Publié le 4 septembre 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux victimes du massacre d'Ouradour-sur-Glane en juin 1944, à Ouradour-sur-Glane le 4 septembre 2013.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, en hommage aux victimes du massacre d'Ouradour-sur-Glane en juin 1944, à Ouradour-sur-Glane le 4 septembre 2013.

4 septembre 2013 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président de la République fédérale dAllemagne,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le Maire dOradour-sur-Glane,
Mesdames, Messieurs les représentants des victimes,
Messieurs les survivants,
Mesdames, Messieurs,
« Silence » : ce mot, ce mot seul, sinscrit sur le panneau qui se dresse devant chaque visiteur à lentrée du village dOradour-sur-Glane. Il fallait un événement exceptionnel pour rompre ce silence. Cet événement exceptionnel, Monsieur le Président, cest votre venue ici dans ce lieu où lhorreur fut commise et où la mémoire est scrupuleusement gardée. Je mesure la signification de votre présence. Vous êtes la dignité de lAllemagne daujourdhui, capable de regarder en face la barbarie nazie dhier.
Car ici même sest produit un crime, le pire des crimes, un crime contre lhumanité.
Cétait il y a 69 ans, au mois de juin 1944. La division Das Reich traverse le Limousin pour rejoindre la Normandie. Sa chevauchée funeste commence à Tulle, où 99 jeunes hommes sont sacrifiés par pendaison. 141 autres seront envoyés en camp de concentration, 101 ne reviendront jamais. Chaque année, le 9 juin, dans cette ville, cette ville de Tulle dont je fus le maire, une marche, silencieuse aussi est organisée. Elle rappelle le martyre. Aux balcons des maisons, la population accroche des guirlandes, à lendroit même où se balançaient les corps sans vie le 9 juin.
Le lendemain à Oradour-sur-Glane, la plupart des habitants sont dehors, sur la place de la mairie, sur la halle du marché, sur le parvis de léglise. Les enfants sont à lécole. La vie est là, encore là, insouciante. Elle va brutalement sarrêter.
Peu après 14 heures, la division Das Reich pénètre dans le village. Elle demande que des otages lui soient remis. Elle rassemble la population. Le docteur DESOURTEAUX, qui remplit la fonction de maire, refuse den désigner et soffre lui-même en sacrifice pour lensemble de la population. En vain.
Les 190 hommes et garçons âgés de plus de 14 ans sont alors arrêtés, parqués dans des granges et fauchés à la mitrailleuse. Les 245 femmes, les 207 enfants sont rassemblés dans léglise, où ils sont brûlés vifs. Partout, dans chaque rue, dans chaque maison, les survivants sont traqués, assassinés un à un, pour quaucun ne puisse témoigner de cette abomination. Oradour est entièrement livré aux flammes. Pour quil ne reste rien. Cétait lintention des barbares.
Il a fallu des jours et des jours pour déblayer les ruines, et pour donner aux rares corps qui restaient, à ces corps suppliciés, un âge, une identité, un nom.
Il a fallu des mois pour imposer que tout soit figé, pour que tout demeure. Et que rien ne sefface. Oradour devenait ainsi monument historique.
Nous aurions dû dire à lépoque : Monument de lhistoire.
Il a fallu ensuite des années pour établir la vérité, connaître les coupables. Des années encore pour tenter dobtenir leur condamnation et lextradition des chefs SS, sans jamais y parvenir.
Il a fallu des décennies enfin, pour que les familles des victimes dOradour disposent dun monument qui puisse transmettre cétait lintention du Conseil général - aux générations suivantes, le récit de ce drame. Cest le centre de la Mémoire. Il fût lancé par François MITTERRAND, cétait en 1994, et inauguré par le président Jacques CHIRAC cinq ans plus tard. Il a fallu des décennies, toujours, pour que soit aussi reconnu le drame des incorporés de force et que le Limousin et lAlsace fassent la paix des mémoires. Comme lont proclamé courageusement le Maire dOradour, Raymond FRUGIER et celui de Strasbourg, Roland RIES.
Car seule, je dis bien seule, la vérité fonde la réconciliation.
Monsieur le Président, au lendemain de la guerre, nos deux pays ont décidé avec courage, et je pense à Konrad ADENAUER et à Charles de GAULLE, de partager leur avenir en surmontant le passé. Des images nous viennent à lesprit. La visite du chancelier ADENAUER à Colombey-les-deux-Eglises, cétait en 1958. La visite aussi du général de GAULLE, son discours à la jeunesse allemande, à Ludwigsburg, cétait en 1962. Nous avons aussi dans nos souvenirs, Helmut KOHL et François MITTERRAND, main dans la main, à Verdun, cétait en 1984.
Aujourdhui, votre visite, Joachim GAUCK, à Oradour-sur-Glane confirme que lamitié entre nos deux pays est un défi à lHistoire, mais aussi un exemple pour le monde entier. Sa force sillustre en cet instant même, ici à Oradour-sur-Glane.
Cette amitié, elle nous dépasse, elle nous oblige. Cette amitié, elle fonde le projet européen. Deux fois au cours du dernier siècle, notre continent sest embrasé. Parce qualors, toujours lemportaient les désirs de revanche. Et puis un jour, en séveillant du pire, du pire massacre de lHistoire et dont lholocauste fut le stade ultime, des Européens ont jugé quil fallait arrêter, une fois pour toutes, la machine infernale. Et quil ne fallait plus envoyer au front la génération suivante. Ils ont bâti une belle maison, une maison accueillante : lEurope. Ils nous ont fait le plus beau legs qui soit, celui que nous devons entretenir : La paix.
Mais la paix, comme la démocratie, ne sont pas des acquis. Car pour les peuples comme pour les individus, tout se conquiert et se reconquiert à chaque génération. Cest pourquoi notre présence, Monsieur le Président, est bien plus quun symbole, cest laffirmation dune promesse.
Promesse dhonorer, partout et toujours, les principes qui sont bafoués par les bourreaux dhier mais aussi daujourdhui.
Promesse de défendre les droits de lHomme chaque fois quils sont violés. Près de chez nous ou loin dici.
Promesse de refuser linacceptable partout où il se produit.
Cette vigilance, cette intransigeance, nous les devons aux suppliciés du 10 juin 1944. Ils nous rappellent à nos devoirs. Ils parlent à nos consciences, ils sont les témoins qui brisent lindifférence quand elle devient lâcheté.
En septembre 1944, le poète Jean TARDIEU écrivait un texte en hommage aux morts dOradour-sur-Glane : «Oradour na plus de femmes, Oradour na plus dhommes, Oradour na plus de feuilles, Oradour na plus de pierres, Oradour na plus déglise, Oradour na plus denfants. Oradour nest plus quun cri». Et bien ce cri, Monsieur le Président, je lentends encore et je lentendrai toujours quand il y aura dautres massacres de par le monde.
Jentends aussi les paroles des survivants et je les salue, Robert HEBRAS, Jean- Marcel DARTHOUT, ils sont ici aujourdhui. Je veux leur exprimer le respect de la Nation tout entière, celle que je représente, mais aussi saluer leur grandeur dâme. Il en fallait aujourdhui pour faire ce geste dhospitalité.
Mesdames, Messieurs,
Dans tout lieu de malheur, il y a une fleur qui parvient à éclore.
Ici, parmi les ruines dOradour, il y a un chêne robuste et majestueux. Cest larbre de la liberté. Il avait été planté pendant la Révolution de 1848 pour consacrer ce quétait à lépoque le suffrage universel, celui des hommes. Mais aussi pour abolir enfin lesclavage.
Alors, ici, des hommes et des femmes avaient voulu planter cet arbre pour saluer ce moment.
Eh bien, cet arbre-là est sorti indemne au milieu des cendres le 10 juin 1944. Il a survécu comme pour illustrer quau-delà des épreuves, au-delà des générations, le combat pour lhumanité continue.
Monsieur le président,
Cest cette confiance dans la liberté, cette espérance dans la démocratie, cet attachement à la paix que nous sommes venus ici ensemble, Président de la France, Président de lAllemagne, exprimer donc aujourdhui à Oradour.
Cest le message dOradour.
Il vivra. Il vivra perpétuellement. Merci.

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