Publié le 1 octobre 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Salon de l'Automobile, Paris, Porte de Versailles, vendredi 1er octobre 1982.

1 octobre 1982 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Salon de l'Automobile, Paris, Porte de Versailles, vendredi 1er octobre 1982.

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QUESTION.- Quels enseignements tirez-vous de cette visite ?
- LE PRESIDENT.- Il n'est pas la peine d'être un grand expert pour apercevoir d'abord la qualité de la production automobile. Son adaptation aux conditions économiques actuelles, la commodité des modèles et l'effort accompli pour permettre une consommation modérée. Les gammes sont variées, s'adressent donc à des publics très différents et, vraiment, j'ai été très content de constater à quel point notre industrie s'est placée d'elle-même en mesure d'affronter - et dès cette année d'ailleurs et pour les années suivantes - le marché international, en situation de compétition que je crois pouvoir être victorieuse.
- Je pense que les difficultés de ces derniers mois qu'il est aisé d'ailleurs de répertorier, ne devraient pas se renouveler sur la fin de cette année et l'année prochaine. C'est donc une industrie largement porteuse pour notre commerce extérieur, dans ce qu'il a de bénéficiaire et qui doit s'élargir. J'espère, en tout cas c'est l'effort auquel je me consacre avec le gouvernement. Quant on sort de ce Salon `Salon de l'Automobile`, on a le sentiment que les concepteurs, les ingénieurs, les travailleurs placent la France dans une situation excellente. Naturellement, il y a des points noirs. Et puis, enfin, c'est la règle du marché. Il faut battre les autres sur leur terrain. C'est bien normal. On observe d'ailleurs des prises de marché sur les territoires étrangers, en-particulier aux Etats-Unis d'Amérique où nos productions sont en progrès dans des conditions économiquement très intelligentes.
- Alors, j'en sors, moi, personnellement, très satisfait. J'y trouve un esprit conquérant. Ce n'est pas le seul secteur dans lequel je le constate. Il n'y a pas très longtemps, je visitais une usine textile `dans le Puy-de-Dôme`, une petite usine textile. Et qu'est-ce que j'apprenais, à ma surprise ? Vous savez où on vendait des tissus, comme çà, légers ? A Hong-Kong ! Tout à l'heure, je passais devant des fabricants de motocyclettes ( 40 ouvriers, petite entreprise faisant des belles choses). Vous savez où ils vendent des motocyclettes ? Au Japon ! Ca prouve que c'est possible. Il n'y a pas de raison de se laisser entamer, dominer, par une concurrence étrangère qui a souvent mieux su commercialiser que nous. Il n'y a pas de supériorité technique ni scientifique, croyez-le car la qualité des travailleurs de ce pays est immense.\
`Suite réponse` Alors, pour tout ce qui touche le secteur public, nous avons pu agir directement. L'effort pour l'investissement industriel fait par le gouvernement est sans comparaison, sans commune mesure en progrès par-rapport à ce qu'il a été fait précèdemment. Naturellement, ce n'est pas un pari et nous préparons l'avenir en agissant ainsi et nous sommes présents. Naturellement, il faut serrer un peu les cordons de la bourse pour y parvenir. Mais nous l'avons fait.
- Pour tout ce qui n'est pas le secteur public, c'est-à-dire ce qui s'appelle le secteur privé, sans oublier naturellement que le secteur public soutient et entraine toute une série de sous-traitants, privés également si bien que les intérêts sont liés. Il ne faut pas séparer les uns et les autres, comme çà.
- Pour le secteur privé, je le répète, le gouvernement va - et pour cela j'ai donné des directives - veiller de plus en plus à ce que les structures industrielles de la France soient compétitives £ nous n'allons pas faire de protectionnisme mais nous allons tout faire pour que la qualité, donc d'abord la recherche, la recherche fondamentale et la recherche appliquée fasse un formidable bond en avant. A-partir de là, je fais confiance aux entrepreneurs. Bien entendu, il faudra compléter cela par des dispositions touchant à leur endettement financier, touchant à cette terrible affaire des taux d'intérêt venue de l'extérieur et dont la contagion a été très dangereuse et continue d'être dangereuse pour nous et puis, il y aura le problème des charges. Je veux dire que par là, il ne s'agit pas, non plus, d'altérer en quoi que ce soit notre système social qui reste une base du contrat de notre société mais on doit penser qu'une vue sage, raisonnable et audacieuse des choses va nous permettre, dans les mois qui viennent, d'améliorer, et de beaucoup, notre situation.\
QUESTION.- Monsieur le Président, vous dites : il faut être concurrentiel, meilleur que les autres quand les chiffres de pénétration de l'industrie étrangère sur le marché français sont en progression.
- LE PRESIDENT.- Sur ces derniers mois, c'est vrai mais pas pour l'année précédente et je suis sûr que, déjà s'amorce le mouvement inverse. Il s'amorce déjà par les chiffres qui nous parviennent. Il y a eu un certain nombre de raisons que des techniciens pourraient vous exposer : peut-être d'abord une certaine erreur de prévisions des constructeurs sur la capacité du marché français, qui pouvait proposer beaucoup d'acheteurs, de consommateurs car nous avons réussi à maintenir un minimum de relance et en tout cas par-rapport à nos concurrents immédiats. Sur les mois qui viennent de s'écouler, l'industrie automobile n'a pas été en -état de fournir l'ensemble des véhicules qui étaient attendus ou demandés par cette clientèle. Et puis, il y a eu un certain nombre de circonstances à caractère général.
- Vous savez, quand on se trouve confronté à cette crise `crise économique` et quand on sait que les origines de cette crise ne viennent pas de chez nous, naturellement, il faut une grande rapidité d'adaptation. Il faut également trouver un bon équilibre social. Nous avons développé les nouveaux droits des travailleurs, dans ces secteurs-là, il faut que les constructeurs le comprennent, et d'ailleurs, je les connais, j'en connais bon nombre d'entre eux. Je suis sûr que nous allons parvenir aux arbitrages nécessaires. Les travailleurs sentent bien que le gouvernement de la République les comprend et veut qu'ils parviennent non seulement à conquérir les nouveaux droits mais à défendre leur droit fondamental au niveau de vie `pouvoir d'achat` qui a été préservé cette année, qui le sera l'année prochaine. Nous voulons que ce climat social s'améliore. Pour cela, il faut être juste à l'égard de chacun. On ne fabrique pas une société avec n'importe quoi. Si l'injustice règne, ça ne marche pas. Il faut davantage de justice mais cela ne s'applique pas à ce que je viens de dire, particulièrement aux constructeurs automobiles même si on a en tête un certain nombre de conflits, c'est une vue générale de notre société que je voudrais davantage faire entrer dans les esprits.\
QUESTION.- Monsieur le Président, tous les éléments du plan automobile dont vous avez parlé à plusieurs reprises ...
- LE PRESIDENT.- Oh, ce ne sont pas tous les éléments du plan automobile, - je ne suis pas ici - vous voyez les circonstances pour faire un exposé de caractère général, je réponds aux questions qui me sont posées en réaction immédiate sur ce que je viens de voir et qui est très remarquable dans ce salon de l'automobile. Remarquez, il y a de très belles expositions étrangères. Après tout, c'est excitant, ces concurrences, çà incite à inventer, à créer, et il faut développer la création, c'est pourquoi nous avons, avec le ministrede l'industrie `Jean-Pierre Chevènement`, considérablement accru les crédits pour la recherche.
- Alors, voilà ma réaction quand je vois que les constructeurs français, dans plusieurs domaines, sont presque en avant avec des modèles qui sont des premières mondiales assez nombreux, et puis des modèles courants qui - trois modèles en-particulier dans nos grandes entreprises - peuvent, qui sont en voie de conquérir des marchés nouveaux et donc, à la fois de laisser dans les brouillards du passé l'accident de ces derniers mois et démontrer que nous commes capables de le conquérir, comme je le demande aux Français.
- QUESTION.- Monsieur le Président, en tant que consommateur, quelle serait la voiture que vous achèteriez à l'issue de ce salon ?
- LE PRESIDENT.- J'aurais une très sérieuse hésitation parce que celles-là, c'est la forme de la voiture, d'autres c'est sa puissance, d'autres c'est la légère consommation, une autre aussi sa couleur. Tout çà me tente, successivement. C'est à l'image de la vie mais je ne vous dirai pas ce que je fais. Pour l'instant, je circule dans mes fonctions de Président de la République avec une voiture que j'aime beaucoup qui est une bonne Renault 30 mais je ne fais pas de publicité.\

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