Publié le 19 avril 2016

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française en Irak et en Syrie, à la base aérienne projetée en Jordanie le 19 avril 2016.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'intervention militaire française en Irak et en Syrie, à la base aérienne projetée en Jordanie le 19 avril 2016.

19 avril 2016 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Ministre, cher Jean-Yves LE DRIAN,
je sais que c'est la quatrième ou cinquième fois que vous venez sur cette base.
Messieurs les Officiers généraux,
Je salue les officiers jordaniens qui sont ici et qui nous permettent de mener les actions que j'ai fixées pour l'intérêt même de notre pays,
Officiers, sous-officiers, officiers mariniers, soldats aviateurs,
Mesdames, Messieurs,
J'ai tenu à venir aujourd'hui sur cette base aérienne, à l'occasion de ma visite en Jordanie. Depuis dix-huit mois, 350 militaires français se relaient pour être présents sur les théâtres d'opérations, en Irak et en Syrie. Je voulais ici vous témoigner de mon soutien, de ma confiance et de la reconnaissance de la Nation pour la mission que vous accomplissez en son nom.
Cette mission est dangereuse. Mais elle est impérieuse face à la menace du terrorisme islamiste. J'ai ordonné l'engagement des armées françaises au Levant le 19 septembre 2014. Le 7 novembre de cette même année, l'Armée de l'Air j'en salue son chef s'est déployée sur cette base avec six Mirage 2000. Après les attentats de janvier et de novembre 2015, j'ai décidé d'intensifier les frappes contre Daech. Deux Mirage supplémentaires ont renforcé le dispositif ici, en Jordanie. Il en a été de même à partir des Emirats.
Grâce à vous, nous avons pu doubler le nombre de frappes. A ce jour, près de 4 000 vols français de bombardement, de renseignement, de contrôle, de ravitaillement en vol ont été conduits en Irak et en Syrie dans le cadre de l'opération Chammal.
Ici, vous êtes à cinq minutes de vol de la Syrie, à dix minutes de l'espace aérien irakien et à 40 minutes des sanctuaires de Daech. C'est cette proximité qui fait que ce site est stratégique et qu'il nous permet d'agir : d'agir en profondeur, d'agir vite et d'agir dans la durée.
Une fois encore, je remercie les autorités jordaniennes je l'ai dit au Roi ABDALLAH cet après-midi pour leur accueil, pour leur soutien, pour leur coopération.
Au cours de toutes les missions qui ont été effectuées en Mirage 2000 depuis cette base, vous avez largué plus de 750 munitions, avec des résultats remarquables. La moitié des frappes françaises au Levant est partie d'ici. Je voudrais, comme je l'ai fait, il y a quelques minutes, féliciter les équipages pour leur sang-froid, leur professionnalisme et leur courage.
Survoler une zone hostile comme la Syrie ou l'Irak nécessite un savoir-faire que seules les meilleures forces aériennes au monde maitrisent. Vous maitrisez cette exigence technique. Car il s'agit aussi d'identifier au sol les adversaires, de s'assurer qu'il s'agit bien de combattants, car vous avez aussi cela m'a été rappelé une exigence morale. Vous faites face à un adversaire qui se cache, qui se dissimule et qui n'a pas d'uniforme. Vous devez le frapper, sans toucher les populations civiles. Voilà l'extrême difficulté de la mission qui est la vôtre.
Pour l'accomplir, il faut un entrainement, là encore, particulièrement rude et de haut niveau. C'est ce que j'ai voulu préserver, sur la proposition du ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN. Lorsqu'il s'est agi d'affecter des ressources supplémentaires à nos armées, dans le cadre de l'actualisation de la Loi de programmation militaire, j'ai non seulement arrêté la diminution des effectifs, mais j'ai également voulu donner des moyens humains et matériels supplémentaires à nos armées, pour que vous puissiez agir, que vous puissiez être entrainés, que vous puissiez disposer des meilleurs équipements pour être à la hauteur à la fois de votre haut niveau technique et de la mission qui vous est demandée.
Je voudrais également souligner le travail de toutes celles et de tous ceux qui uvrent sur cette base pour le succès des opérations. Les mécaniciens, les logisticiens, les commandos, les contrôleurs, les transmetteurs, les personnels du renseignement, je n'oublie pas ceux qui sont du service des essences, du service de santé, ainsi que les gendarmes. C'est votre communauté, c'est vous toutes et vous tous qui assurez l'accomplissement de la mission.
Je félicite le colonel Guillaume THOMAS pour son commandement, pour son efficacité, pour sa persévérance.
Je n'oublie pas non plus, même si nous sommes loin, le soutien fourni en France pour que vous puissiez avoir tous les appuis nécessaires ou le soutien qui nous vient des Emirats Arabes Unis, de notre base, où se trouve l'Etat-major ALINDIEN commandé par le contre-amiral Antoine BEAUSSANT, que je veux également saluer.
Notre dispositif s'adapte en permanence, c'est ce qui fait aussi qu'il peut être efficace, qu'il peut être approprié, qu'il peut faire face à la menace. Depuis quelques semaines, l'Atlantique 2 est basé ici de façon permanente £ des Mirage 2000N, venus d'Istres, ont participé, pendant plusieurs mois aux opérations, aux côtés des appareils de la base de Nancy. Depuis le 19 février, ce sont huit Mirage 2000 qui sont en action.
Les résultats sont là, vos résultats. Les résultats de ce que nos armées, dans le cadre de la coalition, ont pu obtenir. Daech a reculé, a perdu environ 25%, 30 %, peut-être davantage du territoire qu'il occupait, en septembre 2014, lorsque j'ai décidé d'agir avec la coalition. Nous avons désorganisé sa structure en frappant les centres de commandement, réduit ses capacités d'action en ciblant les centres logistiques et d'entrainement. Nous avons touché aussi au financement de Daech en attaquant les infrastructures pétrolières.
Voilà ce à quoi vous avez contribué, par rapport à cet ennemi qui nous a frappés, parce que c'est de Syrie qu'ont été programmés, décidés, préparés les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis, le 13 novembre. Donc, en agissant ainsi, vous protégez nos concitoyens et notre territoire.
Bien sûr que l'action militaire ne peut à elle-même suffire. Je dois, avec le Gouvernement et les pays amis, trouver les conditions politiques d'une solution durable. C'est ce qui se joue en ce moment, avec beaucoup de difficultés, dans ce qu'on appelle les négociations inter-syriennes.
La France veut associer tous les pays qui veulent qu'on en termine avec la guerre en Syrie. Nous voulons également que la trêve puisse être respectée, que les populations civiles puissent être protégées et qu'il y ait une solution durable dans le cadre de ces négociations, avec un Etat syrien qui puisse permettre la reconstruction du pays.
L'opposition syrienne, celle que vous soutenez à travers les actions que vous menez, a montré qu'elle était constructive. Les manquements au cessez-le-feu, en ce moment même, aujourd'hui même, ne viennent pas de l'opposition, mais du régime.
Alors, voilà le sens que je veux donner à votre action, à vos opérations. Nous avons besoin de l'action militaire pour justement pouvoir peser sur le plan politique. En venant sur cette base, ici, je mesure combien le royaume jordanien est en première ligne contre Daech, tout près d'ici. Nous lui assurons notre coopération militaire. C'est vous aussi qui en êtes l'illustration vivante. En même temps que vous permettez de réaliser les objectifs que j'ai fixés.
Vous menez une tâche difficile, compliquée, éprouvante. Vous êtes loin de vos familles et de celles et ceux qui vous sont chers. Vous savez aussi que le combat sera encore long et qu'il est essentiel, car la menace est toujours là et elle nous concerne directement, notre pays, notre territoire, nos familles, nos concitoyens.
C'est également vrai pour vos camarades qui sont au Sahel. Demain, je présiderai une cérémonie pour rendre hommage aux trois soldats morts en opération. C'est le même combat qui se livre là-bas, toujours contre le terrorisme islamiste et qu'il faut le même courage, la même détermination, partout.
Alors, il nous revient de vous donner les moyens pour réussir vos actions. Il me revient de vous dire combien votre mission est grande, combien elle est nécessaire. Mais vous pouvez être fiers de votre engagement et savoir que le pays tout entier est derrière vous.
Vive la République ! Vive la France !

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