Publié le 16 avril 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert par le Premier ministre du Japon et Mme Suzuki, Tokyo, vendredi 16 avril 1982.

16 avril 1982 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert par le Premier ministre du Japon et Mme Suzuki, Tokyo, vendredi 16 avril 1982.

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Monsieur le Premier ministre,
- Madame,
- Mesdames et messieurs,
- J'ai été très sensible aux paroles que vous venez de prononcer, monsieur le Premier ministre. Elles témoignent d'une compréhension qui a pris naissance lors de nos quatre premières rencontres en moins d'un an.
- Cette réponse est, ainsi, l'occasion pour moi de vous exprimer ma reconnaissance pour l'éclat que vous-même, votre gouvernement et le peuple japonais ont entendu conférer à la première visite d'un chef d'Etat français effectuée dans votre pays, et pour la réception si agréable qui nous réunit aujourd'hui autour de vous et de Mme SUZUKI.
- Les conversations que les membres du gouvernement français qui m'accompagnent ont eues avec leurs collègues japonais, et les entretiens que nous avons eus hier ensemble, monsieur le Premier ministre, ont souligné notre volonté commune d'entamer une véritable discussion, un véritable dialogue politique entre la France et le Japon.\
La vision que se font la France du Japon, et le Japon de la France, est encore trop souvent caricaturale ou stéréotypée. Nous Français, par exemple, avons tendance à ne considérer votre pays que sous l'aspect, le seul aspect de la réussite de ses entreprises commerciales, tandis que les Japonais ignorent parfois les réalisations et les performances de la France moderne. Il ne suffit donc pas de nous connaître mieux. Il faut d'abord cesser de nous méconnaître.
- Votre recherche, vos réalisations ont, sur bien des -plans, devancé les nôtres et le pari que vous avez fait depuis longtemps sur la formation des hommes et l'information reste exemplaire. Nos étudiants, nos chercheurs, nos enseignants, nos journalistes, nos artistes, nos cadres, nos industriels doivent dans cette ligne être à leur tour encouragés par des programmes, des institutions et des aides financières appropriées afin de trouver en France le chemin pris par votre pays. Certes, je ne néglige pas les problèmes commerciaux, et depuis mon arrivée ici, je n'ai pas passé sous silence notre souhait de voir notre balance mieux équilibrée, et nos relations assainies.
- Mais ainsi que je l'ai déjà dit, ne nous arrêtons pas à ces difficultés du moment. Nous avons des capacités, que nous devons chercher à utiliser ensemble, par une coopération dont nos industriels décideront, cas par cas, renouant ainsi avec nos premières et fécondes relations d'il y a plus d'un siècle. Et l'Etat, la puissance publique assureront le relai ou prendront leurs initiatives.\
Je voudrais maintenant porter mon regard au-delà des seules relations entre la France et le Japon, et particulièrement aborder celui des relations entre l'Europe et le Japon.
- Moins de vingt ans nous séparent du troisième millénaire. Les tensions montent. La croissance hésite ou recule. Les différences entre les nations se creusent. La liberté s'éloigne vaincue par trop de tyrannies. L'ordre économique est profondément déréglé. Une seule politique me paraît possible en regard : résoudre sans se lasser et recoudre aussi - puisque telle est l'image choisie - recoudre ce qui est déchiré.
- L'élargissement continuel du fossé entre les riches et les pauvres est non seulement une injustice. C'est aussi un drame international qui peut empêcher le rétablissement de tout ordre mondial et conduira inévitablement à la faillite de tous.
- C'est un des domaines sur lequel le Japon et la France se retrouvent aisément et, dans les rencontres internationales, j'ai déjà pu constater à quel point nous étions sur la même longueur d'onde en face de tant d'égoisme nationaux et de refus de voir le monde de demain tel qu'il sera.\
L'amitié nouvelle entre la France et le Japon doit être scellée par quelques grands gestes. C'est pourquoi, je me félicite de l'accord qui s'est établi spontanément entre nous pour la création d'une Maison de France à Tokyo et d'une Maison du Japon à Paris qui s'inscrira dans-le-cadre de l'Exposition universelle de 1989.
- Si vous en avez le temps, lors de votre prochaine venue, dans moins de deux mois, eh bien nous prendrons le train pour Lyon `TGV`, ou si vous voulez que nous allions plus vite, nous prendrons un hélicoptère, et si vous désirez que nous allions plus vite, nous prendrons l'Airbus, et si vous êtes vraiment très pressés, nous prendrons le Concorde `avion`.
- Je dis cela, sachant à quel point nous, Français, nous sommes tributaires dans notre vie moderne de combien de hautes inventions technologiques qui nous viennent du Japon et que nous employons tous les jours. Et je ne dirai pas qu'il faut choisir ceci contre cela, nous avons besoin des uns et des autres.
- Voici, monsieur le Premier ministre, les quelques unes des réflexions que m'inspirent les vastes perspectives qui s'offrent au développement de nos rapports. Je me réjouis qu'elles soient largement partagées par votre gouvernement, ainsi que me l'ont démontrés nos récents entretiens et en réponse à votre question, je puis vous dire que oui, le prochain sommet de Versailles nous permettra bientôt d'aller loin.
- Mesdames et messieurs, je vous invite à lever vos verres à la santé de Leurs Majestés impériales, à votre santé, monsieur le Premier ministre `Zenko SUZUKI`, ainsi qu'à celle de madame SUZUKI, à la santé des membres du gouvernement japonais ici présents, à la prospérité du peuple japonais, à l'amitié franco - japonaise.\

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