Publié le 14 mars 2019

Étape 3 : Kenya

"Tous les schémas sont en train d'être repensés. Ceux qui pensent que l'avenir des pays africains, c'est de faire ce que les pays européens faisaient il y a 20 ou 30 ans, se trompent." 

Emmanuel Macron, le 14 mars 2019

Le modèle de développement d'hier ne répond pas aux défis que nous devons relever aujourd'hui. Lors de sa visite au Kenya, le Président Emmanuel Macron a souligné comment cette vision pouvait être déclinée concrètement à travers deux exemples :

  • En matière de transition écologique, car le Kenya est l’un des pays les plus avancés en Afrique dans le recours aux énergies renouvelables dans son mix énergétique. (C'est d'ailleurs à Nairobi qu'a eu lieu le troisième One Planet Summit.)
  • En matière de mobilité, à travers la présentation du projet de création d’une ligne ferroviaire depuis Naïrobi. Cette nouvelle ligne va non seulement créer de l’emploi, offrir aux citoyens une meilleure mobilité, mais aussi préserver l’environnement. La France va prendre part à ce projet durable à travers l’investissement du groupe Transdev.

(Ré)écoutez les Présidents Emmanuel Macron et Uhuru Kenyatta :

Conférence de presse conjointe avec M. Uhuru Kenyatta, Président de la République du Kenya

13 mars 2019 - Seul le prononcé fait foi

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Uhuru KENYATTA (traduit de l’anglais)

Merci beaucoup. Encore une fois au nom du peuple kenyan, permettez-moi de remercier le président et le peuple français pour le soutien, la confiance qu’ils expriment régulièrement envers notre pays et pour les investissements qu’ils réalisent au Kenya. Monsieur le Président, mon gouvernement s’est fixé pour priorité la transformation des infrastructures de transport dans notre pays, l’objectif étant de nous assurer que le Kenya soit correctement connecté par un réseau moderne de routes, de connexions ferroviaires, de ports afin de soutenir une économie compétitive en croissance. Nous avons d’ores-et-déjà investi des ressources conséquentes pour notamment la ligne entre Mombasa et l’ouest de notre pays, la première phase entre Mombasa et Nairobi a déjà été achevé, et dans ce contexte nous nous employons également à développer d’autres corridors ferroviaires, les transports quotidiens également. Nous travaillons à l’amélioration de notre système également informatique, nous travaillons sur différents aspects, l’objectif étant de réduire les accidents, réduire également les embouteillages et dans l’ensemble réduire également le coût du transport public pour le bénéfice de nos citoyens. Comme je vous le disais plus tôt Monsieur le Président, Nairobi est une ville dont la population actuelle approche les 7 millions d’habitants avec 4 millions de personnes qui y vivent et 3 millions qui y viennent au quotidien pour y travailler. Il en conséquence nécessaire pour nous de réaliser ces investissements. Par ailleurs, la modernisation de notre réseau de transport ouvrira également de nouveaux moyens de développement et permettra à des familles d’avoir accès au logement notamment dans des zones qui étaient jusqu’à présent inaccessibles. Notre gouvernement a déjà investi 10 milliards de shillings pour la réhabilitation de 4 lignes existantes et qui ont le plus gros potentiel de transport de passagers, vous avez été témoin de l’une de ces lignes. Les investissements jusqu’à présent ont également permis l’acquisition et la mise à niveau de nombreuses unités, la réhabilitation de notre réseau et le développement de nouvelles gares sur ce corridor et la création également d’un réseau public. Et aujourd’hui nous saluons la conclusion d’un accord avec un consortium français pour la construction d’une ligne qui partira de cette gare vers l’est et en particulier l’aéroport international KENYATTA. Une étude est en cours également et nous sommes convenus des étapes suivantes : un partenariat public-privé sera mis en œuvre afin de soutenir les projets de notre gouvernement, afin de réduire les embouteillages grâce à la mise en place d’un système de transport rapide en particulier pour le bénéfice de cette ville. Il s’agit véritablement de transformer la vie de millions de personnes et également de faire en sorte que Nairobi soit une ville plus agréable encore à la fois pour ses habitants et pour ses visiteurs. Le but pour nous est d’avoir au quotidien passer de 500 000 à 1 million de voyageurs au quotidien et cela d’ici 5 ans. Ces objectifs que nous nous sommes fixés non seulement vont transformer la vie des habitants de Nairobi mais nous permettront également de satisfaire aux objectifs auxquels nous avons souscrit dans le cadre des accords de Paris et de réduire la pollution, notamment la pollution liée aux transports et les maladies dans la ville. Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, le système ferroviaire kenyan existe depuis le tout début du 20ème siècle et a largement contribué au développement économique du Kenya et de la région est de l’Afrique. Ceci a également transformé une grande partie de notre pays dans des zones de développement urbain. En fournissant un mode de transport des passagers et également de fret, ce système est véritablement au cœur de la transformation économique et sociale de notre pays pour transformer notre économie et en faire une économie moderne. Aujourd’hui permettez-moi de remercier le gouvernement et le peuple de la République française d’avoir bien voulu établir des partenariats avec nous pour améliorer encore notre système de transport pour la région et particulièrement cette ville qui est extrêmement vivante et nous allons ensemble contribuer à construire des infrastructures résilientes, modernes pour la génération actuelle et les générations à venir. Et je me tourne bien entendu et je me réjouis du soutien de la France et, comme je l’ai dit, ceci encouragera également nos représentants du gouvernement à travailler plus vite encore pour que ces négociations aboutissent, afin qu’ils fournissent leur soutien et que nous puissions fournir à nos citoyens les évolutions dont ils besoin. Il s’agit de ne pas perdre du temps en protocoles, en procédures administratives : avançons ensemble aussi rapidement que possible.

 

Emmanuel MACRON

Je suis en effet très heureux, comme le Président KENYATTA vient de le dire, que nous nous retrouvions ici dans ce lieu historique, on le voit, cette gare de 1889 qui a permis à Nairobi de pleinement se développer et qui a été par le passé le symbole de l’avenir de cette ville. Et avec toutes les difficultés qui sont celles d’une ville contemporaine, c’est-à-dire celles du transport en commun que vous avez parfaitement rappelées qui impactent à la fois le quotidien de vos citoyens et le quotidien aussi de la pollution de l’air, de l’engorgement des trafics et de tout ce qui aujourd’hui fait que le développement de Nairobi n’est pas aussi équilibré que ce que vous souhaiteriez. A ce titre, la perspective que nous ouvrons ensemble avec ce projet, c’est véritablement une nouvelle étape pour construire un projet inédit de réhabilitation et d’extension de cette fameuse ligne 4 de chemin de fer qui permettra donc de joindre la gare centrale à l’aéroport international JOMO-KENYATTA. Et je suis en effet très fier que ce soit un consortium français, qui nous a été présenté il y a un instant, qui porte ce projet et ait pu vous l’expliquer parce qu’il permet d’une part d’offrir à vos concitoyens le meilleur du savoir-faire industriel français et de le faire au service du quotidien de votre pays et de vos concitoyens. En effet, ce projet est unique parce que ce n’est pas simplement des infrastructures, ce sont aussi des systèmes d’exploitation, de la billetterie, de l’exploitation de la ligne voyageurs et donc c’est la gestion de la complexité entière de toutes ces mobilités qui sont ainsi offertes par une offre intégrée et ce sera la première liaison ferroviaire moderne en Afrique de l’Est et une magnifique vitrine pour le Kenya et pour notre partenariat. Et donc, comme vous Monsieur le président, je suis impatient et donc comme vous je pense que tous les délais qui nous sont donnés doivent pouvoir être réduits, tout le monde prend les précautions pour dire qu’il faut des études sur des études avant des études. Nos concitoyens ont besoin de perspectives, les perspectives sont données par le volontarisme, moi j’ai retenu qu’avant la fin de l’année 2021, cette liaison ferroviaire fonctionnera.

Ce projet économique d’envergure, qui est de l’ordre de 400 millions d’euros, est aussi symbolique de la politique à laquelle nous croyons, celle de la ville durable, je vous l’ai dit, qui sera le thème du prochain sommet Afrique-France qui se tiendra en 2020. Parce que la problématique que nous avons à gérer ensemble, c’est précisément la problématique de toute l’Afrique qui est en train de se développer : 500 millions d’urbains en plus en 2025, c’est un défi immense et nous pouvons le relever ensemble. Mais c’est un défi qui consiste à apporter des solutions industrielles, technologiques, financières et vous l’avez dit à travers en particulier ce partenariat public-privé qui sera là aussi une innovation. Et à ce titre, ce projet fait partie d’une série d’autres projets que nous avons préparés ensemble avec le président et sur lesquels nous voulons porter le même volontarisme.

En effet, en matière économique, la France accompagne depuis plusieurs années le Kenya sur des projets de développement en matière d’énergie, d’eau mais nous ne sommes pas assez présents sur des projets économiques, industriels. Et je pense que c’est l’intérêt du Kenya et de la France qu’il y ait par cette offre française, cette capacité, aussi, à apporter de l’innovation financière à travers ces partenariats public-privé, de nouvelles réponses apportées à vos défis. C’est pourquoi nous avons ensemble fait avancer plusieurs dossiers. Nous avons longuement discuté un projet important autoroutier avec le Président qui sera conclu d’ici demain matin, qui est un projet considérable de plus d’un milliard et demi. Nous avons ce même volontarisme, et ce seront au total, à peu près, 3 milliards d’euros de contrats qui, dans les domaines clés, seront ainsi conclus : dans l’infrastructure, l’énergie et l’eau. Je tiens à ce tournant dans la relation parce qu’aujourd’hui elle est trop faible sur le plan économique et le Président KENYATTA comme son pays sont en train de mener avec beaucoup de force une stratégie de modernisation du pays, une stratégie très courageuse de lutte contre la corruption, une stratégie de diversification aussi de la production ici, et je pense que la France y a toute sa place par ce partenariat équilibré, transparent qui assure en même temps la possibilité d’apporter un financement soutenable, en impliquant aussi nos acteurs privés et en prenant notre part de risques. Et donc sur ce sujet, je veux ici vous dire pour moi combien les discussions que nous avons eues et ce que nous allons conclure ce soir et demain matin est extrêmement important.

Bien évidemment, la relation bilatérale c’est aussi ce que nous avons évoqué tout à l’heure et nous pourrons répondre à vos questions sur ce sujet : l’agenda de stabilité régionale qui est le nôtre et que nous avons en commun. Nous avons parlé de Somalie, nous avons parlé de toute la sous-région et je veux ici saluer l’engagement du président KENYATTA pour l’intégration régionale dans cette communauté justement d’Afrique de l’Est dans laquelle il croit beaucoup et que nous soutenons pleinement. Et donc nous accompagnerons avec beaucoup de force tous les projets d’intégration et les initiatives qu’il prendra en la matière.

Et puis notre partenariat, c’est aussi celui que nous voulons conduire pour soutenir justement ce qui est fait par le Président KENYATTA dans les domaines clés de votre développement. En matière de santé, nous souhaitons là aussi être un partenaire important avec plusieurs projets et des coopérations et je profite d’ailleurs de cette occasion pour dire que la France aura justement la responsabilité de la prochaine de conférence de reconstitution du Fonds mondial SIDA en octobre 2019 à Lyon, et je sais aussi votre mobilisation sur ce sujet extrêmement important en matière de diplomatie de santé. C’est aussi participer à votre ambition en matière éducative : nous signons durant ce voyage 7 accords en matière de recherche, d’enseignement supérieur parce que là aussi nous pouvons et nous devons faire beaucoup plus. Aujourd’hui c’est 150 étudiants simplement qui sont échangés. Notre volonté est véritablement de développer des offres conjointes universitaires ici et de permettre et de faciliter la mobilité réciproque entre nos deux pays, et je crois que cela fait partie de votre stratégie. Le Kenya est l’un des pays clés de l’Union africaine en matière de stratégie continentale universitaire et nous avons décidé ensemble de développer à cet égard plusieurs formations conjointes qui sont ainsi conclues.

Enfin un dernier mot en matière d’environnement. Le Kenya, je le disais tout à l’heure, est un pays de référence dans le monde du fait de son mix énergétique exemplaire puisque près de 75% de votre énergie produite l’est par le renouvelable, l’hydroélectricité et la géothermie qui est ici développée d’une des manières les plus remarquables au monde et je souhaite que nous puissions continuer à vous accompagner en la matière. L’Agence Française de Développement et les entreprises françaises sont des partenaires, vous l’avez rappelé, de premier plan de cette dynamique mais nous souhaitons aller plus loin et donc nous avons décidé avec le président d’accompagner ce développement en étant des partenaires du réseau électrique et de la fiabilité de ce réseau, à la fois sur le plan financier et sur le plan industriel.

Enfin demain, nous aurons ensemble deux événements importants sur le plan multilatéral qui sont d’ailleurs le fruit d’un engagement conjoint : le One Planet Summit où nous pourrons faire avancer des projets concrets, en particulier en matière de renouvelables et nous avons beaucoup fait progresser ces derniers mois nos engagements, nos financements et nos projets concrets en matière d’énergie solaire tout particulièrement en Afrique ; et nous parlerons aussi de forêts, c’est pour ça que le nouveau Président de la République Démocratique du Congo nous rejoindra dès ce soir pour être parmi nous ; et nous aurons ensuite une séance PNUE et nous aurons à cœur l’un et l’autre de porter aussi l’ambition des Nations Unies en matière climatique et en particulier le Pacte mondial pour l’environnement que nous poussons avec beaucoup de force pour cet agenda international.

Je veux dire combien, à la fois le projet que nous conduisons ensemble ici, et ce que je viens de rappeler en termes d’énergie montrent à mes yeux l’avenir de l’Afrique et l’avenir de ce que vous êtes en train de faire ici au Kenya. Tous les schémas sont en train d’être repensés et ceux qui pensent que l’avenir des pays africains c’est de faire ce que les pays européens faisaient il y a 20 ou 30 ans se trompent. C’est de gagner une ou des générations et parfois d’être en avance sur ce que des pays occidentaux n’arrivent pas à faire. Et donc en matière d’énergie, en matière de mobilité, en matière de gestion de la ville durable, ce que vous êtes en train de faire ici, ce que nous allons faire, c’est un formidable bond en avant et nous serons à vos côtés. Voilà, Président, ce que je voulais dire en redisant ici la confiance dans votre agenda de réformes, votre action et en effet c’est la première visite officielle d’un Président français dans votre pays, aujourd’hui, aussi fou que cela puisse paraître. Je peux vous garantir une chose c’est que nous n’attendrons pas autant d’années pour faire la seconde, je m’en porte garant.

Les images de la visite au Kenya :

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