Publié le 13 janvier 2017

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française au Mali, à Gao le 13 janvier 2017.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française au Mali, à Gao le 13 janvier 2017.

13 janvier 2017 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Premier ministre de la République du Mali,
Monsieur le ministre de la Défense,
Messieurs les ministres,
Je salue les autorités de la région de Gao, le maire.
Je suis venu avec le chef d'état-major des Armées, et je voulais ici m'adresser à vous, Général commandant l'opération Barkhane, à vous officiers, sous-officiers, militaires du rang, qui effectuez cette mission parfois depuis plusieurs mois, certains font un deuxième séjour ici au Mali. Je veux souligner l'importance de l'action que vous menez ici.
Je suis au Mali pour participer au Sommet qui réunit la France et l'ensemble des pays d'Afrique. Ce Sommet va se tenir à Bamako et c'est un événement considérable qu'il puisse justement avoir lieu aujourd'hui au Mali.
Il y a quatre ans, presque jour pour jour, le Nord du Mali, ici la région de Gao, était occupé par des groupes terroristes. Il y a quatre ans, ces groupes s'étaient rassemblés pour aller à la conquête de l'ensemble du Mali, menaçant ainsi toute l'Afrique de l'Ouest. Quatre ans après, le Mali a retrouvé son intégrité territoriale, a pu effectuer sa transition politique, élire son président, choisir ses députés parce que nous avons ensemble, le Mali et la France, mis un coup d'arrêt à ces groupes terroristes. C'était l'opération « Serval ». Je l'ai lancée le 11 janvier 2013. Le ministre de la Défense, le chef d'état-major des armées de l'époque et l'ensemble des militaires concernés, ont répondu immédiatement après mon ordre pour que vous puissiez, nous puissions arrêter l'avancée des groupes terroristes, puis les faire reculer, leur infliger des pertes. Ensuite avec les forces maliennes, tchadiennes, nigériennes, et de nombreux pays africains, nous avons pu les poursuivre jusqu'à leurs repaires et les réduire.
Je suis ici à Gao. J'ai d'abord eu longtemps de Gao l'image qui m'était renvoyée par vos chefs et le combat qui s'y livrait. Gao, pour moi, était un point très important sur une carte, mais c'était aussi des hommes et des femmes qui subissaient les pires outrages de la part des groupes terroristes. C'était une ville qu'il fallait libérer. Ici à Gao, je vous retrouve. Nous avons encore à faire mais une administration est en place et la vie est revenue. Je veux donc saluer le succès de cette intervention et le courage de nos soldats.
Les forces armées maliennes se reconstruisent et vous les accompagnez. J'ai vu tout à l'heure un certain nombre d'officiers qui sont intégrés, insérés pour que nous puissions leur transmettre nos compétences, nos savoirs. Je sais qu'ils seront parfaitement utilisés. Il y a aussi la MINUSMA, qui est là que je veux saluer, qui accompagne et soutient les avancées des forces maliennes. Elle consent de lourds sacrifices : la MINUSMA comme d'ailleurs nos propres armées a subi des pertes et donc je veux là-encore adresser aux forces qui constituent la MINUSMA tout mon respect.
La MINUSMA, c'est 15 000 hommes. Elle appuie le Mali dans ses efforts pour rétablir son autorité sur l'ensemble du territoire et pour assurer la sécurité des populations civiles, mais la France qui est aussi partie prenante de la MINUSMA, puisqu'elle est dans son état-major, a aussi une responsabilité particulière.
La France doit ici au Mali agir chaque fois que c'est possible : c'est vous qui le faites à travers vos patrouilles. Nous devons aussi faire en sorte que l'accord d'Alger qui avait été passé entre les autorités maliennes et les groupes puisse se mettre en place. Nous avons à préparer les patrouilles communes qui devront le plus vite possible se déployer : cela sera la meilleure démonstration que la réconciliation est possible !
Nous avons aussi à former avec la mission européenne les forces armées maliennes. Il y a eu plus de 8 000 soldats qui ont été bénéficiaires de cette formation avec l'EUTM qui va d'ailleurs être prolongée encore pendant deux ans. La France, donc, à travers vous, contribue à la sécurité de l'ensemble de la région. C'est le sens de l'opération « Barkhane » qui a succédé à « Serval» : c'était le 1er août 2014, j'en avais également pris la décision. Aujourd'hui « Barkhane » sous l'autorité du général WOILLEMONT mobilise 4 000 militaires dont 1 600 ici présents à Gao. Depuis le lancement de « Barkhane », 1 000 opérations et patrouilles ont été conduites dans la bande sahélo-saharienne, c'est considérable.
Vous menez, et c'est notre volonté, de plus en plus d'actions conjointes avec les pays de la zone du Sahel. Plus particulièrement ici au Mali, « Barkhane » poursuit trois objectifs. Le premier est de combattre directement les groupes terroristes, il y en a encore qui subsiste. Le second objectif est d'aider l'armée malienne à retrouver le contrôle total de son territoire. Le troisième objectif est de permettre à la force de l'ONU, la MINUSMA, d'accomplir au mieux son action au cours de cette période de transition.
Je mesure, et c'est le sens de ma présence ici, ce qu'est la complexité de votre tâche. Avec « Barkhane », c'est un espace considérable que vous avez à sécuriser, vous avez aussi à accompagner, à impulser, à aider, à former des forces africaines parce que les Africains veulent assurer demain leur propre sécurité. Nous sommes là pour leur permettre d'arriver à ce niveau indispensable d'autorité et d'efficacité parce que c'est leur intérêt, mais c'est aussi le nôtre !
Aujourd'hui, je viens ici à Gao avec le ministre et le chef d'état-major des armées pour vous dire toute notre confiance, toute notre fierté pour ce que vous faites ici au Sahel. Vous le faites pour permettre à des populations de vivre autant qu'il est possible dans la dignité et dans la liberté. Vous le faites pour éviter que des groupes de trafiquants, de terroristes puissent les soumettre à leur loi qui n'en est pas une, le pire étant pour les femmes. Oui, vous permettez à cette population ici puisse d'être libre et de ne pas être soumise !
Mais vous faites davantage encore parce qu'ici en contribuant à la protection du Mali comme, dans le cadre de l'opération « Barkhane », de l'ensemble de la zone, vous assurez notre propre sécurité. J'étais il y a encore quelques jours avec le ministre en Irak £ nous le savons tous : les terroristes qui attaquent notre propre territoire, qui agissent sur notre propre sol sont liés avec ceux qui sont au Levant, en Irak, en Syrie mais aussi ici dans la bande sahélo-saharienne. C'est le même combat, c'est le même enjeu et en venant ici pour agir au nom de la France dans l'opération « Barkhane », vous assurez la sécurité des Français.
Je veux rendre hommage aux 18 soldats français qui ont donné leur vie pour notre pays sur cette terre malienne. Je me souviens du premier, Damien BOITEUX, parce que nous avions engagé l'opération et que, quelques heures après, il tombait : c'est un héros. C'est un héros parce qu'il est le symbole de l'amitié entre la France et le Mali, il est le symbole du dévouement !
Et il y en a eu d'autres et encore cette année, Mickaël POO-SING, Damien NOBLET, Michael CHAUWIN, Fabien JACQ sont tombés et je voulais ici leur rendre hommage sur cette terre malienne.
Je pense aussi aux blessés qui poursuivent leur convalescence, blessés français, blessés maliens puisqu'ils sont soignés et parfois rapatriés en métropole, en France. Pour les avoir visités, je sais ce qu'ils peuvent ressentir dans leur chair et dans leur cur mais je veux vous dire que nous les accompagnons. Il y a aussi cette fraternité qui vous unit.
Enfin, je pense aux vôtres qui vous manquent et qui attendent votre retour, c'est-à-dire vos familles. Je veux ici, m'exprimant devant vous dire toute la confiance que je vous porte mais aussi toute la solidarité qui doit être la nôtre à l'égard de vos proches. Et même si nous n'avons pas le sentiment que nous sommes en tout début d'année, même s'il n'y a pas le même temps ici qu'à Paris - je peux vous le confirmer - je voudrais vous adresser tous mes vux et vous dire que vous êtes ici la France : vous êtes l'honneur de ce que nous pouvons porter comme idéal £ vous êtes au service de valeurs universelles £ vous êtes en menant votre combat, au service de la Paix.
C'est pourquoi nous pouvons dire ensemble : vive la République et vive la France !

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