Publié le 26 juillet 2021

Discours du Président Emmanuel Macron depuis l’île de Hiva Oa.

Pour son deuxième jour de déplacement, le Président Emmanuel Macron a pris la direction de l'île de Hiva Oa. Il s'agit du premier déplacement d'un Président de la République dans les îles Marquises. 

Il a pu assister à un spectacle de danse et a ensuite prononcé un discours.

26 juillet 2021 - Seul le prononcé fait foi

DÉCLARATION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN POLYNÉSIE FRANÇAISE

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Monsieur le Président, cher Édouard, cher ami, 
Monsieur le président de l'Assemblée, 
Mesdames, messieurs les parlementaires, 
Mesdames, messieurs les élus, 
Monsieur le Haut-commissaire, 
Officiers généraux, officiers, 
Mesdames, messieurs, 
Chers amis,
Marquisiennes, Marquisiens.

Merci infiniment. Je ne sais pas pourquoi vous voulez que je parle. J'aurais voulu pour ma part que cette cérémonie ne se termine jamais. Alors merci aux danseuses, aux danseurs, aux chanteuses et aux chanteurs et à l'ensemble des musiciennes et des musiciens. Vous nous avez ce soir, honorés. Vous nous avez raconté vos mythes, vos histoires et je sais que pendant plus de deux jours, vous avez répété ensemble pour que ce moment puisse se tenir. Merci infiniment à vous, parce que si c'est pour la première fois dans notre histoire qu'un Président de la République foule le sol des Marquises, c'est la première fois, je crois, dans notre histoire que les six îles ensemble jouent et dansent dans une même cérémonie. Ainsi, bravo à vous ! 

Alors, mes chers amis, rien ne devait nous conduire à ce que la République française, à ce que la France soit là face à l'océan sous ce ciel avec vous. Rien. Ce sont des centaines d'années de conquêtes, d'invasions, ce sont des drames et des épidémies que vous avez rappelés, Madame le Maire. Aussi, ce sont des centaines d'années d'histoire, d'amour, mais une chose est sûre : les Marquises à la fin ont choisi la France. Quand il a fallu se battre lors de la Première Guerre mondiale, lorsqu'il a fallu se battre pour la liberté et pour la France lors de la Deuxième Guerre mondiale, vous étiez là, vous, et vous avez choisi la France. Je sais, et je le verrai demain à vos côtés, lorsque nos armées sont là au côté de la jeunesse, que le RSMA est là depuis plus de trois décennies. Aux côtés de cette jeunesse, c’est aussi la France qui est ici choisie, la France qui est ici portée. Merci pour cela. 

Je dois vous dire, lorsqu’on est Président de la République, on entend souvent la Marseillaise entonnée. Mais je n'oublierai jamais La Marseillaise que nous avons chantée tous ensemble, tout à l'heure. Jamais. Cette Marseillaise, elle disait en même temps que vous aimez la France. Alors, je veux ce soir vous dire que la France vous aime. La France vous aime parce qu'il y a quelque chose d'impensable, de plus grand que nous, de plus fort, une nature et une culture. Ce que je veux à travers vous célébrer ici, aux Marquises, ici en Polynésie française, c'est cela. Je le dis avec infiniment d'humilité, il y a quelque chose qui précède la France ici et que vos chants, vos danses, votre artisanat, les tatouages, votre musique traduisent, la réconciliation de la nature et d'une civilisation millénaire. Ceci est plus fort que nous et vous en avez, je le sais, l'intime conviction parce que cela nous précède et cela nous survivra. C'est ce qui nous rend fort. 

Or, cette nature et cette culture ici dans le Pacifique, nous vivons leur fragilité. Il y a quelques dizaines d'années, la culture que vous portez était presque en train de disparaître. Au moment où nous nous parlons, nous le savons, plusieurs de nos terres risquent de disparaître à cause du changement climatique. Cette nature, cette culture qui font les Marquises, qui font la France, ici dans le Pacifique, sont fragiles. Elles nous rappellent que nous sommes toutes et tous les dépositaires de civilisations et de cultures qui sont plus grandes, plus fortes que nous. Mais elles nous rappellent qu'à chaque instant, elles peuvent disparaître. Alors face à cela, c'est ensemble que nous pouvons triompher. D'abord en résistant, en résistant comme vous l'avez fait pour que les cultures ne se perdent pas, en résistant comme nous allons le faire ensemble, pour que notre territoire, nos sols ne disparaisse pas, pour que notre nature ne disparaisse pas. Résistez ! 

Ensuite, c'est en transmettant. J’ai vu ici des visages si jeunes, des générations qui se passaient le relais. Il n'y a qu'en résistant et qu'en transmettant que - même si c'est fragile un instant - nous tiendrons et nos enfants pourront être plus nombreux encore à danser, chanter, raconter ces mythes, ces contes, ces histoires et célébrer ici la France en même temps que la culture marquisienne. Parce qu'avec cette résistance, avec cette transmission, il y a la renaissance, la renaissance à laquelle nous œuvrons pour nos enfants, nos petits enfants et les générations qui viendront, comme toutes les générations qui nous ont précédés ont œuvré pour cela. Notre trésor, c'est cette nature et cette culture. 

Alors oui, Madame le Maire, je veux vous dire ce soir que je me battrai à vos côtés pour que nous puissions classer à l'Unesco les Marquises. Le faire parce que c'est à la fois cette nature, cette biodiversité Ce n'est pas un mot technique, c'est votre vie, ce sont vos paysages, ce sont vos oiseaux, ce sont nos paysages, ce sont nos oiseaux, et se battre aussi pour ces traditions, cette culture, ces civilisations que vous portez et que vous honorez. Vous m'avez offert dans une boîte qui est faite de votre artisanat, de votre art traditionnel les plumes de vos oiseaux, de chacun des oiseaux de vos îles. J’y ai enfermé aussi, sans que vous le sachiez, une part de vos chants, de vos danses et de vos sourires, et je les emporte avec moi contre mon cœur. Je les emporterai pour les classer et les protéger, je les emporterai aussi pour me souvenir chaque jour qu'il y a ici une de France qui vivra, qu’il y a une part plus grande que la France, qu'il y a une part d'avant la France et qu'il y a une part que nous aimons. Vous savez, il y a un poète, La Tour du Pin, qui disait une phrase magnifique. Il disait : « Les peuples qui n'ont plus de mythes, sont condamnés à mourir de froid ». Ce que vous avez magnifiquement démontré aujourd'hui, c'est que la France, avec vous, a des grandes histoires, des grands mythes. Et que grâce à vous, nous ne mourrons jamais de froid, jamais. Alors merci pour ce cadeau infini. Et dans chacun de vos combats qui touchent votre intimité, votre quotidien et notre histoire, sachez que je serai à vos côtés. 

Voilà mes amis, ce que je voulais vous dire ce soir. Vous avez dit que j'étais ce « chef qui irait loin et qui regarde devant ». Personne ne va loin, s'il n'a les pieds quelque part et s'il sait d'où il vient. Vous m'avez montré un peu plus ce soir d'où je venais aussi grâce à vous, et je n'oublierai jamais. Alors je vous emporte dans mon cœur, soyez fiers d'être Marquisiennes, Marquisiens, fiers d'être Polynésiennes, Polynésiens, fiers d'être Françaises et Français. 

Vive les Marquises ! 
Vive la Polynésie française ! 
Vive la République et vive la France ! 


 

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