Je suis heureux de vous accueillir ce soir au Palais de l'Elysée, vous en connaissez l'objet. Je remettrai dans un moment à un certain nombre d'entre vous les distinctions dans nos deux grands ordres nationaux `Légion d'honneur ` ordre du mérite` qui marquent l'un et l'autre le service rendu à la collectivité nationale et au pays, non seulement dans le domaine professionnel qui est le vôtre, mais aussi - car cela ne serait pas suffisant - en qualité de citoyens, et de citoyens qui cherchent à servir leur pays.
- J'ai ici toute une liste de récipiendaires, que j'aurai l'occasion de voir de plus près, dans un instant. Si leur action a été remarquée, sans doute avec quelque arbitraire, car il en est d'autres, - mais comment faire ? - c'est parce qu'ils ont fait accomplir à notre création, à notre production dans les domaines les plus divers des progrès traduits à l'exportation, c'est-à-dire par la présence des produits français sur les marchés extérieurs et par l'accroissement dans le marché français de la production française. Ce sont deux objectifs assidûment recherchés par vous-mêmes, là où vous êtes, avec ce que vous faites, mais aussi croyez-le par le gouvernement de la République, comptable de l'ensemble des actions individuelles de bien des entreprises.
- Le succès : il est celui de nombreuses équipes. S'il est nécessaire de distinguer tel ou tel femme ou homme, nous savons bien que rien n'eût été possible si d'autres qui ne sont pas ici, l'ensemble des personnels aussi bien dans notre pays que celui qui représente les entreprises très loin d'ici n'avaient été en commun les artisans des succès que je suis heureux de fêter ce soir.\
D'une façon générale, les productions françaises connaissent de jour en jour un meilleur sort. C'est parce qu'il y a des esprits d'audace, d'imagination, des créateurs qualifiés que dans un certain nombre de domaines nous sommes parfaitement en mesure de supporter la concurrence et de la vaincre. Cela n'est pas assez général et c'est pourquoi une rencontre comme celle-ci doit nous servir à créer un certain effet d'entraînement. Nous n'avons pas à nous réjouir plus qu'il ne convient des résultats obtenus, ils sont réels.
- Je me souviens qu'il y a quatre ans, venu pour la première fois, exactement un 21 mai 1981, dans cette salle, se trouvaient 62 milliards de déficit dans notre balance commerciale. Il fallait déjà affronter de rudes difficultés, mais je ne suis là pour incriminer personne. C'est simplement pour que vous sachiez la rudesse de l'effort qui nous a permis d'éviter l'an dernier 19 milliards de déficit commercial dans un équilibre général de la balance des paiements. Je souhaite évidemment que nous fassions mieux cette année, ce n'est pas facile. Et ces difficultés vous pouvez les mesurer comme moi.
- Ce n'est pas d'une année sur l'autre que vous pouvez conquérir un marché si vous n'êtes pas déjà préparés à affronter la concurrence. Il ne suffit pas d'avoir un bon produit, il faut aussi savoir le vendre et maintenir ensuite la présence, c'est-à-dire savoir durer. Mais les formes de protectionnisme sont multiples et souvent insidieuses. Dans combien de pays qui se flattent d'un libéralisme absolu et en effet, on n'y trouve pas de réglementation, on y rencontre, en revanche des normes, des formes subtiles qui en fait empêchent d'y pénétrer et pour avoir la patience, trois ans, quatre ans, cinq ans, dix ans, il faut en avoir les moyens. Si bien que, bien des entreprises qui en seraient capables, qui en ont la volonté, l'intelligence n'ont pas toujours les arrières-plans financiers qui leur permettent de travailler sur dix ans.
- C'est pourquoi il est très difficile d'imaginer que d'une année sur l'autre on puisse faire des pas de géant. A moins que nous soyons capables, que vous soyez capables d'engranger soudain le -fruit des efforts accomplis pendant longtemps et, il faut le dire bien des pays étrangers ont été capables d'investir, d'innover avant que nous ne fussions toujours nous-mêmes sur le terrain.
- Si vous êtes là, mesdames et messieurs autour de ceux qui seront dans un instant célébrés, c'est parce que vous faites partie de cette élite de Françaises et de Français, élite par les résultats du travail, pas sur d'autre -plan, mais cela compte, qui ont compris qu'après tout la France était parfaitement capable, qu'elle avait en elle des ressources suffisantes et que si cet exemple était davantage suivi, alors nous atteindrions plus facilement encore les objectifs que nous avons définis et qui continueront de placer la France parmi les premiers pays du monde comme c'est le cas au moment où je m'exprime.\
Que de progrès peuvent être faits, vous le savez vous-mêmes. Je ne sais comment conclure aujourd'hui, moi je me dis toujours : "non pas, je suis content de ce qui a marché", cela arrive. Mais, je ne suis pas content de ce qui va trop lentement ou de ce qui ne marche pas du tout. Je veux dire par là que je suis sévère avec moi-même et avec les autres aussi. Je ne me complais pas dans des résultats qui sont pourtant meilleurs que ceux que nous avons connus sur le -plan des principaux indices économiques depuis le début de la grande crise 1973 -1974. Il faut toujours rechercher ce qui peut être corrigé, amélioré, ce qui peut être créé, ce qui peut être inventé.
- Vous l'avez fait, merci au nom de la France et j'espère que l'on nous écoutera à l'extérieur, parce qu'il faut que partout cet -état d'esprit l'emporte sur un certain conformisme. Il faut que la France soit moderne, pas n'importe comment, mais il faut que chaque fois que se propose une technique, un produit désirable, un objet de consommation, une recherche prodigieuse, il faut toujours que la France soit là, la première ou pas loin des autres. Vous vous chargerez de rattraper la distance perdue, pour cela je vous fais confiance. Que l'on ne me dise pas non plus, comme on le fait toujours : c'est l'Etat qui, c'est le gouvernement £ mesdames et messieurs vous êtes responsables. Le gouvernement ne peut pas se substituer à chacun des Français. Simplement chacun des Français doit pouvoir compter sur lui, c'est tout.
- Je vais être très heureux maintenant de vous remettre, mesdames et messieurs les distinctions que vous avez méritées qui iront, bien sûr, vers vos personnes, vers vos mérites, mais qui dépasseront vos personnes et qui seront, je l'espère, pour vos familles un motif heureux, et plus encore pour vos entreprises, pour vos associations, pour celles et ceux qui ont mis la main à la pâte, qui vous ont aidés et qui ont assuré finalement la réussite. Merci.\

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