Publié le 20 octobre 1981

Interview de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'agence de presse " AFP ", sur la conférence Nord-Sud de Cancun et l'aide au développement, mardi 20 octobre 1981

Interview de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'agence de presse " AFP ", sur la conférence Nord-Sud de Cancun et l'aide au développement, mardi 20 octobre 1981

20 octobre 1981 - Seul le prononcé fait foi

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QUESTION.- Que -compte proposer la France à la conférence de Cancun ? Sur quelles bases et dans quel esprit envisage-t-elle le dialogue Nord-Sud entre nations riches et pays pauvres ?
- LE PRESIDENT.- La France proposera que soient examinées en commun les réponses à donner à la crise qui touche et les pays du Nord et les pays du Sud. Elle suggèrera d'apporter des réponses concrètes aux problèmes urgents de la dépendance énergétique des pays en voie de développement, de l'insécurité alimentaire et du soutien des cours des matières premières. La France proposera une politique fondée sur l'interdépendance et la coresponsabilité dans le respect, bien sur, des souveraînetés nationales.
- QUESTION.- Que peut-on espérer de concret d'une réunion où vingt-deux délégations s'exprimeront sans -ordre du jour ? Ne risque-t-on pas, comme semblait le redouter le ministre des relations extérieures "Claude CHEYSSON' au moment de la réunion préparatoire, d'aboutir à "une succession de vingt-deux monologues ?".
- LE PRESIDENT.- Je souhaite que le sommet de Cancun permette une prise de conscience commune et débouche sur des mesures concrètes de coopération. L'important est de donner une impulsion aux négociations globales qui doivent associer l'ensemble des pays intéressés du Nord et du Sud. Un des problèmes les plus aigus, je l'ai dit, est celui de la dépendance énergétique de nombreux pays en voie de développement, dépendance qui absorbe une fraction croissante de leurs recettes d'exportation et freine à terme leur croissance économique. Ces pays on besoin de mettre en valeur leurs propres ressources énergétiques d'hydro-électricité, de charbon, de bois, d'énergies nouvelles. L'initiative privée est en-la-matière insuffissante et une nouvelle politique d'énergie doit être mise en oeuvre pour drainer vers ces programmes l'épargne internationale. Elle pourrait prendre la forme d'une filiale énergie de la Banque mondiale ou de tout autre système dont nous sommes prêts à discuter.\
QUESTION.- Notre pays a-t-il quelque espoir de faire évoluer les positions, sinon de rallier à ses analyses les dirigeants américains qui semblent n'envisager les -rapports entre pays riches et pauvres qu'en termes d'affrontement Est - Ouest ?
- LE PRESIDENT.- Les dirigeants américains sont des hommes réalistes et responsables. Il se rendront -compte, j'espère que ce ne sera pas trop tard, que la crise actuelle ne peut être résolue par la main invisible du marché et qu'un effort de solidarité internationale à long terme est nécessaire en sus de l'action des sociétés et des banques.
- QUESTION.- Sur quels pays du tiers monde ou en voie de développement la France -compte-t-elle s'appuyer pour faire admettre à la communauté internationale sa vocation tiers mondiste et sa volonté d'établir de nouvelles relations avec ces pays ?
- LE PRESIDENT.- La France est prête à coopérer avec ceux que ne satisfait par la devise "chacun pour soi, le marché pour tous". La France est profondément convaincue de l'interdépendance Nord-Sud. Que deviendront nos exportations de matériels si la croissance du tiers monde est asphyxiée ? Notre prospérité et celle du tiers monde sont liées. Nous sommes prêts à contribuer à la mise au point de technologies appropriées, à l'effort de formation, à l'édification d'une agriculture et d'une industrie tournées vers la satisfaction des besoins essentiels des populations. Bref, nous aiderons ceux qui le souhaitent à bâtir un développement autocentré.
- QUESTION.- L'absence à Cancun de l'URSS d'une part et de Cuba d'autre part qui joue un rôle important dans le mouvement des non-alignés ne réduit-elle pas la portée de ce sommet ?
- LE PRESIDENT.- Certainement. Mais tel est l'-état du monde. Il est bon cependant que le sommet de Cancun soit l'occasion d'écouter et d'entendre ce que veulent les pays du Sud puis de suggérer des actions concrètes à lancer rapidement. Tous les -concours alors seront bienvenus.\

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