Publié le 31 octobre 1980

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, à l'Hôtel de ville d'Autun, le 31 octobre 1980.

Allocution prononcée par M. Valéry Giscard d'Estaing, Président de la République, à l'Hôtel de ville d'Autun, le 31 octobre 1980.

31 octobre 1980 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- messieurs les parlementaires,
- mesdames et messieurs les adjoints,
- mesdames et messieurs les conseillers municipaux d'Autun,
- mes chères Autunoises, mes chers Autunois.
- Je vous remercie, monsieur le maire, de vos propos de bienvenue et de l'accueil amical, chaleureux et républicain de la municipalité et de la population d'Autun.
- Grâce à vous-même et à votre conseil municipal, me voici donc, désormais, Autunois. Sachez que je mesure l'hommage ainsi rendu par les descendants des Eduens à un descendant des Arvernes.
- Mais votre geste ne me touche pas seulement pour des raisons tirées de l'Histoire. C'est l'Autun de 1980, c'est votre très belle ville d'aujourd'hui qui m'intéresse tout autant que la cité, antique, puis médiévale dont vous avez rappelé, monsieur le maire, les très riches heures.
- Me permettrez-vous de vous citer une anecdote concernant votre ancien évêque, M. de TALLEYRAND. C'est une des personnalités les plus singulières, les plus intelligentes et les plus riches d'enseignements de la vie politique de la France. J'ai toujours été frappé par la manière singulière dont il a traité les Autunois. Il a été nommé évêque d'Autun en 1788 et il n'a manifesté aucun empressement à se rendre dans votre ville. En fait, il est resté à Paris où il menait une vie agréable. On lui a fait observer malgré tout que les paroissiens d'Autun attendaient quelque chose de sa part £ il s'est livré alors à une des manifestations les plus insolentes de notre histoire : il a fait lire en chaire à Autun un mandement épiscopal, il n'est pas venu lui-même. Dans ce texte, il avait choisi de paraphraser la première épître de Saint-Paul aux Romains, notamment la phrase suivante : "desidero videre vos", ce qui veut dire "je désire vous voir". Moyennant quoi, il écrivait naturellement de Paris et poursuivant son commentaire, il osait écrire "Dieu m'est témoin que je ne cesse de penser à vous". Et bien au-lieu de "desidero videre vos", je suis venu vous voir.
- Car à Autun, ville moyenne de Saône-et-Loire, à égale distance de la Méditerranée et de la Mer du Nord, je retrouve tout ce que la France a de meilleur. Et c'est pour moi une raison d'avoir confiance dans l'avenir de la France.\
Vous avez rappelé, monsieur le maire, que, depuis longtemps, j'ai dit aux Françaises et aux Français que le monde traversait une période dangereuse.
- Quand je l'ai dit l'année dernière au mois de décembre `1979 ` date`, à l'occasion des voeux, certains m'ont critiqué en disant pourquoi donc alarmez-vous les Français, pourquoi leur parlez-vous un langage qui les place devant des réalités dangereuses. C'était pour la raison simple que nous traversons, en effet, une période dangereuse.
- Une période où se multiplient les tensions économiques à la suite de la hausse des prix et de la rareté du pétrole. Une période où s'accroissent les inégalités entre les nations industrialisées - dont la nôtre - et les pays peuplés du tiers monde. Une période de renaissance des fanatismes, des intolérances et du terrorisme international. Une période dangereuse.
- Depuis longtemps, le Président de la République, le Premier ministre `Raymond BARRE` et le Gouvernement n'ont cessé de dire que la France a les moyens de faire face à cette situation difficile, à cette compétition qui se prépare, à ce monde dangereux. Mais la France ne gagnera que par un surcroît d'efforts et non en s'abandonnant à la facilité.
- C'est pourquoi je suis souvent surpris de voir que ceux qui hier encore niaient les contraintes internationales et qui plaidaient plus ou moins pour une politique de facilité paraissent ouvrir tardivement les yeux. Et parce qu'ils ont sous-estimé les difficultés, ils sous-estiment maintenant la capacité de la France à y faire face.\
Pour ma part, je connais la France.
- Je connais les Françaises et les Français depuis toujours, comme vous tous, depuis mon éducation, depuis la période noire de la guerre, depuis la reconstruction, depuis l'ouverture sur le monde et je connais les Françaises et les Français pour les avoir beaucoup rencontrés depuis six ans. Quand je visite Autun, un jour de marché, comme les autres £ quand je vois, au travail, sa population intelligente et laborieuse £ quand je vois les résultats de ses entreprises, petites, moyennes et grandes £ ici, mais aussi en Saône-et-Loire et en Bourgogne £ quand je constate, en marchant dans ses rues, le soin mis à protéger sa beauté ancienne et en même temps l'ardeur et la vitalité de sa jeunesse £ alors, ma conviction, ma confiance dans la France devient certitude.
- Oui, la France fait face. Et d'ailleurs les comparaisons internationales, mêmes celles que l'on peut faire vis-à-vis de nos puissants voisins d'outre-Rhin `RFA` se font, actuellement, à notre avantage. Notre économie s'adapte et se modernise plus vite que celle de beaucoup de pays qui pouvaient paraître plus solides.
- La France reste dans le peloton de tête des nations qui pèsent et qui pèseront sur le destin du monde. Et il existe une voie française vers le progrès économique et la justice sociale.
- Une voie française, c'est-à-dire une voie humaine et une voie libérale. Monsieur le maire, en admirant, tout à l'heure, les réalisations de votre municipalité, j'ai vu que vous cherchiez à ouvrir cette voie française, notamment dans le domaine des organisations sociales, de l'éducation, des relations entre les citoyens. Cette voie française, elle ne part pas uniquement de Paris et des administrations centrales. C'est la voie qu'a empruntée Autun, à l'image de ces dizaines de villes moyennes qui font à la fois la force - et le charme - la tradition et la ressource de notre pays.\
A Autun deux réussites me paraissent remarquables :
- l'art d'utiliser le patrimoine ancien pour préparer l'avenir,
- la recherche de la qualité. La qualité poussée, dans tous les domaines, mais la France en est bien capable, jusqu'à l'excellence.
- D'abord le patrimoine ancien au service du présent et de l'avenir.
- Tout au long de la matinée, nous avons visité le secteur sauvegardé, et notamment la halle d'Halencourt, la Cathédrale, le Musée Rolin et le centre social. De ce parcours, je garderai deux images, pour les montrer à l'ensemble des Françaises et des Français, grâce aux moyens d'information qui m'accompagnent dans cette visite.
- L'image d'abord de la Cathédrale Saint-Lazare d'Autun. Cet édifice est connu de tous les médiévistes du monde comme un des chefs-d'oeuvre de l'art roman du XIème siècle, grâce-aux sculptures de GISLEBERT, dont le tympan et les chapiteaux ont pu être préservés ou reconstitués. Mais chaque siècle, et presque chaque génération, ont apporté leur pierre à cette oeuvre permanente et collective.
- Elle a été bâtie en moins de trente ans, et d'ailleurs on y trouve cette unité, cette force des ouvrages qui ont été conçus et exécutés par les mêmes hommes. Mais le clocher et la haute flèche de style flamboyant sont un apport du XVème siècle. Un siècle plus tard sont apparues les chapelles du bas-côté gauche. Quant aux deux tours du grand portail, elles sont l'oeuvre de VIOLLET LE DUC, au siècle dernier qui n'a pas déparé l'ouvrage. Et ainsi du XIème siècle au XIXème siècle, la France a travaillé à la cathédrale Saint-Lazare d'Autun.
- Il en va ainsi de tous nos grands monuments historiques. Mais aussi des oeuvres collectives de notre civilisation française. Chaque génération apporte sa pierre, chaque jeunesse apporte son sang nouveau mais sans rompre la continuité de l'ensemble.
- La France tout entière est une oeuvre de continuité, enrichie par les apports alternés des périodes de jeunesse révolutionnaire et des époques de maturité.\
La seconde image que je garderai d'Autun est celle du centre social. C'est, monsieur le maire, une de vos réalisations les plus remarquables par le contenant comme par le contenu. Un magnifique bâtiment du XVIIIème siècle intelligemment rénové qui abrite désormais un ensemble de services sociaux, d'associations d'animation culturelle, d'associations de solidarité qui resserrent la vie fraternelle de la communauté autunoise.
- Vous montrez ainsi que le patrimoine n'est pas constitué d'objets morts, que l'on regarderait comme des pièces de musées. Pour les pays de haute civilisation comme le nôtre, et dont nous devons éprouver quelle que soit notre condition l'intime fierté, le patrimoine est aussi l'ensemble de nos racines, de nos traditions culturelles et politiques, au nom desquelles nos pères sont morts, ou pour lesquelles ils ont vécu.\
La recherche de la qualité, poussée jusqu'à l'excellence. C'est le deuxième exemple que nous montre Autun.
- Nous croyons vivre une période de pénurie d'énergie et de matières premières. Et c'est vrai. Mais, ne nous y trompons pas : la plus grande pénurie dont souffre le monde est celle des connaissances. Des connaissances scientifiques, des connaissances techniques et culturelles. La France a la chance de posséder des chercheurs, des ingénieurs, des chefs d'entreprise, des agriculteurs, des artisans, des commerçants, des administrateurs, des responsables municipaux, de grande qualité, de grand dévouement et souvent de grand talent.
- Dans la compétition internationale, la chance de la France réside dans ces femmes et ces hommes, et dans l'obsession de la qualité : qualité des méthodes de fabrication et de vente, qualité de la recherche scientifique, qualité de la vie sociale et qualité, comme ici, des aménagements urbains.
- Monsieur le maire, vous avez eu la discrétion et la rare élégance de ne pas rappeler la liste impressionnante des réalisations de votre municipalité. Les Autunoises et les Autunois savent que des opérations telles que la mise en valeur du secteur sauvegardé, l'aménagement de la rue piétonne, la restauration du prieuré Saint-Martin, les équipements scolaires et sociaux des quartiers nouveaux, l'aménagement du Musée Rolin constituent des exemples pour tous les urbanistes et pour beaucoup de vos collègues.
- Il y a des expositions nationales faites en France, il y a des colloques internationaux qui s'inspirent de l'oeuvre municipale d'Autun.
- Vous avez su utiliser intelligemment les -concours proposés par l'Etat dans-le-cadre d'un contrat de villes moyennes signé au printemps de 1974. Ces -concours se poursuivront. Le ministre de l'Environnement et du Cadre de vie `Michel d'ORNANO` a retenu Autun comme ville pilote, pour la restauration du passage couvert construit à proximité de la rue piétonne.
- Et le ministre de la Culture `Jean-Philippe LECAT` est à votre disposition pour réfléchir à l'établissement d'un contrat d'entretien qui permettrait à l'Etat de prendre une part dans les charges qu'imposent à la ville d'Autun l'entretien de son prestigieux patrimoine historique.\
Monsieur le maire, vous avez rappelé une très belle citation du rhéteur EUMENE. Je vous dirai franchement que le rhéteur EUMENE ne figure pas parmi nos lectures bi-annuelles et donc je reviendrai à TALLEYRAND.
- Celui qui a commencé sa carrière comme évêque d'Autun, après avoir été d'ailleurs vicaire-général du clergé de France et qui avait eu les plus grandes difficultés avec ses pairs, pour avoir imaginé de soumettre à l'impôt les biens du clergé, a suscité des jugements controversés de la part de ses paroissiens, comme de la part de nos historiens d'aujourd'hui.
- Mais il connaissait les hommes et il avait le sens des formules. Il a écrit : "Les hommes sont comme les statues : il faut les voir en place".
- Et si je tiens à me rendre dans différentes régions de France, dans différentes villes de France, comme à Autun à votre invitation, monsieur le maire `Marcel LUCOTTE`, c'est parce que je veux voir les hommes en place.
- Je vous connais, monsieur le maire, et je vous apprécie depuis longtemps. Mais je suis heureux de mieux vous connaître et de vous estimer davantage après vous avoir vu, en place, à Autun.
- Et je vous fais ce compliment pour que vous acceptiez de le partager avec l'ensemble des Autunoises et des Autunois que le Président de la République est heureux et fier de venir rencontrer aujourd'hui.
- Vive Autun !
- Vive la République !
- Vive la France !\

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