Publié le 25 juin 2013

Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec TF1 le 25 juin 2013, sur la construction européenne.

Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec TF1 le 25 juin 2013, sur la construction européenne.

25 juin 2013 - Seul le prononcé fait foi

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VALERIE NATAF : « Monsieur le Président en ce moment lhumeur du temps cest plutôt haro sur lEurope et, vous, vous lancez une offensive européenne pour plus dEurope et moins de chômage. Etes-vous à contretemps ? »
LE PRESIDENT : « Nous avons besoin de lEurope. Tout simplement parce quelle est aujourdhui en récession et quil doit y avoir une initiative de croissance qui doit être prise au bon niveau.
Comment faire ?
Dabord desserrer les contraintes et les politiques daustérité. Nous avons commencé à convaincre la Commission européenne, pas simplement pour la France mais pour plusieurs pays dont lEspagne et le Portugal par exemple.
Deuxième idée, faire appliquer le pacte de croissance que jai moi-même fait adopter il y a un an qui nest pas encore complètement mis en uvre et exécuté. Jy veillerai notamment au prochain Conseil européen.
Troisième idée, les banques doivent prêter davantage aux PME. Il existe une Banque européenne dinvestissement. Elle va donc être chargée daccompagner les banques françaises et notamment la Banque publique dinvestissement pour financer les petites et moyennes entreprises.
Dernière idée qui est la plus importante à mes yeux, lemploi des jeunes. Il y a 6 milliards deuros qui ont été dégagés dans le budget européen. Je veux que ce soit mis en uvre pour la fin dannée ou le début de lannée prochaine car cela ne peut plus attendre.
LEurope, on voit quand elle peut freiner et cela a des conséquences. On voit quand elle peut imposer des politiques et cela peut être parfois laustérité. On voit aussi quon peut lui donner une autre orientation et cest ce que jai engagé depuis plusieurs mois et qui commence à porter ses fruits. »
VALERIE NATAF : «Justement, pour bon nombre de Français, on a limpression que lEurope, cest synonyme daustérité, de sacrifices. Quand vous dites compétitivité, beaucoup de Français entendent sacrifices, contraintes. Comment pouvez-vous donner envie de plus dEurope ? »
LE PRESIDENT : « LEurope, cest ce qui nous permet de regarder devant. Après cela dépend quelle politique est conduite. Car si on prend des politiques daustérité, ce nest pas regarder devant, cest derrière. Il est normal que lEurope puisse nous imposer des règles. Nous sommes ensemble et il est normal que nous puissions nous désendetter, mettre de lordre dans nos finances publiques. Nous lavons accepté. Nous lavons accepté car cest lintérêt de la France et parce que cest lintérêt de lEurope.
Mais lEurope doit donner une impulsion nouvelle. Cest la raison pour laquelle, avec Madame MERKEL, cela na pas été si simple. Nous avons signé un accord qui nous permet de dire : voilà, pour les prochains mois, plus de crédits pour les PME, plus demplois pour les jeunes, moins daustérité pour les pays qui sont les plus touchés par la crise. »
VALERIE NATAF : « Justement, une partie de notre avenir, la lutte contre le chômage des jeunes se joue en Europe. Comment pouvez-vous expliquer cela ? Est-ce que pour nous enfin, les Français, lEurope va changer quelque chose à notre quotidien ? »
LE PRESIDENT : « LEurope fait parfois beaucoup sans quelle dise ce quelle fait. Dailleurs, cest une façon pour les pays et pour les Etats de dire « regardez ce que nous avons réalisé » alors que cest lEurope qui la financé Je vais prendre un exemple : nous allons obtenir de lEurope quelle nous accompagne pour le plan Campus, le plan pour les universités, 1 milliard deuros. Jai également obtenu que lEurope nous accompagne pour les hôpitaux, pour les rénover, pour les construire, lorsquil y a besoin de le faire, ou pour les étendre lorsque cest nécessaire et cest nécessaire ! 1 milliard deuros va être dégagé dans les prochains mois.
LEurope convient quelle puisse impulser des politiques et cest ce que javais expliqué à mes amis européens : lEurope ne peut pas être identifiée à laustérité. Si elle est identifiée à ce qui punit, à ce qui empêche, à ce qui entrave, alors il y aura cette rupture que lon constate aujourdhui entre les citoyens et lEurope. Mais si lEurope est regardée comme protégeant, accélérant, innovant et investissant alors les Français comme tous les Européens, auront de nouveau la tête tournée vers lEurope. »
VALERIE NATAF : « Est- ce que cest un rêve ? Vous aviez parlé de réenchanter le rêve français. Faut-il aujourdhui réenchanter le rêve européen ? »
LE PRESIDENT : « Oui. LEurope a été une grande aventure, pour nos parents, nos grands-parents qui ont réussi par lEurope à faire la paix. Cela a été une grande aventure pour faire ce grand marché qui fait quaujourdhui tout le monde peut circuler. Cela a été une grande aventure même pour les étudiants qui peuvent se retrouver à faire leurs études dans les universités des principales capitales européennes. Aujourdhui, cela nest plus regardé comme une grande aventure mais comme, parfois, une mésaventure quand il sagit de regarder les politiques daustérité partout en Europe.
Il est temps, maintenant, de passer à une autre étape. Il y a eu une crise. Cette crise a été violente, cela a été une crise financière, cela a été une crise budgétaire, nous avons inventé des mécanismes nouveaux, des instruments... La crise, de ce point de vue-là, est terminée. Mais il y a une crise économique qui est celle de la récession. Lenjeu pour lEurope, cest de montrer quelle peut aider les pays à sortir de la récession ou, en tout cas, de la faible croissance.
Vous évoquez lemploi des jeunes. Je ne vais pas me permettre de dire : que lEurope fasse et, nous, on suivra ! Non, cest à la France de montrer que ce quelle fait pour lemploi des jeunes doit être encore amélioré et amplifié grâce à lEurope. Cest ce que nous allons faire dès le début de lannée prochaine.

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