3 avril 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations franco-libanaises, à Paris le 3 avril 2017.

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Monsieur le Premier ministre,
Mesdames, Messieurs,
Nous sommes réunis ici pour vous remettre les insignes de commandeur de la Légion d'honneur pour l'action qui a été la vôtre, qui est encore la vôtre pour le Liban et pour saluer l'amitié entre la France et le Liban et vous y avez, là encore, largement contribué.
Nous nous réunissons en présence de votre famille, de vos amis - ils ne sont pas tous là tellement ils sont nombreux et notamment en France - mais je tiens à saluer votre épouse, Lara, vos trois enfants Hossam, Louloua, Abdel-Aziz - et tante, Bahia ainsi que Nazek HARIRI qui sont là.
Nous sommes aussi être conscients qu'il y a comme une continuité. Il y a dix ans déjà, Jacques CHIRAC vous remettait ici même les insignes de chevalier de la Légion d'honneur, vous veniez alors de reprendre le flambeau de votre père Rafiq, victime le 14 février 2005 d'un assassinat odieux. Rafiq HARIRI, homme de modération qui avait su sortir son pays de la guerre civile par le dialogue, par le compromis, qui avait su réconcilier les Libanais. Rafiq HARIRI, un chef d'entreprise qui était issu d'un milieu modeste et qui avait fait beaucoup pour la reconstruction de son pays. Le martyr de Rafiq HARIRI a permis au Liban de se libérer d'une occupation syrienne qui avait duré près de trente ans et sa disparition a été un choc immense pour vous, pour votre famille et pour le Liban. Vous avez su prendre la relève et devenir à la tête du Courant du futur, le porte-parole du combat pour l'indépendance et la souveraineté du Liban. Les Libanais ont su exprimer leur confiance à l'égard de votre mouvement lors des élections législatives de 2005 et de 2009.
En 2011, vous avez dû quitter votre pays en raison de menaces dont vous étiez l'objet. La crise, la guerre devrais-je dire, venait d'éclater en Syrie et vos prises de position contre le régime vous mettaient en danger. Pendant toute cette période, vous avez participé activement à la vie politique de votre pays et vous avez encouragé le dialogue entre toutes les parties pour sortir le Liban de l'impasse. Que de fois êtes-vous venu ici à Paris, à l'Elysée pour m'entretenir de la situation au Liban, pour me dire que vous étiez disponible pour chercher des solutions, que vous vouliez rassembler les composantes libanaises, que vous n'excluiez aucune hypothèse et que vous étiez prêt à prendre le pari de l'unité du Liban comme vous l'avez toujours fait. C'est ce que vous avez fait en soutenant la candidature du général Michel AOUN qui a permis de mettre fin à une vacance présidentielle qui a duré plus de deux ans et qui empêchait le Liban de pouvoir faire face pleinement aux défis qui sont encore les siens.
Vous avez une fois encore illustré votre sens de l'intérêt général et des responsabilités et vous êtes désormais à la tête d'un gouvernement que vous avez appelé, un gouvernement du regain de confiance, parce que c'était la confiance qu'il fallait réinstaller au Liban. Il est essentiel que ce mouvement de confiance puisse se traduire à l'occasion de l'organisation des prochaines élections législatives. Je n'ignore rien et nous en avons parlé, des épreuves que connaît votre pays avec la guerre en Syrie à ses portes et puis des centaines de milliers de réfugiés, que dis-je, un million et demi de réfugiés qui font pour le Liban à la fois une pression en termes d'infrastructures, de services qu'il faut apporter et en même temps une pression morale car il faut trouver une solution pour ces personnes et vous avez su faire face. Mais le Liban doit aussi conjurer la menace terroriste à la frontière avec la Syrie où Daech est là et essaie de provoquer des incursions. Puis il y a aussi des attentats que vous avez su conjurer.
Donc tout cela appelle une solidarité de la communauté internationale à l'égard du Liban, de la France en particulier. Solidarité pour qu'il y ait un processus qui apaise les douleurs du peuple libanais, que nous puissions apporter une aide humanitaire, -c'est ce que fait la France,- que nous puissions aussi convaincre les investisseurs de venir au Liban et votre présence à la tête du gouvernement y contribue. Je veux aussi souligner que vous n'avez renoncé à rien et que vous êtes toujours à la recherche de la vérité sur la mort de votre père, de la même manière que vous défendez de manière constante le respect par le Liban de ses obligations internationales comme votre soutien à la mise en uvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Cher Saad HARIRI, dans cette période tourmentée, car elle est tourmentée, vous pouvez compter sur le soutien de la France et le Liban doit savoir qu'il a avec la France une amie qui sera toujours là, aussi bien pour les joies - celles que nous pouvons partager aujourd'hui - que pour les épreuves - celles que vous connaissez et que vous avez connues. La France d'ailleurs reste engagée au sein de la FINUL - je rappelle qu'il y a 845 soldats français qui sont présents dans cette opération de maintien de la paix - et il y a un mois à peine, le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, était au Liban pour mettre en uvre ce que j'avais annoncé, c'est-à-dire le plan d'aide aux forces armées libanaises.
Enfin, nous travaillons ensemble, toujours, pour porter les idées de la francophonie car le Liban est un pays qui fait plus que parler français, qui porte le français dans son cur et qui a pour la culture française une grande amitié et reconnaissance comme nous l'avons pour la culture libanaise. Vous avez de grands auteurs libanais qui sont parmi les plus célèbres en France, membres de l'Académie française et nous savons que chaque fois qu'il y a un festival de la francophonie, que ce soit pour le livre, pour le cinéma, c'est toujours à Beyrouth qu'il se tient. Ce qui fait que, même dans les moments où il y avait des tensions très fortes, où il y avait des craintes pour la sécurité, nous avons toujours voulu que ces événements puissent se tenir comme pour montrer notre attachement et à la francophonie et au Liban.
Voilà pourquoi cette cérémonie bien sûr est justifiée, par votre action, par votre amitié pour la France, par le soutien que vous avez apporté à notre politique étrangère dans les moments les plus délicats, mais elle est aussi une cérémonie pour saluer le lien indéfectible entre la France et le Liban. Voilà pourquoi, cher Saad HARIRI, ce soir, c'est un grand jour pour vous, pour votre famille, pour la République française et pour l'amitié entre la France et le Liban.

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