Publié le 13 juillet 2013

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de défense de la France , à Paris le 13 juillet 2013.

13 juillet 2013 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la politique de défense de la France , à Paris le 13 juillet 2013.

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Mesdames, Messieurs les ministres,
Messieurs les ministres de la Défense des pays amis,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs les sous-officiers,
Mesdames, Messieurs,
Je tenais à madresser aux militaires qui vont demain défiler sur les Champs-Elysées. Cest un moment démotion, toujours partagé par les familles mais aussi par les Français, fiers de voir des détachements de leur armée accompagnés par dautres, porter les couleurs, couleurs de la France, couleurs de lEurope, couleurs des Nations Unies. Ce sera le cas demain.
Mais Je souhaitais aussi saisir loccasion qui mest donnée pour rendre hommage à lensemble de nos soldats. Je pense dabord à ceux qui sont tombés au champ dhonneur, qui sont morts pour la Patrie, dans laccomplissement de leurs missions, missions exigeantes, missions périlleuses et auxquelles les armées font face avec un courage qui suscite ladmiration de tous. Je noublie pas les trois gendarmes qui, au début du mois de juillet, ont perdu la vie lors dun entrainement en montagne.
Je salue aussi les familles et leur exprime toute ma compassion.
Les valeurs de nos armées nous les connaissons, labnégation, le sacrifice, le patriotisme. Ces valeurs restent intangibles au-delà des générations, au-delà des situations, au-delà des conjonctures. Ce qui change, et nous devons en prendre toute la mesure, cest le contexte, contexte stratégique, contexte économique qui oblige à réévaluer à chaque moment les missions.
Cest le rôle du livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale que jai souhaité voir élaborer dès le lendemain de mon élection. Ce travail a permis de redéfinir nos stratégies, nos objectifs, nos besoins. Sur cette base et sur la proposition du ministre de la Défense, du Premier ministre, jai fixé les orientations qui seront contenues dans la nouvelle loi de programmation militaire. Cette loi déterminera la configuration de nos armées pour les années à venir. Cette loi reposera sur un principe, le maintien dun effort financier important de la Nation avec la reconduction du budget de la Défense à hauteur de 31,4 milliards deuros, cest-à-dire au niveau où il se situe cette année. Les crédits de la Défense seront donc, et jinsiste sur ce point, à la différence de la plupart des ministères, seront donc préservés dans leur intégralité. Cest un effort que la Nation fait, non pas pour les armées, mais pour sa propre sécurité.
Je connais le contexte économique, qui nest pas dailleurs celui de la France mais celui de toute lEurope et qui sest traduit ces dernières années par une accumulation des déficits et des déséquilibres financiers et pour ces derniers mois par une récession.
Autant de difficultés supplémentaires, mais autant de défis pour les surmonter.
Cest pourquoi, la France se bat, elle se bat et vous en savez, vous, le péril sur les champs de bataille. Mais la France, elle se bat aussi dans le domaine économique, avec ses entrepreneurs, avec ses salariés, avec ses chercheurs, avec tous ceux qui contribuent à faire la France. Parce que cest notre devoir de citoyens, où que nous soyons.
Oui, la France, elle se bat pour remettre en ordre ses finances, pour redresser son appareil productif, elle se bat pour retrouver la confiance dans son avenir.
Alors, raison de plus pour tracer les lignes de notre avenir commun. Pour dire ensemble quelle France nous voulons pour les dix prochaines années.
Quelle France dans le domaine de lindustrie, dans le domaine de la science, dans le domaine de la recherche ?
Quelle France nous voulons pour notre consommation, notre production dénergie ?
Quelle France nous voulons pour nos modes de transports ?
Quelle France nous voulons pour nos écoles ?
Quelle France nous voulons pour nos armées ?
Parce que selon cette capacité que nous aurons à porter lidée de la France dans la durée, dépendra à ce moment-là, la chance de sortir rapidement de la crise.
Les Français veulent de la visibilité, veulent de la clarté et cela vaut dans tous les domaines, et donc, dans le domaine militaire, cest le sens de la loi de programmation.
Les décisions qui sont prises aujourdhui, elles vaudront pour demain et même pour après-demain. Les décisions que nous prenons aujourdhui, feront que nous pourrons jouer ou ne pas jouer notre rôle à léchelle de lEurope et du monde.
Les décisions que nous prenons aujourdhui, permettent de savoir si la France, notre pays, continuera à peser sur le destin de la planète et à élargir encore son influence.
Au cours des trente dernières années, notre pays a continué à simposer comme une nation qui compte dans le monde. Nous le devons à notre histoire, à nos engagements, à notre diplomatie, mais nous le devons aussi à nos armées et à notre défense Nationale.
La France est un des rares pays au monde à pouvoir disposer de capacités de protection de notre territoire, de projection, pour aller au secours dun certain nombre de populations ou dEtats qui nous en font la demande et de dissuasion, pour garder notre autonomie de décision.
Depuis un an que jexerce la responsabilité de chef dEtat, donc de chef des Armées, je mesure ce quest lautonomie de décision, lindépendance nationale, la capacité de pouvoir faire en sorte que la France puisse être ce que lon attend delle.
Quavons-nous pris comme décision ? Nous avons, comme jen avais pris lengagement, retiré nos éléments combattants dAfghanistan à la fin de lannée dernière, maintenant néanmoins une présence là où elle était souhaitée par nos alliés.
Nous avons pris la décision de faire lopération « SERVAL » au Mali et je salue, ici, les amis africains qui nous ont accompagnés dans cette mission.
Nous avons lutté contre la piraterie, nous avons permis, grâce au dispositif Vigipirate, dassurer la sécurité de nos concitoyens. Nous avons fourni de laide à des populations qui souffrent.
Je pense notamment aux réfugiés et aux réfugiés syriens en particulier.
A chaque fois que jai pris cette décision, à chaque fois, la mission a été accomplie avec succès. Je voulais ici, vous en exprimer toute ma gratitude.
A chaque fois, jai pu apprécier lefficacité et la pertinence de notre organisation. Le lien direct entre le chef des Armées que je suis, et les forces qui sont celles de notre défense Nationale, ce lien direct est adapté aux exigences de la responsabilité supérieure qui est la mienne et celle de vos chefs qui peut aller jusquà engager la vie des soldats de notre Nation.
Les Français sont fiers et ils peuvent lêtre de lexcellence professionnelle dont nos armées font preuve sur lensemble des théâtres dopération. Lhommage que je rends aujourdhui aux armées, lexpression de ma compassion à légard de ceux qui ont fait sacrifice de leur vie, la reconnaissance que jai pour tous ceux qui combattent au nom de la France ou tous ceux qui servent la France avec luniforme. Cet hommage ne doit pas dissimuler la réalité, la réalité que je connais. Je sais les inquiétudes qui existent dans la communauté militaire. Nos armées ont été sujettes, pour ne pas dire soumises à tant de réformes depuis tant dannées, avec une réduction des effectifs de plusieurs dizaines de milliers dhommes depuis le début des années 2000. Nos armées ont toujours fait preuve dadaptation mais les interrogations demeurent, et elles sont légitimes.
Jusquà quand sera-t-il demandé de nouveaux sacrifices ? Jusquà quel point le système daujourdhui pourra-t-il encore perdurer ?
Je vous assure que le ministre de la Défense et vos chefs minforment régulièrement de cette situation. Vos préoccupations témoignent de lintérêt de lensemble de la défense pour les enjeux que toutes ses réformes ont induits. Je vous ai dit que je les entendais, que jétais conscient des efforts demandés à nos armées comme à tous les Français. Je souhaite que néanmoins il soit tenu compte de la spécificité de la condition militaire, de ses obligations, de ce quelle signifie pour les hommes et les femmes qui servent dans nos armées et pour leurs familles. Cest pourquoi jaurai loccasion de rencontrer les membres des conseils de la fonction militaire à la rentrée.
Jean-Yves LE DRIAN sest engagé à surmonter un certain nombre de dysfonctionnements, parce quil y en a dans nos armées. Je pense notamment à Louvois qui a donné hélas son nom à une mauvaise technique et qui pénalise bon nombre de militaires et leurs familles. Des efforts ont été accomplis je les salue mais il y a encore des difficultés. Tout cela doit être réglé et sera réglé. De même, tout doit être mis en uvre pour accompagner les milliers dentre vous qui quitteront linstitution militaire dans les années à venir. Je veux que les meilleures conditions soient offertes à ceux qui ont servi la France, au moment où leur carrière professionnelle les conduit à prendre une autre orientation. Nous devons prendre en compte le service rendu. Je serai attentif à tous les dossiers et notamment lorsquils comportent un volet humain, cest mon devoir et cest ma responsabilité.
Je souhaite enfin que laction militaire de la France puisse être conduite avec des moyens matériels au meilleur niveau technologique et capacitaire. Jen veux pour preuve lavion A400M dans lequel jai eu loccasion de voler il y a quelques jours.
Il est luvre de nos ingénieurs civils et militaires, dune coopération européenne exemplaire et cet avion est la manifestation dune volonté politique de donner à nos forces les outils nécessaires à leurs missions.
Cest cette volonté de modernisation qui sera également exprimée dans la nouvelle loi de programmation.
Des matériels pour servir des missions, des hommes formés pour être à la hauteur de la technologie qui leur est confiée.
Voilà ce que sont nos choix pour la défense. Avoir le souci du long terme, la volonté de protéger nos concitoyens et dêtre à la hauteur de ce quest la responsabilité de la France dans le monde.
Demain, nombre dentre vous défileront devant les autorités politiques militaires de notre pays mais aussi devant le secrétaire général des Nations Unies, BAN Ki Moon.
Parce que nos armées servent aussi les Nations Unies. Vous défilerez avec dautres troupes venant dautres armées : africaines, européennes. Nous accueillerons notamment un détachement de la Croatie, nouveau pays de lUnion européenne, et le président de la République de Croatie sera à mes côtés.
Vous défilerez je lai dit, aux côtés de vos frères darmes, de ceux qui ont mené un combat exemplaire en Afrique, cest-à-dire au Mali, contre le terrorisme.
Une opération qui a été réussie en tous points, du début jusquà la fin. Une opération qui a été saluée au Mali, jen ai été moi-même le témoin vivant.
Qui a été saluée dans toute lAfrique qui, à chaque occasion, rend hommage à laction de nos soldats. Une intervention qui a été réussie parce quelle permet, à la fin de ce mois, dorganiser des élections au Mali et de permettre la transition et le dialogue. Sil ny avait pas eu lintervention militaire au Mali, il y aurait aujourdhui une barbarie terroriste qui occuperait ce pays, et le doute se serait installé dans toute lAfrique de lOuest.
La décision qui a été prise naurait été daucun effet sil ny avait pas eu cette mobilisation, au premier instant de ma première et propre décision, permettant dintervenir et darrêter la colonne terroriste au prix, hélas, de sacrifices de nos soldats. Vous avez ainsi donné limage dune France déterminée, pugnace, mais agissant conformément au droit international et étant saluée par la population qui avait fait appel à nous.
Mais demain, cest le peuple français qui, massé tout au long de la plus belle avenue du monde, va vous rendre hommage, vous qui allez défiler. Il ny aura pas que des Français non plus parmi les spectateurs. Il y a toutes les nations du monde qui viennent sur les Champs-Elysées. Il y aura aussi dans la tribune, je lai dit, les chefs dEtat africains et le président du Mali, TRAORE. Le peuple français est toujours heureux de voir défiler ses soldats, en souvenir aussi dautres époques.
Ces périodes que nous aurons à commémorer, le ministre Kader ARIF y travaille : le centenaire de la Première Guerre Mondiale, le 70ème anniversaire de la libération de notre pays pour nous inspirer, là aussi, du sacrifice des générations qui nous ont précédé. Qui ont vécu des difficultés bien pires que les nôtres, des épreuves bien plus douloureuses et qui les ont surmontées avec leur énergie, leur enthousiasme, leur foi dans lavenir. Ils lont fait. Seuls, mais surtout avec des alliés fidèles, parce que eux aussi croyaient aux valeurs qui sont les nôtres et notamment la liberté.
Eh bien aujourdhui, dans un tout autre contexte, nous regarderons le passé, fièrement, nous saluerons le présent, il est à lhonneur de la France et nous préparerons lavenir.
Lavenir cest aussi notre défense nationale. Et cest pourquoi, aujourdhui, en cette veille du 14 juillet, je tenais à vous exprimer, au-delà de ma propre gratitude, celle de la Nation tout entière.
Vive la République et vive la France.

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