Publié le 24 novembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'avenir du site sidérurgique de Florange et sur les efforts en faveur de l'emploi en Lorraine, à Hayange le 24 novembre 2014.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur l'avenir du site sidérurgique de Florange et sur les efforts en faveur de l'emploi en Lorraine, à Hayange le 24 novembre 2014.

24 novembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

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Madame, Messieurs les ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Le président du Conseil régional, du Conseil général,
Je veux d'abord vous dire l'impression forte qui est la mienne de venir ici sur ce site, un site où il y avait, il y a des décennies, des hauts fourneaux. Le dernier Monsieur le maire d'Uckange me le confirmait a fermé en 1991. Depuis plus de vingt ans, il n'y avait plus rien ou plutôt il y avait des hommes et des femmes qui faisaient visiter ce site pour rappeler qu'il y avait eu, ici, une histoire industrielle glorieuse £ des hommes et des femmes qui s'étaient battus pour reconvertir leur outil de production et qui avaient voulu transmettre un savoir-faire.
Alors près de vingt ans, vingt-cinq ans même, après cette fermeture, nous sommes là, réunis autour de chefs d'entreprise qui viennent démontrer l'avenir de la métallurgie et la sidérurgie en Lorraine et en France, avec des chercheurs qui sont rassemblés sur une plate-forme entièrement publique. Elle a vocation à inventer des procédés, des produits, des technologies qui vont servir la création d'emplois et l'investissement en Lorraine et en France.
L'objectif, ce n'est pas simplement de conserver, de préserver et même de transformer £ l'objectif, ce n'est pas seulement et c'est déjà beaucoup de faire qu'il y ait plus d'emplois, plus d'activités ici dans cette vallée de la Fensch £ l'objectif, c'est d'être les meilleurs au monde dans un certain nombre de technologies et c'est ce qui a été annoncé et c'est ce qui sera fait.
Il y a un an, j'étais à Florange. J'étais venu dans le contexte que chacun connaît pour confirmer les engagements que le gouvernement avait pris c'était celui de Jean-Marc AYRAULT pour Florange et pour le val de Fensch.
Le premier de ces engagements, c'était de refuser tout plan social à Florange et d'assurer le reclassement des 630 personnes pour qu'il n'y ait aucun licenciement. Aujourd'hui, je constate qu'il y a plus de 2 100 salariés sur le site de Florange, qu'il y a des recrutements en contrat à durée indéterminée. Il y en a eu cette année et il y en aura en 2015. Le nombre des apprentis va être doublé.
Le second de ces engagements, c'était d'exiger d'ARCELORMITTAL des investissements au plus haut niveau. Cela avait été tout l'objet de la négociation. ARCELORMITTAL a autorisé aujourd'hui 146 millions d'euros, 83 ont été déjà pleinement engagés mais le montant total de ces investissements pourrait être porté à près de 240 millions d'euros. Toute la pression, si je puis dire, sera faite pour qu'il y ait ce niveau d'engagement.
Ces investissements ne sont pas des investissements de maintenance, même si certains sont nécessaires. Ce sont des investissements qui visent à transformer l'outil de production et à industrialiser un acier spécial Usibor de façon à pérenniser la cokerie de Sérémange. C'est ce processus-là qui est engagé et qui donne un avenir à Florange.
J'avais dans la discussion, notamment avec les partenaires sociaux, pris un dernier engagement qui pour beaucoup était le premier sur ce que devait être l'avenir de la vallée. C'était la création d'une plate-forme publique de recherche et de développement industriel pour la sidérurgie de la Lorraine. Une plate-forme entièrement publique, c'est-à-dire financée entièrement par l'Etat £ une plate-forme où puissent se rassembler les meilleurs chercheurs de tous les organismes £ une plate-forme qui puisse être installée dans un lieu symbolique, mais en même temps un lieu fonctionnel £ une plate-forme qui soit en liaison avec les industriels car il ne s'agissait pas de faire de la recherche publique pour simplement la science et les livres et donner à des chercheurs davantage de connaissances. Non, il s'agissait de lier cette recherche à des applications possibles et à des développements industriels rapides.
C'est pourquoi je considère que ces engagements-là, les trois que j'avais pris, sont tenus. Mais je reviendrai chaque année c'était également ma promesse pour vérifier l'exécution du plan qui avait été présenté. Ma conviction, c'est que la Lorraine est une terre industrielle d'avenir parce que ce territoire a un savoir-faire, parce que ce territoire a un potentiel, parce que ce territoire a aussi des industries, des industriels, des ouvriers capables de mettre au point les plus hautes technologies.
Qu'est-ce que l'on invente ici ? J'ai été très attentif à ce qui nous a été présenté. On invente des matériaux nouveaux, on invente des procédés qui vont bouleverser la production. On invente aussi l'économie circulaire pour transformer des déchets en gaz, permettre que dans la construction de moteurs ou la construction de pièces pour les avions, une partie puisse être récupérée et être retravaillée. Ce sont des procédés qui vont permettre à la fois d'alléger les avions et permettre de faire des économies. Des procédés qui vont permettre d'économiser de l'énergie, de faire de la France un pays d'excellence en matière environnementale. Ce sont des procédés qui vont permettre aussi de créer de la richesse et de l'emploi.
Les locaux qui ont été choisis ici à Uckange, 2 000 m2, doivent être aménagés en conséquence. Je salue donc le Président de la communauté d'agglomération, Michel LIEBGOTT, le Président du Conseil régional et le Président du Conseil général parce qu'il n'y a pas que l'Etat qui doit prendre sa part. Il y a ici une rénovation importante qui va être menée à bien.
Les premiers équipements seront installés l'année prochaine, une structure juridique a été mise en place en moins d'un an, un groupement d'intérêt public j'en remercie le préfet, c'est un modèle de simplification a été non seulement constitué, organisé mais il est maintenant capable de prendre ses premières décisions. Nous avons été satisfaits aussi de voir que tous les grands instituts de recherche ont compris l'enjeu de MétaFensch : l'université de Lorraine, mais aussi le CNRS, le CEA, l'Ecole nationale supérieure des Arts et Métiers, l'Institut de Recherche technologique M2P, bref tous les grands organismes sont ici et je veux saluer leurs représentants.
Sur les financements, lorsque j'avais fait l'annonce d'une plate-forme entièrement publique, j'avais évoqué le chiffre de 20 millions d'euros. Aujourd'hui, non seulement je suis en mesure de confirmer ce chiffre je pense qu'il est pour une large part engagé mais je veux vous annoncer que ce sera 50 millions d'euros si les projets sont effectivement mis en place. Je voudrais une nouvelle fois saluer Monsieur MUDRY parce qu'il a « allié » c'est le cas de le dire ! les compétences scientifiques et les compétences industrielles.
Nous avons d'ores et déjà plusieurs projets, car je ne voulais pas que l'on puisse simplement inaugurer un bâtiment public, et dire qu'il n'y avait eu que des financements publics. Je voulais qu'il soit démontré que des projets peuvent naître déjà par MétaFensch et avoir une retombée, pas simplement sur la compétitivité des entreprises concernées, mais sur le bassin d'emploi. Tout ce qui a été dit, tout ce qui a été lancé aura des conséquences sur la création d'emplois en Lorraine et plus particulièrement dans la vallée de la Fensch.
Tout à l'heure, Monsieur DERICHEBOURG disait : nous allons pouvoir créer une activité supplémentaire dans la vallée grâce au gaz que nous allons pouvoir fournir en l'occurrence à ARCELORMITTAL. De la même manière pour SAFRAN ERAMET, on voit bien ce qui peut maintenant être fait, y compris dans cette région puisque cet après-midi, je serai sur le site de Commercy.
Tous ces grands industriels ont pris de l'avance sur l'utilisation du titane, sur les imprimantes 3D, sur le traitement de l'acier. Dans chacun de ces domaines ASCO INDUSTRIES en a fait aussi la démonstration nous pouvons non seulement pérenniser des activités et améliorer la compétitivité, mais nous pouvons inventer une technologie nouvelle.
Je ne sais pas ce que sera l'avenir des poudres d'acier qui peuvent forcément susciter aussi une inquiétude. Vous nous dites « on va pouvoir éviter un certain nombre d'activités grâce aux poudres. » Alors, ceux qui sont dans ces activités peuvent se dire : « mais alors si les poudres arrivent, est-ce que ce n'est pas notre propre emploi qui est en cause ? » Il y a toujours cette interrogation du progrès scientifique. Qu'est-ce qu'il détruit ? Qu'est-ce qu'il construit ?
Mais ici nous sommes suffisamment conscients pour savoir que le progrès scientifique, le progrès industriel, s'il est accompagné par un progrès social et environnemental, permettra de créer plus d'emplois qu'il n'y en aura de supprimés. C'est tout l'enjeu et si on n'est pas capable de le comprendre, alors, on reste avec l'idéologie du passé et on est sûr d'être dépassé. C'est pour cela que j'ai confiance aussi dans cette technologie et c'est la raison pour laquelle l'Etat s'est engagé avec ce prêt ASCO, parce que c'était aussi l'enjeu d'une reprise et aujourd'hui d'une réussite.
Nous avons également à faire en sorte que l'Etat soit toujours présent. Il l'est à travers cette plate-forme £ il l'est à travers l'accompagnement qu'il peut porter ou qu'il peut prêter à des entreprises. Il l'est aussi dans la relation avec le territoire, avec le pacte Lorraine où des projets innovants ont été lancés £ il le sera avec le contrat de plan Etat /Région, avec des crédits qui seront abondés, parce que nous avons conscience que c'est en Lorraine que se situe aussi la bataille pour l'industrie.
L'industrie en France a été très longtemps négligée, trop longtemps en pensant que nous pouvions avec une économie de service particulièrement moderne nous passer de ce qui faisait la fabrication de produits. Or, la réalité est implacable : toutes les grandes nations, tous les grands pays ont besoin d'une base industrielle solide avec une compétitivité qui doit être au meilleur niveau. La compétitivité, ce sont les coûts bien sûr, mais, ici, ce n'est pas l'aspect des coûts qui est le plus important. C'est : est-ce qu'on est capable d'avoir non seulement un savoir-faire mais un haut niveau d'investissement ?
Il n'y a pas d'industries sans investissement. Cela suppose beaucoup de capitaux. L'Etat peut en apporter dans certaines circonstances, ce sont les entreprises qui doivent aller les chercher. Mais pour investir, il faut aussi avoir de la recherche, l'Etat doit prendre sa part, c'est le cas ici £ les entreprises aussi avec le crédit impôt recherche. Toutes ces entreprises utilisent ce crédit impôt recherche et c'est d'ailleurs une spécificité française que d'avoir ce dispositif qui s'applique aussi bien aux grands groupes qu'aux petites et moyennes entreprises.
J'ai décidé de sanctuariser l'ensemble de ce dispositif jusqu'en 2017 parce que c'est un atout pour les entreprises. Si nous voulons avoir de l'investissement, si nous voulons avoir de la technologie, si nous voulons avoir de la recherche, nous devons être dans une démarche d'innovation. C'est l'innovation dans la formation qui fait la croissance.
L'innovation passe par les femmes et par les hommes, pas simplement par les machines. L'innovation, c'est aussi de mettre ensemble des partenaires qui, quelque- fois, se connaissent sans se réunir : les chercheurs, l'université, les entreprises Car les entreprises ont aussi des laboratoires de recherche extrêmement développés. Tout doit être rassemblé dans le même objectif : gagner, réussir.
Enfin, il y a un enjeu européen, presque mondial, parce qu'ici, vous êtes au cur de l'Europe. Les aciers que vous fabriquez servent à la construction d'automobiles en Allemagne. Nous avons besoin d'une industrie forte en Europe, ce qui suppose là aussi que l'Europe s'organise pour en faire une priorité et ne soit pas simplement qu'un marché. Cela sera tout l'enjeu du plan de Monsieur JUNCKER de savoir ce que nous devons faire pour l'Europe de demain.
Mais c'est aussi un enjeu mondial. Aujourd'hui, les producteurs d'acier, il y en a partout dans le monde avec des investissements considérables en Chine, en Inde. Ce n'est pas, je l'ai dit, sur les coûts du travail que nous ferons la différence £ c'est en étant les meilleurs sur le plan du savoir-faire, de la technologie et de la recherche. C'est pour cela que je crois à cette plate-forme MétaFensch, parce qu'elle est très originale, très exceptionnelle. Il a fallu sûrement qu'il y ait un coup de semonce avec la fermeture des hauts fourneaux, pour qu'à un moment, on puisse s'engager durablement et pas simplement par un plan de circonstances pour répondre à une urgence sociale. Ce qu'il fallait, c'était non seulement assurer les reclassements des personnels d'aujourd'hui, mais faire que les femmes et les hommes de demain puissent avoir un espoir.
Quel est l'espoir que l'on peut donner à des générations qui voient depuis des années et des années un certain nombre de sites industriels fermer ? L'espoir que l'on doit leur donner, c'est de voir les sites industriels ouvrir, c'est ce qui va se passer sur ce lieu, parce qu'il est justement à Uckange. L'espoir c'est de voir avec les investissements qui sont réalisés à Florange, tout ce qui va se faire à travers ces projets.
Ce n'est pas simplement la réponse d'un plan pour la Lorraine que je suis venu ici exposer £ c'est une conception de ce que peut être la France. La France, elle doit avoir confiance dans son avenir, pas simplement par les mots que ses dirigeants peuvent prononcer. Elle doit avoir confiance dans ce qu'elle peut elle-même porter, ce qu'elle a porté. L'histoire sert non pas de nostalgie ou de référence pour celles et ceux qui veulent toujours croire que c'était mieux avant. L'histoire sert de fierté. Ce qui a été accompli par des générations peut l'être encore par d'autres. C'est finalement le fil d'acier, qui nous réunit tous : être capable d'avancer, être capable d'inventer.
C'est le pari que nous avons lancé ici : le pari d'une recherche de haut niveau, le pari de l'industrie, le pari de la propriété intellectuelle publique qui se met au service aussi du développement industriel privé. C'est le pari de l'avenir de la Lorraine, c'est aussi le pari de la réussite française. Merci d'y contribuer !

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