Publié le 12 novembre 1984

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à la suite de sa visite à l'Institut médico-légal de Paris, lundi 12 novembre 1984.

12 novembre 1984 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à la suite de sa visite à l'Institut médico-légal de Paris, lundi 12 novembre 1984.

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Ce jeune homme assassiné, ce jeune Turc a connu un grand dénuement dans sa vie et ce même dénuement dans sa mort. Quel raccourci. Un frère qu'on a identifié, qu'on n'a pas retrouvé encore, personne d'autre, ses camarades, sans doute. Et puis quelques-uns partout en France, que dis-je, beaucoup de Français qui avec moi éprouvent une grande peine et une grande pitié en même temps qu'une révolte contre cette violence qui gagne du terrain. Il faut qu'elle en perde. Je suis venu m'incliner devant ce corps parce que je suis Président de la République française et j'entends que la France soit avec moi présente, ici même, ce siège de la mort témoin de tant de drames. Ces vieilles personnes assassinées : j'ai tenu à saluer aussi la famille de l'une d'entre elles pour bien marquer la solidarité et la vigilance qui s'imposent.
- QUESTION.- Monsieur le Président, estimez-vous ce drame révélateur d'un certain climat social ?
- LE PRESIDENT.- On ne peut pas, sur le -plan social, généraliser, condamner un groupe socio-professionnel, prétendre qu'il s'agirait ou d'un mot d'ordre, ou d'une attitude portant condamnation sur une catégorie de Français. Non, on ne peut pas le faire. Mais il est certain que le drame du chômage réel ou perlé, l'exaspération et d'autre part une certaine insensibilité aux misères qui frappent les plus pauvres, tout cela participe de l'événement tragique qui occupe aujourd'hui les esprits.
- QUESTION.- Est-ce que les discours extrémistes de certains hommes politiques en-matière d'immigration peuvent encourager selon vous de tels actes ?
- LE PRESIDENT- Le seul discours à tenir aujourd'hui et demain, c'est le discours de la concorde, de la compréhension. Je préfère ceux, trop peu nombreux, qui emploient les mots de l'amour et de la fraternité à ceux qui ne manifestent que la vindicte, parfois la haine. Mais je ne veux transformer ni en argument social, ni en argument politique l'événement qu'avec vous je déplore. Bien entendu, les leçons sont quand même là et si l'on vit d'exaspération en exaspération, où ira la France ? Et je suis là pour le dire aux Français et je le répète ce garçon, ce jeune Turc, seul dans la mort, qui fut si longtemps seul dans la vie, c'est un spectacle détestable qu'il faut tenter de bannir de notre société autant qu'on le peut. Voilà, ma visite n'a pas d'autres significations.\

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