Publié le 1 février 1985

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Rennes, le vendredi 1er février 1985.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Rennes, le vendredi 1er février 1985.

1 février 1985 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Votre invitation m'a fait grand plaisir. Et c'est avec un égal plaisir que je réponds aujourd'hui aux divers éléments de l'emploi du temps que vous m'avez préparé, car j'en tire beaucoup d'enseignements. Par la diversité d'abord : une usine, des bureaux d'étude modernes, bel exemple de ce que peuvent faire l'intelligence et le travail humain. Un quartier, une rénovation d'habitations avec goût et constance et un plan de grande ampleur dans lequel j'ai précisément rencontré quelques-uns de ces jeunes gens dont vous parliez à l'instant, appelés à des travaux d'utilité collective. Et puis, sans vouloir m'attarder en cet instant dans une description qui prolongerait exagérément cette réunion, l'ensemble des observations - auxquelles j'ai répondu - qui m'ont été faites par les dirigeants de la région, m'ont vraiment permis de saisir plus exactement encore les difficultés, les questions et les chances d'avenir de la Bretagne.
- J'en ferai le bilan un peu plus tard. Mais dès maintenant, me trouvant à l'hôtel de ville de Rennes, dans cette grande ville que vous avez eu raison de qualifier "capitale historique", "capitale moderne", choisissant son terrain, capable de rassembler les énergies bretonnes sans jamais négliger le caractère propre des diverses métropoles, abordant de plein fouet les obligations du monde présent, d'être au premier rang du bond en avant de la technologie, sans jamais oublier non plus les relations humaines, la vieille et la grande culture bretonne dans l'épanouissement de la France, voilà bien des raisons que j'ai de me trouver bien chez vous ! Je m'y sens d'ailleurs, et c'est bien normal aussi, chez moi, comme il en est de toutes les régions de France.
- Ce n'est qu'un acompte ou un avant goût, car j'ai bien l'intention de revenir en Bretagne, bientôt, pour y faire, cette fois-ci, la visite régionale qui me permettra d'aller plus avant et plus profondément dans la connaissance de la Bretagne, de ces quatre départements, dont je n'ignore pas les soucis, mais dont je connais aussi l'énergie, l'imagination et l'intelligence.
- Oui, venir vous rencontrer en cette après-midi à Rennes, c'était pour moi une bonne et grande occasion d'approcher davantage encore la France, son opinion, de savoir quelles questions elle se pose. Et j'ai besoin de cette relation constante, ne pouvant compter sur la seule intuition ou seulement sur l'approche et la connaissance des dossiers. Cela, mesdames et messieurs, c'est irremplaçable. Un mot échangé, comme cela, au passage. Un dossier ouvert avec les responsables compétents. L'air du pays, le ciel, le bref paysage que j'ai pu apercevoir en arrivant de l'aéroport, même si ce n'est pas la première fois que je viens en Bretagne. L'air aussi qu'ont les Bretons et je les ai devant moi, je les ai rencontrés dans les rues, je les verrai encore ce soir. Tout cela c'est, je le répète, irremplaçable pour le Président de la République. Voilà pourquoi je vous disais pour commencer que je vous remerciais de m'en avoir fourni l'occasion.\
De même que je répondrai à l'avenir, à des invitations du même ordre partout en France. J'ai visité plusieurs régions, j'en visiterai une autre la semaine prochaine, ce sera la Picardie, et ainsi vont les jours et au-delà des passions, des rivalités ou des querelles politiques, j'aperçois mieux ce qu'est la France dans sa réalité. La France dans ses besoins véridiques et non artificiels. La France et sa nécessité d'être elle-même unie et rassemblée et du moins sur l'essentiel qui touche à sa vie dans l'Europe, à sa présence dans le monde, à la perpétuation et à la maintenance de ce qui a toujours fait sa grandeur.
- Cela, mesdames et messieurs, je le ressens profondément et le ton de Rennes, ce que je perçois à travers vos propos, monsieur le maire `Edmond Hervé`, la confiance qu'ils inspirent, la certitude d'une volonté fondée sur une juste connaissance des moyens, le moyen suprême étant celui qui réside en nous-même. La France sera ce que nous voudrons qu'elle soit, du moins pour la génération présente. Non que je veuille substituer la volonté à tous les autres éléments ce serait bien dangereux, mais cette volonté nationale, elle est indispensable comme le soleil aux choses. C'est là que vient la clarté, c'est là que les reliefs se distinguent, c'est la volonté qui fait la part des choses, qui peut dessiner le long terme, sans non plus mésestimer les obligations de ce jour.
- La relation entre une région, une grande ville capitale et le chef de l'Etat que ses obligations conduisent à vivre surtout à Paris, ou bien à rencontrer dans les capitales étrangères ceux qui font la politique du monde, c'est une donnée à laquelle je tiens par-dessus tout. J'ai trop parcouru les routes de France pour pouvoir m'en déprendre. J'aime la France telle qu'elle est, le visage, le corps de la France dans sa géographie physique. Telle qu'elle est et au travers de ce visage, j'aperçois ses immenses virtualités en même temps que la trace de ce passé auquel je tiens par toutes les fibres de mon être.
- Je ne ferai pas d'incantation, je dirai simplement que moi - et je ne suis pas le seul, n'est-ce pas, mesdames et messieurs et chers amis ? - Je crois, oui je crois que la France, non seulement a toutes ses chances dans le monde du XXIème sièce, mais je crois que la France a commencé de les saisir, ses chances, et que la génération suivante en verra l'épanouissement. Nous avons nous la tâche difficile, la tâche de transition. Nous ne sommes pas encore sortis du malheur des deux guerres mondiales. Nous ne sommes pas encore sortis des crises de mutation. Il y aura d'autres mutations et surtout celles de la science et de l'esprit humain. Mais pour celles-là, nous sommes bien accrochés. J'ai confiance en vous, mesdames et messieurs, comme j'ai confiance dans les Français. Dans leur ensemble, c'est ce qu'ils veulent. Ils ont une haute ambition, j'en suis sûr, que leurs représentants élus en aient tout autant et je serai tout à fait rassuré.
- Monsieur le maire, mesdames et messieurs, chers amis, merci de votre accueil.
- Vive Rennes !
- Vive la Bretagne !
- Vive la France !\

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