Publié le 14 mars 1975

ALLOCUTION DE M. VALERY GISCARD D'ESTAING A L'OCCASION DU DINER OFFERT PAR LE PRESIDENT D'IRLANDE ET MADAME O'DALAIGH, HOTEL MARIGNY LE 14 MARS 1975

ALLOCUTION DE M. VALERY GISCARD D'ESTAING A L'OCCASION DU DINER OFFERT PAR LE PRESIDENT D'IRLANDE ET MADAME O'DALAIGH, HOTEL MARIGNY LE 14 MARS 1975

14 mars 1975 - Seul le prononcé fait foi

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=POLITIQUE EXTERIEURE= MONSIEUR LE PRESIDENT, MADAME. POUR LA FRANCE QUI A L'HONNEUR DE RECEVOIR OFFICIELLEMENT POUR LA PREMIERE FOIS, JE CROIS DE SON HISTOIRE, UN CHEF_D_ETAT IRLANDAIS, VOTRE VISITE EST UN SIGNE DES TEMPS. L'IRLANDE QUE NOUS ACCUEILLONS AUJOURD'HUI EST UNE IRLANDE EUROPEENNE. MEMBRE DEPUIS DEUX ANS DE NOTRE COMMUNAUTE =CEE=, IL LUI REVIENT ACTUELLEMENT LA RESPONSABILITE D'EN ASSURER LA PRESIDENCE. C'EST POUR MOI L'OCCASION DE RENDRE HOMMAGE A LA FACON DONT, A TOUS LES ECHELONS DE SON GOUVERNEMENT ET DE SON ADMINISTRATION, ELLE S'ACQUITTE DE CETTE MISSION. ELLE VIENT D'AILLEURS D'EN DONNER UN NOUVEL EXEMPLE LORS DE CE PREMIER CONSEIL_EUROPEEN TENU IL Y A DEUX JOURS DANS VOTRE CAPITALE ET SOUS LA PRESIDENCE DE VOTRE PREMIER MINISTRE ASSISTE DE VOTRE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES. VOUS-MEME, MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS INCARNEZ AU PLUS HAUT DEGRE CETTE VOCATION EUROPEENNE DE L'IRLANDE PUISQUE VOUS AVEZ ETE PENDANT DEUX ANS UN MEMBRE EMINENT DE LA COUR DE JUSTICE EUROPEENNE DONT JE SALUE ICI LE PRESIDENT. EN LIANT SON DESTIN A CELUI DE L'EUROPE, L'IRLANDE RETROUVE LES SOURCES DE SA PLUS ANCIENNE ET DE SA PLUS GLORIEUSE TRADITION. LORSQUE L'EMPIRE ROMAIN S'EST EFFONDRE ET ALORS QUE LES JEUNES NATIONS EUROPEENNES CHERCHAIENT A SE DEFINIR SUR LES RUINES DE L'ORDRE ANCIEN, C'EST DE VOTRE ILE REFUGE ET FOYER DE LA CIVILISATION QUE VINRENT L'INSPIRATION ET L'IMPULSION. LES ADMIRABLES MOINES IRLANDAIS DU 7EME ET DU 8EME SIECLES ESSAIMERENT A TRAVERS LE CONTINENT POUR Y ENSEIGNER LES VALEURS DE L'ESPRIT. LE GERME DE NOTRE HERITAGE CHRETIEN ET OCCIDENTAL A MURI DANS LA FOI ET LA SCIENCE ET LE SILENCE DE LEURS COMMUNAUTES. POUR SAVOIR CE QUE NOUS VOUS DEVONS, A CET EGARD, NOUS AUTRES FRANCAIS, IL NOUS SUFFIT DE COMPTER SUR LES CARTES LES MONASTERES FONDES PAR VOS INFATIGABLES MISSIONNAIRES, A CONTEMPLER, DANS NOS BIBLIOTHEQUES, COMME VOUS LE FEREZ DEMAIN, MADAME, LES ENLUMINURES DE VOS PLUS ANCIENS PSAUTIERS, OU A JETER LES YEUX SUR LES CHAPITEAUX ET LES PORCHES DE NOS EGLISES ROMANES PARTOUT PRESENTES DANS NOS CAMPAGNES\
=POLITIQUE EXTERIEURE= L'HISTOIRE DE L'IRLANDE A SUBI, JUSQU'A UNE EPOQUE TOUTE RECENTE, LES PLUS CRUELLES EPREUVES. ELLE A SU PROTEGER CEPENDANT, CACHE MAIS INTACT, CE QU'ELLE AVAIT DE PLUS PRECIEUX ET QU'AU TEMPS DE SON PLUS GRAND RAYONNEMENT, ELLE AVAIT SI GENEREUSEMENT PRODIGUE, JE VEUX DIRE L'AME DE SON PEUPLE, ET JE CROIS POUVOIR AJOUTER QUE, DANS UN COIN DE CETTE AME, IL Y A TOUJOURS EU UNE PLACE PRIVILEGIEE POUR LA FRANCE. ENTRE MILLE TEMOIGNAGES DE CETTE SYMPATHIE SECULAIRE, JE N'EN N'EVOQUERAI CE SOIR QU'UN SEUL, CENTENAIRE, ET QUI DANS SON EMOUVANTE MODESTIE, ILLUSTRE MIEUX QUE TOUT AUTRE LA FIDELITE QUE VOTRE PEUPLE SAIT GARDER A UN AMI DANS LE MALHEUR. C'ETAIT PENDANT LE SOMBRE HIVER DE 1871 =_COMMUNE= £ DES ARMEES IMPROVISEES, PROLONGEAIENT DANS LES CAMPAGNES FRANCAISES UN COMBAT DESORMAIS PERDU £ L'IRLANDE SE REMETTAIT A PEINE DE L'EFFROYABLE FAMINE QUI, DANS LES ANNEES 1850, AVAIT PLUS QUE DECIME SON PEUPLE. EN S'EXCUSANT DE NE POUVOIR FAIRE DAVANTAGE, LE PEUPLE IRLANDAIS FIT DON A LA FRANCE D'UNE AMBULANCE SERVIE PAR DES VOLONTAIRES, QUI PARTAGERENT JUSQU'AU BOUT LES EPREUVES DE NOS SOLDATS DE LA LOIRE, DE CETTE LOIRE, M. LE PRESIDENT QUE VOUS-MEME ET MME O'DALAIGH ALLEZ VISITER PENDANT LES PROCHAINS JOURS\
=POLITIQUE EXTERIEURE= MAIS AUJOURD'HUI, LE RETOUR DE L'IRLANDE INDEPENDANTE DANS LA FAMILLE EUROPEENNE VA DE PAIR AVEC UNE RENAISSANCE NATIONALE DONT LES SIGNES SE MULTIPLIENT. COMME TOUJOURS LORSQU'IL S'AGIT DE VOTRE PAYS, LA RENAISSANCE FUT D'ABORD INTELLECTUELLE. LA POESIE DE YEATS, LES ROMANS DE JOYCE, LE THEATRE DE BECKETT ONT APPARTENU AU TRESOR COMMUN DE LA CULTURE EUROPEENNE, AVANT MEME QUE L'ETAT IRLANDAIS SE JOIGNE A LA COMMUNAUTE. MAIS L'IRLANDE EST AUSSI EN PLEINE RENAISSANCE ECONOMIQUE, SOCIALE, POLITIQUE. SON AGRICULTURE SOEUR DE LA NOTRE SE MODERNISE, SON INDUSTRIE SE DEVELOPPE, SES HABITANTS N'EPROUVENT PLUS LE BESOIN DE S'EXPATRIER ET TROUVENT DESORMAIS SUR LE SOL DE LEUR PATRIE LES CONDITIONS DE LEUR VIE ET DE LEUR PROMOTION. LES HORIZONS DE SA DIPLOMATIE S'ELARGISSENT ET L'ON VOIT L'IRLANDE PRENDRE UNE PLACE DE PLUS EN PLUS ACTIVE DANS LA VIE INTERNATIONALE\
=POLITIQUE EXTERIEURE= NUL PAYS PLUS QUE LA FRANCE NE SAURAIT SE REJOUIR DE CETTE EVOLUTION ET AUCUN SANS DOUTE N'EST PLUS DESIREUX D'Y CONTRIBUER. VOUS SAVEZ, M. LE PRESIDENT, ET VOUS ALLEZ LE CONSTATER CHAQUE JOUR, DE QUEL IMMENSE CAPITAL DE SYMPATHIE L'IRLANDE BENEFICIE CHEZ LES FRANCAIS ET AVEC QUELLE EMOTION ILS ONT SUIVI ET SUIVENT ENCORE LES ETAPES DE VOTRE LONGUE ET COURAGEUSE HISTOIRE. LORSQU'AU SOIR DE SA VIE, LE GENERAL DE GAULLE FIT CHOIX D'UNE RETRAITE IRLANDAISE AVANT DE GAGNER DEFINITIVEMENT COLOMBEY-LES-DEUX-EGLISES, C'EST SANS DOUTE QU'IL SAVAIT Y TROUVER DES PAYSAGES ACCORDES A SA MEDITATION, ET LA SYMPATHIE DISCRETE ET UNANIME DE TOUT UN PEUPLE. MAIS JE CROIS, QU'IL OBEISSAIT A UNE IMPULSION PLUS SECRETE ET VENUE DE PLUS LOIN, CETTE NOSTALGIE QU'EVEILLE EN TOUT FRANCAIS VOTRE VIEILLE TERRE CELTIQUE ET CHRETIENNE ET QUI FONT DE NOS VOYAGES DANS VOTRE PAYS UN CERTAIN PELERINAGE AUX SOURCES. APRES MON ELECTION A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE, J'AI RECU DE QUELQU'UN QUE JE NE CONNAISSAIS PAS, LE RECUEIL DE DIX-SEPT POEMES DE YEATS, EN ESPERANT QU'ILS ME DELASSERAIENT DE MA CHARGE. JE LES AI LUS SOUVENT LE SOIR, ET AUJOURD'HUI JE NE RETIENDRAI PAS LE CONSEIL QUE DONNE CETTE SENSIBILITE SI FINE, SI GENEREUSE ET SI EPROUVEE : "NEVER GIVE ALL THE HEART". ET CE CONSEIL IL L'EXPLIQUE A LA FIN DE SON POEME PAR LA CONCLUSION SUIVANTE : "HE THAT MADE THIS KNOWS ALL THE COST FOR HE GAVE ALL HIS HEART AND LOST". JE NE RETIENDRAI PAS CE CONSEIL : "NE DONNEZ JAMAIS TOUT VOTRE COEUR", L'IRLANDE COMME LUI-MEME VOUS ONT TOUJOURS DONNE LA LECON CONTRAIRE. C'EST POURQUOI, M. LE PRESIDENT, EN LEVANT NOTRE VERRE A VOTRE BONHEUR PERSONNEL ET A CELUI DE MME O'DALAIGH, QUI NOUS FAIT LE GRAND PLAISIR DE VOUS ACCOMPAGNER, JE VOUDRAIS ADRESSER MON SALUT FRATERNEL A LA GRANDE NATION IRLANDAISE, DANS LE VERT ECLATANT DE SES PRAIRIES ET DE SES MONTAGNES, ET LUI EXPRIMER LES VOEUX TRES CONFIANTS QUE JE FORME POUR SON AVENIR ET POUR CELUI DE L'AMITIE SI ANCIENNE, SI PROFONDE ET SI SPONTANEE DE LA FRANCE ET DE L'IRLANDE\

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