Publié le 14 juin 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation du parc naturel régional de la Corse à Piana, mardi 14 juin 1983.

14 juin 1983 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation du parc naturel régional de la Corse à Piana, mardi 14 juin 1983.

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Monsieur le maire,
- C'est à vous que j'adresserai mes premières paroles puisque c'est vous qui nous recevez ici et qui depuis déjà vingt ans assumez la responsabilité du développement de cette commune et, au-delà de cette commune, de tout ce qui contribue non seulement à la beauté des lieux mais aussi à leur préservation et leur développement. Et cela d'autant plus que, parlementaire de cette région, vous pouvez disposer non seulement dans l'île mais aussi à l'Assemblée nationale du moyen de vous faire entendre. Je proposerai les mêmes termes pour le président Giacobbi, qui se trouve ici à bien des -titres sans doute, mais en-particulier parce que il a été et il continue d'être l'animateur d'une forte idée qui ne s'est pas contentée d'être une idée, et qui est devenue par ses soins et ceux de quelques autres, une réalité : le parc naturel régional. La première fois que nous en avons parlé c'était précisément dans le Morvan auprès de notre ami Paul Flandin, président du parc naturel régional du Morvan. Nous étions encore balbutiants et vous avez bien voulu venir dans ce coin perdu qui est le nôtre pour nous apporter non seulement votre conseil mais aussi votre -concours. Et je me souviens de cette conversation à-partir de laquelle pour la région que j'ai longtemps représentée - que je continue d'ailleurs de représenter, mais d'une autre façon - furent engagés toute une série de procédés et de démarches qui font qu'aujourd'hui, en Europe tout entière, on vous reconnaît comme celui qui a su associer le respect de la nature en même temps que sa communion intime avec l'activité des hommes.\
On peut le dire, après beaucoup d'autres, nous sommes ici dans l'un des plus beaux lieux du monde. D'abord parce que c'est un des beaux lieux de Corse qui n'en manque pas, ensuite parce que la Corse est un des plus beaux endroits de France, aussi parce que la France peut supporter la comparaison dans toute l'Europe £ enfin l'Europe, en dépit de ses défauts, a quelques immenses qualités ouvertes sur plusieurs mers ou océans, forte d'une vieille civilisation où se trouvent comme je le disais à l'instant intimement associées la beauté de la nature et l'intelligence créatrice des hommes.
- Que nous soyons en Corse pour constater cela et s'en émerveiller, c'est bien la marque qu'il existe des atouts sérieux pour l'île tout entière. Et comme je comprends l'attachement passionné des Corses pour la Corse ! Il y a là la patine du temps.
- Vous avez pu observer en vous en attristant le départ de beaucoup d'hommes et d'habitants de ces régions, suivant en cela une évolution qui ne vous est pas personnelle, qui est celle de tous les endroits, de toutes les régions. Le passage de l'ancienne civilisation pastorale à la civilisation urbaine, a produit d'immenses dégâts réparables si l'on sait et si l'on veut rétablir les harmonies indispensables.
- Vous êtes, messieurs, parmi ceux qui ont compris cette nécessité, j'y suis sensible et je vous en remercie.
- Maintenant nous allons continuer notre visite. Elle a bien commencé, elle s'est bien poursuivie jusqu'à l'instant, elle continuera d'être passionnante jusqu'à ce soir. Mais là, nous trouvons comme un moment de repos pour le corps et l'esprit avec cette dilection que l'on éprouve pour la beauté. Cette beauté, vous n'en êtes pas les créateurs, même si le premier fut, comme vous le disiez tout à l'heure, paysagiste à son heure. Mais enfin, vous perpétuez c'est-à-dire qu'il faut à tout moment créer et inventer pour que ne soit pas perdu un héritage admirable.
- Je vous remercie. Je n'ai pas besoin de faire un discours supplémentaire, vos paroles m'ont été droit au coeur. je crois que chacun de ceux qui vous ont entendu ont éprouvé les mêmes sentiments que moi.\

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