Publié le 7 avril 2017

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur Iveco, une entreprise de véhicules industriels et de bus, à Annonay le 7 avril 2017.

7 avril 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur Iveco, une entreprise de véhicules industriels et de bus, à Annonay le 7 avril 2017.

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Monsieur le député-maire, cher Olivier,
Monsieur le président du Conseil départemental,
Mesdames, messieurs les élus,
Monsieur le président,
Mesdames, messieurs les clients,
Mesdames, messieurs les salariés sans lesquels rien ne serait possible,
J'avais plusieurs raisons de venir ici aujourd'hui, à Annonay, pour visiter l'usine IVECO. La première raison, c'est que je vois partout des bus IVECO et que j'avais envie de savoir comment ils étaient fabriqués.
La seconde raison, c'est parce qu'au cours de beaucoup de mes déplacements et notamment de deux voyages que jai faits au Kazakhstan et en Azerbaïdjan, j'ai eu l'occasion de faire la promotion des bus IVECO. J'avais devant moi des fiches extrêmement bien faites, qui me montraient que ces bus étaient parfaits, qui pouvaient répondre entièrement aux besoins des utilisateurs et qu'en plus, le président d'IVECO était là pour m'accompagner et pour également insister sur l'enjeu que ce contrat ou ces contrats pouvaient représenter.
Le rôle du Président de la République, ce n'est pas simplement de promouvoir une entreprise, mais c'est aussi de donner du sens à une technologie, à un mode de fabrication et à ce qui peut être l'image de la France.
IVECO, vous êtes l'image de la France £ ce n'est pas simplement parce que vous produisez en France, mais parce que vous développez des technologies, des savoir-faire, une qualité, une personnalisation qui font honneur à la France.
C'était aussi la raison de ma présence aujourd'hui - il y en a d'autres - parce que rencontrant le président d'IVECO lors d'une réunion de chefs d'entreprise, il m'a dit « il faut venir ici, à Annonay. » Et comme Olivier DUSSOPT était également convaincu qu'il fallait venir à Annonay, je n'avais plus beaucoup le choix. Je suis aujourd'hui devant vous dans un contexte qui est très particulier et sur lequel je reviendrai.
Mais je voulais aussi venir à IVECO pour saluer ce qu'a été votre performance, qui a consisté non seulement à faire une pression sur les coûts - pas sur les salaires - à travers des économies d'énergie, à travers des investissements, à travers une amélioration de l'organisation du travail, ce qui vous a rendu très compétitifs.
Nous y avons ajouté avec le Pacte de responsabilité, le Crédit impôt compétitivité emploi - je vous remercie de les avoir rappelés - des éléments qui amélioraient encore vos marges, qui vous permettaient d'investir et vous donnaient dans la compétition des atouts supplémentaires.
Mais vous avez aussi fait mieux que de baisser les coûts, vous avez introduit des technologies qui vous rendaient finalement imbattables sur les marchés. Ces technologies vous donnent la possibilité d'individualiser les bus pour tous vos clients £ et de les rendre si je puis dire appropriables par le client.
Alors cela peut être à travers des options supplémentaires, des couleurs particulières, des fauteuils qui sont adaptés au mode de vie de certaines populations. J'ai cru comprendre qu'à Astana ou en Azerbaïdjan il fallait quand même prévoir un certain nombre de bus qui pouvaient faire chauffer les fauteuils £ ou donner de la climatisation ailleurs. Bref, être capable de dire aux clients que son produit est unique.
D'ailleurs cela vaut au-delà : il faut faire toujours penser à chaque individu, à chaque citoyen, à chaque personne, à chaque territoire qu'il est unique, qu'il n'y en a pas d'autres qui lui ressemblent £ et en même temps que nous appartenons au même monde.
Nous devons être dans cette mondialisation capables de nous distinguer, de nous singulariser, de montrer qu'il y a une marque : une marque France, une marque IVECO qui n'est pas comparable à d'autres et qui peut justement faire la différence.
Vous avez aussi introduit la transition énergétique, écologique dans le cur de votre entreprise. D'abord pour fabriquer le bus et ensuite, pour que le bus lui-même puisse intégrer toutes ces contraintes pour beaucoup des atouts en définitive qui permettent à ces bus pour déjà 40 % de ceux qui sont fabriqués pour la France d'être hybrides ou électriques, c'est-à-dire d'avoir une énergie propre.
Demain, il y aura sûrement 100 % des bus qui seront fabriqués en énergie propre en France. Vous avez déjà anticipé, vous avez été capables d'accélérer la cadence et de faire en sorte que ce que vous proposez soit conforme aux engagements qui ont été pris par la France au titre du climat.
Vous avez permis là encore à votre bus ou à vos véhicules d'être performants économiquement, performants écologiquement, performants financièrement et, donc, de gagner encore des parts de marché.
Vous avez enfin voulu que l'innovation soit au cur de votre processus de production. Tout à l'heure, Olivier Dussopt disait « cette usine a 100 ans », mais elle ne ressemble pas à ce qu'était l'usine d'il y a 100 ans - et heureusement. Il faut vivre sans nostalgie, il faut toujours se rappeler de l'histoire, d'où l'on vient, ce qu'était là avant nous, ce qu'ont fait les générations précédentes, pourquoi on en est là. Mais en même temps, il ne faut jamais essayer d'imiter le passé, il faut inventer l'avenir. Si on produisait les bus comme il y a 20 ans, vous auriez été dépassés, vous auriez été supprimés, il n'y aurait plus d'usine ici, à Annonay. Vous avez eu la conviction, la volonté, la capacité, l'engagement à travers des investissements considérables.
Avec encore 4 millions d'euros cette année, c'est parce que vous avez eu cette conviction qu'il fallait se projeter vers l'avenir, faire l'usine du futur que vous êtes aujourd'hui dans la situation que je constate, c'est-à-dire une entreprise qui ne cesse d'évoluer, des bâtiments qui ne cessent de changer alors même que vous êtes dans un site contraint, parce que je ne sais pas où vous allez mettre tous les travailleurs que vous allez recruter quand vous aurez fait encore de nouveaux investissements - parce qu'il va falloir encore recruter monsieur le président.
Donc il y a cet objectif qui est de faire évoluer l'usine sans cesse. Pour qualifier cette ambition, on a appelé cela l'usine du futur. L'usine du futur, ce n'est pas une usine sans salariés - cela n'existe pas - c'est une usine qui accompagne le salarié dans toutes ses opérations et qui allège aussi ses contraintes de travail.
Tout à l'heure, on m'a présenté tout ce qui était fait pour que la station debout soit la plus limitée possible, pour que l'on puisse serrer les vis sans pour autant faire un effort qui puisse à un moment être une contrainte - parce que la pénibilité existe au travail - et tout ce qui peut aussi améliorer encore le processus productif avec l'informatique.
Ici, vous êtes une usine modèle. Modèle au sens où on a mis toutes les innovations, toutes les performances numériques au service du travail, au service des travailleurs, pas simplement au service de la rentabilité, au service de la qualité du travail. Et quand le travailleur lui-même est accompagné, est aidé et valorisé, le produit est encore rehaussé.
Enfin, j'avais une dernière raison de venir ici, c'est qu'il y a eu des créations d'emplois. A partir de 2012, vous avez créé près de 500 emplois ici. Je représente ce que cela peut être pour un territoire, Annonay, des tanneries, des entreprises qui avaient été amenées à faire aussi beaucoup d'adaptations, ce que peut représenter la création de 500 emplois, combien de familles sont concernées, combien d'espoirs ont pu être ainsi diffusés.
Je sais aussi que certains d'entre vous sont venus de loin pour vivre ici, à Annonay, à travers cette usine. Chaque emploi, c'est une famille qui a pu trouver sa stabilité et sa confiance.
Ces 500 emplois et il y en aura d'autres puisque vous me parlez de 40 nouveaux emplois, et qu'il y a des intérimaires qui devront être à un moment ou à un autre titularisés en contrat à durée indéterminée.
C'est un signe de confiance que vous envoyez, parce que ce n'est pas partout la même chose et j'en ai bien conscience. Mais là où il y a des créations d'emplois, il faut en parler. Dans l'actualité, il y a suffisamment de difficultés qui font parfois la Une, pour que l'on puisse aussi faire la Une sur ce qui marche, ce qui fonctionne, ce qui donne de l'espoir à beaucoup.
500 emplois ici, à Annonay, et une perspective pour les années qui viennent, parce que si vous restez sur le même rythme, vous avez encore davantage ici de performances et, donc, de salariés qui trouveront le poste de travail qui leur correspond.
Vous avez aussi fait un effort considérable en matière de formation, de qualification parce qu'il ne s'agit pas simplement d'utiliser de la main d'uvre comme on dit. Il s'agit d'avoir du savoir-faire, de faire en sorte que même une personne qui rentre ici qui n'a pas de qualification puisse grâce à votre système de formation avoir à la fin la fierté de faire une tâche qu'il ne connaissait pas précédemment et qu'il pourra lui-même transmettre à d'autres, et c'est ce qui s'est produit ici.
Vous avez fait également appel à des opérateurs, à des techniciens, à des ingénieurs qui avaient déjà un haut niveau de qualification. Mais c'est l'ensemble qui s'est rehaussé à travers ces formations.
Si je peux donner une dernière remarque, vous êtes ici à Annonay, c'est le cur de la France, c'est la France telle qu'elle a toujours été et en même temps telle que nous voulons qu'elle soit, qui se transforme, qui se modernise, qui évolue, c'est la France qui peut parfois douter d'elle-même en se posant la question : est-ce qu'on n'est pas abandonné ici, au cur de la France, est-ce qu'il n'y en aurait pas que pour les métropoles ?
Heureusement qu'il y a des métropoles qui utilisent des bus qui sont achetés pour IVECO et qui vous font travailler, parce qu'on est tous liés les uns aux autres. S'il n'y avait qu'un espace rural, il n'y aurait pas nécessairement beaucoup de bus, il faut qu'il y ait des métropoles, il faut qu'il y ait des grandes villes. Il vaut mieux que les grandes villes et les métropoles achètent chez IVECO et achètent en France - c'est une affaire entendue. Mais vous vous posez tous cette question : qu'est-ce qu'on va devenir, où est-on, où va-t-on, est-ce qu'on n'est pas abandonné, est-ce que le monde n'est pas devenu trop dur, trop difficile ?
Mais s'il n'y avait pas le monde, tout le monde - et beaucoup ne sont peut-être jamais allés à Bakou, à Astana et peut-être dans d'autres villes, même si je sais que vous accompagnez le processus - mais s'il n'y avait pas le monde vous ne pourriez pas vous développer comme vous l'avez fait ces dernières années et comme vous allez le faire dans les prochaines années.
On a besoin du monde, il y a un monde qui émerge, toutes ces villes, ces grandes villes en Afrique, en Amérique latine, en Asie que je vois à travers un certain nombre de déplacements que je fais. Toutes ces villes qui d'ailleurs se ressemblent toutes sans qu'on sache exactement où l'on est.
Ce qu'on sait c'est que l'on n'est pas à Annonay le plus souvent, mais dans toutes ces villes, dans toutes ces urbanisations, avec toutes ces populations qui augmentent et qui aspirent à des modes de transport notamment dans un monde qui doit être quand même plus respirable. Il y a un grand avenir pour le transport collectif, il y a un grand avenir pour les véhicules que vous fabriquez ici.
Vous avez besoin du monde et le monde a besoin de vous. Ceux qui vous parlent de vous refermer sur vous-mêmes, au nom d'acheter en France, de ne vendre qu'à des Français, ce ne serait pas possible. On a besoin du monde et le monde a besoin de la France. On doit autant qu'il est possible acheter en France, c'est ce que vous faites à travers votre marque, votre « garantie France », mais on a absolument besoin que la France soit dans l'Europe, qu'elle porte sa voix, que la France soit dans le monde et qu'elle fasse autant qu'il est possible la valorisation de ses technologies.
Le monde a à la fois des atouts formidables quand on voit l'émergence d'un certain nombre de pays, la sortie du sous-développement de beaucoup d'autres. Quand on voit qu'il y a des progrès heureusement, qu'il y a des femmes et des hommes qui accèdent à des niveaux de consommation à peu près corrects, puis il y a aussi un monde où il y a tellement de pauvreté, tellement de misère, tellement de populations qui se déplacent et on en voit les conséquences quelquefois à travers les réfugiés.
Ce monde est ambivalent, il a à la fois des valeurs formidables à porter et en même il a des monstruosités à gérer. En ce moment il y a une monstruosité qui consiste à envoyer des armes chimiques sur des populations civiles sur des enfants, alors il faut réagir, on aurait dû réagir beaucoup plus tôt.
En 2013 j'avais demandé que l'on puisse intervenir avec plusieurs pays contre le régime de Bachar el-ASSAD qui avait fait ces atrocités-là. On a attendu hélas 4 ans, cela a donné ce que vous avez vu de la situation en Syrie et en Irak.
Aujourd'hui il y a eu de nouveau l'utilisation d'armes chimiques, alors qu'est-ce qu'on doit faire ? Les Américains ont décidé de frappes, ont frappé, nous aurons à accompagner ainsi un certain nombre d'opérations et chercher ensuite une solution politique. Mais on ne doit rien laisser passer, rien accepter quand il y a des atrocités. Parce qu'à un moment ou un autre on est toujours rattrapés par les atrocités des autres.
On se dit « ce n'est pas pour nous, ce n'est pas chez nous » comme disent certains, « ce n'est pas chez nous ». Mais le monde c'est chez nous et quand il se passe quelque chose dans le monde, à un moment ou à un autre on est rattrapé par ce quelque chose qui vient nous voir. Ce quelque chose c'est souvent quelqu'un qui vient frapper à la porte, c'est ce qui s'est passé avec les réfugiés.
Alors voilà ce que j'étais venu vous dire. Soyez fiers de ce que vous avez fait ici, dans cette usine d'Annonay, parce que c'est une référence, c'est un exemple. Si je suis là, c'est à la fois pour vous exprimer ma reconnaissance, ma gratitude pour avoir été capable de fabriquer ici un bus (j'allais dire) unique au monde, puisque chaque pays du monde veut l'avoir pour lui-même. Mais ce que vous avez été capables de faire, c'est de donner aussi un espoir à tout un territoire et aussi à la France.
Merci à IVECO et vive la République et vive la France.

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