Publié le 25 juillet 2008

Conférence de presse conjointe de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Barack Obama, candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis d'Amérique, sur les relations franco-américaines, à Paris le 25 juillet 2008.

Conférence de presse conjointe de MM. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et Barack Obama, candidat démocrate à la présidence des Etats-Unis d'Amérique, sur les relations franco-américaines, à Paris le 25 juillet 2008.

25 juillet 2008 - Seul le prononcé fait foi

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LE PRESIDENT - Mesdames et Messieurs, je voudrais dire à Barack OBAMA combien la France est heureuse de l'accueillir. La France est heureuse d'accueillir Barack OBAMA d'abord parce qu'il est américain et les Français aiment les Américains. Si je ne le disais pas, ils auraient été tristes. Je répète donc, les Français aiment les Américains et donc on est heureux d'accueillir Barack OBAMA. Je voudrais dire à Barack OBAMA aussi que les Français suivent avec passion la campagne électorale aux États-Unis parce que les États-Unis c'est une grande démocratie, que c'est passionnant de voir ce qu'il s'y passe et parce que l'Amérique que la France aime, c'est une Amérique qui a des grands desseins, une grande ambition, des grands débats, des fortes personnalités. Nous voulons une Amérique présente pas une Amérique absente. Nous sommes des amis, des amis indépendants mais des amis et donc il faut que vous sachiez qu'ici, en Europe, et ici, en France, on regarde avec beaucoup d'intérêt ce que vous faites. Et puis en Europe, cher Barack OBAMA il y a beaucoup de gens qui viennent de tous les horizons, qui ont des histoires multiples, qui ne sont pas des Français tout à fait classiques - tout le monde ici, ne s'appelle pas SARKOZY - et j'ai bien conscience que tout le monde ne s'appelle pas OBAMA aux États-Unis et donc l'aventure de Barack OBAMA, est une aventure qui parle au coeur des Français et au coeur des Européens. Et puis, bien sûr, ce n'est pas aux Français de choisir le prochain Président des États Unis d'Amérique. Quel qu'il soit on travaillera avec lui. Mais j'ai plaisir à retrouver le Sénateur que j'avais rencontré en 2006 quand on avait parlé avec tant de passion du Darfour, de ce qu'il s'y passait. Nous étions deux dans ce bureau. Il y en a un qui est devenu Président, l'autre n'a qu'à faire la même chose, ce n'est pas une ingérence !
Je voudrais dire aux journalistes que l'on a parlé avec Barack OBAMA de beaucoup de choses, de l'Iran, de la paix au Proche et au Moyen-Orient. Je voudrais dire qu'il y a une grande convergence de vues. C'était une discussion passionnante à laquelle a participé Bernard KOUCHNER, que je remercie. Beaucoup de convergences de vues et puis surtout une grande impatience que la démocratie américaine choisisse son prochain Président et que l'on prenne beaucoup d'initiatives en commun entre l'Europe et les États-Unis : sur le changement climatique, sur la réforme des institutions mondiales, sur la paix dans le monde, sur la moralisation du capitalisme financier. On a beaucoup de choses à faire ensemble. Voilà, Monsieur le Sénateur, vous avez la parole.
M. Barack OBAMA - Je souhaite remercier le Président SARKOZY de m'avoir invité et de m'avoir invité ici à Paris. Je ne peux pas imaginer quiconque pour mieux représenter l'enthousiasme, l'énergie de la France que votre Président, Mesdames et Messieurs et je souhaite également remercier le Ministre KOUCHNER.
Nous avons effectivement eu un débat passionnant sur une grande variété de questions et sur toutes les idées que nous partageons nous, Américains, avec vous, Français.
J'aimerais également dire que je me rappelle très bien la première fois que j'ai rencontré le Président SARKOZY. Je ne sais pas si les gens savent que lorsque le Président SARKOZY s'est rendu à Washington, il n'était pas encore Président et il n'a rencontré que deux Sénateurs américains c'est-àdire moi-même et John Mc CAIN. Alors, ce que je propose c'est que pour vous, journalistes, si vous voulez connaître l'issue d'une élection alors parlez-en au Président français. Il semblerait qu'il ait le nez creux en ce qui concerne les pronostics.
J'apprécie énormément l'engagement du Président SARKOZY depuis longtemps de renforcer la relation bilatérale entre l'Amérique et la France et pour l'amélioration de la relation transatlantique dans son ensemble, il a été un grand allié. Le peuple américain apprécie énormément l'approche du Président SARKOZY de la relation entre nos deux pays. Quand il est venu en tant que Président, il y a quelques mois, il a été accueilli comme une star du rock et d'ailleurs cela ne fait pas si longtemps que l'on a décidé d'appeler à nouveau les frites des "french fries" à la cafeteria du Congrès. Mais les États- Unis et l'Europe pourront et feront plus encore ensemble lorsque nous travaillerons ensemble.
Aujourd'hui, nous avons passé en revue certains des objectifs-clefs vers lesquels nous pourrions tendre.
D'abord, certaines des grandes questions sécuritaires auxquelles nous devons faire face et, entre autres, la paix entre les Israéliens et les Palestiniens qui, évidemment, est essentielle pour nous tous. Nous avons parlé de l'Irak et j'ai donné mes impressions s'agissant de l'amélioration de la situation là-bas.
Nous avons parlé de l'Afghanistan, qui est critique et j'ai remercié le Président SARKOZY et le peuple français pour l'extraordinaire engagement qui est le leur. Lorsque j'étais en Afghanistan, le commandement, qu'il soit de l'OTAN ou français, ont tous exprimé leur appréciation et leur admiration par rapport au travail magnifique que font les troupes françaises en Afghanistan.
Nous avons également parlé de l'Iran et là-dessus, nous sommes d'accord. La situation est très grave. Nous sommes d'accord avec le Président qu'il faut que le monde envoie un message très clair vis-à-vis de l'Iran pour qu'il mette fin à son programme nucléaire militaire qui serait une grave menace non seulement pour Israël mais pour toute la région et qui d'ailleurs poussera une course aux armements dans toute la région. Donc, effectivement, j'appuie les efforts des trois pays européens plus trois.
Pour trouver une solution, il est fondamental pour nous que nous, Américains, et nos partenaires européens travaillions la main dans la main et je suis très heureux du choix du représentant américain pour représenter l'Amérique dans les pourparlers actuels.
Je pense qu'il faut effectivement que nous soyons clairs vis-à-vis des Iraniens. Changez votre attitude et vous aurez tous les avantages de ce changement, continuez avec votre programme nucléaire illicite et là, la communauté internationale, dans son ensemble, va mettre de plus en plus de pression sur vous en matière de sanctions notamment. Donc, il faut qu'il n'y ait aucune illusion et je pense qu'il me faut dire très clairement : il faut que l'Iran accepte les propositions que le Président SARKOZY et les trois plus trois ont mis sur la table. N'attendez pas le prochain Président américain parce que la pression ne fera qu'augmenter.
C'est une des questions mais nous avons également parlé d'autres questions sécuritaires comme l'Afghanistan. Je pense que la décision du Président SARKOZY de renforcer l'intégration de la France dans l'OTAN va permettre de répondre aux grands défis du XXIème siècle : le maintien de la paix, la guerre contre le terrorisme et, effectivement, je pense que les Américains devraient applaudir tout ce qui va dans le sens d'une défense européenne accrue. Et là, le Président SARKOZY a vraiment été leader.
Nous avons également parlé du Darfour et de la nécessité pour les États-Unis de se joindre aux Européens pour essayer de mettre fin à l'instabilité et le désespoir qui touchent non seulement le Soudan mais toute la région.
Donc là, et la dernière chose que j'aimerais dire et là on peut répondre à vos questions, c'est que le Président SARKOZY a bien dit que dans son rôle en tant que Président de l'Union européenne, une des priorités de ses priorités va être la question du changement climatique. Je lui ai dit que si je devenais le prochain Président des Etats-Unis ce serait, pour moi aussi, une de mes priorités clefs. Non seulement parce que cela a un impact évident sur notre environnement mais aussi parce que cela a un impact direct sur notre sécurité nationale et sur nos intérêts économiques également. Si nous n'avons pas une politique énergétique qui réduit notre dépendance et notre utilisation des combustibles fossiles, nous allons connaître une pléthore de problèmes dans les décennies à venir. Je pense que les gens sont tout à fait prêts psychologiquement pour prendre un certain nombre de mesures. Un bon nombre de pays européens ont déjà pris des mesures importantes et je me félicite, si j'en ai la possibilité, d'être un partenaire du Président sur ce front-là.
Alors comment est-ce que nous allons répondre aux questions ? Monsieur le Président c'est vous qui allez choisir quelques journalistes français et moi je choisirai quelques journalistes américains ?
LE PRESIDENT - Je suis d'accord si aux Etats-Unis, ils acceptent d'être choisis, les journalistes ! J'approuve grandement cette manière de faire et je dis aux journalistes français que je ne fais que suivre Barack OBAMA !
Un journaliste américain d'abord.
QUESTION - Monsieur le Président SARKOZY, vous savez qu'en France la présence de Barack OBAMA et le fait qu'il ait surmonté tant de barrières aux Etats-Unis a fait qu'il y a une résurgence de la conscience noire ici. Les gens sont pleins d'espoir pour leur avenir. Beaucoup de ces personnes vivent dans des situations de pauvreté, de précarité. Vous avez connu d'ailleurs les résultats de cela avec les émeutes dans les banlieues et les cités. Et lorsque vous étiez au Ministère de l'Intérieur, vous avez parlé de « nettoyer les banlieues au Kärcher », et je voulais savoir si au moment où vous êtes à côté de quelqu'un qui a su surmonter tellement de barrières, vous regrettiez ces paroles ?
LE PRESIDENT - Je vous félicite, Madame, pour votre connaissance exceptionnelle de la vie politique française et votre contribution à l'amitié entre les peuples ! Mais justement, s'il y avait des choses à changer, c'est parce que cela n'allait pas, Madame. Et je suis très heureux que vous parliez, devant Barack, d'une situation qui existait avant que je ne sois Président de la République. Et je sais qu'aux Etats-Unis vous avez été inquiets de ce qui s'est passé. C'était en 2005, Madame. On a eu de grands affrontements et vous aux Etats-Unis, vous savez ce que c'est, parce que vous les avez connus aussi. Mais on a une différence entre les affrontements que j'ai eus à gérer comme ministre de l'Intérieur et ceux que vous avez gérés aux Etats-Unis. C'est qu'il n'y a pas eu un mort en France, il n'y a pas eu une balle qui a été tirée par la police. Les seuls blessés qu'il y ait eu, c'étaient les forces de l'ordre. Mais, depuis mon élection, il n'y a pas eu d'émeutes parce qu'on a mis en place un plan de développement et de formation considérable.
Justement, ce qu'on veut faire, c'est que l'aventure politique du sénateur Barack OBAMA ne soit pas simplement réservée à ce grand pays que sont les Etats-Unis. Cela fait maintenant près de trois décennies que tous vos ministres des Affaires étrangères n'ont pas des noms américains : Madame ALBRIGHT, Colin POWELL, Madame RICE. C'est pour cela que j'aime les Etats-Unis. Et c'est pour cela que dans le gouvernement de la France, il y a Rachida DATI, il y a Fadela AMARA, il y a Rama YADE, justement pour que chacun ait sa chance. Ce que les Etats-Unis ont fait avec ce dont j'ai parlé avec Barack OBAMA aujourd'hui, c'est ce que l'on veut faire ici.
Un dernier détail, quand j'avais parlé de la discrimination positive - l'affirmative action - que c'est de cette façon qu'ont les Etats-Unis de dire : « à la tête d'un pays, cela doit être aussi différent qu'au bas d'un pays ». Donc je ne sais pas si c'était pour me faire plaisir que vous avez posé la question, mais cela m'a vraiment fait plaisir !
QUESTION - Monsieur le Sénateur, le Président de la République l'a rappelé vous suscitez un engouement en France incontestable, vous l'avez vu à votre arrivée. Cela n'avait pas beaucoup servi John KERRY en 2004. Est-ce qu'il n'est pas bon être aimé par les Français aux Etats-Unis ? Est-ce que cela risque de vous desservir ? Est-ce que cela explique aussi que vous restiez si peu de temps en France alors que vous êtes resté beaucoup plus longtemps chez nos amis allemands ?
BARACK OBAMA - La vérité, c'est que le discours que j'ai fait en Allemagne visait un public européen au sens large et j'espère que mes amis en France ont pu entendre ce que j'ai dit sur le renforcement de la relation entre les Etats-Unis et l'Europe. Cela fait trop longtemps maintenant qu'il y a une caricature. Des deux côtés de l'Atlantique, on caricature les Européens et les Américains. Les Européens perçoivent les Américains, je pense parfois, comme étant des unilatéralistes, des militaristes et ils ont tendance parfois à oublier les énormes sacrifices que les militaires américains mais aussi les contribuables américains, ont fait pour contribuer à la construction de l'Europe et la mise à disposition ou l'aide à la sécurité partout dans le monde. De l'autre côté, aux Etats-Unis, il y a une certaine tendance à dire : « oh les Européens ne veulent pas se mouiller sur ces questions sécuritaires très difficiles, très épineuses. Ils sont très critiques des Etats-Unis ». Et l'une des choses merveilleuses depuis la présidence du Président SARKOZY, c'est justement qu'il a su rompre ces stéréotypes, ces caricatures. Il les a fait exploser.
Je pense que les Américains et les Européens ont une très longue tradition d'amitié qui remonte au fondement même, à la création même, de notre pays. Alors, pour ce qui est du temps que je passe à Pari, je pense que personne ne souhaiterait passer peu de temps à Paris. Tout le monde veut passer de plus en plus de temps à Paris. C'est simplement que cela fait longtemps que je suis en voyage et c'est assez rare et inhabituel pendant une campagne présidentielle que le candidat quitte le pays pour plus d'une semaine.
Donc, là, il a fallu raccourcir ces dernières réunions. Mais je puis vous assurer que je me réjouis à la perspective de pourvoir revenir et de passer beaucoup plus de temps dans votre pays.
Un aspect de votre question auquel il me faut répondre est que, je pense que l'Américain moyen aime énormément les Français, le peuple français. Mais je pense que les Français et les Européens ne doivent pas sous-estimer l'intérêt que portent les Américains à l'amélioration de la relation transatlantique. Je pense que l'électeur américain comprend parfaitement que les questions de changement climatique, les questions énergétiques, de lutte contre les terroristes ne peuvent pas être résolues par un seul pays, qu'il faut forcément que nous agissions en tant qu'équipe, en tant que groupe. C'est la raison pour laquelle l'établissement et le renforcement des partenariats dont on a parlé sont tellement importants.
QUESTION - Sénateur OBAMA, hier soir vous avez appelé nos alliés européens à aider plus en Afghanistan. Est-ce que vous avez chiffré les troupes que vous souhaitez que la France, la Grande- Bretagne et l'Allemagne mettent à disposition ? S'agit-il des deux ou trois brigades supplémentaires que vous avez demandées pour les troupes américaines ?
BARACK OBAMA - Je pense que les américains doivent envoyer au moins deux brigades supplémentaires. Alors, évidemment, plus l'engagement est fort du côté de nos alliés de l'OTAN, plus les troupes engagées vont avoir des possibilités, les coudées franches s'agissant de leur mandat et plus cela libère les Etats-Unis de porter seuls la responsabilité d'envoi de troupes supplémentaires. C'est pour cela que je suis tellement reconnaissant aux Français de leur présence d'ores et déjà, et au Président SARKOZY d'avoir dit qu'il était prêt à envoyer des troupes supplémentaires. Et je dirai également que je comprends que cela soit très difficile politiquement en France et ailleurs en Europe. C'est pourquoi je pense que le Président SARKOZY a eu beaucoup de courage de prendre la position qu'il a prise. Il faut parfois un courage moral. Mais l'Afghanistan, comme je l'ai dit, est une guerre que nous ne pouvons pas nous permettre de perdre. Nous n'avons pas d'option. Nous avons une situation où Al-Qaïda et les Talibans ont créé des lieux sûrs pour eux, mais qui sont finalement les foyers autour desquels les attaques terroristes sur Paris ou New York, sont organisées ou planifiées. Donc on n'a pas le choix. Il faut que nous fassions le travail, pas simplement sur le plan militaire mais sur le plan économique également. Là, les Européens et l'OTAN peuvent être d'une très très grande utilité et l'ont déjà été.
Monsieur le Président souhaitez-vous réagir à cela ?
LE PRESIDENT - Je suis de l'avis de Barack OBAMA : en Afghanistan, nous n'avons pas le droit de perdre. Nous n'avons pas le droit de laisser revenir des Talibans qui ont privé de scolarité 6 millions de petites filles parce qu'elles sont des petites filles. On n'a pas le droit de laisser revenir des gens qui coupent la main d'une femme parce qu'elle se met du vernis à ongle. On n'a pas le droit de laisser revenir des gens qui, dans des stades avec des milliers de personnes, lapidaient une femme prétendument adultère. Voilà ce que je pense. C'est cela aussi la politique : les valeurs, les droits de l'Homme. La décision que nous avons prise avec le gouvernement français, François FILLON, Bernard KOUCHNER, d'envoyer des hommes supplémentaires pour que le moyen-âge ne revienne pas en Afghanistan, c'est une décision stratégique. Nous sommes aux côtés de nos alliés. Il y a bien des questions et je partage les soucis exprimés par M. OBAMA sur le Pakistan. Mais, en Afghanistan, nous sommes là, nous sommes là pour faire triompher les valeurs des droits de l'Homme. Nous ne sommes pas là contre les Afghans. Nous sommes là contre les Talibans, contre le terrorisme et contre les extrémistes. Voilà le combat que l'on mène.
Imaginez si on partait. Imaginez si on renonçait, imaginez si on ne soutenait pas le Président KARZAÏ malgré toutes les difficultés. La remarquable Conférence des Donateurs organisée par Bernard KOUCHNER. Oui, Barack il y a eu un débat en France et c'est normal qu'en démocratie il y ait des débats. Bien sûr, ce n'est jamais de gaieté de coeur qu'un pays envoie des soldats à l'extérieur de ses frontières. Mais il y a un moment où il faut croire dans ses idées, il faut croire en son idéal. Il faut être capable de voir un peu plus loin parce que c'est le rôle d'un Chef de l'Etat que de voir un peu plus loin. Pas de voir toujours à court terme, simplement pour le journal du lendemain.
Cette décision que j'ai mûrement réfléchie, c'est une décision difficile, c'est une décision que l'on a expliquée aux Français et nos alliés doivent savoir que c'est un engagement de notre part. Il se joue, là-bas, une partie extrêmement importante. Bien sûr que cela n'est pas facile et ce qu'a dit le Sénateur OBAMA sur l'avenir, que les Américains veulent mettre l'essentiel sur l'Afghanistan, c'est une bonne nouvelle pour tous ceux qui croient au devenir d'un Afghanistan démocratique et libre.
QUESTION - M. OBAMA vous avez dit que vous vouliez un nouveau partenariat entre l'Europe et les Etats-Unis. Face au défi qui nous sont communs à l'avenir, comment vous y prendriez-vous, comment feriez-vous autrement que George BUSH ? Et puis, Monsieur le Président, vous avez souhaité marquer une rupture sur certains aspects de la diplomatie par rapport à votre prédécesseur Jacques CHIRAC. Barack OBAMA, lui aussi, marque une certaine rupture, est-ce que vous espérez cette rupture diplomatique ?
M. BARACK OBAMA - Je vais juste vous rappeler que je ne suis pas le Président, je ne suis qu'un Sénateur américain, je suis candidat à la Présidence. Mais il y a une très grande tradition américaine qui n'est pas toujours respectée mais qui est excellente à mon sens. A savoir qu'on ne passe pas de temps à critiquer un Président en exercice quand on est à l'étranger. Il est très important que notre politique étrangère soit présentée et soutenue d'une seule et même voix.
Alors, ce que je peux vous dire de manière très claire, c'est qu'une politique étrangère américaine efficace ne se fondera pas seulement sur notre capacité à être puissants mais aussi à écouter et à créer, à jeter les bases d'un consensus. L'objectif d'une administration OBAMA en matière de politique étrangère serait forcément, nécessairement, d'agir en faveur des intérêts et de la sécurité des Etats- Unis mais également d'écouter très attentivement nos alliés. Et de leur faire comprendre que nous comprenons également leurs intérêts et d'essayer de trouver le moyen de travailler ensemble afin d'atteindre ces objectifs communs.
Les Etats-Unis sont un pays très important, très puissant mais comme je l'ai déjà dit précédemment, une question comme le changement climatique, nous ne pourrons pas la traiter et encore moins la résoudre tout seuls. Il va falloir qu'on le fasse à l'échelle internationale. Il faut également que nous examinions ce que font déjà des pays comme la France ou l'Allemagne. Et il va falloir que nous prenions des décisions très difficiles, comme eux l'ont fait, par rapport à leurs émissions de carbone.
De même, pour les pays comme la Chine ou l'Inde qui sont peut être moins développés pour l'instant et qui ont plus de pauvreté, cela va être très difficile pour nous de leur demander de prendre à coeur ces questions s'ils voient que les pays riches ne le prennent pas à coeur de leur côté.
C'est justement un exemple d'une question sur laquelle il faut que nous ayons une position commune, un programme commun, de façon à ce que tous les membres de la communauté internationale participent à ce qui va être un énorme défi, à relever un énorme défi. Donc, qu'il s'agisse de nos alliés européens, qu'il s'agisse des pays musulmans, qu'il s'agisse de nos amis en Asie, il est important que les gens réalisent que les Etats-Unis tiennent compte de leurs intérêts, de leurs préoccupations et que nous nous préoccupons, nous aussi, de la prospérité et de la paix du citoyen moyen, de l'homme de la rue. Et pas simplement de voir notre politique étrangère par le prisme de notre sécurité.
LE PRESIDENT - Le Président français doit travailler avec le Président des Etats-Unis, quel qu'il soit. Les Français respectent le choix des Américains, donc on travaille avec l'administration et le Président BUSH, comme l'on doit travailler avec un pays ami. Mais l'idée d'une Amérique qui mettrait l'écoute de ses partenaires au premier rang de ses priorités, c'est une idée qui ne peut que nous satisfaire. L'idée d'un candidat à la Présidence des Etats-Unis d'Amérique qui dit : « il ne faut pas avoir peur de l'Europe de la défense, parce que l'on a besoin d'un pays comme la France à nos côtés pour européaniser l'OTAN », c'est plutôt une bonne nouvelle. Un candidat qui dit : « mais moi, si je suis élu, je veux travailler en équipe », quand vous vous souvenez, au Sommet de l'Union de la Méditerranée, la Syrie nous a demandé d'avoir deux parrains pour garantir en quelque sorte, si un jour elle discutait avec les Israéliens, les Etats-Unis et l'Europe, un tiers de l'Europe, spécialement la France c'est une bonne nouvelle ! Ce n'est pas critiquer un Président que de dire cela. Tant mieux si dans le débat politique interne aux Etats-Unis, un des grands candidats dise : « mais moi je veux travailler en équipe avec nos alliés ». Je préfère quand même cela plutôt que l'on ignore l'Europe, on ignore la France et on dise que l'on veut travailler tout seul. Qu'un candidat dise : « voilà on a compris le monde, il n'y a pas une seule puissance qui peut tout décider et que l'on doit travailler main dans la main », c'est une bonne nouvelle. Ce n'est pas pour cela que je vais critiquer les autres. C'est plutôt une bonne nouvelle et c'est vrai, on a envie de travailler ensemble. On avait déjà, d'ailleurs, il y a deux ans, imaginé un voyage que l'on aurait pu faire, un déplacement au Darfour. C'est une bonne nouvelle que les Etats-Unis veuillent assumer leurs responsabilités de cette façon-là.
Peut-être une ou deux dernières questions ? Une américaine et une française ?
QUESTION - Merci M. OBAMA. Vous avez eu un programme très chargé, 8 jours, 9 jours, on s'y perd. Vous êtes allé dans des zones de guerre, vous avez rencontré en face-à-face, en tête-à-tête quelques 20 ou 25 dirigeants y compris le Président SARKOZY, à vos côtés. Et pendant toutes ces discussions, il y-a-t-il quelque chose qui vous porte à changer un petit peu, revoir un petit peu vos politiques, vos idées ?
Et à vous, Monsieur le Président, lorsque dans vos propos préliminaires on avait l'impression que vous appuyiez ce candidat et si tel est le cas, est-ce que vous en avez référé à votre ami le Président BUSH ?
M. BARACK OBAMA - Alors attention, je dis à mon SARKOZY faites attention à cette deuxième question, faites bien attention !
Mais par rapport à ce que j'ai appris : vous savez, lors d'un voyage comme celui-ci, une tournée comme celle-ci, ce qui se passe, ce n'est pas que tout à coup on a un flash, on comprend les choses du jour au lendemain, une révélation. Non. On approfondit sa connaissance par rapport à une série de préoccupations, de questions que l'on s'est posé. Voilà ce qui se passe.
Je n'ai rien vu ou entendu qui me fasse changer d'avis quant à mon évaluation stratégique par rapport à notre situation sécuritaire ou la direction dans laquelle nous devons aller ou quelles sont nos priorités en matière de politique étrangère.
Le fait de me rendre en Afghanistan n'a fait que me confirmer, enfin que me montrer une fois de plus que la situation s'aggrave, qu'il va falloir y envoyer plus de troupes. Qu'il va nous falloir traiter en particulier de questions brûlantes comme les trafics de drogue. Il faut que nous fassions plus pour améliorer les questions de vie de l'Afghan moyen et qu'il va falloir sécuriser la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.
Mon voyage en Irak a confirmé que la situation sécuritaire s'est beaucoup améliorée et que nos troupes ont fait un travail remarquable. Que le gouvernement irakien est prêt à endosser plus de responsabilités. Ce qui va d'ailleurs nous permettre de retirer nos troupes prudemment à un rythme prudent et régulier.
Il nous reste encore beaucoup de travail à faire sur, par exemple, les recettes pétrolières. Il y a encore beaucoup de suspicion entre les communautés sunnites et chiites. Cette réconciliation politique doit être une priorité des autorités irakiennes. Il faut que les autorités irakiennes soient capables d'offrir la sécurité à son peuple.
Pour ce qui est du Moyen-Orient, je pense que le résultat d'Annapolis a été très utile, très fructueux, très important mais il va être essentiel que les Américains, que les Etats-Unis contribuent à faire avancer les choses. Le Président SARKOZY a parlé d'un domaine qui n'a pas fait l'objet de beaucoup d'attention peut-être du côté américain et qui est intéressant. J'ai noté que les gens en Israël s'intéressent beaucoup à ce que pourrait être le résultat d'un changement dans la politique étrangère de la Syrie. Comment ils vont gérer leur soutien par rapport au Hamas ou au Hezbollah. Là-aussi, il y a des changements en perspective. Je comprends qu'il y ait un certain scepticisme sur la vitesse à laquelle les choses pourraient aller mais c'est un domaine qui mérite d'être exploré. Forcément, quand on a des dirigeants comme le Président SARKOZY, cela fait effectivement avancer les choses et là, il y a un grand potentiel.
Par rapport à ma visite en Europe, cela m'a simplement montré une fois de plus ce que je savais. A savoir que vous avez des grands dirigeants extraordinaires comme la Chancelière MERKEL, comme le Président SARKOZY qui veulent absolument travailler de manière efficace, constructive avec l'Amérique. Certaines des tensions, des divergences que nous avons connues de par le passé sont précisément passées. Elles sont derrière nous.
L'Europe est prête à avancer, à progresser, à aller de l'avant. Je pense que nous avons déjà une administration américaine qui est aussi prête à avancer.
Il y a une préoccupation commune, que nous avons tous, c'est l'Iran. Et cela a été très utile de l'entendre. J'ai toujours considéré qu'il s'agissait là d'une des menaces les plus lourdes qui pesait sur nous. Et cela a été très intéressant, très utile de voir qu'il n'y a pas un seul dirigeant à qui j'ai parlé qui ne se préoccupait pas de la possibilité que l'Iran ait l'arme nucléaire. Pas simplement parce que cela serait une terrible menace pour Israël mais parce que cela minerait tout le travail que nous faisons, que nous espérons faire en matière de non-prolifération. Cela changerait les équilibres stratégiques de la région, ce qui pourrait être de manière extrêmement dangereuse de beaucoup de points de vue. Je pense que, effectivement, il faut créer, faire un effort sur le plan international, sur ce plan. Le Président SARKOZY a été et continuera d'être l'un des dirigeants majeurs sur cette question.
LE PRESIDENT - Monsieur, ce sont les Américains qui choisiront leur Président. Pas moi. Ce sont les Américains. Vous êtes assez grands pour vous faire une idée et je n'ai pas attendu l'élection présidentielle pour dire que la France voulait travailler main dans la main avec les Etats-Unis d'Amérique. On l'a assez critiqué, on me l'a assez reproché parfois ici. On a quand même le droit d'être intéressé par un candidat qui regarde l'avenir et pas le passé. Quand même, la politique c'est un peu aussi ce qui m'occupe. Cela ne fait pas si longtemps que j'ai été candidat à l'élection présidentielle. J'en ai quelques souvenirs. Cela m'intéresse d'en parler avec quelqu'un qui est dans la même situation. Entre collègues de travail on dirait que c'est un échange d'expérience. C'est cela qui est intéressant.
C'est d'ailleurs pour cela que j'ai voulu, dans la réforme de la Constitution, en France, limiter le nombre de mandats consécutifs d'un Président à 2. Parce que j'admire cette capacité qu'a la démocratie américaine d'être capable, à échéance d'une décade, un peu moins, de proposer au pays de nouveaux leaders. Avec une nouvelle énergie, une nouvelle force, une nouvelle histoire. Cela, c'est une force de la démocratie que de permettre à la démocratie de respirer : pas toujours les mêmes, tout le temps. Vous me direz, je dis cela parce que je suis au début. Je pense que je penserai encore pire à la fin.
Bonne chance à Barack OBAMA. Si c'est lui, la France sera très heureuse. Si c'est un autre, la France sera l'amie des Etats-Unis d'Amérique. Comme lui, quand il y aura des élections en France ou ailleurs, il ne dira pas aux Américains de choisir. Mais c'est vrai que c'est une conversation que nous avons depuis quelque temps et qui intéresse. Et puis, on a le droit d'être en accord. Cela ne veut pas dire que l'on est en désaccord avec les autres. Cela veut simplement dire que plus on se parle et plus on trouve des points de convergence. Après toutes les années que vous avez connues, vous les Américains, avec nous, c'est plutôt une bonne nouvelle. Si c'était votre question, c'est aussi ma réponse.
Une dernière question ?
QUESTION - Monsieur le Sénateur, on a remarqué que vous aviez beaucoup de points communs avec le Président SARKOZY. Vous êtes tous les deux fils d'étranger ou d'immigré, comme on voudra. Vous êtes tous les deux avocats. Vous avez tous les deux combattu une femme et gagné dans une compétition électorale. Alors je voudrais savoir quelles sont les caractéristiques du parcours du Président SARKOZY dont vous souhaiteriez vous inspirer, à part évidemment la victoire ?
M. BARACK OBAMA - Je pense que l'élection du Président SARKOZY ici en France montre que l'Occident en général, les pays de l'Ouest sont d'autant plus forts qu'ils sont méritocratiques. Qu'ils s'ouvrent à tous. Cela a toujours été une source de fierté pour nous Américains. C'est la quintessence de ce que nous appelons le rêve américain. Que toute personne, même si elle est née dans la pauvreté, même si elle est née dans une famille inconnue mais connue pauvre, peut néanmoins aspirer à la gloire ou à la reconnaissance. Je pense que cela, en France, c'est très fort.
L'autre chose qui m'inspire c'est l'énergie du Président. Je lui demande ce qu'il mange ? Quelle est son alimentation ? Pour que je puisse me renseigner pour avoir autant d'énergie que cet homme qui se tient à mes cotés. Il est constamment en train de bouger. Et c'est ce qu'il faut si on veut opérer le changement. Alors je lui suis très reconnaissant pour son amitié et je suis très reconnaissant au peuple français de l'accueil et de l'hospitalité qui m'ont été réservés. Je me réjouis de revenir et de pouvoir passer plus de temps à profiter des merveilles de la France.
Merci

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