Publié le 30 septembre 2019

Ils ont travaillé avec le Président Jacques Chirac, ils nous racontent

De ses 12 années passées à l’Élysée, le Président Jacques Chirac a laissé une marque dans l’Histoire, mais aussi de nombreux souvenirs dans les mémoires de celles et ceux qui y travaillaient alors.

En hommage au Président et à l’homme qu’ils ont connu, ils partagent pour la première fois :

« J’ai commencé à travailler à la Présidence en 2003. J’étais alors affectée à la cellule diplomatique. Le Président Chirac a toujours été, de mon point de vue, autant exigeant qu’humain et empathique.

Passionné d’art inuit, il n’a pas hésité (ou résisté !), alors que nous faisions une escale à Halifax au Canada, en direction du Guatemala, à faire ouvrir les magasins du duty free de l’aéroport en pleine nuit pour s’acheter une statuette. Nous, délégués de l’avion présidentiel, l’avons suivi, ébahis, ravis pour la plupart (surtout les Canadiens) et déconcertés (surtout les équipes de sécurité) !

Il était ça aussi : quelqu’un qui n’oubliait pas de vivre et assumait ses passions, comme celle des combats de sumos, dont son conseiller diplomatique, lui aussi amateur de ces combats, devait lui imprimer les résultats chaque vendredi soir.

Son regard était direct et franc, il nous (re)connaissait et savait valoriser nos qualités professionnelles. »

Odile, agent à la Direction des Opérations de l’Élysée.

« J’ai travaillé pour le Président Chirac de 1995 à 2007. Je me souviens comme si c’était hier de ma première rencontre avec le Président. À l’époque j’étais affecté au service audiovisuel et j’avais été formé en tant qu’opérateur prompteur. Toute l’équipe technique s’affairait à préparer l’enregistrement, lumière, son et prompteur. L’heure de l’enregistrement approche. Le Président entre dans le salon transformé en studio pour sa prise de parole. Il fait le tour et salue tout le personnel technique.

Arrivée à mon tour, Claude Chirac, qui était ma chef à l’époque, me présente au Président. Ce dernier me regarde, sourire en coin, me tape sur l’épaule et me dit « Alors mon jeune ami ! C’est vous qui allez faire défiler mon texte ? ». Je lui réponds que oui. « Bon alors si je vais trop vite vous ralentissez et si je ne vais pas assez vite on accélère » me dit-il. « Je vous suivrai Monsieur le Président » je réponds.

L’enregistrement commence. Tout se passe bien. À la fin, le Président appelle Claude Chirac : « Claude ! Le p’tit jeune, on le garde ! Il sait bien manier la machine à chanter ! ». Ce fut ma première rencontre avec le Président, que j’ai suivi sur l’ensemble de ses mandats. C’est un moment marquant que je n’oublierai jamais. »

Frédéric, agent à la Direction des Opérations de l'Élysée.

« Tellement de souvenirs, de bons moments, de rires. Merci Monsieur le Président pour tous ces instants. C’est vous qui m’avez donné cette opportunité et embauché à la suite de mon service militaire, c’est vous qui m’avez tant félicité après ce titre de meilleur ouvrier de France, c’est encore vous qui m’avez demandé de rester à votre service et c’est toujours vous qui m’avez nommé chef de cuisine pour être l’adjoint de Bernard.

Depuis jeudi, c’est l’ensemble des collaborateurs de la Présidence de cette belle époque qui se remémore tant et tant de souvenirs. On s’appelle, on se réunit, on se rassemble comme une famille endeuillée. C’est ce que nous sommes. 22 années partagées dans votre sillage… Je garderai éternellement un souvenir joyeux de ces moments, vos « Bonjour cher Maître » en public et les « Salut » en privé, les histoires drôles, les moments improbables et incongrus partagés, votre appétit, votre gourmandise et votre amour du terroir.

Mes pensées accompagnent votre famille dans ces moments douloureux. Au revoir mon Président. »

Guillaume Gomez, chef des cuisines de l’Élysée.

« J’ai commencé à travailler à la Présidence en mars 1997. Le Président m’a donné le plus bel honneur que l’on puisse rendre à quelqu’un : celui d’accorder la Légion d’honneur à tous les Justes de France encore en vie. Après l’hommage qu’il leur avait rendu lors d’une cérémonie organisée au Panthéon en janvier 2007, ce sont plusieurs dizaines de personnes qui ont été distinguées à l’occasion de la promotion de Pâques 2007, la dernière du mandat de Jacques Chirac.

Ces Justes ont été reconnus pour leur bravoure, quels que soient leur origine sociale, leur situation professionnelle et leur lieu de résidence. Tous ont été nommés dans l’ordre national de la Légion d’honneur parce qu’ils avaient mis leur vie en danger durant la Seconde Guerre mondiale, en évitant la déportation à des milliers de Juifs. 

Trop peu nombreux – environ 150 Justes – ont reçu cet honneur en avril 2007 alors que Jean Ferrat, dans sa chanson « Nuit et brouillard » a écrit « Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers… » pour évoquer les victimes de la déportation.

12 ans après, le comité français pour Yad Vashem continue à m’envoyer des dossiers de candidatures pour une nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur, dès lors qu’un citoyen vient de recevoir le titre de « Juste parmi les Nations en France ».

Aujourd’hui, je suis fière de participer à cette reconnaissance, qui restera à jamais inscrite dans l’Histoire de France. »

Rose-Marie, responsable du service des décorations.

« Je travaille au restaurant des conseillers du Président depuis décembre 1998. À la fin de la traditionnelle interview du 14 juillet, j’attendais le Président Chirac à sa sortie avec son traditionnel gin tonic qu’il a bu d’une traite. En reposant son verre sur mon plateau, il m’a dit en me tapant sur l’épaule « Aaaah, ça fait du bien ! ». Le lendemain, j’ai lu dans la presse « Le Président, à la fin de notre rencontre, a bu un grand verre d’eau gazeuse cul sec avant de rejoindre ses invités à la Garden ». J’en ris encore. »

Stéphane, agent au restaurant des conseillers.

« Je travaille à la Présidence depuis septembre 1990. Je suis actuellement le seul jardinier encore en poste l’ayant côtoyé pendant ses deux mandatures. Au risque de répéter une évidence, j’ai gardé un excellent souvenir du Président Jacques Chirac qui avait une bonhomie non feinte. Il avait toujours un mot gentil pour qui que ce soit et demandait des nouvelles quand il savait qu’un agent, son conjoint ou l’un de ses enfants était malade. Il donnait l’impression de connaître chaque personne qui travaillait à l’Élysée. Ce qui était impressionnant, c’était lors de ses traditionnels vœux au personnel : il pouvait rester des heures à se faire prendre en photo avec les invités. Une patience phénoménale que je ne m’explique pas, et toujours des mots gentils pour le personnel dans son allocution à cette occasion. » 

Yannick, jardinier.

« Je suis arrivée à l’Élysée en janvier 2003 à ce qui était à l’époque le Conseil de sécurité intérieure. Deux ans après mon arrivée, décision est prise par Jacques Chirac de rendre hommage à notre équipe. Le déroulé de la cérémonie arrive et je constate que les secrétaires sont mises de côté… Nous ne sommes pas invitées. Je râle mais, bien que déçues, nous essayons d’y aller quand même.

On nous place derrière le cordon rouge. Jacques Chirac arrive, se place entre le Secrétaire Général de l’Élysée de l’époque, Phillippe Massoni, et quatre de ses conseillers. Il les regarde, leur fait un petit signe de tête et commence à parler en annonçant à tous que l’équipe n’étant pas au complet, il ne commencera son discours que lorsque les quatre secrétaires l’auront rejoint ! Et nous appelle toutes les quatre par nos prénoms… ! Silence dans la salle. Nous nous regardons toutes les quatre, pétrifiées. Après un petit temps d’hésitation, nous avançons timidement. La cérémonie se passe bien puis arrive le moment des photos.

Le photographe demande à l’équipe de rejoindre le Président. Il me place à sa droite. Intimidée par le fait d’être si proche, je le regarde un peu comme une groupie, et là, sentant mon émotion, il me prend par les épaules et me dit « Ne vous inquiétez pas, ça va bien se passer ! ». Alors se dessine sur mon visage un grand sourire et bing, le flash du photographe… Je garde précieusement ce souvenir et cette photo.

Ce ne fut pas grand-chose pour lui, mais ce fut beaucoup pour moi. » 

Sylvie, agent au service des distinctions honorifiques.

« Étant à l’époque l'assistante du Secrétaire Général de l’Élysée, M. Salat-Baroux, j’ai eu l’honneur de travailler avec le Président Chirac. J’en garde un souvenir ému. C’était un Président toujours souriant, ayant toujours un mot gentil. Je travaillais les week-end et, très souvent, il passait dans le bureau, à la recherche du Secrétaire Général. Il s’inquiétait alors de savoir si tout allait bien. Souvent, il venait avec quelques spécialités libanaises qu’il offrait en prodiguant des conseils de dégustation. Il était abordable, soucieux de notre bien-être. Ces douze années passées à servir le Président seront mes meilleurs souvenirs élyséens. »

Mireille, assistante

« Arrivée à l’Élysée en 1985, j’ai donc travaillé avec notre Président Jacques Chirac durant 12 ans en qualité d’assistante de Monsieur Alain Devaquet, ancien ministre. J’assurais très souvent des permanences le week-end, durant lesquelles le Président était très régulièrement sur place. 

Ce que j’aimerais dire est aussi simple que l’était Monsieur Chirac : travailler auprès d’une haute personnalité de telle envergure, chaleureux, humain et rayonnant de sympathie, bien au-delà du statut, aura été un très grand honneur dans ma vie de « fonction nerf ». Le souvenir marquant d’un tel panache restera, pour moi, inoubliable. »

Martine, responsable des « cadeaux offerts » du Président de la République et de Mme. Macron.

« Les agents du service argenterie ont forcément des anecdotes sur le Président Chirac... Lors de ce sommet africain par exemple, durant lequel  nous étions « cachés » derrière des paravents pour travailler. Nous avoins alors vu passer de nombreux pays (États-unis, Chine, Russie…) mais le seul qui s'était arrêté pour nous saluer - alors qu’ il n’y avait qu’ une ouverture de 20 cm entre les paravents - a été le Président Chirac, avec toujours une poignée de main ferme et un grand sourire, en nous demandant si tout allait bien.

Il y avait souvent des déjeuners de travail le mercredi après le conseil des ministres, et même s’il passait au loin, il avait toujours un salut, une main en l’air et une petite phrase qu’il disait à son premier ministre : « Tu vois les argentiers, toujours les plus belles tables du monde ».

Il est vrai que l’on me connait aussi pour mes imitations du président Chirac, qui en ont surpris plus d’un car tout le monde croyait que c’était vraiment lui. Je continuerai comme s’il était toujours parmi nous, avec respect et nostalgie.

Nous sommes triste, très triste…. Nous garderons le souvenir d’un homme souriant, élégant, proche de son personnel. »

Stéphane, agent au service de l'argenterie.

« Je suis actuellement huissier à la Présidence mais j’ai longtemps compté parmi les équipes de sécurité du Président de la République. Un jour, je fus victime d’un accident de la circulation à vélo en me rendant au travail, un accident sans gravité mais qui me valut tout de même un petit déplacement aux urgences. En fin de journée, alors que je ressortais des Urgences, je reçus un appel de Monsieur Salat-Baroux, Secrétaire Général de l’Élysée de l’époque. Je crus tout d’abord à un canular d’un de mes collègues mais non, c’était bien Monsieur Salat-Baroux qui m’appelait en personne car, je cite, « Le Président voudrait avoir de vos nouvelles Monsieur Ladoucette ».

Voilà ce qu’était Monsieur Chirac, que vous soyez grand ou petit, il agissait toujours avec la même élégance. Sa disparition me touche beaucoup. »

Guy, huissier

Revoir les cérémonies d'hommage au Président Jacques Chirac :

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