Le chimiste Bernard Bigot nous a quittés à 72 ans, nous laissant le soin de veiller après lui au programme de recherche international ITER qu’il dirigeait depuis 2015, dont dépend l’énergie du futur. Comme chercheur, enseignant, haut fonctionnaire et haut-commissaire à l'Énergie atomique, il repensa l’industrie du nucléaire français pour la mettre au service des générations à venir.

Était-ce parce qu’il débordait lui-même d’énergie qu’il choisit de scruter ses secrets au cœur de la matière ? Admis à l’ENS de Saint-Cloud à 19 ans, agrégé de physique à 23 ans, docteur en chimie nucléaire à 29, Bernard Bigot avait mieux qu’une tête bien faite, une âme haute, et la ferme volonté de mettre ses talents au service des autres. Après deux séjours d’enseignement à l’étranger, l’un au Pérou, l’autre aux États-Unis, il participa à l’aventure de la relocalisation de son ENS à Lyon ; peu à peu, il s’y investit davantage, prenant la direction d’un de ses laboratoires, de son système de concours, puis de l’intégralité de sa recherche, avant de diriger l’école elle-même de 2000 à 2003.

Son expertise scientifique nucléaire, son exigence tempérée de chaleur humaine et de modestie, sa capacité à rassembler, attirèrent l’attention de l’État, qui lui confia des fonctions de chef de mission scientifique et de directeur général de recherche dans les années 90. Sous le gouvernement Raffarin, il fut directeur de cabinet de Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche et aux Nouvelles technologies. 

Mais de nouveaux sommets attendaient ce féru de randonnées alpines : le haut-commissariat à l'énergie atomique, qu’il intégra en 2003, avant d’en être nommé administrateur général. Nul poste plus adapté pour porter sur les fonts baptismaux un projet de recherche internationale en fusion nucléaire dont il avait suivi la naissance dans les arcanes ministériels de la rue Descartes, et qui l’avait enthousiasmé. Bernard Bigot plaçait un espoir immense en cette pierre philosophale de l’énergie propre et durable, qui cherche à reproduire un processus physique naturellement présent dans les astres à partir d’hydrogène disponible en quantité presque illimitée sur terre. ITER, puisque tel est l’acronyme anglais de « réacteur thermonucléaire expérimental international », devint alors son cheval de bataille. De rencontres en tractations diplomatiques, il parvint à convaincre les pays membres du programme d'implanter le réacteur en Provence, à Saint-Paul-lez-Durance, créant un vivier d’emplois et un pôle scientifique tricolore. 

Porté à la direction d'ITER à l'unanimité des pays participants en 2015, il hérite d’un programme en mal de cohésion, où chaque pays remet en question sa participation. Par la création d’un fonds de réserve, par le rééquilibrage des responsabilités de direction, il parvient à lui imprimer un élan digne de son statut de navire amiral de la recherche nucléaire, pavoisant les couleurs de 35 nations et doté d’un budget de 20 milliards d’euros que finance presque pour moitié l’Union européenne, avec la participation de la Chine, de la Corée du Sud, des États-Unis, de l'Inde, du Japon et de la Russie. Si les premières démonstrations de 2025 sont concluantes, alors Bernard Bigot aura gagné son pari, et l’humanité avec lui.

Le Président de la République salue un grand serviteur de l’Etat et un scientifique visionnaire qui a cherché à trouver la solution du défi énergétique mondial. Il adresse ses condoléances émues à ses proches, à tous les élèves dont il a éclairé le parcours et à tous les scientifiques dont il a partagé la quête.

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