13 mai 2016 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française en République centrafricaine, à Bangui le 13 mai 2016.

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Monsieur le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN,
Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies,
Messieurs les Officiers généraux, officiers, sous-officiers, soldats français déployés en Centrafrique dans plusieurs détachements,
Je suis venu ici vous rencontrer au terme de la visite que j'effectue en Centrafrique, la troisième en 30 mois. Je viens signifier notre satisfaction d'avoir pu mener l'opération Sangaris jusqu'à son terme £ c'est-à-dire d'avoir permis aux Centrafricains grâce à vous, grâce aux Nations unies et aux forces que ces Nations unies ont pu réunir, de retrouver à la fois la stabilité, la sécurité et la paix.
J'avais déclenché cette opération Sangaris en décembre 2013.Il y avait alors des massacres qui se produisaient, des violences intercommunautaires, religieuses. Il y avait des risques pour la population civile, il y avait des vies à sauver. Alors que nous étions déjà engagés au Mali pour mettre un terme à l'occupation d'une partie du territoire de ce pays ami, par des terroristes islamistes. J'ai néanmoins considéré, avec le ministre de la Défense, qu'il était de notre devoir, de notre responsabilité de mener une opération ici en Centrafrique. Nous n'y avions aucun intérêt, au sens où nous n'avons pas en Centrafrique une présence économique qui justifierait que nous ayons je ne sais quel avantage à porter secours à la population. Non, nous n'étions mus que par un seul objectif, celui que vous avez servi : apaiser les tensions, sauver des vies, empêcher des massacres.
Très rapidement, en quelques jours, vous vous êtes ou vos frères d'armes, déployés ici en Centrafrique. Il y avait des risques considérables. Plusieurs jours après ma décision, deux soldats français ont été tués ici à Bangui, Antoine LE QUINIO et Nicolas VOKAER. Lorsque j'ai appris cette nouvelle, j'étais en Afrique du Sud, c'était pendant l'hommage que nous rendions au Président MANDELA, le dernier hommage. J'ai demandé que l'on puisse venir sur le chemin du retour ici en Centrafrique. C'était en décembre 2013. Je m'en souviens très précisément parce que c'était le chaos ici, parce que même sur l'aéroport où nos troupes étaient présentes, c'était le désordre le plus complet. Vos frères d'armes couchaient à même le sol dans des conditions extrêmes de précarité. Dans le plus grand danger, ils avaient veillé les morts, les deux soldats qui avaient été tués. Je me souviens avoir d'ici appelé au téléphone les parents des deux soldats qui avaient été tués pour leur dire ma compassion et une fois encore, je veux le faire parmi vous. Je n'oublie pas Damien DOLET lui aussi mort pour la France en Centrafrique et Heiarii MOANA qui, membre de l'EUFOR, est mort de maladie. Je salue leur mémoire et j'exprime le soutien de la Nation à leurs proches et leur famille.
J'ai aussi une pensée particulière pour les blessés de l'opération Sangaris. Avant le 14 juillet, avant le défilé, chaque année, avec le ministre de la Défense, nous saluons les blessés. Bon nombre l'ont été ici en Centrafrique pour venir en soutien à l'opération que nous avions déclenchée. Alors je veux saluer votre courage, votre dévouement, votre engagement ici depuis plus de deux ans. Vous avez mis fin aux exactions meurtrières, vous avez apporté la stabilité et vous avez permis une transition démocratique en Centrafrique. Qui aurait pu penser même quand je suis revenu en février 2014 en Centrafrique- qui aurait pu penser qu'il serait possible de tenir des élections libres, transparentes, pluralistes dans un pays qui avait été déchiré, qui était encore déchiré ? Et vous avez permis que cela fût, et c'est une grande satisfaction. Vous devez avoir une grande fierté parce que la démocratie, c'est la solution, y compris pour sortir de conflits comme ceux-là. Beaucoup doutent qu'il soit possible par des élections, de chercher une issue à des guerres ou à des drames - je pense à ce qui se passe en Syrie. Oui, la démocratie, c'est le plus sûr chemin. Mais encore faut-il qu'elle puisse être assurée et qu'il puisse y avoir grâce aux Nations Unies (que je salue une nouvelle fois), grâce à la mission européenne, celle qui se déploie aujourd'hui (et je salue celui qui la commande) et grâce aussi à vous, à l'armée française, cette transition.
Sangaris, Monsieur le ministre de la Défense, est une opération parfaitement réussie. Il y a peu d'exemples, même dans l'histoire récente, d'une opération aussi parfaitement réussie puisqu'il y a eu vitesse d'exécution au moment où il a fallu déclencher l'opération et il y a eu ténacité dans l'action. Les soldats qui sont devant moi et tous ceux qui se sont succédés ici en Centrafrique, ont fait preuve d'un grand professionnalisme et d'un courage exemplaire. Je sais qu'il y a eu des allégations d'abus sexuels qui auraient pu concerner des éléments de la force Sangaris et des Nations Unies. J'ai demandé que la vérité soit établie car pour nous, pour vous, pour moi, c'est une question d'honneur et je ne laisserai pas une tache sur l'uniforme et le drapeau français. S'il y a des responsables, ils seront condamnés sévèrement mais s'il n'y en a pas, la vérité devra être proclamée.
Mais l'histoire retiendra que Sangaris a rempli, avec les forces de l'Union africaine, maintenant la MINUSCA, l'Union européenne, pleinement sa mission. Ce résultat a été le fruit d'un long processus que vous avez obtenu. Même en septembre 2015, nous avons pu craindre le pire de nouveau avec la reprise d'un certain nombre d'affrontements, de déferlements de violence et vous avez pu agir et rétablir la situation. Je n'oublie pas aussi le rôle qu'ont pu jouer les autorités centrafricaines -bien sûr- et les responsables religieux. Je me souviens avoir reçu ici à Bangui l'évêque, l'imam, le pasteur, tous ensemble rassemblés pour porter un message de paix. Là aussi, bel exemple de ce que nous sommes capables avec d'autres de faire. Et puis la visite du pape qui a été un moment rare, exceptionnel pour l'apaisement.
Depuis lors, le cessez-le-feu est respecté, l'économie centrafricaine repart, des élections se sont tenues et, aujourd'hui, la Centrafrique engage avec son nouveau Président, M. TOUADERA, élu très largement, un processus de développement, de réconciliation et de paix. La France sera au côté de la Centrafrique mais sur le plan militaire, c'est l'annonce que je fais aujourd'hui : l'opération Sangaris s'achève.
Commencée il y a 2 ans et demi, atteignant son résultat et ses objectifs, consacrant donc sa réussite, l'opération doit maintenant être arrêtée. Notre présence prendra d'autres formes car nous serons toujours là mais d'une autre façon. Je rappelle qu'il y avait 2.500 personnels qui étaient déployés dans l'opération Sangaris. Aujourd'hui, 650 £ demain encore moins. Alors comment allons-nous faire pour être toujours solidaires des Centrafricains mais ne plus être dans l'opération Sangaris ? Nous allons faire en sorte de continuer à former dans le cadre de la mission européenne. Nous serons présents dans la MINUSCA, sous l'autorité des Nations unies, et nous serons toujours prêts à intervenir en Centrafrique si les conditions le justifiaient, soit de nos bases en Afrique, soit même de France, parce que nous avons cette responsabilité. Ici, nous aurons toujours un détachement.
Nous avons besoin de vous sur d'autres théâtres d'opérations. Nous avons besoin de vous parce que nous sommes toujours engagés au Sahel (opération Barkhane), nous sommes également présents sous d'autres formes en Syrie et en Irak par notre aviation et puis il y a l'opération Sentinelle qui appelle également une mobilisation de l'armée de terre. Je sais ce qu'elle reprsente, la charge que cela constitue pour beaucoup de vos camarades et, en même temps, cette opération est nécessaire parce que la France est toujours menacée par le terrorisme. Nous avons fait en sorte que cette opération Sentinelle puisse être beaucoup plus mobile, beaucoup plus active, beaucoup plus efficace et c'est une vraie opération, aussi délicate, aussi difficile qu'une opération extérieure.
Je veux terminer là mon propos. La France, grâce à vous, grâce à ce succès de l'opération qui a été menée ici dans le cadre des Nations Unies, c'est-à-dire du droit international, a pu jouer tout son rôle, prendre toute sa place, exercer toute son influence, porter ses valeurs et assister un pays, la Centrafrique, qui avait été meurtri par des affrontements. Nous sommes fiers de vous, fiers de ce que vous avez fait, fiers de ce que vous avez accompli. Lorsque je reçois les hommages et les compliments des autorités centrafricaines, c'est à vous que ces hommages et ces compliments sont adressés. C'est vous qui avez réussi cette opération sous l'autorité de vos chefs et également du ministre de la Défense. Aujourd'hui, vous avez porté des valeurs qui sont celles de la République. Ce sont ces valeurs-là qui justifient que nous puissions mener aussi des actions contre Daech en Syrie et en Irak. C'est aussi au nom de ces valeurs-là que nous sommes toujours dans le Sahel, préoccupés par un certain nombre d'actions terroristes. C'est au nom de ces valeurs-là que nous défendons notre pays, que vous le défendez parce que ce que veulent les terroristes, c'est atteindre ce que nous représentons : la démocratie, cette démocratie que vous avez été capables de faire de nouveau triompher ici en Centrafrique.
Alors pour tout ce qui a été fait, et je sais pour tout ce que vous ferez encore au nom de la France, je vous exprime toute ma gratitude.
Vive la République et vive la France.

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