Publié le 13 janvier 1984

Entretien de M. François Mitterrand, Président de la République, avec la brigade de recherche et d'intervention au quai des Orfèvres, Paris, vendredi 13 janvier 1984.

13 janvier 1984 - Seul le prononcé fait foi

Entretien de M. François Mitterrand, Président de la République, avec la brigade de recherche et d'intervention au quai des Orfèvres, Paris, vendredi 13 janvier 1984.

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Je désirais vous voir, vous connaître. J'ai naturellement, comme tous les Français remarqué que, lorsqu'il y avait à faire quelque chose de difficile et de dangereux, c'est à vous - à bien d'autres aussi - qu'on faisait appel. Mais enfin dans les tâches particulièrement dures vous avez obtenu de très réelles réussites, c'est-à-dire que vous avez sauvé des vies humaines, en prenant vos propres risques. Vous faites un beau métier, vous exercez une profession que vous avez choisie, et vous le faites bien. Ma foi, quand il arrive que vous ayez à intervenir comme cela, et pour des causes particulièrement nécessaires, on ne peut que vous remercier. Cela n'empêche pas que demain, après-demain, les jours qui viendront, il faudra recommencer. Vous avez dit "toujours disponible", je ne sais pas au bout de combien de temps on s'use à ce métier, on le fait des mois, des années ?
- REPONSE.- Dans ce service je crois que, effectivement, il y a un seuil à ne pas dépasser mais il y a certains chefs de groupe qui sont là depuis de nombreuses année, monsieur le Président.
- LE PRESIDENT.- Cela représente quand même beaucoup de sacrifices, sans doute aussi beaucoup d'attachement à ce que l'on fait. On ne peut pas faire autrement, j'imagine ? Vous avez, en-particulier, mené des opérations récemment `arrestation de Lionel Cardon et libération d'otages retenus dans un cabinet médical à Paris` qui vraiment ont pu donner le sentiment aux Français, je dirai même la certitude, qu'il y avait dans notre pays des gens courageux et capables.
- Assurément ceux qui prennent ces risques, c'est qu'ils aiment l'effort. On ne fera pas le compte, sans doute, ce soir - ce n'est pas le moment - de tout ce qu'ont pu souffrir ceux de vos camarades et collègues qui, à travers le temps, ont subi des contrecoups, des agressions, parfois même l'amertume des échecs. Puis, il faut repartir quand même. Je voulais simplement que vous sachiez que, pour moi, et pour l'Etat dans son ensemble, vous remplissez une fonction nécessaire. Je tenais à vous dire que vous la remplissez bien et à vous en féliciter, c'est tout. Ce n'est pas tous les jours les compliments mais de temps en temps on peut bien le faire, surtout lorsque vous avez assumé le sauvetage, naturellement d'innocents, tout récemment de très jeunes enfants, de femmes, de gens hors d'-état de se défendre si quelqu'un ne vient pas le faire à leur place. Ce quelqu'un, c'est vous, ou bien même quelqufois, les armées, pour réduire à l'impuissance des gens qui, dégrisés de leur acte de folie ou de leur acte criminel ne peuvent qu'être heureux de savoir qu'on les a empêchés d'aller au bout de leur acte.\
Et puis, voilà, on a besoin de savoir aussi que la sécurité est exigeante. Il faut bien comprendre que c'est un des métiers les plus difficiles dans une société - société urbaine multiforme, qui se développe à toute allure - dont les conditions d'existence ne sont pas toujours très favorables pour tempérer le mouvement de la délinquance. Conditions sociales, conditions de logement, entassement, abandon des enfants, tout çà ce sont des causes naturellement, que l'on retrouve, que vous devez observer, car on ne peut pas faire ce que vous faites sans faire de la sociologie pratique, je veux dire sans essayer de comprendre pourquoi les choses se passent comme çà.
- Il n'y aura jamais de sécurité absolue, c'est impossible. Tout est effort, tout est contradiction dans une société et c'est déjà fort important de savoir que notre police est capable de réduire au maximum ce genre de tristes aventures. J'aimerais qu'à travers votre exemple, tous les policiers de France sachent qu'ils ont notre estime. Les Français souffrent de l'insécurité, vous le constatez bien. Vous, vous traitez du grand banditisme, très bien. Mais vous fréquentez vos collègues, vos amis, partout qui s'occupent d'autres formes de délinquance et ceux-là vous diront qu'ils rencontrent aussi beaucoup de misère, beaucoup de malheur...
- Voilà, je n'ai rien d'autre à vous dire. Je vais continuer ma nuit dans d'autres endroits pour rencontrer certains des vôtres, qui ont des tâches différentes, mais pour moi, c'est une chose utile que de vous avoir vus, comme cela, c'est plus agréable qu'à travers des photos, de temps en temps, ou simplement par ce qu'on lit dans des articles.
- Bonsoir. Au revoir messieurs.\

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