Publié le 30 juin 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration du collège de Corbigny (Nièvre), samedi 30 juin 1984.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de l'inauguration du collège de Corbigny (Nièvre), samedi 30 juin 1984.

30 juin 1984 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Je me réjouissais depuis longtemps de ce rendez-vous fixé à Corbigny. C'était pour moi l'occasion de revenir dans cette ville, à laquelle me lient beaucoup de souvenirs et beaucoup d'amitiés toujours vivantes.
- Ce matin à Clamecy, cet après-midi à Corbigny, je suis là tout le long de l'axe de ce qui fut naguère la circonscription que je représentais et je continue de représenter car, après tout, ce sont toutes les circonscriptions de France dont je suis aussi le représentant.
- C'est très intéressant que de voir ce collège. C'est très instructif aussi puisqu'on voit un immeuble neuf, moderne, adapté aux besoins, clair, doté des moyens dont on doit disposer pour former les enfants, avec un corps d'enseignants dévoués, attachés à leurs devoirs et -on le voit bien - l'esprit très ouvert aux techniques nouvelles dans la fidélité au métier qu'ils aiment et qu'ils servent.
- 400 élèves, je crois. 72 internes. Il suffit de parcourir les couloirs ou de visiter les salles, les laboratoires, de voir les jeunes devant leurs appareils, des mini-ordinateurs, pour se rendre compte à quel point on peut susciter un formidable éveil à tout ce qui se passe dans le monde et d'abord, bien entendu, apprendre par de moyens accélérés, qui n'interndisent ni la réflexion, ni le raisonnement, au contraire.
- Parlant tout à l'heure avec les responsables de l'éducation nationale, de la région et du département, j'observais que le même effort est fait pour former les enseignants. C'est-à-dire que la Nièvre est je crois le premier département de France. C'est le département, proportionnellement le plus équipé de la France toute entière. Avec de l'avance, il dispose désormais de quelques centaines de professeurs capables d'apprendre aux autres ces techniques nouvelles, et bientôt, si on suit bien le rythme que vous avez indiqué, monsieur le sénateur-maire, ce sont tous les enfants de ce département, et particulièrement les enfants qui ont pu connaître quelque handicap, quelques difficultés, qui seront à même d'entrer avec toutes les chances dans la vie.\
C'est pour moi une bonne occasion que de souligner, sans m'y attarder davantage, l'importance que revêt l'éducation nationale quand on songe que, par le savoir et par la connaissance, l'homme - enfin, la petite fille, le petit garçon, puis les adolescents - et puis, grâce à la formation continue, chaque femme et chaque homme, tant qu'il le veut, tant qu'il le peut, doit pouvoir apporter à notre pays une somme d'efforts, d'expériences, d'apprentissage, et finalement, de connaissances scientifiques ou littéraires. Un pays bien armé, comme le nôtre, un département qui subit pourtant la crise de plein fouet, ont l'avenir pour eux. L'avenir pour dominer les industries avec lesquelles on gagne les marchés du monde, avec lesquelles on gagne les concurrences - de plus en plus difficiles - avec la démonstration faite que l'intelligence en France, que l'ardeur au travail, que les chances de réussite, valent bien celles des autres dans la mesure-même où elle est au premier rang.
- J'ai observé que dans un pays comme les Etats-Unis d'Amérique, à la suite de sondages faits au cours de ces derniers mois, c'était les jeunes Français qui commençaient leur études universitaires, qui étaient classés en premier dans toutes les disciplines, et particulièrement dans les disciplines scientifiques. Avec cependant un décalage : une certaine difficulté pour passer de l'étude à la réalisation pratique. Bref, pour passer de l'étude à la réalisati de l'école au métier. Et c'est là qu'il faut faire porter l'effort. Et cette formation par l'informatique est le meilleur moyen de franchir les distances, de combler ce fossé. L'étude théorique, cela flatte l'intelligence. Mais, prendre à bras le coprs la construction industrielle de la France, ça c'est une autre affaire !\
En l'espace de trois ans, nous avons avancé rapidement. On ne se rend pas compte, encore, du résultat désormais à notre portée. Mais on le verra bientôt et de toutes façons, ce sera pour nous une joie que de savoir que par notre volonté, les uns et les autres, vous tous ici qui y participez, nous aurons fait de la France le grand pays fidèle à ses traditions, mais capable d'appréhender le siècle qui bientôt commencera.
- Sans formation des hommes, pas d'industries modernes. Sans industries modernes, pas d'économie capable de supporter la concurrence internationale. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas beaucoup d'autres disciplines, de toutes sortes, beaucoup d'autres métiers, beaucoup d'autres techniques, de plus en plus vers de télécommunications : l'électronique développe de plus en plus les anciens secteurs, y compris celui de l'automobile £ par les biotechnologies, la recherche médicale, on pénètre à grands pas dans la connaissance de l'être humain. Ce sont autant de capacités nouvelles pour cet être humain d'appréhender les richesses de la matière, de les dominer et de s'en servir comme du meilleur instrument dont il dispose pour affronter ensuite ce qui reste du domaine individuel, de la réflexion sur soi-même, sur le sens de la vie, sur sa place dans la société bref, sur ce que signifie et ce que valent l'ensemble des valeurs qui nous ont instruits.
- Je remercie, mesdames et messieurs les enseignants et vous-même, monsieur le directeur ici présent, qui animez toutes ces équipes et monsieur le recteur. Vous pouvez voir dans toute la Bourgogne comment les choses se passent. J'ai l'impression que cela bouge et particulièrement dans la Nièvre, longtemps considérée comme le petit département de cette région et qui produit, chaque jour, des réussites humaines dont notre département - je dis notre département parce que je ne puis m'en séparer - tirera le meilleur profit, au travers des prochaines années.\
Voilà, j'ai commencé en vous disant que j'étais heureux de me retrouver parmi vous, non seulement parmi vous, élus du département que j'ai connus à ce titre au cours des longues années où nous avons décidé en commun de rebâtir la Nièvre, mais le chantier eset bien engagé.
- Vous aussi, les responsables de la puissance publique, de l'Etat, de la région, tous ceux qui sont fonctionnaires, et qui d'une façon ou d'une autre, prennent part à cet effort et parfois même, déterminent les conditions de sa réussite. Monsieur le député-maire, venu d'allemagne, vous avez apporté vous aussi une certaine note d'ambiance, celle d'une démarche internationale, qui nous est chère, fondée sur la paix dans un monde si troublé qu'il faut bien savoir où s'ancrer. Et si l'on ne s'ancre pas sur l'Europe, à partir de l'Europe occidentale et autour des pays qui ont fait cette Europe, et trop souvent se sont livrés à des guerres fraticides, si le moment n'est pas venu de bâtir pour jamais la paix, d'où naîtra la puissance ou renaîtra la puissance de l'Europe, et tout simplement sa présence, alors c'est que nous ne sommes pas capables de faire grand chose. Et dans la relation entre l'Allemagne et la France, je constate que nous nous engageons, avec de plus en plus de force, dans cette voie largement ouverte devant nous.
- Parmi vous, nombreux sont les visages que je reconnais. Naturellement, les plus petits poussent, deviennent maintenant des jeunes gens, des jeunes filles. Alors là, je perds un peu le fil... Et pourtant, je connais la plupart de leurs familles. Et les anciens, eux, ils restent un peu pareil, comme moi. Ca se gâte un peu... Mais, ils sont nombreux, iici, à avoir été pour moi des amis, il y a dix ans, quinze ans, vingt ans et davantage.
- C'es dire que pour moi, reprendre pied, dans la Nièvre, et particulièrement à Corbiny, auprès de familles amies qui ont marqué ma vie politique, qui ont jalonné son évolution, reprendre pied dans ce département, c'est retrouver en vérité une France très réelle, très vivante, et très forte qui subit la crise de plein fouet. Mais est-ce qu'il n'existe pas assez de force et de courage, assez de volonté pour savoir que tout cela est dans nos moyens, à notre portée ?\
Moi, je crois à la qualité du peuple français et je ne doute pas de ses victoires. A partir du moment où il saura réunir ténacité, courage et capacité d'espérance. où dire cela, mieux que dans une école, dans un collège où les enfants doivent apprendre que leur existence toute entière, après celle de leurs pères, avant celle de leurs fils, s'inscrit dans une longue suite de générations qui a formé une nation française, dans un pays, la France, qui a su bâtir un Etat, un Etat capable aujourd'hui de se diversifier dans ses régions, ses départements, ses communes, bref, de s'épanouir. Oui, au coeur de la difficulté, la France s'épanouit, laissant de côté les divisions souvent artificielles, que par refus de reconnâitre les évolutions nécessaires, certains s'entêtent à perpétuer.
- Ici, mesdames et messieurs, chers amis, nous sommes, je le sens comme tel, unis, quelles que soient nos différences, parfois nos divergences. Depuis le plus ancien que je vais décorer dans un instant, un ancien combattant de la guerre 1914 - 1918, on pourrait croire ici que c'est entré déjà dans les années du déluge. Eh bien non. Il existe heureusement des survivants, la tête chargée de souvenirs terribles et qui ont vu surgir une deuxième guerre, vingt ans après, celle que nous sommes quelques-uns ici à avoir faite, à notre tour. Cela suffit. Les enseignements sont tirés. Dans les oeuvres de paix, il nous faut maintenant conquérir la concorde intérieure et les richesses naturelles d'un pays comme le nôtre, intelligemment exploitées, dont la première richesse est celle de l'intelligence, l'intelligence humaine, la ressource des hommes.
- Merci, mesdames et messieurs, pour ce rendez-vous réussi. Je vous souhaite bonne chance et bon courage.
- Vive Corbigny ! Vive la République ! Vive la France.\

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