Publié le 13 juin 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Sartène, lundi 13 juin 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'hôtel de ville de Sartène, lundi 13 juin 1983.

13 juin 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames,
- messieurs,
- mes chers compatriotes,
- Me voici déjà vers la fin d'après-midi du premier jour que je passerai en Corse. J'ai déjà pu à Ajaccio, à Corte, je pourrais dans cette fin de journée, puis demain, approcher et reconnaître les divers visages de la Corse. Mais j'étais, je l'avoue, désireux de venir à Sartène qui représente par son histoire et le rôle que cette ville et sa région ont joué, comme vous le disiez tout à l'heure, la pointe méridionale de la France, je désirais, ce que je n'avais jamais fait jusqu'alors, regarder, visiter, connaître non seulement la ville mais aussi ses habitants.
- C'est pour moi très important que de pouvoir vous rencontrer. Vous me direz que c'est un passage un peu rapide, que ce n'est parce que vous êtes là et moi ici qu'on se connaîtra beaucoup. Mais tout de même votre accueil, votre façon de recevoir le Président de la République, les paroles prononcées par M. le maire de Sartène, les élus que j'ai rencontrés tout à l'heure sur ces marches et dans l'hôtel de ville, tout cela, croyez-moi, compose un ensemble d'impressions qui font que lorsque je vous quitterai, je ne me sentirai pas tout à fait étranger à cette région sartenaise.
- Toute la journée, nous avons parlé de quelques problèmes fondamentaux et c'était bien normal : à la fois les structures nouvelles que nous avons lancées avec l'institution d'un statut particulier de la Corse et l'évolution puis l'installation d'une assemblée régionale, d'une assemblée de Corse. On en parlait depuis longtemps. Nous l'avons fait. Et nous avons demandé au suffrage universel de choisir lui-même ceux qu'il souhaitait voir gérer ses affaires. Là-dessus, chaque citoyenne, chaque citoyen s'est exprimé librement. Et ce soir, j'étudierai avec les élus de cette assemblée de Corse les problèmes en détail qui vous concernent. Mais, au-delà des structures, qui ne sont pas négligeables si je pense - j'en ai fait l'énumération ce matin sur la place d'Ajaccio - aux offices agricoles, hydrauliques, industriels, aux commissions audio-visuelles, l'enseignement, de logement, d'habitat, à tout ce qui touche aux transports ou au tourisme, je crois que nous avons pu déjà marquer notre présence et je remercie M. le maire de Sartène d'avoir bien voulu le souligner, il y a un instant.\
Mais c'est vrai, il reste beaucoup à faire. Président de la République française, si je dois exprimer du fond du coeur l'attachement que j'ai pour la Corse, il m'est facile, cela me vient naturellement à l'esprit de considérer qu'en même temps je sers la France tout entière, que les choses sont indissociables et qu'on peut et on doit être Corse après tant et tant de générations, un tel attachement à son sol, un tel amour de la petite patrie et ne pas moins s'en sentir comme membre de cette grande Nation sur lesquelles les Corses ont apporté leurs traces. La Corse, la France, la République française, voilà ce que j'ai en charge, et j'entend mener de front tout ce qui va pouvoir davantage rassembler, affirmer l'unité profonde, refuser ce qui sépare et ne jamais accepter que la violence réponde à la place d'un peuple auquel est donné, en toutes circonstances le moyen de disposer de son vote et de choisir pour lui-même et pour les autres.\
J'ai bien entendu la liste, je ne dirais pas impressionnante, des souhaits formulés par M. le maire de Sartène. Il était dans son rôle. J'ai été moi-même maire pendant près de vingt cinq ans et je sais ce qu'il faut dire lorsque, par hasard ou de temps à autre, passe un Premier ministre et, qui plus est, un Président de la République. Assurémeent, je ne vais pas, monsieur le maire, vous dire : vous avez parlé, c'est fait ! Ce serait un peu trop rapide, mais vous mériteriez tous que ce soit tout de même plus rapide que ce qui ce passe d'ordinaire. Que voulez-vous, il nous fallait d'abord, comment dirais-je, apurer les passifs et ils étaient lourds spécialement sur le -plan agricole. Cela a été fait.
- Il nous a fallu, l'Etat, participer à certaines dépenses. C'est ce que nous faisons pour que l'assemblée de Corse s'installe, et pour les premiers développements dans le domaine agricole, des transports et du tourisme. Qu'il reste beaucoup à faire, c'est une évidence et j'observe que vous avez bien voulu noter, monsieur le maire, que nous avons décidé de mettre en oeuvre le lycée ou l'extension du lycée de Sartène je crois que c'est le lycée Clémenceau. Il porte un beau nom, celui de quelqu'un qui a marqué avec le sang des Corses et des autres, ce que c'était que l'amour de la patrie. Et bien de même que j'arrive de l'Université de Corte, de même devant cette ville, qui va disposer de ce lycée d'enseignement technique, je pense il faut en effet que notre peuple dispose des moyens de la formation en même temps que des moyens de la culture sans lesquels rien ne sera possible et dans aucun domaine.\
Bref, nous avons du pain sur la planche. Un peu ppartout où je vais, j'entends ces propositions. Il nous faudra bien choisir. Je puis vous dire en cet après-midi sur cette place, cette belle place et devant vous, que Sartène ne sera pas négligée dans les réponses que la Nation doit apporter à l'attente du peuple corse. Je vais continuer ma route et quand je serai rentré à Paris, demain soir, je n'oublierai pas. Vous direz c'est une parole qu'on dit toujours après de bons moments passés ensemble, on s'attendrit, on dit on se reverra, puis les années passent. Le problème n'est pas de se reoir, le problème est de ne pas s'oublier et de savoir qu'il existe une population laborieuse qui a souffert de la rigueur des temps, qui souffre encore, qui se trouve comme toute la France, comme une large partie de l'Europe, comme une partie du monde pris dans le tourbillon d'une crise implacable. En face de cela nous devons nous armer de notre volonté, de nos capacités et de notre patience, pour ne jamais accepter qu'on nous impose de l'extérieur, ou bien pour ne jamais accepter que de l'intérieur s'exprime le doute plus qu'il en faut.
- Nous sommes porteurs d'une grande espérance. Il faut la proposer et la défendre dans des moments difficiles. Voilà pourquoi il m'est arrivé de vous dire : il faut qu'on fasse tout cela ensemble. Moi, j'ai mon travail, vous m'en avez chargé. Mais vous avez le vôtre et ne croyez pas que votre rôle soit simplement de demander, ou bien de protester ou bien de réclamer. Il est et cela vous le savez parce que vous ne manquez pas de sens civique, que vous aidiez ceux que vous avez élus à remplir leurs tâches, que vous ayez vous aussi la résolution sans défaillance qui nous permettra, tous ensemble, de traverser la tempête qu'aujourd'hui nous rencontrons sur notre route.
- Mesdames et messieurs, mes chers compatriotes, merci ! Merci pour ce beau moment, ces couleurs, cette chaleur, cette présence. Merci à vous, monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux, monsieur le conseiller général, tous les élus de cette région, merci à vous dont je ne sais rien d'autre sinon qu'ils sont des Corses et qu'ils sont des Français, que je suis leur ami et que quoiqu'il advienne, nous resterons bien accordés.
- Vive Sartène !
- Vive la Corse !
- Vive la République !
- Vive la France !\

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